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jeudi 29 décembre 2011

Escobarines: Vitrine


– Tu dors ?
– Non…
– C’est fou, les rêves, hein ? Parce que tu sais pas ce que je viens de rêver ? Mais tu vas pas te moquer de moi au moins ?
– Mais non ! Vas-y ! Dis !
– J’étais au boulot… Je venais de finir la vitrine… Et elle m’engueulait la mère Bernier, mais elle m’engueulait ! « Parce que vous appelez ça du travail, Laetitia ! N’importe quelle stagiaire de quinze ans aurait fait mieux que vous… Non, mais pourquoi je vous paye, hein ? Vous pouvez me dire pourquoi je vous paye ? » Elle était furieuse… Et puis d’abord puisque c’était comme ça, puisque j’y mettais autant de mauvaise volonté, elle allait me flanquer une fessée, dans la vitrine, devant tout le monde… Et moi, bizarrement, ça me paraissait pas si incongru que ça… Presque naturel… Comme s’il allait de soi que les patronnes fessent leurs vendeuses en public quand elles en étaient mécontentes… Comme si ça arrivait tous les jours… « Déculottez-vous ! » Et j’obéissais… C’était normal… Complètement normal… Et elle me corrigeait avec une espèce de grande règle en bois dont elle m’appliquait de grands coups réguliers sur les fesses, m’arrachant, chaque fois un long gémissement de douleur… Je ne protestais pas… Je ne suppliais pas… Je me laissais faire… J’avais mal… J’avais honte, mais en même temps…
– En même temps ?
– Je sais pas… C’était étrange comme impression… Presque agréable… Oui… Carrément agréable, même, par moments… Surtout après, quand elle a eu fini et qu’elle a voulu que je reste dans la vitrine… Il y avait des gens qui s’arrêtaient, sur le trottoir, pour regarder. De plus en plus nombreux. Je ne les voyais pas – je leur tournais le dos – mais je les entendais. Ça commentait. Ça s’esclaffait. Ça se moquait de moi. Mais d’être là, exposée toute nue aux regards, avec les fesses toutes rouges, ça ne me gênait pas. Pas du tout. Ça aurait dû, je le savais bien, mais non. Non. Au contraire… On aurait dit que ça me faisait plaisir d’une certaine façon finalement d’avoir honte… C’est dur à expliquer ça… Tu comprends ?
– Oh, que oui ! Et que ça te fasse plaisir d’avoir honte t’avais encore plus honte… Et donc encore plus de plaisir… Non ?
– Comment tu le sais ? Il y avait un peu de ça, oui…
– Beaucoup, plutôt, non ?
– Mais où je suis allée chercher tout ça, moi ? Parce qu’après, dans mon rêve, elles entraient dans le magasin les femmes… Elles s’approchaient tout près… Elles faisaient leurs réflexions tout fort… Que je l’avais pas volé… Que j’étais une petite prétentieuse… Qu’elle aurait dû m’en donner beaucoup plus souvent madame Bernier… Que si seulement ça pouvait me remettre les idées en place… Ça a duré toute la matinée comme ça… Mais tu sais pas le pire ? C’est que quand ça s’est arrêté, quand ça a été l’heure de fermer et que je me suis réveillée, eh ben je le regrettais presque… C’est fou, ça, quand même ! Comment tu l’expliques ? Parce que je suis pas du tout comme ça… Je suis même exactement le contraire…
– Peut-être pas tant que ça finalement…
– Tu crois ? Mais ce serait affreux !
– Peut-être que tu t’es fait vivre en rêve ce que tu ne te donnes pas le droit de vivre dans la réalité ?
– C’est idiot ce que tu dis… Complètement… Je m’en serais rendu compte, quand même, depuis le temps…

– En attendant il t’avait mis en appétit ton rêve ! Il y a longtemps que t’avais pas fait trembler les murs comme ça !
– Tu crois que c’est à cause de ça ?
– Il y a que toi qui peux savoir…
– Peut-être un peu quand même… Parce que j’y pensais, par moments, pendant qu’on le faisait… Je suis cinglée, hein ? Je suis complètement cinglée…
– Tout de suite les grands mots…
– Ben si, attends ! Tu trouves ça normal, toi, d’avoir envie, à mon âge, de se faire flanquer des fessées devant tout le monde ?
– Ni normal ni anormal… C’est comme ça, c’est tout… Et t’es loin d’être la seule…

– Faut que je te dis un truc… Je t’ai menti… Pour mon rêve… Je t’ai menti… Je l’ai pas fait… Enfin, si ! Mais pas comme je t’ai dit… Je dormais pas… J’étais réveillée… Et j’ai tout inventé dans ma tête…
– C’est pas bien du tout ! Et tu sais ce que ça mériterait ?
– Oui…
– Quoi donc ?
– Une fessée…
– Une fessée… Parfaitement ! Une fessée que je vais te donner… Mais pas tout de suite… Pas maintenant… Faut d’abord que je nous trouve des spectateurs… Qui sauront se moquer de toi bien comme il faut…
– Tu comprends tout… Tu comprends vraiment tout…

lundi 26 décembre 2011

Souvenirs d'avant ( 26 )

26-

- Alors ?! Comment va notre affaire ?
Dissimulé dans l’ombre du paravent, je vois Margot hocher la tête…
- Elle n’avance guère. J’ai eu beau suivre vos prescriptions à la lettre il ne me prête guère d’attention. À peine s’il semble me voir…
- Ne soyez pas si impatiente…
- Comment ne le serais-je pas ? Je brûle pour lui d’une passion dévorante…
- Une passion qui vous mènera à votre perte si vous ne la bridez pas…
- Je ne puis…
- Laissez-moi vous guider… Vous ai-je jamais mal conseillée ?
- Il est vrai…
- Quelque chose – ou quelqu’un – vient se mettre en travers de vos intérêts. Il nous faut d’abord découvrir qui ou quoi. Et agir ensuite en conséquence. Je m’en occupe… En attendant continuez de répandre sous les pas de son cheval de cette poudre que je vous ai donnée...

- Que vous en semble ?
- Ah, la traîtresse !
- N’est-ce pas ?
- Le châtiment qui l’attend…
- Laissez-moi m’en occuper…
- Quant à ce maraud, ce faquin je trouverai bien quelque homme de main pour le faire passer de vie à trépas…
- Rien ne presse… Son tour viendra… En temps voulu…

Il s’est incliné devant elle. Il a retiré son chapeau et il s’est incliné. Depuis elles chuchotent toutes les deux, dans l’arrière-boutique, avec animation…
- Eh bien ! Est-ce ainsi que l’ouvrage se fait ?

- Je vous l’avais dit… Ne vous l’avais-je point dit ?
- Si fait ! Mais maintenant ? Maintenant ?
La Séguier croise les mains devant elle…
- Maintenant ? Il va disparaître…
- Oh, non ! Non ! Je ne veux pas, non ! Pour toujours ?
- Peut-être. Et peut-être pas… Cela dépendra…
- De quoi ?
- De vous… Si vous voulez qu’il revienne il vous faudra en passer par où je vous dirai, le moment venu, d’en passer…
- Tout… Tout ce que vous voudrez… Tout…

- Il va vraiment disparaître ?
- Bien sûr ! Il fait ce que je veux… Ce que je lui dis de faire…

Il ne passe plus devant notre boutique. Plus jamais. Elle l’attend. Elle le guette. En vain. Elle pleure. Tous les jours. Toute la journée. Elle se languit. Elle dépérit…

- Que faut-il que je fasse ? Je n’en puis plus. Je veux le voir. Au moins le voir. Comme avant. Ne fût-ce qu’un instant…
- Déshabillez-vous !
- Que je me… ?!
- Oui… Je vais vous fouetter… C’est à ce prix seulement qu’il réapparaîtra… Et que vous pourrez espérer voir vos vœux un jour comblés.

Elle ne dit mot. Elle se dévêt.
- Agenouillez-vous !
Elle obéit. Se dissimule la tête entre les mains…
Ça claque. Elle geint. Elle crie.
Ça dure. Elle sanglote…

Elle se relève. Elle se rhabille…
- Il va revenir ? Vous êtes sûre ?
- Oui…
- Et ?
- Et… Oui…
- Merci…

- Je vous avais promis que je la châtierais… Ne vous l’avais-je point promis ?
- Il va revenir ? Il va vraiment revenir ?
- Tout dépendra de votre générosité… Uniquement de votre générosité… Que je sais sans limites…

jeudi 22 décembre 2011

Escobarines: Peintures


- On est un peu folles, les filles, non ? Faire tous ces kilomètres pour que, si ça tombe, il nous jette quand on arrive…
- Escobar ?! Alors là ça m’étonnerait ! Il est gentil comme tout…
- Qu’est-ce t’en sais ? Tu le connais pas… C’est peut-être un air qu’il se donne comme ça pour mieux appâter les filles… Et une fois qu’il les a entre les griffes…
- Oh, toi, tout de suite ! Mais non ! Tout le monde le sait qu’il est adorable…
- N’empêche que de voir arriver comme ça cinq petites nanas d’un coup…
- Ben, c’est lui qu’a demandé, hein, pour ses peintures… Fallait pas qu’il demande s’il voulait pas…
- Oui, mais le dimanche il a dit… Et on est mardi…
- Ça ira plus vite comme ça… Il sera content…
- C’est idiot… D’aller vite… C’est idiot… Faut traîner tant qu’on peut au contraire… Et faire les mauvaises têtes… Qu’il ait plein de raisons de nous la donner la fessée…
- Les filles, ça me fait peur…
- Parce que t’en as jamais eu… T’en aurais eu, comme nous, tu pourrais plus t’en passer…
- Vous me laisserez pas être la première, hein ?!
- Oh, non… Non… T’inquiète pas… Je me dévouerai…
- Et pourquoi toi ?
- Parce que c’est moi qu’ai eu l’idée…
- C’est pas une raison, ça !
- Ah, ben si, si ! Et en plus c’est moi qui conduis…
- Tu m’agaces, tiens, à vouloir toujours te pousser devant les autres comme ça ! Pour tout…
- Bon, les filles, les filles… On va quand même pas se disputer…
- De toute façon n’importe comment c’est lui qui choisira, alors !
- Il voudra peut-être pas nous la mettre à toutes ?
- Oui, ben alors là je suis bien tranquille… Tu crois quand même pas qu’il va laisser passer une occasion pareille ?
- Non, mais vous vous rendez compte ? On va se faire fesser par Escobar… Non, mais je rêve, là… Je rêve… Quand je vais raconter ça à mes copines…
- J’ai pas de conseil à te donner, mais moi, à ta place, j’éviterais…
- Oui, moi aussi…
- Ben pourquoi ?
- Parce que tout le monde voit pas les choses comme nous… Et que si tu tiens pas à en prendre plein la gueule…

- On y est… C’est là…
- T’es sûre ?
- Certaine…
- Mais… Mais c’est quoi toutes ces bagnoles ?
- Et toutes ces nanas ?
- J’ai bien peur que…
- Que quoi ?
- Qu’on soit pas les seules à avoir eu l’idée…
- Hein ? Mais c’est dégueulasse… Il nous a pas fait ça quand même ?

