lundi 19 novembre 2018

Prédictions


Dessin de G.Topfer

– Tu sais quoi, Emma ? Tu sais quoi ? Eh ben, il va me revenir, Greg…
– J’en suis ravie pour toi. Il t’a appelée ? Vous avez parlé ?
– Non, mais j’ai consulté une voyante.
– Ah !
– Une gitane. Et elle est formelle. Ça va redémarrer tous les deux.
– Les voyantes, tu sais…
– Ah, si, ça marche, si ! T’en as des dizaines et des dizaines des exemples. Regarde Rachel ! Il y en avait une qui lui avait dit qu’elle finirait par en retrouver du travail. Eh bien, c’est arrivé. Et pourtant jamais on aurait cru ! Et Marie-Dominique, l’héritage auquel elle s’attendait pas. Et Bénédicte ? L’accident de voiture de son père… Et tant d’autres !
– Et ce serait pour quand, alors, ces merveilleuses retrouvailles ?
– Dans quatre mois. Quand je serai arrivée au bout du processus.
– Quel processus ? Qu’est-ce que c’est que cette histoire ?
– Elle m’a tout expliqué. Bien en détail. Si ça a capoté avec Greg, c’est à cause de la vie que j’ai menée avant. Et Dieu sait que j’en ai fait des conneries. J’y ai pris de la peine. Et, du coup, j’ai accumulé, sans m’en rendre compte, une impressionnante quantité d’ondes négatives. Qu’il a perçues. Qu’il n’a pas cessé de percevoir tout le temps qu’on a été ensemble. Et, en arrière-fond, ça nous a complètement pourri l’existence. Alors c’est seulement une fois que j’aurai éliminé tout ça que nous pourrons nous retrouver et être enfin en harmonie l’un avec l’autre. Heureux.
– Et tu vas t’y prendre comment, sans indiscrétion, pour éradiquer ces mauvaises ondes ?
– Elle s’en occupe. Elle a déjà commencé.
– C’est-à-dire ?
– Il y a un truc qu’il faut qu’elle me fasse. Toutes les semaines. Pendant quatre mois.
– Et c’est quoi ?
– Qu’elle me fouette.
– Rien que ça !
– C’est le seul moyen.
– Ben, voyons !
– Si, c’est vrai, hein !
– Et donc, pendant quatre mois, tu vas aller, chaque semaine, lui offrir gentiment ton petit derrière à fouetter.
– Pas que le derrière. Le dos aussi. Et je peux te dire que ça fait mal. Mais je m’en fous. Parce que ça va me ramener Greg.
– Mais ouvre les yeux, Clotilde, ouvre les yeux ! Elle te mène en bateau.
– Oh, non, non ! C’est pas du tout le genre.
– Mais bien sûr que si, attends ! C’est la nana qui se prend un pied pas possible à te faire foutre à poil et à te dérouiller. Et à te faire payer pour ça ! En plus !
– Faut toujours que tu voies le mal partout, toi ! Et que tu prêtes aux gens des intentions qui sont pas les leurs.
– On verra.
– On verra, oui. Je suis sûre que ça va marcher. Certaine.
– Eh bien, on verra.

samedi 17 novembre 2018

Les fantasmes de Lucie (26)



Cordelia avait trop hâte.
– On se voit ce soir après le boulot ?
J’ai fait semblant de ne pas comprendre.
– Ce soir ? Pourquoi faire ?
– Ben, continuer l’histoire du gode, là, tu sais bien !
J’ai éclaté de rire.
– Ah, ça te tient, toi, hein !
– Ben, il y a de quoi, non ?

Et on s’est retrouvées chez elle.
– Là, on sera bien.
Sur le canapé.
Elle s’y est confortablement installée à mes côtés, dans un nid de coussins.
– Vas-y ! Je t’écoute.
Les yeux tout pétillants de gourmandise.
– On l’avait laissé où déjà ?
– Quand la fille qui les avait piqués chez le curé s’est fait gauler par sa patronne qui lui en a collé une…
– Ah oui ! Alors, vu que l’autre était mort, l’évêque a envoyé un nouveau curé. Auquel cette vieille chouette s’est empressée d’aller tout raconter.
– La garce !
– Le pasteur a compati, prié, promis de faire la morale à cette pauvre petite brebis égarée de servante et s’est chargé de faire disparaître ces instruments du diable.
– Ben, tiens ! Et il les a gardés pour lui, j’parie !
– Pas du tout, non ! Il les a confiés à un moine de passage avec mission de les mettre hors d’état de nuire. Et ce bon capucin, qu’ils encombraient, les a balancés dans un fossé à une centaine de kilomètres de là.
– Où quelqu’un les a trouvés…
– Un cantonnier. Qui n’avait jamais bien assuré au lit. Et qui maintenant, en plus, prenait de l’âge. Alors, c’était une véritable bénédiction, pour lui, cette découverte. Parce que sa femme était très demandeuse. Et qu’il valait mieux, à ses yeux, qu’elle s’amuse avec des compagnons comme ceux-là plutôt que d’aller voir ailleurs. Et, tout content, il a ramené sa trouvaille à la maison. Où sa moitié, ravie de l’aubaine, lui a pourtant battu froid. « Qu’est-ce que tu veux que je fiche avec des trucs pareils? » Mais, le soir même, ces gentils petits partenaires sont docilement et aussi discrètement que possible entrés en fonction. Elle en a essayé un. Un autre. Un troisième. Elle les a tous essayés. Mais c’est celui-là, celui que tu m’as offert, qu’elle a préféré. Et de loin. De très très loin.
Je le lui ai brandi sous le nez.
– Faut reconnaître qu’il est beau, non ? Et je peux t’assurer, d’expérience, qu’il est singulièrement efficace.
Elle a ouvert son pantalon. A glissé une main dans sa culotte. L’y a mise en mouvement.
J’ai poursuivi.
– Très vite elle en est devenue une inconditionnelle acharnée. Aussitôt qu’elle avait un moment de libre, elle courait le retrouver et s’offrait voluptueusement à lui. Elle ne vivait plus que pour ces moments délicieusement privilégiés. Qui, bientôt, ne lui ont plus suffi. Il lui fallait être avec lui. Encore et encore. Le plus souvent possible. Le plus longtemps possible. Tant est si bien qu’elle a fini par négliger complètement les tâches ménagères au grand dam de son mari, contraint de se substituer à elle dans un assourdissant concert de feulements de plaisir.
Je me suis doucement caressé le bout des seins avec.
Elle m’a regardée faire, a retiré son pantalon, sa culotte, ouvert les jambes en grand et s’est concentrée, d’un doigt pressant, sur son bouton d’amour.
– C’est bon. C’est trop bon. Mais continue ! Continue !
– Les gens, dans le village, n’avaient pas tardé à se poser tout un tas de questions. Les langues allaient bon train. Et d’abord comment se faisait-il qu’on ne la voyait plus dehors, elle qui, d’ordinaire, adorait sortir papoter avec ses voisines ? On a rôdé autour de sa maison. Tout près. De plus en plus près. Les bruits qui en provenaient ne laissaient planer aucun doute sur la nature de l’activité à laquelle elle était en train de se livrer. Et ce, même en l’absence du mari, parti curer les fossés des alentours. Un amant ? On l’aurait vu entrer et sortir. Non. Il a bien fallu finir par se rendre à l’évidence : elle avait commerce avec le diable. On en avait des preuves formelles. Trois villageoises, qui étaient grosses, avaient successivement, en très peu de temps, perdu leur enfant. D’autres qui voulaient le devenir n’y parvenaient pas. C’était leur œuvre à tous les deux. Aucun doute là-dessus. Non, aucun doute. Il fallait absolument mettre fin, dans les plus brefs délais, à de tels agissements et ne pas les laisser impunis.
– Ils vont la punir ? Qu’ils se dépêchent, mais qu’ils se dépêchent ! Avant que je vienne…
Elle s’était introduit deux doigts qu’elle faisait frénétiquement aller et venir en me regardant. Elle a psalmodié…
– Je mouille… Je mouille… Je mouille… Non, mais comment je mouille !
– On a pris l’avis du curé. Celui des édiles locaux. Et tout le monde en est tombé d’accord : il fallait absolument, dans l’intérêt de tous, que cesse cet infernal trafic. Et il fut décidé qu’elle serait fouettée sur la place publique. Officiellement. Par un représentant de la maréchaussée.
– Elle l’avait pas volé.
– Quand on est allé, en délégation, la chercher pour mettre la sentence à exécution, on l’a trouvée en pleine action, le gode entre les cuisses.
– Tu me le prêtes ? Le gode… Je te le rendrai. Promis.
Et elle se l’est enfourné.
– Ce qui a déchaîné la fureur des femmes entrées dans la chambre. Elles se sont saisies d’elle avec force insultes et imprécations, lui laissant à peine le temps de rabattre sa robe. « Oh, t’inquiète pas ! Tout le monde le verra quand même, ton cul, va ! » Et elles l’ont entraînée au-dehors sous les cris et les huées d’une foule hostile.
– Oh, encore ! Encore ! Encore !
– On lui a fait passer les bras autour du pilier de soutènement d’un préau. On les lui a liés à hauteur des poignets. D’autres cordes encore au niveau des genoux. Puis des chevilles.
Un gendarme s’est approché. Il s’est fait un silence absolu. Tous les regards ont convergé vers elle. Deux femmes, une de chaque côté, lui ont relevé haut la robe. Très haut. Le fouet a claqué.
Et Cordelia a hurlé. Des hurlements de jouissance éperdue. Les yeux clos. La tête renversée en arrière. La bouche entrouverte.
Elle s’est lentement redressée.
– Que c’était bon ! Non, mais que c’était bon !
Levée. Quelque chose de métallique est passé dans son regard.
– C’était toi, cette femme, hein ! C’est toi !
Elle a détaché sa ceinture.
– Tu vas y attraper ! Je peux te dire que tu vas y attraper !
Quatre coups. Cinq coups. Et mon plaisir m’a transpercée.