- Bonjour… Il est pas là Jean-Philippe ?
- Il est pas là, non… Vous venez pour les peintures ?
- Ben oui… Oui… On s’était dit… On avait pensé…
- Et vous avez bien fait… Il y a du travail pour tout le monde…
- S’il est pas là…
- Il sera là ce soir…
- Ben oui, mais…
- Il nous a donné pleins pouvoirs…
- Ce qu’on aurait voulu, c’est…
- Qu’il vous en colle une en personne… Ça, on a bien compris… Seulement vous êtes déjà quarante-deux… Et il va forcément en arriver d’autres… Alors vous vous doutez bien qu’il lui sera matériellement impossible, même avec la meilleure volonté du monde, de s’occuper de chacune en particulier… Il a bien fallu qu’il délègue… Et si vous voulez lui faire plaisir… Vous voulez lui faire plaisir ?
- Oh, ben oui ! Pour ça, oui !
- Alors vous prenez un rouleau et vous vous mettez au travail… Avec autant de sérieux et de conviction que possible… Comptez sur nous pour y veiller… Et pour vous redonner du cœur à l’ouvrage si vous en manquez… Comme nous nous y employons, depuis ce matin, avec toutes celles qui vous ont précédées ici… Imaginez la satisfaction de Jean-Philippe, ce soir, quand il rentrera, devant le spectacle de cette multitude de derrières généreusement rougis… À coup sûr cela nous vaudra un dessin, sinon plusieurs… Et peut-être… peut-être que pour l’une ou l’autre d’entre vous… On ne sait jamais… Bon, mais vous décidez quoi ?... Oui… Oui… Vous ne le regretterez pas, vous verrez… Alors vous deux dans la petite pièce en haut à droite… Et les trois autres dans la grande salle du bas… Au boulot !

lundi 19 décembre 2011

Souvenirs d'avant ( 25 )

25-

Un bellâtre à cheval qui passe et repasse dans la rue. Dans la rue où je tiens boutique.
- Quel est donc ce bougre ? Que fait-il par ici ?
Perrine l’ignore. Ou feint de l’ignorer.
- N’aurait-il pas des visées sur Margot par hasard ?
- Oh, non, mon maître, non… Assurément non…

Peut-être pas. Mais qu’il plaise à Margot, ma femme, cela ne fait, semble-t-il, aucun doute. Elle qui se précipite sur le trottoir, sous les prétextes les plus divers, dès qu’elle croit reconnaître le pas de son cheval. Elle qui en revient, chaque fois que c’est effectivement lui, toute guillerette, le rose aux joues, et chantonne le reste de la matinée en sourdine…

- Tu sors ?
- Oui… J’ai à faire…
Et où va-t-elle, elle qui ne quitte d’ordinaire jamais la boutique ?
- Et que te chaut ? Prétendrais-tu me retenir prisonnière ? Et qu’as-tu à craindre ? Perrine m’accompagne. Elle ne me quittera pas…

Justement ! Raison de plus… Elles s’entendent comme larronnes en foire toutes les deux…

Léandre cligne des yeux d’un air entendu…
- Mais reste discret ! N’éveille pas leur attention…
- Que mon maître se rassure ! J’ai de nombreux amis. Auxquels j’ai rendu service. Qui se substitueront à moi pour savoir où elles vont…
- Tu seras largement récompensé…
- Je n’en attendais pas moins de votre bonté…

Elles sont rentrées. Elles conversent, avec animation, à voix basse toutes les deux. …
- Eh ! Est-ce ainsi que le travail se fait ?
Elles pouffent de rire…

- Alors, Léandre ?
- Alors… Eh bien elles se sont rendues chez la Séguier… La Séguier, c’est une vieille femme dont la tanière, sise rue Quincampoix, regorge de philtres, d’onguents et de poudres de sa fabrication au moyen desquels elle prétend guérir la plupart des maux existants…
- Mais elle n’est pas malade !
- La Séguier prétend disposer de bien d’autres pouvoirs… Elle fait et défait, paraît-il, les couples à sa guise…
- Mais quel diable de femme est-ce donc là ?
- Mon maître devrait lui rendre visite. Il en jugerait par lui-même…

Elles montent et descendent la rue en y répandant, à la volée, une poudre grisâtre qu’elles puisent, à tour de rôle, dans une petite besace. Et en jetant constamment des coups d’œil à la dérobée autour d’elles…

- Ma femme est venue te voir…
- Je ne me souviens pas…
- Cela devrait te rafraîchir la mémoire…
Trois pièces d’or poussées sur la table devant elle…
- La mémoire me revient… Doucement… Très doucement…
Deux autres… Encore une…
- Elle est venue en effet… Et elle reviendra…
- Que voulait-elle ?
- C’est un secret qu’il ne m’appartient pas de dévoiler sauf si…
- Si ?...
- Si vous vouliez vous montrer très généreux… Mais vraiment très très généreux… Auquel cas vous pourriez même, dissimulé derrière ces paravents qui ne paient pas de mine, entendre et voir tout votre saoul… Gageons que vous ne serez pas déçu… Je ferai d’ailleurs en sorte que vous ne le soyez pas…

jeudi 15 décembre 2011

Escobarines: La tricheuse


- Ah, mais j’entends parler… T’es pas toute seule ?
- Je suis pas toute seule, non…
- Je reviendrai alors… Je passais juste comme ça… Je veux pas déranger…
- Mais tu déranges pas… On est entre nous… Entre filles de là-bas… Allez, entre !

- Tiens, mais c’est Mélissa ! On parlait justement de toi …
- De moi ?
- Ben oui ! On t’a pas revue depuis le concours… On se demandait ce que t’étais devenue…
- Oh, ben rien, rien… Je me repose… J’en avais sacrément besoin…
- Faut reconnaître que t’as fait fort… Sortir première de la promo…
- J’en suis aussi surprise que vous…
- Tu peux ! Parce qu’au vu de tes résultats tout au long de l’année…
- Mais il y en a, comme toi, qui le jour des épreuves sont capables de se surpasser…
- Surtout avec les moyens qu’offre aujourd’hui la technologie…
- Et des surveillants un peu âgés qui en ignorent à peu près tout…
- Qu’est-ce que vous insinuez ?
- On n’insinue rien du tout… On affirme…
- Que tu as triché…
- Hein ? Mais jamais de la vie !
- Pas à nous, s’il te plaît ! Pas à nous ! Quatre témoins on a… Qui ont parfaitement perçu ton petit manège…
- J’ai fait de tort à personne…
- Ben si, justement, si ! C’était pas un examen… C’était un concours… T’as volé la place de quelqu’un…
- Qu’est-ce que vous allez faire ? Pas me dénoncer quand même ?
- C’est justement la question qu’on se posait quand t’es arrivée…
- Vous pouvez pas faire ça !
- Bien sûr que si on peut… Ils vont reprendre tes copies les examinateurs… Et les considérer d’un tout autre œil…
- Et tu n’auras plus le droit de te présenter à aucun concours… Pendant au moins dix ans…
- Mais c’est horrible ! Qu’est-ce que je vais devenir ?
- Ça, c’est ton problème… Fallait y réfléchir avant…
- Oh, non, non ! Je vous en supplie…
- Il y aurait bien une solution…
- Oh, oui, dites ! Dites !
- C’est qu’on règle ça entre nous…
- Oh, oui ! Oui ! Tout ce que vous voudrez…
- Tout ce qu’on veut ?… Tu prends des risques… Bon, mais va à côté… Et ferme la porte… Qu’on statue sur ton sort…

- Déshabille-toi !
- Que je me… ?! Mais pour quoi faire ?
- Tu verras bien ! Déshabille-toi, on t’dit ! Allez ! Tout ! La culotte aussi ! Voilà… Et viens ici ! Là ! En travers de mes genoux…
- Oh, non, non ! Tu vas pas ?...
- Te mettre une fessée ? Si !
- Pas à mon âge quand même !
- Fallait pas la mériter… Maintenant, si tu préfères, tu te rhabilles et nous, on va…
- Non ! non !
- Alors tu sais ce qui te reste à faire… Eh ben voilà ! Vous la tenez, vous autres ? Qu’elle aille pas gigoter dans tous les sens…

- Ouche ! La vache ! T’as pas fait semblant, dis donc !
- Ce n’était pas le moins du monde mon intention…
- Comment ça brûle !
- C’était le but… Mais qu’est-ce t’es en train de faire là ?
- Ben… Je me rhabille…
- Personne te l’a demandé…
- Je croyais… Je pensais…
- Que c’était fini ? Bien sûr que non… On est six…
- Mais vous allez pas… !
- T’en donner une chacune ? Bien sûr que si !
- Hou la la !
- Comme tu dis, oui ! Mais on est pas pressées… On a tout notre temps… Alors en attendant va donc faire un petit tour au coin ! Mais non ! Pas celui-là ! Celui d’en face ! Qu’on te voie bien !

lundi 12 décembre 2011

Souvenirs d'avant ( 24 )



24-

Un valet fait brusquement irruption dans ma chambre.
- Le maître… Le maître…
- Eh bien quoi ?! Parle !
- Le maître… Le seigneur Amauri… Il est revenu… Il n’est pas…
- Que dis-tu ?
Je me précipite.

- C’est toi ! C’est bien toi !
Je le touche. Je le tâte.
- Tu es vivant !
- Par Dieu, oui ! Et en pleine santé. Ce dont Berthe – que je vais aller retrouver de ce pas – pourra témoigner.
- Non. Attends !
- Attendre ?! Alors que ce moment-là j’y aspire depuis des mois ?! Certes non…
- C’est que…

Mais il n’écoute pas. Il gravit l’escalier à la course.
Un hurlement. Un autre.
- Il l’a tué !

Aimé gît dans son sang.
- Qu’on l’emporte ! Qu’on aille pendre sa dépouille à un arbre vis-à-vis des remparts…

- Regardez-le votre bel amant, Madame ! Le trouvez-vous donc toujours aussi séduisant ?
Elle garde la tête obstinément baissée. Il la tire par les cheveux pour l’obliger à la relever. Elle ferme les yeux.
- Rouvrez-les, Madame, c’est un ordre !
Auquel elle n’obéit pas.
- Rouvrez-les ou je vous fais fouetter…

On la dénude.
Le fouet s’abat. Sur son dos. Sur ses fesses. Sur ses cuisses.
- Ouvrez les yeux, Madame !
Elle s’y refuse.
Les coups redoublent.
- Obéissez !
Non. De la tête. Non.
- Fort bien. Ils ne vous servent à rien ? On va vous les crever.
Elle les rouvre.

- Regardez, Madame ! Regardez comme il se balance mollement au gré du vent. N’est-il pas beau ainsi ? Beaucoup plus encore que de son vivant. Ne trouvez-vous pas ?

Venez ! Venez maintenant ! Venez faire la connaissance de votre nouvelle demeure…
Un cachot. Un cachot minuscule où elle aura à peine la place de se tenir couchée…
- Mais n’ayez crainte ! Je viendrai vous en tirer. Deux fois par jour. Que vous puissiez assister au festin que vont faire les corbeaux de votre bel amant…

La porte se referme sur elle. Les gardiens tirent les verrous.
Il s’éloigne dans un grand éclat de rire…

jeudi 8 décembre 2011

Escobarines: Au Secours Charitable



Mardi 12 Octobre 1920

J’ai intégré, au début du mois, la communauté du Secours Charitable. Que pouvais-je faire d’autre, désormais privée, à 23 ans seulement, du soutien de mes chers parents ? Les autres pensionnaires ont, elles aussi, traversé de bien terribles épreuves. On les évoque ensemble, la nuit, quand la surveillante s’est endormie. Et on pleure…

Je ne suis pourtant pas malheureuse. Certes la discipline est rigoureuse et les fautes graves sont sévèrement punies. Pour notre bien. Pour que nous ne devenions pas – on nous le répète assez – des filles perdues. Mais on mange à notre faim et le travail – on fabrique des chapeaux – n’est pas trop pénible. Les autres jeunes filles se plaignent de la multiplicité des offices religieux. Moi non. Parce qu’on y chante. Et que j’ai toujours éprouvé un ineffable bonheur à chanter…


Jeudi 28 Octobre 1920

Alice a été corrigée, fesses nues, au réfectoire, devant tout le monde. Elle avait gravement manqué de respect à notre directrice. Les mots qu’elle lui a lancés, avec insolence, je me refuse à les écrire ici… Une chose est sûre en tout cas, c’est qu’elle a amplement mérité ce qui lui est arrivé. On ne trouve personne – aucune d’entre nous – pour prendre sa défense.


Mercredi 3 Novembre 1920

Quelque chose de léger dans la nuit. Sur ma joue. Sur mon front. Quelque chose que je repousse. Une fois. Deux fois. Quelque chose qui insiste. Qui me sort du sommeil. Des lèvres…
- Mais qu’est-ce que ?
- Chut ! Tais-toi ! Tu vas réveiller la surveillante…
Des lèvres. Des lèvres qui se posent sur les miennes. Qui me font taire. Des lèvres. Celles de Dorothée…
- J’ai envie ! J’ai trop envie…
Des lèvres qui entrouvrent les miennes. Qui s’y insinuent. S’y engouffrent. Ses mains me cherchent sous les draps. Son souffle se fait court.
Dans un lit plus loin quelqu’un bouge. Parle. Se redresse. Elle s’enfuit…


Vendredi 5 Novembre 1920

- Il viendra personne ici…
Dans la serre…
- Et pour peu qu’on soit revenues à temps…
Elle m’attire contre elle. Ses yeux brillent. Encore ses lèvres. Au goût de miel et de framboise mêlés. Ses mains sous la veste d’uniforme. Sous la jupe d’uniforme. Ses mains qui me dessinent. Qui me creusent. Je m’abandonne...
Elle me dévêt…
- Laisse-toi faire ! Je veux ! Je te veux !
Je suis dévêtue. Je suis nue. Complètement. Pour elle…
- Tu es belle ! Comme tu es belle !
Sa bouche. Ses mains. J’enfouis les miennes dans ses cheveux. Je la presse contre moi. Ça monte doucement. Ça fait des cercles. Ça me traverse…Ça explose. Je me blottis contre elle…



Lundi 8 Novembre 1920

Et encore… Elle sourit…
- Ce que tu aimes le plaisir !
- Avec toi ! Parce que c’est avec toi… Que tu sais en donner…
- Je t’adore…
- T’en as pas, toi, avec moi !
- Mais si !
- Non… Pas vraiment… Je le vois bien… Je voudrais tant, tu sais… Dis-moi… Quelque chose que tu voudrais… Que tu aimerais par-dessus tout… Que je te le fasse… Que je te le donne…
- Tu veux vraiment ?
- Oh, oui, oui ! Dis !
- Tu sais, Mademoiselle Valiergue, la prof de chant, eh bien quand il y en a une qui chante faux pendant les répétitions elle lui met la fessée… Et pas qu’un peu !
- Mais je chante pas faux !
- Non, mais tu pourrais…
- Ah, oui, je comprends, oui… C’est ça que tu veux… Je le ferai… Pour toi…


Mercredi 10 Novembre 1920

Je l’ai fait. Non sans mal. Mademoiselle Valiergue m’a d’abord considérée d’un air surpris…
- Mais enfin qu’est-ce qui vous arrive ?
Puis scandalisé…
- Vous ! Vous !
Et enfin furieux…
Cette fois vous n’allez pas y couper…
Je n’y ai pas coupé.
Elle a tapé fort. Très fort. À la mesure de la déception que je lui causais…
Et elle m’a laissée nue…
- Que ça vous serve de leçon ! Et d’exemple aux autres…
Dorothée m’a discrètement et amoureusement caressé les fesses…
- Merci… Oh, merci ! Je te revaudrai ça…

lundi 5 décembre 2011

Un grand merci à Emma qui, après avoir si gentiment illustré chacun des chapitres de "Belle-soeur, beau-frère" ( voir ci-contre )a bien voulu mettre en dessin les chapitres 23 et 24 des "Souvenirs d'avant"


Vous pouvez la retrouver ici:


http://emmapage.canalblog.com/

Souvenirs d'avant ( 23 )




23-

Le seigneur Amauri de Joux se prépare pour la croisade.
Pour la vingtième fois au moins il me fait ses recommandations…
- En mon absence prends soin de tout, mon fidèle compagnon. Je compte sur toi. Mais surtout veille sur ma femme. Veille sur Berthe. S’il lui arrivait quelque malheur que ce soit je ne m’en remettrais pas…

Il y a eu des pleurs. Des embrassades. Encore des pleurs. Encore des embrassades. Et il est parti.
Il s’est retourné une dernière fois, avec un signe de la main, avant de disparaître, au sud, derrière le petit bois.
Elle, elle est restée, en larmes, à la fenêtre. Quand la nuit est tombée elle y était encore.