jeudi 15 novembre 2018

Les fessées de Blanche (2)


Sylvain chevauche à ses côtés. Comme tous les matins. Comme toujours.
Une légère brume déroule paresseusement ses volutes sur les prés qu’ils longent. De temps à autre, un chevreuil caracole dans les lointains.
– Pendant la Commune…
Qu’il a vécue, tout jeune homme, à Paris. Jadis les récits de Sylvain la terrorisaient, mais elle ne pouvait s’empêcher de les lui réclamer, malgré tout, encore et encore. Les rats dont les parisiens étaient alors contraints de se nourrir. Les barricades. La fumée. L’odeur de la poudre. Le mur des Fédérés. Depuis bien longtemps maintenant elle ne l’écoute plus. Elle le laisse égrener interminablement ses souvenirs qu’elle ponctue, de temps à autre, d’un hochement de tête ou d’un « oui » distrait.
– On avait cru… Mais non, c’était les Versaillais.
Il parle. Il parle sans discontinuer. Et elle, elle est là-bas. Avec Gontran. Gontran ! La chaleur de son corps. Ses yeux tout embrumés d’elle. Sa vigueur. Son ardeur. Ses cuisses enserrent plus fort Flamboyant. Folie ! Si Pierre apprenait… Pierre ou d’autres. Les femmes de la société de bienfaisance. Par exemple. Ou celles de la chorale de la paroisse. Elle en mourrait de honte. Non. C’est un risque qu’elle ne peut pas, qu’elle ne veut pas courir. Elle n’ira pas. C’est décidé, elle n’ira plus. Quoi qu’il doive lui en coûter…

Il a déjà disparu dans l’écurie avec Flamboyant quand elle le rappelle.
– Vous attellerez tout-à-l’heure, Sylvain…
– Comme hier ?
– Comme hier.
– Bien, Mademoiselle…