Ses journées, elle les passe dans sa chambre à attendre en se lamentant son retour.
- Sortez, Madame, allez prendre l’air, nourrissez-vous, je vous en conjure ! Vous vous affaiblissez de jour en jour. Que dira votre mari, à son retour, s’il vous découvre ainsi exsangue ?

Alors elle sort. Un peu. Elle fait, à petits pas, le tour des remparts. S’y attarde à fixer, au loin, pendant des heures, quelque chose qu’elle est la seule à voir.

Un nuage de poussière. Qu’elle a aperçu la première. Elle m’agrippe le bras. L’enserre à le briser… Ca approche… Elle relâche son étreinte…
- Non… Ce n’est pas son cheval…

Ce n’est pas lui. Mais c’est…
- Aimé !
Aimé de Montfaucon. Son compagnon de jeux. Celui avec qui elle a passé son enfance.
Elle se précipite à sa rencontre.

- Mais… tu es blessé !
On l’aide à descendre de cheval. Il grimace de douleur.
Il est blessé, oui. Et…
- Je ne suis pas porteur de bonnes nouvelles.
Elle s’accroche à mon bras.
- Amauri ?
- Amauri… Oui…
Elle s’appuie de tout son poids contre moi.
- Il n’est pas ? Réponds-moi, Aimé, je t’en supplie, réponds-moi ! Il n’est pas ?
- Il va te falloir être très courageuse.
Elle s’écroule à mes pieds sans connaissance.

Elle l’a installé au château.
- Le temps qu’il guérisse… Qu’il reprenne des forces.
Elle passe le plus clair de son temps avec lui. Elle le panse. Elle le soigne. Elle lui tient la tête pour qu’il boive.
Et ils parlent. Ils parlent des heures durant.

Elle recommence à rire. Un peu. De plus en plus.
Il va mieux. Il fait le tour des remparts, appuyé à son bras.

Il est guéri.
À table il occupe maintenant la place du maître.
À la chasse il monte ses chevaux.

Il dort dans son lit. Avec elle.

jeudi 1 décembre 2011

Escobarines: Honte


C’est moi !
- Eh bien entre ! Oh, tu as pleuré, toi !
- Un peu…
- Un peu ? Beaucoup tu veux dire, oui ! Qu’est-ce qui se passe ? Encore un amoureux qui n’a pas été gentil avec toi ?
- Non… Pas cette fois, non…
- C’est quoi alors ? Raconte ! Tu sais bien que tu peux tout me dire… Que je peux tout entendre…
- C’est que… c’est pas facile…
- Essaie toujours… Viens là ! Près de moi… Viens là et essaie…
- Elle me l’a encore fait…
- Qui donc ? Quoi donc ?
- Ben elle ! Elle m’a fouettée… À mon âge ! À vingt ans passés… Tu te rends compte ?
- Probable que tu avais encore dû faire ta vilaine…
- Un peu… Un peu quand même, oui…
- Un peu ou beaucoup ?
- Ben…
- Parce que quand tu t’y mets, toi !
- Je peux pas m’empêcher…
- Si tu le voulais vraiment…
- Je sais, oui…
- Tu pourrais essayer… Au moins essayer… Non ? Tu ne crois pas ?
- Si !
- Bon… Mais elle a tapé fort ?
- Ah, oui alors ! Tu verrais ça !
- Eh bien fais voir !
- Je…
- Allons, ne fais pas l’enfant ! Fais voir, j’te dis !

- Ah, oui ! Oui… Oh la la, oui ! Elle t’a pas loupée, dis donc !
- La dernière fois t’avais une crème qui m’avait drôlement calmée…
- Je l’ai toujours… Laisse-moi juste l’attraper… Là… Penche-toi ! Appuie-toi sur moi… Sur mes genoux… Là… Ça te fait du bien ?
- Oh, oui que ça me fait du bien, oui ! Parce que comment ça me brûlait ! Continue ! Continue ! T’arrête pas surtout…
- Je n’en ai pas du tout l’intention…

- Tu dis plus rien ?
- Non… Non… Je…
- Savoure ?
- Ca me…
- Fait des choses… Oui, ben ça je vois bien…
- Arrête !... Non, arrête sinon je vais…

- Eh ben ça y est tu as… Et t’as pas pas fait semblant…
- J’ai honte…
- Menteuse !
- Oh, si, si, c’est vrai, hein !
- Mais c’est tellement bon la honte, non ?
- Quelquefois… Ça dépend…

- Bon… Et si maintenant tu me disais la vérité ?
- La vérité ? Quelle vérité ?
- À propos de cette fessée…
- Hein ? Mais il y en a pas de vérité… C’est juste ce que je t’ai dit… Qu’elle m’a fouettée… Parce que – et ça c’est vrai, je reconnais – j’ai été odieuse avec elle…
- Je veux la vérité…
- Mais c’est ça !
- Tu sais très bien que non…
- Je… Je peux pas…
- Mais si ! Qui c’est qui t’a fait ça, Anne-Lise ?
- C’est… C’est moi…
- Ah, ben tu vois ! Tu vois que tu y arrives ! Et pourquoi ?
- Pour que… Pour que tu m’en passes de la crème… Comme la dernière fois…
- Sauf que cette fois-ci…
- Le dis pas ! Le dis pas !
- Non… C’est toi qui vas le dire…
- Oh, non !
- Bien sûr que si !
- J’ai…
- Tu as ?
- Joui… J’ai honte…
- Ce dont tu devrais surtout avoir honte, c’est d’avoir menti…
- Je sais, oui…
- Ça mérite, non ?
- Si…
- Ça mérite quoi ? Dis-le !
- Une fessée…
- Que tu vas recevoir… Et pas plus tard que tout de suite…

lundi 28 novembre 2011

Souvenirs d'avant ( 22 )

22-

- Demain, c’est… ?
- Le 28 Décembre. La Fête des Innocents. Oui, je sais…
- Et qu’est-ce qu’on fait ce jour-là ?
Elle ne répond pas. Elle fait mine de n’avoir pas entendu.
- Ce jour-là, on va dénicher, au petit matin, les vilaines paresseuses qui traînent encore au lit et on leur donne des petites tapes sur les fesses pour les faire lever… Peut-être que tu t’attarderas au lit, toi aussi, demain ?
- Oui, ben alors ça, n’y compte pas ! Je suis très matinale. Surtout ce jour-là.
- Ce ne serait que justice pourtant !
- Qu’est-ce donc qui serait justice ?
- Que je sois dédommagé de t’avoir si souvent évité d’être fouettée par le maître…
- Je serai levée… C’est comme ça…

À tout hasard. Au cas où… Et… Mais oui… Elle est là. Elle dort.
- Debout, grande paresseuse, debout !
Je tire les couvertures jusqu’au pied du lit.
- Allez, debout !
Une quinzaine de petites claques, en pluie, sur ses fesses dénudées.
- Debout !
Elle a enfoui la tête dans l’oreiller. Elle ne bouge pas.

- Debout ! Debout ou je tape pour de bon…
Pas la moindre réaction.
- Tu l’auras voulu !
Une vingtaine cette fois. Bien appuyées. Bien claquantes.
- Allez, debout !
- J’ai rien senti…
- Oh, alors là ! Alors là !

- Tu m’as fait mal.
Elle renifle.
- Tu l’avais cherché. Tu l’as pas cherché ?
- Si ! Console-moi maintenant ! Prends-moi dans tes bras…

Elle se blottit contre moi. M’enlace. Je lui parcours doucement les fesses. Du bout des doigts…
- Ca fait du bien. Comment ça fait du bien. Continue ! T’arrête pas !
Je n’en ai pas du tout l’intention.

Dans mon cou elle respire plus vite. Plus fort.
Sa main descend. Se pose.
- Tu es tout dur. Tu as envie. Comment tu as envie !
La mienne s’insinue entre ses fesses…
- Et toi donc ! Tu es toute trempée.
- Viens ! S’il te plaît, viens !

Chaque après-midi le maître fait sa sieste.
Et chaque après-midi, dès qu’on l’entend ronfler, on court s’enfermer, Guillemette et moi. Dans sa chambre. Ou dans la mienne.
Elle y étouffe ses cris dans l’oreiller.

La porte. Brusquement ouverte.
Le maître. Un fouet à la main.
- Ah, les bougres ! J’en étais sûr…
Et il abat son fouet. À toute volée. Au hasard. Sur elle. Sur moi. Sur nous…

jeudi 24 novembre 2011

Escobarines: Donnant donnant








- D’où tu viens donc comme ça, Fanchon ?
- D’aider le maître…
- Et à quoi donc, s’il te plaît ?
- À tout mettre en place pour faire le cochon ce demain…
- Vous y avez employé bien du temps…
- C’est qu’il y avait de l’ouvrage !
- Que vous avez dû interrompre souvent pour que tu t’en retournes si tard…
- Oh, non point tant, ma maîtresse…
- Mais vous l’avez interrompu…
- Un peu… Seulement un peu… Très peu…
- Et sous quel motif ?
- C’est que le maître voulait…
- Il voulait quoi le maître ? Regarde-moi, Fanchon… Il voulait quoi ?
- Moi, je ne voulais pas, ma maîtresse, je vous jure…
- Tu y as pourtant consenti… Et de bonne grâce…
- Si je refuse au maître ce qu’il veut…
- Tu ne t’es guère défendue… Ne mens point…
- Ma maîtresse…
- Et tu y as trouvé ton compte… Non ? Tu n’y as pas trouvé ton compte ? Regarde-moi ! Regarde-moi et réponds…
- Ce n’est pas ma faute…
- Ah, non ?! De qui donc serait-ce la faute alors ?
- Je suis faite comme ça, ma maîtresse, et j’ai beau…
- Tu es faite comme ça… Non, mais la belle excuse que voilà ! Bon, alors tu sais pas ? Tu vas aller rassembler tes affaires et…
- Oh, non, non ! S’il vous plaît, ma maîtresse ! Je vous en supplie… Ne me jetez pas dehors… Je ne recommencerai pas… Jamais… Je vous promets…
- Tu sais parfaitement que tu ne tiendras pas ta promesse… Que tu en es incapable…
- Oh, si, si ! Vous verrez…
- Non, tu ne la tiendras pas, non ! Et c’est tant mieux…
- Comment cela ?
- Tant mieux, oui… Tu crois que je ne suis pas lasse depuis le temps de subir ses assauts ? De devoir me laisser chevaucher chaque soir par cette bête en rut soufflante, bavante, crachotante et transpirante ? Non, non, Fanchon, je te garde… Mais j’y mets des conditions…
- Tout ce que ma maîtresse voudra…
- C’est que tu me l’épuises… Que tu me l’aies tant sollicité dans la journée qu’il ne puisse avoir d’autre envie, le soir, que celle de s’endormir, terrassé, le plus vite possible, du sommeil du juste…
- Oh, alors là, comptez sur moi ! Je vous le rendrai si exténué qu’il ne pourra redresser ne fût-ce que le bout du petit doigt…
- Point trop quand même… Que n’en pâtisse pas le labeur de la ferme… Va ! Tu peux aller…
- Le retrouver ?
- Si le cœur t’en dit…


- Tu ne tiens pas tes engagements…
- Ah, si, ma maîtresse, si !
- Non point… Hier soir encore j’ai dû subir des étreintes qui me répugnent…
- Ce n’est pas faute, je vous l’assure, d’avoir joué longuement avec lui à la bête à deux dos…
- Insuffisamment sans doute…
- Trois fois pourtant… Trois fois dont il m’a paru – surtout la dernière – particulièrement satisfait… Ce qu’il apprécie surtout, c’est…
- Peu me chaut la façon dont tu t’y prends… Seuls m’importent les résultats… Des résultats que tu n’as pas su obtenir… Que d’autres que toi seront sans doute beaucoup mieux à même de…
- Oh, non, ma maîtresse, non… Vous n’aurez plus à vous plaindre de moi, vous verrez… Plus jamais… Je mettrai tout en œuvre pour que vous soyez satisfaite…
- J’y compte bien… Et si tu veux demeurer à mon service tu y as tout intérêt… Mais en attendant reconnais que tu as mérité d’être punie pour t’être aussi mal acquittée de la mission que je t’avais confiée… Allons, approche !
- Ici, ma maîtresse ? Et si le maître surgit ?
- S’il surgit ça le mettra pour sûr en appétit.. Et nous n’aurons, pour des raisons certes fort différentes, qu’à nous en louer… L’une comme l’autre…

lundi 21 novembre 2011

Souvenirs d'avant ( 21 )

21-

Une auberge. J’y suis aux fourneaux. Et Guillemette en salle.
- Mais pas touche ! Personne.
Et elle remet vertement en place les audacieux dont les mains tendent à s’égarer.

Il n’y a qu’à Thibaut qu’elle laisse faire tout ce que bon lui semble, l’après-midi, quand l’aubergiste fait sa sieste. Ils disparaissent tous les deux derrière la haie au fond du potager.
Elle n’en revient que longtemps après toute décoiffée, les joues fiévreuses, les yeux brillants...

- Elle est où Guillemette ?
Il s’est levé beaucoup plus tôt que d’habitude. Il fronce le sourcil.
- Partie chercher de l’eau au puits. Elle ne va pas tarder.
- Vaudrait mieux. Parce qu’il y a de l’ouvrage…

Elle le chevauche avec ardeur. Ses fesses s’ouvrent et se ferment. Ses seins se balancent en cadence. Une douce mélopée s’échappe de ses lèvres entrouvertes.
- Guillemette !
Elle se retourne, me lance un regard d’abord stupéfait, puis furieux.
- Le maître, Guillemette ! Il te cherche…
- Le…
Elle se relève d’un bond, brusquement dégrisée.
Tandis qu’elle se rajuste, à la hâte, je puise de l’eau, lui tend le seau.
- Allez, vite ! Va vite !

- Je t’ai tirée, reconnais-le, d’un fort mauvais pas.
Elle le reconnaît. Du bout des lèvres.
- Il t’aurait fouettée et il aurait fait étriller ton galant.

Lequel ne vient plus…
- Il a peur, hein ?!
- Mais non, mais…

Il revient. Un peu. Rarement. De plus en plus souvent. Presque tous les jours. Tous les jours.
- Mais tu guettes, hein ?! Et tu préviens…

Je guette. Je m’acquitte scrupuleusement de la mission qu’elle m’a confiée. Je guette. Non pas l’aubergiste qui dort là-haut des après-midis entières. Non. C’est eux que je surveille : du fenil, en face, on a une vue imprenable sur tout ce qui se passe en contrebas de la haie. Je les regarde se mettre en train. S’embraser. Je l’écoute psalmodier son plaisir, transfigurée.

Je ne m’en lasse pas. Elle, si. Ou lui. Ou les deux. Ils se font moins ardents. Restent parfois – de plus en plus souvent – longuement étendus, côte à côte, sans que leurs corps se joignent.
Il vient moins à nouveau. De moins en moins. Plus du tout…

Et puis il y en a un autre. Un autre qu’elle serre contre elle avec passion. Auquel elle s’abandonne en grandes vagues moutonnées. Un autre qui la fait hurler de bonheur.

Ils se sont endormis, épuisés, l’un contre l’autre. Lui sur le dos. Elle sur le ventre, ouverte.
Toute luisante de plaisir.
Je la regarde. Longtemps.

- Guillemette !
Elle se serre plus fort contre lui.
- Guillemette !
Elle sursaute. Se redresse.
- Le maître ! Il descend. Et s’il ne te trouve pas à l’ouvrage…

jeudi 17 novembre 2011

Escobarines: Tout se sait


- Alors ? Vous vous êtes bien amusées ?
- Oh, oui, oui ! Une de ces ambiances il y avait !
- Il assurait le DJ, ça, on peut pas dire !
- Et il y avait de ces beaux mecs en plus !
- Vous n’avez pas bu plus que de raison au moins ?
- Oh, non, non, Tatie, tu nous connais…
- Justement… C’est parce que je vous connais… Quand vous vous lâchez toutes les trois vous n’avez plus de limites…
- Oh, quand même !
- Je sais ce que je dis… Et je ne tiens pas à ce que vous finissiez dans un fossé…
- T’inquiète pas ! On fait attention…

- Asseyez-vous ! Toi aussi, Tania…
- J’ai un coup de fil à passer…
- Tu le passeras après… Faut qu’on parle… Vous savez que vous étiez le centre de toutes les conversations ce matin en ville ?
- Nous ?
- Vous, oui ! Jouez bien les innocentes…
- Non… Mais on sait pas, hein ! Si, c’est vrai ! Pourquoi ?
- Vous ne m’avez pas tout dit de votre petite soirée en boîte d’avant-hier… C’est vous qui avez assuré le spectacle, à ce qu’il paraît…
- Oooooh ! Mais comment ils sont les gens ici ! D’un arriéré ! C’est pas possible d’être arriéré comme ça… Parce que… Oui, on a dansé les seins à l’air… Et alors ? Aux States c’est sans arrêt que ça se fait… Partout… A des tas d’occasions… Le mardi gras… Les anniversaires… En boîte aussi… A chaque fois t’as des tas de filles dépoitraillées… C’est comme ça… Et personne y trouve rien à redire…
- Sauf que vous n’avez pas montré que vos seins…
- Mais il passent leur temps à espionner ici, c’est pas possible !
- Vous l’avez fait ou pas ? Vous vous êtes complètement déshabillées ?
- Oui, mais oh, tu parles ! Il les avait éteints les projecteurs… C’était dans le noir…
- Et dans le noir tout le monde a pu voir que, de vous trois, Tania était la seule à ne pas être intégralement épilée… Ils sont doués les gens dans l’obscurité…
- Non, mais… on avait un peu bu et…
- Un peu !? Vous étiez saoules à pas tenir debout, oui, à ce qu’on m’a dit… Ah, on peut vous faire confiance… Ca fait plaisir… Et de quoi j’ai l’air, moi, maintenant, hein ?! De quoi j’ai l’air ? Vous pouvez me dire ? Les nièces de la pharmacienne se foutent à poil en boîte de nuit… Tout le pays en fait des gorges chaudes… Ah, j’ai bonne mine !
- Excuse-nous, Tatie…
- Oui, excuse-nous… On savait plus ce qu’on faisait…
- Et le type du micro il en a profité, du coup, pour nous pousser tant qu’il a pu à nous désaper…
- Vous vous seriez pas mises dans un état pareil aussi !
- On recommencera plus… On te promet…
- Encore heureux ! Manquerait plus que ça ! Ah, ils vont être contents vos parents quand ils vont apprendre à quoi vous vous amusez, toutes les trois, pendant vos vacances !
- Tu vas pas leur dire ?
- Oh, non, hein, tu vas pas faire ça !?
- Je vais me gêner ! C’est un service à vous rendre en plus !
- Qu’est-ce qu’elle va me passer ma mère !
- Et moi, mon père ! Il va me foutre dehors, oui…
- Oh, non, ma petite Tatie, tu peux pas nous faire ça ! Tu peux pas… On recommencera pas… On te l’a dit… On t’a promis…
- Vous comptez quand même pas vous en tirer comme ça ?
- Oh, Tatie, va !
- Ah, non ! Non ! Ce serait trop facile… Comme des gamines vous vous êtes comportées… De véritables gamines… Et ce que vous mériteriez, tiens ! c’est que je vous traite comme telles… Que je vous flanque, à toutes les trois, une bonne fessée carabinée qui vous remette les idées en place… Et d’ailleurs… c’est ce que je vais faire…
- Oh, non, quand même, Tatie… On a passé l’âge…
- Oui, oh, alors ça ! La preuve que non ! Bon, mais vous savez pas ? Je vais vous laisser le choix… Ou bien on règle gentiment ça entre nous ou bien on met papa-maman au courant…
Vous avez jusqu’à ce soir pour réfléchir…

- Alors ? Qu’est-ce qu’on a décidé ?
- Ce que t’as dit, Tatie…
- La fessée ? Ah, ben vous voyez que vous pouvez vous montrer raisonnables quand vous voulez…

lundi 14 novembre 2011

Souvenirs d'avant ( 20 )

- Elle a bien des qualités, ma chère, ta nouvelle recrue ! Mes compliments !
Elle s’est inclinée en souriant.
- Si ma maîtresse est satisfaite…
- Elle l’est. Garde-moi cette petite merveille à proximité. Qu’elle soit à ma disposition chaque fois que j’en manifesterai le désir…
- Il en sera fait selon vos ordres…

- Restaure-toi ! Reprends des forces ! Tu vas en avoir besoin. Elle n’a pas fini de te solliciter. Je la connais. Quand l’un de ses eunuques lui plaît – lui plaît vraiment – elle ne jure plus que par lui…

Et effectivement… C’est tous les jours. Plusieurs fois par jour. Elle veut. Elle veut tout le temps. Il y en a d’autres. Qui la satisfont. Que je regarde la satisfaire. Et elle revient à moi. Obstinément à moi.

- Jamais aucun mâle ne l’avait – paraît-il – jusqu’à présent comblée à ce point. Ah, pour chanter tes louanges elle chante tes louanges on peut pas dire ! Mais…
Elle pose la main sur moi. Me sollicite. Insiste longuement.
- Mais pourquoi devrait-elle être la seule à pouvoir profiter de toi ? C’est elle la maîtresse, oui ! Mais qui t’a choisi ? Qui t’a arraché au dur travail de la terre ? Qui t’a amené jusqu’à elle ? Et je ne pourrais pas en recueillir, moi aussi, les fruits ? Ah non, non ! Ce serait trop injuste. Viens !

- Elle n’en a pas menti. Tu es… Non. Reste ! Ne t’en va pas ! Embrasse-moi encore ! Embrasse-moi là où tu l’as si bien fait tout à l’heure… Comme ça, oui ! Oh, tu es…

- Il ne faut pas qu’elle sache, hein ! Surtout pas ! Elle te tuerait… Elle t’appelle. Va ! Va vite ! Ne la fais pas attendre…

Elle me repousse du bout du pied…
- Mais qu’as-tu ? Qu’as-tu fait de ta vigueur ?
Un autre prend ma place. Un autre encore…

- Toujours pas ? On va s’employer à t’y redonner goût…
Un signe. Deux colosses s’approchent. Font claquer leurs fouets.
Ca brûle. Ca mord. Ca déchire.
Je perds connaissance…

Elle me soigne. Elle me panse. Elle recouvre, avec douceur, mes plaies sanguinolentes d’onguents et de filtres.
Et elle veut. Elle veut de plus en plus.
- Si j’avais su ! Je ne t’aurais pas amené à elle. Tu n’aurais jamais été qu’à moi…

- Il ne faut pas. Non, il ne faut pas. Elle va m’appeler tout à l’heure et si je ne suis pas capable de…
- Elle s’en passera. Elle se passera de toi. Elle en a d’autres…
- Je serai fouetté…
- Tu n’en mourras pas. Je veux. Je te veux. Là. Tout de suite. J’ai trop envie…

Mais elle ne me fait pas appeler…
- Elle se sera lassée… Elle est d’humeur changeante…

Elle ne me fait plus jamais appeler…
- Il y a quelqu’un… Un autre eunuque… Un nouveau… Elle ne jure plus que par lui… Et moi que par toi !
Et elle se blottit dans mes bras…

- Elle a décidé… Tu vas retourner cultiver la terre… Là-bas… Avec les autres… Mais moi j’ai décidé… Que tu n’y retournerais pas… Je vais te cacher… Je sais où… Tu seras à moi… Rien qu’à moi… Pour toujours…

jeudi 10 novembre 2011

Escobarines:Rendez-vous manqué


- Ah, vous êtes là ?...
- Comme vous pouvez le constater, je suis là, oui. Mais… et vous ? Que faites-vous donc par ici ?
- Moi ? Oh, je… Rien ! Rien… Je me promenais.
- Seule ? Ce n’est pas bien prudent. Vous auriez au moins pu demander à Rose de vous accompagner.
- Elle était occupée et…
- Mon fils serait à coup sûr fort mécontent s’il savait que son épouse s’octroie de telles libertés.
- Que pourrait-il donc bien m’arriver ici, à deux pas de la maison ?
- C’est bien souvent que vous venez errer de ce côté-ci, à ce qu’il semble.
- Non point tant…
- Qu’y trouvez-vous donc de si attrayant ?
- On y respire un air si pur ! La nature y est si belle ! Bon… Mais nous pourrions peut-être rentrer ?
- Vous voilà bien pressée tout à coup. Ma compagnie vous serait donc importune ?
- Que non point !
- Mais ?
- Non. Rien. Restons si vous le souhaitez…