Il prend, de lui-même, la direction de la place Clichy.
De toute façon, elle n’avait pas le choix. Elle devait revoir Gontran. Une dernière fois. À cause des lettres. Il ne faut pas qu’il lui écrive. Il ne faut plus. En aucun cas. À elle de se montrer suffisamment persuasive pour qu’il renonce tout-à-fait à l’idée de lui en adresser. À tout jamais.
Ils sont arrivés. Elle descend.
– J’en ai pour cinq minutes.
Sylvain ne dit rien, mais il esquisse un imperceptible semblant de petit sourire.

Et elle est dans ses bras.
Et plus rien d’autre ne compte. Que ses baisers. Que ses caresses. Que ses mains qui s’emparent d’elle. Que sa queue. Qu’elle veut. Qu’elle s’approprie. Sur laquelle elle vient s’empaler avec délectation. Toute honte bue. Toute pudeur dépouillée.

Elle repose contre lui, apaisée.
Il joue avec la pointe de ses seins.
– Cette tornade aujourd’hui !
Elle lui met un doigt sur les lèvres.
– Chut !
Ils sont bien. Elle est bien. Il faut pourtant qu’elle lui dise.
– Gontran…
– Oui ?
Il se penche sur elle.
– Non. Rien.
Elle l’entoure de ses bras, l’attire contre elle. Son désir se dresse contre son ventre.

En bas, Sylvain lui ouvre la portière. Sans un mot.
Il est six heures.

lundi 12 novembre 2018

D'une sœur à l'autre…


Dessin de P.Silex

– Tu sors, sœurette ?
– Oui. Enfin, non. Je sais pas. Je me demande. J’hésite. J’ai peur d’être en train de faire une énorme connerie en fait.
– Parce que ?
– Parce que – c’est pas évident à dire – parce que je dois voir quelqu’un.
– Un amoureux ?
– Oh, non ! Non ! Si c’était qu’un amoureux, ça irait… Non, c’est quelqu’un avec qui je parle depuis un bon moment déjà. De plein de choses. Mais là, on doit se voir pour faire un truc.
– Quel truc ?
– Tu vas te moquer.
– Je te jure que non.
– Il doit me donner une fessée. Dans un sens comment ça me tente de savoir ce que ça fait, ce qu’on ressent, tout ça, mais dans un autre ça me flanque une de ces trouilles !
– Fais attention quand même ! Il y a pas mal de tordus.
– Je sais, oui. Oh, mais lui, tu le connais. C’est monsieur Cormier.
– Monsieur Cormier ? Le monsieur Cormier qu’habite la grande maison sur la route de Châlons ? Qu’est prof en fac ?
– Lui-même, oui.
– Oh, ben alors là, tu peux y aller en toute confiance.
– T’es sûre ?
– Certaine. Et en plus tu vas sacrément y trouver ton compte, tu vas voir.
– Comment tu le sais ?
– Je le sais parce que… parce que… confidences pour confidences, j’y suis passée avant toi.
– Tu me l’avais jamais dit !
– Ça s’est pas trouvé.
– Ben, vas-y ! Raconte ! Ça fait quoi ? Qu’est-ce qu’on sent ?
– C’est pas facile à expliquer. Ce qu’il y a de sûr, c’est que ça fait mal, alors là ! Ça pique. Ça chauffe. Ça brûle. Et plus ça dure, plus c’est pire. T’as l’impression que ça te rentre dedans de plus en plus profond. Mais, en même temps, c’est un mal, comment il te fait du bien ! Et il y a pas que ça ! C’est pas seulement que ça fait mal, c’est aussi que comment t’as honte ! Te retrouver comme ça, les fesses à l’air, en travers des genoux d’un monsieur qui te les claque comme si t’étais une gamine infernale et désobéissante. Tu te sens toute petite. Toute coupable. D’autant que Cormier, il s’y entend pour te mortifier. Pour te dire les mots qui te donnent envie de rentrer dans un trou de souris. Ah, ça, pour avoir honte, tu vas avoir honte ! Mais qu’est-ce que c’est bon, ça aussi ! C’est tellement bon que t’en dégoulines comme c’est pas permis. T’en mets partout. Et là-dessus non plus il te loupe pas. Il t’en remet aussi sec une couche. Et rien que d’y penser, tiens !
– Tu le vois plus ?
– Je suis mariée maintenant. Et je veux pas courir le moindre risque. Parce que s’il apprenait une chose pareille, Edgar, jamais je pourrais rattraper le coup ! Jamais !
– Il serait pas forcé de le savoir…
– Il est chaud-bouillant, Edgar. Tous les jours, il lui faut sa dose. Quand c’est pas plusieurs fois par jour. Alors il s’apercevrait forcément…
– Et ça t’ennuie pas que moi…
– Oh, non, non ! Au contraire ! Tu me raconteras… Bon, mais attends ! Je vais t’aider à choisir quoi te mettre. Je sais ce qu’il aime, Cormier.