- Ah, tiens, un jeune homme ! Qui vient par ici… Le connaîtriez-vous ?
- Moi ?.. Jamais de la vie ! Comment le connaîtrais-je ?
- Il nous a vues… Il s’éloigne…
- Nous l’aurons effarouché…
- Vous auriez été seule qu’il se serait sans doute approché davantage…
- Oh, non ! Non ! Qu’allez-vous imaginer ?
- Vous l’étiez hier…
- Hier ? Je ne sais pas… Je ne sais plus…
- Et vous êtes allée à sa rencontre…
- Moi ?
- Vous, oui !
- Quelqu’un aura cru me voir... M’aura confondue avec une autre…
- C’était vous… Il n’y a, là-dessus, aucun doute possible… C’était vous… Vous qui l’avez laissé vous tenir les mains… Vous prendre un baiser… Fourrager dans votre corsage… Et si vous n’aviez pas entendu du bruit en contrebas, dans les sapins, je gage qu’il serait allé, sans que vous ayez à cœur de l’en empêcher, beaucoup plus loin…
- Je vous jure que…
- Ne jurez point ! Vous savez très bien que vous l’auriez laissé faire… Sans doute d’ailleurs l’avez-vous déjà, à quelque moment, laissé faire…
- Cela aussi je vous jure que…
- C’est pourtant ce dont sera très vraisemblablement persuadé Roland quand il rentrera et qu’il apprendra…
- Vous n’allez pas lui dire ?!
- C’est mon devoir de mère…
- Oh, non, non ! Je vous en supplie ! Pardon… Je ne le ferai plus… Je ne le verrai plus… Je ne viendrai plus ici… Plus jamais…
- Ce ne sont que promesses…
- Que je tiendrai… Soyez-en certaine…
- Vous ne l’êtes pas vous-même… Non… Il faut que mon fils sache, dans son intérêt et dans le vôtre, quelle femme il a réellement épousée… Il faut qu’il puisse prendre, en toute connaissance de cause, les mesures qu’il jugera nécessaires…
- Quelle opinion il va avoir de moi !
- Une opinion à l’évidence beaucoup plus proche de la réalité que celle qu’il avait jusque là… Mais à qui la faute ?
- Non ! Non ! Ce n’est pas moi… Je ne voulais pas… Je ne veux pas… Oh, s’il vous plaît ! Ne lui dites pas ! Je ferai ce que vous voudrez… Tout ce que vous voudrez… Punissez-moi si vous voulez… Oui, punissez-moi ! Mais ne lui dites pas !
- Vous punir ? Reconnaissez que ce serait amplement mérité…
- Je reconnais, oui… Je reconnais…
- C’est tout à votre honneur… Et une bonne fessée devrait remettre durablement dans le droit chemin la petite évaporée que vous êtes…
- Une… ?
- …fessée, oui. Y verriez-vous un inconvénient ?
- Non… Non… Pourvu que vous ne lui disiez pas… Qu’il ne sache rien… Vous ne lui direz pas, hein ?!
- Nous verrons… Allons ! Venez ici ! Et troussez-vous ! Là… A la bonne heure…

lundi 7 novembre 2011

Souvenirs d'avant ( 19 )

De la poussière sur le chemin derrière. Un immense nuage de poussière. Des cavaliers. En grand nombre. Qui nous encerclent. Qui font claquer leurs fouets. Qui nous emmènent…

Il y en a d’autres. Des dizaines. Peut-être des centaines. Des paysans comme nous. Rassemblés dans un pré à la lisière de la forêt.
Celui qui semble être le chef donne le signal…
- Allez ! En route !

En route. En longue colonne tout au long de laquelle galopent les chevaux. On nous pousse. On nous bouscule…
- Allons ! Dépêchons !
Les fouets claquent. S’abattent. On gémit. On avance. On tombe. On se relève. On repart.

Des jours. Des nuits. Encore des jours. Encore des nuits. On nous jette du pain. Qu’on dévore. On dort à la belle étoile. A même le sol.

- Vous êtes arrivés, esclaves !
Un campement. D’autres chefs. D’autres ordres.
- La terre, c’est ici que vous la cultiverez désormais…
La terre. Une terre inconnue. A perte de vue…

Une femme. Richement parée. Une femme entourée de gardes du corps. Devant laquelle les gardiens, obséquieux, se multiplient en courbettes. Un ordre. Donné à mi-voix. Et on nous fait mettre nus. Tous. Former une haie qu’elle passe lentement en revue.
- Toi !
Elle choisit.
- Toi ! Toi ! Toi !
Moi. Moi aussi.

On est six. Qu’elle emmène…
- Vous êtes forts. Vous êtes musclés. Vous êtes beaux. Ma maîtresse aime. Ma maîtresse aimera…
Elle nous effleure en bas. L’un après l’autre…
- Et vous êtes vigoureux… Mais… Mais vous ne pourrez l’approcher qu’une fois privés de ce qui fait encore, pour peu de temps, votre virilité…
D’instinct nos mains sur elles.
Elle rit.
- Ne craignez rien ! Même amputés, vous pourrez vous dresser encore. Pas tous. Pas tout le temps. Mais vous pourrez. L’un ou l’autre en tout cas. Notre maître l’ignore. Pour le plus grand bonheur de notre maîtresse…

On m’a bandé les yeux. Une douleur. Fulgurante. Insoutenable. Je perds connaissance…

Au réveil, je suis étendu sur un möelleux divan. Une servante m’évente. Une autre change mes linges ensanglantés. Une troisième me tend une coupe de savoureuses confiseries.

D’autres servantes. Qu’elle fait danser nues devant moi. Elle constate.
- Tu n’as rien perdu de ta vigueur. Rien. Viens avec moi !

- Un nouvel eunuque, oui ! Qui va vivre au palais…
Les gardes me barrent le passage.
- Faut qu’on vérifie ! Les ordres sont les ordres.
- Eh bien faites !
- C’est bon ! Elles sont plus là…
Leurs rires résonnent longtemps derrière nous.

- Le voici, maîtresse !
- Il a la figure plaisante. Il est bien proportionné. Et tu es sûre que…
- Certaine. Ce n’est plus un homme, mais c’est exactement comme si il l’était.
- Parfait ! Qu’on me laisse avec lui. Seule.


jeudi 3 novembre 2011

Escobarines: Jeune mariée


- J’ai peur… Non, mais comment j’ai peur… Vous croyez qu’on s’entendra bien tous les deux ?...
- Il y a pas de raison…
- Oh, ben si !... Si qu’il y en a des raisons !... Quand je regarde les autres autour de moi…
- Faut bien reconnaître que…
- Mais je veux pas, moi, hein !... Je veux pas… Si je me marie, c’est pas pour que dans six mois on se crêpe le chignon et qu’on se sépare…
- Ca… On te comprend… Il y aurait bien un moyen…
- Un moyen ?... Un moyen pour quoi ?...
- Pour que ton couple tienne à tout jamais le coup…
- Ah oui ?!... Qu’est-ce que c’est ?...
- C’est du sûr à cent pour cent en plus…
- Eh ben dites, quoi !... Me faites pas languir comme ça !...
- Aux Etats-Unis une fille qui se marie on lui flanque une fessée juste avant…
- Ils sont pas bien là-bas…
- Ils sont peut-être pas bien, mais n’empêche que si on regarde les statistiques on s’aperçoit que sur les filles qui l’ont reçue il y en a à peine 1% qui ont divorcé au cours des 20 années suivantes… Alors que dans le reste de la population ça avoisine les 35%...
- C’est vrai ?...
- Bien sûr que c’est vrai… Demande à Maryse si c’est pas vrai…
- Ah, si, si !... Moi aussi, j’ai lu des tas d’études là-dessus…
- Mais comment ça s’explique ?...
- Alors ça !... Les spécialistes se penchent sur la question… Ils formulent toutes sortes d’hypothèses… Mais pour le moment faut bien reconnaître qu’ils pataugent… Par contre si on s’en tient aux faits…
- Qui c’est qui la leur donne ?...
- En général des femmes de leur famille…
- C’est dingue quand même !...
- Question de point de vue…
- Ca doit faire mal !…
- Un peu… Mais il faut !... Pour que ce soit efficace il faut…
- Vous êtes sûres que ça marche au moins ?...
- Puisqu’on te le dit…
- Peut-être qu’il faudrait que vous me le fassiez alors !...
- Ca, c’est à toi de voir… Nous, on veut surtout pas te forcer la main…
- Qu’est-ce que je risque n’importe comment ?!...
- Pas grand-chose…
- Allez-y alors !... Oui… Allez-y !...

- Tu vois que c’est pas si désagréable que ça finalement…
- Non… J’aurais pas cru…
- Bon… Eh bien on va t’en remettre une petite couche du coup puisque ça te déplaît pas… Ca peut pas te faire de mal… Et si on veut être sûres que ça marche…
- Je veux bien, oui… Je veux bien…

- Arrêtez !... Arrêtez !...
- Quoi ?!... Qu’est-ce qu’il y a ?... C’est trop fort ?...
- Non… Enfin oui, c’est fort… Mais c’est pas ça… Non… j’m’en fiche que ce soit fort… Au contraire… Non… C’est que ça va laisser des marques…
- Et alors ?...
- Et alors… Ben et alors il va forcément s’en apercevoir ce soir…
- Qu’est-ce que ça peut faire ?...
- Ca peut faire qu’il va se demander ce que c’est… Qui c’est qui m’a fait ça… Qu’est-ce que je vais lui dire, moi ?...
- Tu peux bien lui dire que c’est nous…
- Oui, mais pourquoi… Il va vouloir savoir pourquoi…
- Dis-lui la vérité… Il sera tout attendri que tu aies fait ça pour lui… Pour être sûre que vous restiez ensemble tous les deux… Tu peux aussi lui laisser entendre que tu as tout particulièrement apprécié… Ca va lui donner des idées dont tu vas forcément te trouver bien… Une autre solution encore, ce serait de lui confier, sous le sceau du secret, que tu n’avais pas été très sage, que tu avais fait une grosse bêtise et qu’on a été obligées de te punir…
- Ah, oui, oui… Je sais ce que je vais faire… Je sais ce que je vais lui dire… Allez-y !... Continuez !... Continuez !... Et tapez, hein !... N’ayez pas peur !... Qu’il soit bien rouge… Le plus rouge possible…

lundi 31 octobre 2011

Souvenirs d'avant ( 18 )

18-

- J’ai avoué, Humbert, j’ai avoué…
- Tu es folle ! Tu sais bien que c’est faux…
- Il m’aurait tuée. Mieux vaut mieux être divorcée que morte…
- Avec lui rien n’est moins sûr…

- Il veut… Tu sais ce qu’il veut ? Que je renouvelle mes aveux devant le Concile réuni à Aix…
- Que vas-tu faire ?
- Je n’ai pas le choix, Humbert… Si je refuse, je sais ce qui m’attend…

- Reconnais-tu avoir commis cet abominable péché avec ton frère ?
- Oui…
- Ton mariage sera dissous dans les délais les plus brefs… Le Concile te condamne en outre, vu la gravité de la faute, à une Pénitence extraordinaire de cinq ans… Et à recevoir le fouet en place publique...

Je me mêle à la foule. Qui plaisante. Qui attend. Qui l’attend…
Un murmure. Qui enfle…
- La voilà !
On se penche pour l’apercevoir. Un geôlier la tire par une corde qu’on lui a passée au cou. Entièrement nue, elle regarde droit devant elle…
On pousse, de ci de là, des exclamations admiratives…
- Ce qu’elle est belle !

On la maintient solidement. On lui entrave chevilles et poignets. Et le bourreau fouette. Longuement. Méthodiquement. La foule est étrangement silencieuse. On n’entend que le bruit des coups qui s’abattent encore et encore sur les chairs meurtries. Theutberge ne se plaint pas. Elle ne crie pas. Elle ne supplie pas.
Quand on l’emporte enfin, elle est évanouie…

- Au pain et à l’eau, oui… Cinq ans durant…
Elle sourit…
- Ca vaut mieux que d’appréhender à tout instant la mort… Mais toi, fuis ! Ne reste pas ici… Tu n’as plus rien à y faire… Tu y cours de graves dangers. Pars ! Rentre en France…

Où je n’ai rien de plus pressé que de préparer minutieusement son évasion…
Qui réussit, le mois suivant, au-delà de toute espérance…

Elle reprend doucement – tout doucement – goût à la vie.
- Mais…
- Mais ?
- Non. Rien…
- Si ! Dis !
- Il y a quelque chose de moi qui est resté là-bas. Il y a quelque chose en moi qui voudrait être encore là-bas.
- Et reprendre la place qui n’aurait jamais dû cesser d’être la sienne. Et triompher de Valdrade…
- Je n’ai jamais rien pu te cacher…

- Tu vas être comblée…
- Que se passe-t-il ? Quelle est toute cette agitation ?
- Un émissaire vient d’arriver… Le pape Nicolas a excommunié tous les évêques qui t’avaient condamnée et avaient prononcé le divorce. Il exige de Lothaire qu’il te reprenne et qu’il chasse Valdrade sous peine d’être excommunié à son tour…
- Qu’a-t-il décidé ?
- Il n’a pas le choix…

- Oui, Humbert, oui… Je suis redevenue reine… Tout le temps que le légat du pape a été là, présent, au château… Mais à peine avait-il tourné les talons qu’il l’a ramenée… Qu’il m’a reléguée au fin fond du château… Elle m’oblige à la servir… Me traite comme la dernière des domestiques… Me menace du fouet… Viens, s’il te plaît ! Viens me chercher, je t’en supplie… Ramène-moi chez nous…

jeudi 27 octobre 2011

Escobarines: Lendemain de nuit


- Je voulais te dire deux mots, là…
- Oui, mais vite alors !... Je suis pressée…
- Pressée de quoi ?... D’aller à la plage ?...
- C’est surtout que Valentin m’attend…
- T’étais beaucoup moins pressée d’aller le retrouver cette nuit…
- Qu’est-ce tu veux dire ?...
- Tu le sais très bien…
- Pas du tout, non…
- Prends-moi bien pour une idiote !... T’étais où à trois heures du matin ?...
- A trois heures du… Je dormais…
- Ben voyons !...
- Si, c’est vrai, hein !... J’étais tombée dans une embuscade… Vodka orange… Whisky coca… Moi, les mélanges, ça m’a jamais réussi… Je savais plus où j’étais… Je me suis endormie dans un coin…
- Avec qui ?...
- Comment ça… « Avec qui ? »… Mais toute seule…
- C’est pas ce qu’on m’a dit…
- Si tu commences à écouter les ragots…
- La personne qui me l’a dit… c’est celle avec qui tu as passé la nuit… Et apparemment tu n’étais pas si saoule que ça… Tu savais très bien ce que tu faisais…
- Ecoute, Marine, je suis désolée…
- C’est un peu facile, non ?!... Tu te tapes mon mec et t’es désolée… Tu crois vraiment que je vais me contenter de ça ?...
- Oui, mais non, mais…
- Mais quoi ?...
- Ca se reproduira pas… Je te promets…
- Encore heureux !... Manquerait plus que ça…
- Je sais pas ce qui m’a pris…
- Ou tu le sais trop bien… Il va réagir comment, à ton avis, Valentin ?...
- Valentin ?!... Mais il le saura pas…
- Ce serait pourtant un service à lui rendre… Parce que voilà quelqu’un qui te fait aveuglément confiance… Qui dort du sommeil du juste pendant que tu t’envoies en l’air avec le mec de ta meilleure amie… Il serait peut-être temps de lui ouvrir les yeux, non ?...
- Tu vas pas faire ça ?!...
- Sans doute que si !...
- Mais c’est dégueulasse !...
- Ne retourne pas la situation, veux-tu ?!... Parce que s’il y a quelqu’un qui s’est montré dégueulasse dans cette histoire, c’est toi… Et personne d’autre…
- Tu peux pas faire ça !...
- Je vais me gêner…
- Il me le pardonnera jamais Valentin…
- Fallait y réfléchir avant…
- Il va me larguer, ça, c’est sûr…
- De toute façon ça finira par arriver… Alors un peu plus tôt un peu plus tard…
- Mais je l’aime !...
- T’as vraiment une façon très personnelle d’aimer…
- Qu’est-ce qu’il faut que je fasse ?... Que je te supplie à genoux ?...
- Non… Mais par contre je t’en collerais bien une…
- Une ?... Une quoi ?...
- Une fessée, tiens !... Depuis le temps que ça me démange…
- Une fessée ?... Non, mais ça va pas !... T’es vraiment pas bien…
- C’est à prendre ou à laisser…
- Tu peux pas me demander ça…
- Ben si !... La preuve !... C’est ce que je suis en train de faire…
- Mais c’est pas possible, enfin !... Tu te rends compte ?...
- Parfaitement… Bon… Mais j’insiste pas… Où t’as dit qu’il était Valentin ?... Sur la plage ?... J’y vais…
- Non… Attends… On va discuter…
- Je discute pas, non… Où t’amènes illico ton petit cul ici, là, en travers de mes genoux ou je descends tout raconter à Valentin… Sans états d’âme… Ah, à la bonne heure… Tu vois que tu sais te montrer raisonnable quand tu veux… Faut dire aussi que t’as pas vraiment d’autre solution… Là… Cale-toi bien !... Va y en avoir pour un moment… A chacun son tour de prendre son pied…

lundi 24 octobre 2011

Souvenirs d'avant ( 17 )

Ma sœur Theutberge est en larmes.
- Qu’as-tu ? Que se passe-t-il ?
- Rien… Non, rien… Excuse-moi ! Ca va passer…
- C’est Lothaire, hein ?
- C’est Lothaire, oui.
Et elle se jette dans mes bras où elle éclate en sanglots…
- Valdrade… Il l’a ramenée ici… Au palais… Il dort avec elle… Et moi…

- Que veux-tu ?
- Ma sœur…
- Est ma femme depuis deux ans, oui…
- Légitime…
Il se lève…
- En effet… Et le rôle d’une épouse légitime, c’est ? Tu ne réponds pas ? C’est – comme tu ne l’ignores pas – de donner une descendance à son mari. Surtout quand ce mari est roi. Elle ne l’a pas fait. Je suis donc en droit…
- Les liens du mariage sont indissolubles…
- Pas quand il y va de l’avenir du royaume… Pas quand on a l’appui du clergé… Elle quittera le palais demain…
- Elle n’a nulle part où aller…
- L’évêque Gonthier, animé – comme il se doit – des sentiments les plus chrétiens, accepte de la recevoir… Le temps qu’il faudra… Le temps que le divorce soit prononcé…
- Gonthier ?! Mais c’est…
- Le frère de Valdrade, oui… De ma bien-aimée Valdrade…
Et il éclate de rire…

- Il m’accuse… Il nous accuse… C’est ignominieux…
- Qui ?
- Toi ! Moi ! Ils nous accusent d’entretenir commerce ensemble… Frère et sœur… Tous les deux… Depuis des années…
- Mais c’est faux ! C’est monstrueux !
- Ils sont prêts à tout pour que le divorce soit prononcé… Gonthier a trouvé un soi-disant témoin qui jure sur les saintes Ecritures qu’il nous a surpris…

Gonthier pointe dans ma direction un doigt menaçant…
- Tu mens ! Vous mentez ! Tous les deux… Vous avez commis cet abominable péché… Vous continuez à le commettre…
- Dieu m’est témoin…
- Dieu jugera ! Que ta sœur se trouve un champion qui subira en son nom l’épreuve de l’eau bouillante…

Il la subit. Avec succès.
- Puisque nous sommes innocents !
Et Theutberge regagne le palais…

Lothaire est furieux…
- Vous aurez ourdi quelque machination du diable… Vous le regretterez… Soyez certains que vous allez le regretter…
- Il nous croit coupables… Il n’en démord pas…
- Laisse-le croire ce qu’il veut...
- J’ai peur, Humbert… J’ai peur… Il est capable de tout…

Il vide son verre… Il se lève… Il vient derrière elle… Il lui passe et repasse son long couteau sous la gorge…
- Ce serait si facile… Et qui irait soupçonner le roi, qui irait soupçonner Lothaire d’un tel forfait ? Surtout s’il le fait accomplir par d’autres… Si cent personnes peuvent témoigner qu’il se trouvait, au moment où ce crime odieux a été perpétré, à trente lieues de là…

Il retourne se rasseoir…
- Avoue ! Si tu tiens à la vie avoue que tu as eu commerce avec ton frère… Avoue que tu as toujours commerce avec lui…
- Mais non !... Non… Jamais je n’ai…
- Alors mets-toi en paix avec ta conscience… Vite… Le plus vite possible…
Et il sort, Valdrade sur ses talons…

jeudi 20 octobre 2011

Escobarines: Odette ( 3 )


- T’as pleuré, toi, dis donc !... Et pas qu’un peu…
- Le monstre !... Non, mais alors là quel monstre !... Tu peux pas savoir…
- Ah… Qu’est-ce qui s’est passé ?...
- Rien… Enfin si !... Quand je suis arrivée la bonne femme était déjà là… Je lui ai demandé où il était monsieur le comte… Elle savait pas… Ce qu’elle savait par contre c’est qu’il viendrait pas…Pas tout de suite en tout cas… « Vous êtes sûre ?... »… Ca, pour être sûre, elle était sûre… « - C’est pareil à chaque fois… - Comment ça à chaque fois ?... Quelle chaque fois ?... - Non… Rien… Vous venez ?... Que je fasse votre portrait ?... Je suis là pour ça, moi… »… Hein ?... Ah, oui… Oui… Et je l’ai suivie… On a traversé une salle avec plein de têtes de cerfs et de sangliers accrochés au mur… Qu’avaient l’air de me regarder quand je passais… Et puis après, dans l’autre pièce… non, mais alors là dans l’autre pièce !… T’aurais vu ça !...
- Eh bien quoi ?... Qu’est-ce qu’il y avait ?...
- Des peintures… De filles toutes nues… De dos… Non, mais c’était quoi tout ça ?... C’était qui toutes ces filles ?... Ben… Je devais bien un peu m’en douter, non ?... Monsieur le comte était non seulement un grand chasseur, mais aussi un grand adorateur de la femme… Ce qui voulait dire ?... Il ne les avait quand même pas ?… « - Bien sûr que si !... - Toutes ?... »… Evidemment toutes… Je croyais quoi ?... Bon, mais allez !... Si je voulais bien me déshabiller… Parce que elle, elle n’avait pas l’intention de passer toute la journée là… Que je me ?… Oui, ben alors là sûrement pas !... Elle s’imaginait quoi ?... Que j’allais me laisser épingler toute nue au mur comme ça ?... Au milieu de tout ce troupeau ?... Mais évidemment que j’allais le faire… Bien sûr que j’allais le faire… Ca ne faisait pas, pour elle, l’ombre d’un doute… Est-ce qu’on résistait à Monsieur le comte ?... Est-ce qu’on pouvait aller contre sa volonté ?... Moi, si !... Alors là, oui… Et c’est ce qu’on allait voir… Bon, mais est-ce que je me rappelais ce qui était arrivé à Manon Balvard ?... Je me rappelais, oui… La pauvre !... Et à Alice Brincourt ?... Aussi… C’était horrible… Absolument horrible… Rien que d’y penser… Oui… Et pourquoi ça leur était arrivé à mon avis ?... Je savais pas… C’était quand même pas parce qu’elles avaient pas voulu se laisser peindre comme ça ?... Si !... L’une comme l’autre… Alors maintenant à moi de voir… Si je voulais repartir je pouvais… Mais que je réfléchisse avant… Que je réfléchisse bien !... T’aurais fait quoi, toi, à ma place ?...
- Moi ?... Pour commencer jamais je serais allée me mettre dans une situation pareille… Bon… Mais alors je suppose que t’en es passée par où il avait décidé…
- J’avais pas le choix…
- Et alors ?...
- Ben et alors elle m’a peinte… Qu’est-ce tu veux d’autre ?...
- Je sais pas, moi…
- Elle m’a peinte… En me faisant des tas de compliments… Qu’elle avait rarement eu l’occasion de peindre une femme aussi belle que moi… Que si on avait eu le droit de se promener tout nu dans la rue sûr que tout le monde se serait retourné sur moi… Qu’on se serait agenouillé sur mon passage… Et elle l’a fait…
- Quoi ?... Qu’est-ce qu’elle a fait ?...
- Elle s’est mise à genoux… Derrière moi… Tu crois que c’est un péché ?...
- De se mettre à genoux ?... Je crois pas, non…
- Pas ça, non, mais de la laisser faire… Parce qu’elle y est restée longtemps… A regarder de tout près… Avec des… « Magnifique !... Absolument magnifique… Superbe !... Divin !... »…
- Et c’est tout ?...
- Oui… Enfin, non… Elle a touché… Je voulais pas, mais elle a touché…
- Touché ?... Comment ça « touché » ?...
- Du bout du doigt… Elle faisait le tour… En frôlant à peine… Des tas de tours…
- Et alors ?...
- Ben et alors c’est pas de ma faute…
- Qu’est-ce qu’est pas de ta faute ?...
- Que… après son doigt… je peux pas le dire…
- De mieux en mieux…
- J’ai pas pu l’empêcher… Personne aurait pu…
- Oui, oh, alors ça !...
- Si, c’est vrai, hein !...
- Et ça a été jusqu’où ?...
- Jusqu’où elle a voulu…
- Je vois…
- J’avais plus de volonté… Juste envie qu’elle continue… Qu’elle continue encore et encore… Qu’elle s’arrête pas surtout… C’est un péché, hein ?...
- Un peu que c’est un péché…
- Même que ce soit une femme ?...
- Encore plus parce que c’est une femme…
- Je pourrai jamais… Me confesser… Lui dire à Monsieur le curé… Je pourrai pas…
- Il faudra bien pourtant… Et après ?...
- Après elle a fini de me peindre… Elle a accroché le tableau au milieu des autres… « - Là !... Une de plus… Il va être content Monsieur le comte… A la suivante maintenant… Ca devrait pas trop tarder… »

lundi 17 octobre 2011

Souvenirs d'avant ( 16 )

16-

Agenouillé entre les raies de petits pois, je les bute consciencieusement, en tournant délibérément le dos au jardin de fleurs en contrebas. Pour ne pas être tenté d’essayer de l’apercevoir. D’avoir envie d’elle. Mais en pensant intensément à elle. Quoi que je fasse je ne cesse jamais de penser à elle.