samedi 10 novembre 2018

Les fantasmes de Lucie (25)


Dessin de Jean-Jacques Henner

Il y avait un de ces beaux petits poulets chez mon voisin ! C’est sûr que quand t’as ça dans ton lit, tu vas pas dormir dans la baignoire. D’où il pouvait bien sortir ? Je me suis arrangée, en passant et en repassant, l’air affairé, dans mon jardin, pour qu’il finisse par y avoir présentation. Eh bien, c’est son neveu ! Un étudiant en architecture qu’est venu passer quelques jours de vacances chez son oncle. Intérieurement, je jubilais. J’allais pouvoir me régaler les yeux tout mon saoul. Et j’en ai eu l’occasion sans tarder. Bien plus encore que je ne l’espérais. Parce qu’il a passé l’après-midi affalé en maillot de bain dans un transat, au soleil, les yeux mi-clos. En plein dans mon champ de vision, depuis la chambre d’amis, là-haut. Non, mais qu’il était beau ! C’en était presque indécent d’être beau comme ça. J’ai pas pu résister : je suis allée chercher mes jumelles. Je me suis longuement attardée sur son visage. Un visage régulier. Aux traits absolument parfaits. Émouvant. Tellement ! Son torse puissant contre lequel il devait être si bon de venir se réfugier. Ses bras… Comment tu devais avoir envie d’y rester dans ses bras ! Son ventre plat, musclé. Y poser la tête, tiens ! Et en-dessous… En-dessous ? Mais c’est qu’il bandait, ce salaud ! Et qu’il y avait l’air d’y avoir un sacré morceau là-dedans ! Il bandait ! À quoi il pensait ? Ou à qui ? À moi ? Oh, oui, oui, à moi ! J’avais trop envie que ce soit à moi !