Soudain des cris de femmes… Tout un tumulte… Des appels angoissés…
- Elle se meurt ! A l’aide ! Au secours !
Je me précipite…
C’est ELLE ! Elle, allongée, inanimée, au bord d’une allée.
Je repousse les sœurs qui l’entourent en se tordant les mains avec force lamentations. Je la soulève et je l’emporte, serrée contre mon coeur.
Je vole vers l’abbaye. Vite. Vite.

Elle rouvre les yeux, les plonge dans les miens, les y laisse.
Je ralentis ma course, m’arrête…
Mes lèvres se penchent sur les siennes. Les siennes se hissent vers les miennes. Elles vont se rejoindre. Elles se rejoignent...
Les sœurs ont couru derrière nous. Les sœurs sont là.

- C’est diabolique ! Diabolique ! Vous avez feint un malaise.
- Je vous jure, ma mère, que…
- Ne vous parjurez point ! Vous alliez commettre le péché de la chair. Vous l’avez commis. Même incomplet vous l’avez commis. Cela le nierez-vous ?
- Non, ma mère.
- Et vous ?
- Non, ma mère.
- Fort bien…

La communauté est tout entière rassemblée dans la salle du chapitre.
- L’un de vos frères, l’une de vos sœurs ont cédé à l’ignoble tentation de la chair. Priez, prions pour qu’il leur soit pardonné.
On s’agenouille. On joint les mains. On baisse la tête. On prie. Longtemps.

Elle se lève.
- Quand la chair est faible, quand la chair prend l’ascendant sur le cœur et sur l’esprit, quand la chair met l’âme en danger, c’est la chair – vous en conviendrez avec moi – qu’il faut châtier.
On en convient. L’un et l’autre.

- Approchez !
Elle obéit. J’obéis.
- Dévêtez-vous !
Pas la moindre hésitation. Pas le moindre temps d’arrêt. Tournée vers ses sœurs, elle me fait face. Elle se dénude. Elle est nue.

On attend. On m’attend.
- Eh bien ?
Je l’imite. Je suis nu. Face à elle. Tourné vers mes frères.
- A genoux !
Et ça s’abat. Ca cingle. Ses épaules. Son dos. Ses reins.
Chaque coup projette son buste en avant.
Elle ne crie pas. Elle ne gémit pas. Elle ne me quitte pas des yeux. A aucun moment elle ne m’aura quitté des yeux.

Moi non plus. Ca brûle. Ca mord. Ca entame. Je ne cille pas. Je la regarde. On se regarde.
Un voile rouge, puis noir. Je perds connaissance…

Quand je reprends mes esprits, elle est penchée sur moi. Son visage. Tout près. Si près. On la tire violemment en arrière. On l’entraîne. On m’emmène. De l’autre côté. Loin d’elle…

- Vous vous êtes honteusement donnés en spectacle… Aussi des décisions ont-elles été prises à votre égard . Au tien comme au sien. En ce qui te concerne il a été décidé que tu quitterais le monastère. Tu vas partir, pour racheter tes fautes, à la rencontre des incroyants. Dont tu vas t’efforcer de convertir le plus grand nombre possible. Pour qu’il te soit – peut-être – pardonné dans l’au-delà.
- Et elle ?... Que va-t-il advenir d’elle ?
Il me foudroie du regard.
- Tu pars sur le champ.

Je ne la reverrai pas…

jeudi 13 octobre 2011

Escobarines: Odette ( 2 )


- Il m’attendait… En bas… Au bord de la rivière… Au même endroit… Si heureux de me voir !... « - J’avais peur… J’avais tellement peur… »… Peur ?... Mais de quoi donc Monsieur le comte pouvait-il bien avoir avoir peur ?... « - Que vous ne reveniez pas… Que mon bonheur d’hier soit sans lendemain… Mais vous êtes là !... Tu es là… Odette !... Oh, Odette !... Tu vas te montrer encore à moi, hein ?... Oh, s’il te plaît !... Dis oui !... Je ne bougerai pas de là… Je te promets… Je ferai ce que tu veux… Tout ce que tu veux… »… Il fallait pas… Non… C’était pas bien… « -Hein ?... Mais pourquoi ?... Hier… »… Hier, c’était hier… Mais j’avais réfléchi depuis… Quelqu’un pouvait venir… Et me trouver comme ça… « - Mais non !... Personne descend jamais ici… »… Et même… Qu’est-ce qu’il allait penser de moi, lui, que je me prête à des choses pareilles ?... « - Mais rien du tout !... Au contraire… »… Au contraire ?... « - Au contraire, oui… Que peut-on éprouver d’autre que de la gratitude, une infinie reconnaissance, devant un si merveilleux cadeau ?...
- Et t’en es finalement passée par où il voulait…
- Oui… Oui, mais pas tout de suite… C’était trop bon de le faire attendre… De sentir que plus je disais que je voulais pas et plus il avait envie… Plus il était prêt à me promettre tout un tas de choses…
- Et alors ?...
- Et alors, ben il m’a regardée… Qu’est-ce tu veux d’autre ?... De dos je m’étais mise… Comme hier… Sauf que cette fois j’avais tout enlevé… Et lui : « - Retourne-toi, Odette !... S’il te plaît, retourne-toi !... »… Ah, non, non !... Ca, c’était hors de question… « - Mais pourquoi ?... »… Parce que… Ce côté-là il était réservé à celui qui serait mon mari… Personne d’autre n’avait le droit… Même pas pour voir… Jamais… Il s’est levé… « - Ah, non, monsieur le comte, non… Vous n’avez pas le droit… Vous avez promis… »… Il n’a rien écouté… Il s’est approché… Tout près… « - Mais c’est qu’elle n’est pas gentille la petite Odette… Pas gentille du tout… Et qu’est-ce qu’on leur fait aux grandes filles qui sont pas gentilles ?... »… Je savais pas… « - Vraiment ?... »… Vraiment, oui… « - Et menteuse avec ça !... Tu le sais parfaitement… Dis-le !... »… Oui… Mais qu’il recule alors… Qu’il retourne s’asseoir… « Dis-le d’abord !... »… La fessée… On leur donnait la fessée… Voilà… Il retournait s’asseoir ?... « - La fessée, oui… Et reconnais que tu l’as amplement méritée à faire ta vilaine comme ça !... Non ?... »… Si, je l’avais méritée, oui…
- Tu lui as pas dit ça ?...
- Ben si, oui…
- T’es complètement irresponsable… Complètement...
- Oh, mais attends !... Une fessée, c’est quand même rien qu’une fessée… Et puis si je voulais qu’il finisse de tomber amoureux de moi… Une bonne fois pour toutes…
- Et tu l’as laissé te la donner ?...
- Ben oui… Oui…
- Non, mais alors là, cette fois, on aura tout vu…
- Oh, mais c’était pas si terrible que ça… Et même…
- Et même ?...
- Tu comprendras pas…
- Non… Je suis idiote… Dis toujours…
- C’était pas franchement désagréable…
- De mieux en mieux…
- Si, c’est vrai !... Je sais pas si c’est la façon qu’il avait de s’y prendre… Ou bien que je sentais qu’il aimait tellement ça, mais ça m’a remuée… Ca, c’est sûr que ça m’a remuée…
- Il s’en est pas aperçu au moins ?...
- J’ai bien essayé de le cacher, mais…
- Je vois… Et ça s’est terminé comment ?... J’espère au moins que tu n’as pas…
- Oh, mais…
- C’est pas vrai !… Non, mais c’est pas vrai que t’as fait ça ?!...
- Je voulais pas, mais c’est pas possible de pas vouloir quand un homme il t’aime autant qu’il m’aime…
- C’est ce qu’il dit…
- Ah, non, non… Ca se voit… Ca se sent… Tu peux pas te tromper là-dessus…
- Tu serais pas la première…
- Oui, mais non… Pas moi… Pas lui… Pas nous… Je suis sûre… Sûre… On est faits l’un pour l’autre… De toute éternité… Tu verras… Tu seras bien obligée de reconnaître…
- A mon avis, c’est tout vu… Bon… Mais il t’a fixé un autre rendez-vous, je suppose…
- Oui… Demain… Dans un petit pavillon de chasse qu’il a quelque part…
- Où tu seras toute seule avec lui… Il est vrai que maintenant au point où tu en es…
- Je serai pas toute seule… Il y aura une artiste peintre… Qui fera mon portrait… Il y tient beaucoup… Pour pouvoir me regarder… Même quand je suis pas là… Pour pouvoir penser sans arrêt à moi…

lundi 10 octobre 2011

Souvenirs d'avant ( 15 )

15-

C’est l’Irlande… Oui, c’est l’Irlande… L’Irlande… Un monastère… Dirigé, de main de fer, par une abbesse… Ayant autorité tout à la fois sur les femmes et sur les hommes… Qui mènent des existences parallèles… Auxquels il est formellement interdit de s’adresser la parole… Qui ne s’entraperçoivent silencieusement qu’aux offices et au réfectoire…

Une jeune novice… Aux yeux de braise constamment baissés… Ou levés vers le ciel… Absorbée dans sa prière, elle ne voit rien… Ni personne… Jamais… Moi, je ne vois qu’elle… Depuis le tout premier jour… Depuis qu’elle s’est agenouillée, dans le chœur, au milieu de ses consoeurs…

J’ai beau lutter… Prier… Supplier… Rien n’y fait… Toutes mes pensées me ramènent inexorablement à elle… Elle me hante… Elle habite mes nuits… Elle les épuise… Elle fait de moi un pécheur quotidien qui implore de pouvoir sincèrement s’en repentir… Qui n’y parvient pas… C’est au-dessus de mes forces…

Avec huit autres de mes frères je suis chargé de l’entretien du potager… Je m’y tue à la tâche… Pour oublier… Pour ne pas penser… Pour tomber pesamment de sommeil, le soir, dans mon lit…

C’est moi qui ai mission d’emporter feuillages et détritus putrescibles jusqu’aux fosses à compost en contrebas… Il me faut, pour y parvenir, traverser le jardin de fleurs qu’entretiennent les sœurs… Quand – cela va de soi – elles ne s’y trouvent pas…

A cette époque de l’année elles ne sont pas dehors… Elles sont occupées dans les serres…
Et pourtant… Au détour d’une allée elle est là… Seule… Une brassée de roses blanches sur les bras… Que, de surprise, elle laisse échapper… Elle s’agenouille pour les ramasser… Je me précipite… M’accroupis à ses côtés… Elle rougit… Proteste…
- Laissez !... Laissez !...
Je ne l’écoute pas…

Nos mains ont voulu se saisir, en même temps, de la même rose… S’effleurent… Restent en suspens… La tentation est trop forte… Je m’empare de la sienne… Elle me l’abandonne… Je la garde… Je la presse… Quelques précieuses secondes…
- Il ne faut pas… Il ne faut pas…
Elle se dégage… Elle s’enfuit…

Maintenant à l’office, au réfectoire, nos regards se croisent… De plus en plus souvent… De plus en plus longtemps… Ne se déprennent qu’au prix de mille efforts l’un de l’autre… Y parviennent de moins en moins… N’y parviennent plus…

- Tu sais pourquoi je t’ai convoqué ?...
Non, je ne sais pas, non…
Il arpente furieusement son bureau…
- Il ne sait pas… Il ne sait pas… Mais tout le monde sait… Tout le monde voit… C’est un scandale permanent… Et tu ne sais pas ?!...
- Si !...
- Ah, tout de même !...
Il se rassied…
- Tu resteras consigné huit jours dans ta cellule… Au pain et à l’eau… Prie !... Médite !... Réfléchis !... Implore ton saint patron de te venir en aide…

La clef tourne dans la serrure… Les pas s’éloignent…
Et elle ?... Que lui a-t-on fait ?... Que lui a-t-on dit ?... Elle !… Toi !…
Mes yeux s’emplissent de larmes…

Huit jours… Huit jours pendant lesquels je n’ai pas cessé un seul instant de penser à elle… De l’aimer en secret…

La mère abbesse regarde ses mains…
- Les tentations de la chair avilissent le cœur… Obscurcissent l’esprit… Détournent de la foi… Compromettent le salut éternel… Si on ne parvient pas à dompter la chair alors il faut la mortifier… sans complaisance… Vous ne manquerez pas d’être de mon avis, n’est-ce pas ?...
J’opine… J’opine en silence…
- Bien… Très bien…
Elle me congédie d’un geste de la main…

A l’office mon premier regard est pour elle…

jeudi 6 octobre 2011

Escobarines: Odette ( 1 )


- Qu’est-ce qui se passe ?... T’as l’air tout excitée…
- Si tu savais !... Non, mais si tu savais… Monsieur le comte…
- Oui… Eh bien… Quoi… « Monsieur le comte » ?...
- Le jeune… Pas le vieux… J’ai passé l’après-midi avec…
- Comment ça ?...
- Je l’ai croisé, sur l’avenue, en revenant de la répétition de chant chez les soeurs… Un grand coup de chapeau il m’a donné… Comme ça… Et il m’a abordée… « - Me permettriez-vous d’accomplir quelques pas à vos côtés, Odette ? »… Tu te rends compte ?... Il connaissait mon prénom… « - Hein ?... Me permettez-vous ?... »… Je n’allais tout de même pas refuser… Monsieur le comte !... Et on a marché… C’est à la messe qu’il m’a remarquée… « - Comment aurait-il pu en être autrement ? … Votre exceptionnelle beauté l’emporte sur toutes les autres… »… Et plein de choses toutes décorées comme ça il m’a dites… En me regardant avec des yeux, mais des yeux !... T’imagines ?... Jamais je serais allée penser que je lui faisais un effet pareil, moi !... Jamais !... Et en parlant on est descendus vers la rivière…
- Si tes parents l’apprennent…
- Personne nous a vus… Et puis c’est monsieur le comte… C’est pas n’importe qui…
- Oui, mais quand même !...
- Ils le sauront pas… En bas on s’est assis au bord… Et il a continué… Comment j’étais belle !... Non, mais comment j’étais belle !... Lui, s’il avait un jour la chance d’épouser une femme comme moi, il passerait des heures et des heures à la regarder… Sans pouvoir s’arrêter… Sans rien pouvoir faire d’autre… Il a paru réfléchir à quelque chose… Et puis il me l’a demandé d’un coup… J’étais fiancée ?... Oui… Non… C’est-à-dire que mon père avait quelqu’un en vue pour moi… Mais il y avait encore rien de fait… Rien du tout… « - Quelqu’un ?... Quel quelqu’un ?... – Un négociant en vin… » Un négociant en vin !... Mais je valais mieux que ça… Bien mieux que ça… J’allais tout de même pas me contenter d’un négociant en vin !... Ah, non, non !... Ce serait un crime… Un épouvantable gâchis… Comment t’aurais compris ça, toi ?... Qu’est-ce t’aurais compris qu’il voulait dire ?...
- Ben…
- Oui, hein !... Moi aussi… C’était clair comme de l’eau de roche… Surtout que je voyais ses yeux en même temps… Et que ses yeux… Non, mais si j’avais pensé un jour que ça m’arriverait à moi !... Le fils de monsieur le comte !... Et après !... Tu sais ce qu’il m’a demandé après ?
- Comment tu veux que je sache ?... Dis !…
- Il m’a suppliée de lui accorder une faveur …
- Quelle faveur ?...
- Que je relève ma robe… Pour qu’il me voie… Complètement…
- Tu l’as pas fait au moins ?!...
- Si !... Parce qu’il avait promis… Qu’il bougerait pas de sa place… Qu’il approcherait pas… Il avait juré…
- T’es folle… T’es complètement folle…
- Ben pourquoi ?... Juste de dos ça a été... Sans tout enlever... Et il l’a tenue sa promesse…
- Mais c’est pas une raison enfin !… Ca se fait pas des choses comme ça… Jamais… Avec personne…
- Oui, mais lui, c’est pas pareil…
- Bien sûr que si, c’est pareil !... C’est exactement la même chose…
- Ah, non… Non… Parce que t’as entendu ce qu’il m’a dit ?... Que sûrement on allait se fiancer tous les deux…
- Oui, oh, alors ça !...
- Ah si, si !... Parce que t’as pas vu sa tête quand il me regardait, toi !... C’était la tête de quelqu’un qu’est complètement amoureux… On peut pas faire semblant ça… Personne… Et comment il voulait que je la laisse pas redescendre ma robe… « - S’il vous plaît, Odette… Encore un peu… Juste un peu… Ne soyez pas cruelle… »… Ca a duré, mais duré !... Il a quand même bien fallu que j’arrête à la fin… Parce que si je rentrais pas… Et tu sais ce qu’il m’a dit ?... Que j’étais une vilaine de lui dérober aussi vite d’aussi ravissants trésors… Que je mériterais une fessée pour la peine… Et que si demain j’étais pas plus gentille il m’en mettrait une… Comment j’étais contente !...
- Contente !?!...
- Ben oui, attends !... Oui… Parce que ça voulait dire qu’il avait envie qu’on se revoie… Et dès demain en plus…
- Tu vas y aller ?...
- Evidemment que je vais y aller… Tu voudrais quand même pas que je laisse passer une chance pareille… Je serais vraiment la dernière des idiotes… Parce que parti comme c’est dans un an je serai Madame la comtesse… J’aurai des tas de domestiques et une place au premier rang à l’église avec ma plaque en cuivre sur le prie-dieu et un coussin en velours violet…
- Garde quand même les pieds sur terre…
- Mais je les ai !... Je les ai jamais tant eus…
- On peut en douter…
- Oui, oh, mais toi, de toute façon !... Mais tu verras !... Tu verras…

lundi 3 octobre 2011

Souvenirs d'avant ( 14 )

14-

Bodillon a repris sa place au conseil… Childeric l’a exigé…
Et Emeline son service auprès de la reine Blitilde…
- Mais je me vengerai… Je le jure… Je me vengerai…

- Tu seras vengée…
- Comment ça ?... Dis… Explique…
- Si tu me promets le secret…
- T’ai-je jamais trahi ?...
- Non… Il est vrai…
- Alors… Dis…
- La façon dont Childeric a traité Bodillon, pour les grands du royaume, est inacceptable… D’ici quelques jours il aura cessé de vivre…
- Merci… Oh, merci…

Tout le monde est au rendez-vous… A l’endroit même où sera tendue l’embuscade…
- Il n’échappera pas… C’est une véritable souricière…
On en désigne deux pour se jeter à la tête de son cheval…
- Que vous maintiendrez solidement…
Quatre pour le percer de leurs dagues…
- Jusqu’à ce que mort s’ensuive…
Les autres se tiendront en réserve…
- Au cas où…
Mon rôle à moi consistera à l’amener là où il faut… A faire en sorte que la chasse emprunte le bon itinéraire…

- Et elle ?...
- Elle ?!... Il n’en a pas été question…
- Il FAUT qu’elle l’accompagne à la chasse… Je m’en occupe…

- Elle y sera…
- Comment as-tu fait ?...
- Ca, c’est mon affaire… Mais elle y sera… Elle suivra dans un chariot… Je l’accompagnerai…

Ils approuvent…
- Elle aussi, oui… Il faut en finir avec eux… Eux tous… Qu’elle ne cherche pas par la suite à nous imposer ses rejetons…

- Par là, sire, par là… C’est beaucoup plus giboyeux…
Il éperonne son cheval…
Il y va… Il y court… Tout droit… Tête baissée…

Un hennissement… La bête se cabre… Se dresse sur ses pattes arrière…
Désarçonné, Childeric chute lourdement… Ils se précipitent, le transpercent de part en part… S’acharnent…
- Cessez !... Il est mort…
Et Bodillon le retourne, du bout du pied…

- Vite !... Vite !... Elle s’enfuit…
En zigzags éperdus entre les arbres…
Ils la pourchassent… On la pourchasse…

Les taillis se font de plus en plus épais… Sa course de plus en plus haletante… Acculée, elle s’adosse à un arbre…
Ils l’entourent… Ils vont frapper…

Emeline surgit…
- Laissez-la moi !... Laissez-la moi !...
Elle s’approche… Blitilde la regarde approcher… Elles ne se quittent pas des yeux…

Elle fait durer… Longtemps… Leurs deux visages à se toucher…

Et elle crache… Trois fois… Ca dégouline sur le nez de Blitilde… Sur son menton… Elle crache… Et elle lui plante son couteau dans le cœur…

jeudi 29 septembre 2011

Escobarines: Nouveau collègue


- Je t’attendais…
- Je vois ça…
- Punis-moi, Luc !... Je le mérite… Je suis prête, regarde !... Punis-moi !... Tape !...
- Et pourquoi donc ?...
- Ne pose pas de questions !... Fesse-moi !... Fort…
- Oui, mais d’abord je veux savoir pourquoi…
- Ca va pas te faire plaisir…
- Raison de plus…
- On a… On a un nouveau collègue au boulot… Arrivé tout frais de ce matin… Il est beau, mais beau !... Tu peux pas savoir comme il est beau… On a toutes flashé dessus…
- Et alors ?!...
- Ben… Et alors… Je pourrai pas résister… C’est même pas la peine que j’essaie… C’est au-dessus de mes forces…
- Et il a quel âge cet Apollon ?...
- Je sais pas… Ca n’a pas d’importance l’âge…
- Ce qui signifie – si on sait lire entre les lignes – qu’il est certainement très jeune…
- T’inquiète pas !... Il est majeur…
- Oui… Bon… Mais enfin… C’est pas parce que toi tu baves devant que lui, de son côté…
- Oh, si, si !... On s’est tournés autour toute la journée… Fallait voir comme !... Ca m’a mise dans un état… Ah, ça, il sait faire comprendre ce qu’il veut… Elles en étaient vertes, les autres, mais vertes de voir que c’était moi qui l’intéressais !... Et moi, il y a longtemps que j’avais pas eu envie d’un homme à ce point-là… Des années !... Et je crois que s’il avait voulu me prendre là, par terre, au boulot, devant tout le monde, j’aurais été incapable de refuser… Totalement incapable… C’est le genre de type tu en passes forcément par où il veut… Punis-moi pour ça !... S’il te plaît, punis-moi !...
- Tant qu’il y a rien de fait !...
- Mais ça va se faire... C’est sûr… Sûr et certain… Je peux pas quand même pas laisser passer une occasion pareille… C’est pas possible… Toute ma vie je le regretterais… Oh, oui, que ça va se faire !... C’est comme si c’était fait…
- Eh bien on verra à ce moment-là…
- Oh, mais pourquoi ?... A quoi ça sert d’attendre puisque de toute façon je coucherai avec ?...
- On paie ses dettes après… Pas avant…

- Ca y est, Luc !... Ca y est maintenant… C’est fait… Je suis toute pleine de lui… Alors vas-y !... Vas-y !... Punis-moi !...
- Raconte d’abord…
- Raconter ?... Mais raconter quoi ?... Il y a rien à raconter…
- Bien sûr que si !...
- Ca a été à midi… J’ai un peu traîné dans le bureau… Lui aussi… Il s’est approché… Il m’a posé les mains sur les épaules… A plongé ses yeux dans les miens… Pris mes lèvres… Je n’ai pas résisté… « - Viens !... »… Je l’ai suivi… Jusqu’au petit hôtel dans la rue derrière… Et alors là !... Là !... J’avais jamais connu ça, moi, avec personne… Tu sais plus où t’es… Ce qu’on te fait… Ce que tu fais… Tu voudrais mourir… Là… Tout de suite… Tellement c’est bon…
- Eh ben dis donc !... Et tu vas le revoir, je suppose ?...
- Oh, ben oui… Ca, oui… Rien ni personne ne pourra m’en empêcher… Tant qu’il voudra… Aussi souvent qu’il voudra… Tu vois qu’il faut que tu me punisses…
- Ca… tu vas pas y couper…
- Et fort, hein !... Aussi fort que je l’ai mérité…

- Hou… T’as pas fait semblant, dis donc !... Mais c’est ce que je voulais… Merci… Bon… Ben il me reste plus qu’à aller me préparer…
- Te préparer ?... A cette heure-ci ?... Pour aller où ?... Pour faire quoi ?...
- Je t’ai menti, Luc… J’ai pas couché avec… Pas encore… J’y vais… On a rendez-vous…
- Hein ?... Mais pourquoi ?... Pourquoi t’es allée inventer une histoire pareille ?...
- Pour que tu m’en mettes une… Pour que j’arrive là-bas avec les fesses toutes chaudes… T’imagines ?... C’est la première fois… Et qu’est-ce qu’il découvre, là, d’entrée de jeu ?... Que la Madame elle vient de se prendre une fessée carabinée… Mets-toi à sa place… Ca va le mettre dans tous ses états… Et à la mienne… La honte… Non, mais la honte !... Il va vouloir savoir en plus… Il va falloir que j’explique…
- Et tu vas expliquer quoi ?...
- Ca va dépendre… De la façon dont il va réagir… J’improviserai… Je peux avoir beaucoup d’imagination si je veux…
- Oh, ça, je sais… En attendant tu m’as menti… C’est très vilain de mentir…
- Et du coup tu vas m’en remettre une couche… Juste avant que je parte… C’est une très bonne idée… Une excellente idée…