À moi ! Je descends. Je reste à ma fenêtre, mais, en même temps, je descends. Je franchis mon portail. Celui d’à côté. Le voisin n’est pas là. Ou alors, s’il est là, il est occupé à l’intérieur. Je m’approche à pas de loup du transat, le cœur battant. Il ne m’entend pas. Ou il fait semblant de ne pas m’entendre. Je suis tout près. Je m’accroupis à ses côtés. Je lui pose une main sur la cuisse. Il ne sursaute pas. Il ne frémit pas. Ses yeux restent clos. Je le caresse doucement. Du dos de la main. Je remonte. Je remonte encore. Je la lui effleure très vite. Elle palpite doucement, dressée toute droite dans son maillot. J’y reviens. Je me fais un peu plus insistante. Un peu plus précise encore. Je repars. J’y retourne. Je la lui extirpe d’un coup. Sans prévenir. Elle est belle. Harmonieuse. Bien épaisse, comme je les aime. Je la fais doucement coulisser. Je me penche. Je la prends dans ma bouche. J’aime son goût salé acide. J’en enveloppe le bout de ma langue.
Et je me ramasse une grande claque sur les fesses.
– Non, mais cette fois, on aura tout vu !
Le voisin. Mais qu’est-ce qu’il vient fiche là, lui ? C’est bien le moment.
Le voisin qui me tire violemment en arrière.
– Vous n’avez pas honte ?
Honte. Non. Si ! Enfin, non. Pourquoi ?
– Un gamin. Un gamin de vingt ans. Que vous dévergondez.
Oui, oh ! Faut rien exagérer non plus !
– Vous le dévergondez. Parfaitement ! Oh, mais ça va pas se passer comme ça ! Sûrement pas !
Il m’empoigne. Il m’arrache ma robe. Qu’il expédie dans la haie.
– Arrêtez ! Qu’est-ce que vous faites ? Arrêtez ! Mais vous êtes fou !
– Ça fait un moment que vous cherchez, mais, cette fois, vous allez trouver, ma petite.
Il tire sur ma culotte. Il me l’enlève, l’envoie rejoindre ma robe dans la haie. Je suis nue. Entièrement nue. Je jette un rapide coup d’œil, mine de rien, sur le neveu. Qui arbore un petit sourire amusé. Qui n’a pas remonté son maillot. Elle est toute droite. Conquérante.
Le premier coup me surprend, m’arrache un cri, me jette à plat ventre.
D’autres s’ensuivent aussitôt. Il cingle. Sans tenir aucun compte de mes supplications. Il me cingle. Le dos. Les épaules. Les fesses. Dix coups. Quinze coups. Vingt.
– Et tiens-le-toi pour dit !
Il s’éloigne.
Je me redresse. Je m’assieds sur mes talons. Il est là, à côté, le neveu. Il n’a pas bougé. J’ai honte. J’ai tellement honte. J’enfouis mon visage dans mes mains. Il se repaît de ma honte. Je le sais. Je le sens. J’ai honte. Et c’est insupportable. Mais c’est tellement bon.

En bas, dans son transat, il n’a pas bougé. Et mon plaisir me surprend là, à la fenêtre, les yeux rivés à lui.

jeudi 8 novembre 2018

Les fessées de Blanche (1)



Sylvain, son fidèle cocher-palefrenier, l’aide à descendre de cheval.
– Merci.
Il lui prend les rênes des mains, entraîne Flamboyant vers l’écurie.
– Ah, oui, j’oubliais, Sylvain. Vous pourrez atteler cet après-midi ? J’ai à sortir.
– Mais certainement, Mademoiselle Blanche…
Elle sourit intérieurement : il n’a jamais pu se résoudre à l’appeler Madame.

– Place Clichy…
Il fouette.
Il faut absolument qu’elle y aille. Qu’elle règle le problème de vive voix. Qu’elle convainque Gontran de cesser de lui adresser ces lettres enflammées qui lui font courir des risques insensés. Ces lettres que Pierre finira nécessairement, un jour ou l’autre, par intercepter. Avec toutes les conséquences que cela ne manquera pas d’avoir. Elle soupire. C’était folie ce soir-là. Pure folie. Vingt ans ! Un gamin qui a la moitié de son âge ! Un moment d’égarement qu’elle regrette amèrement. Il faut qu’il le comprenne et qu’il tire, lui aussi, définitivement un trait sur ce qui n’aurait jamais dû avoir lieu. Qui n’a jamais vraiment eu lieu.

– J’en ai pour cinq minutes, Sylvain. Attendez-moi là…
Elle gravit l’escalier. Elle sonne. Son pas. La porte. Il n’en croit pas ses yeux.
– Vous, Blanche ! Toi !
Il veut la prendre dans ses bras. Elle le repousse doucement.
– Non ! Attends ! Il faut qu’on parle.
– Après ! Après ! Tu es là. Je l’ai tellement attendu ce moment.
Et il lui couvre les cheveux, le front, les paupières de baisers.
– Gontran…
Les lèvres, le cou.
– Tu es fou…
Mais elle s’abandonne contre lui. Elle laisse aller sa tête contre son épaule. Il y a son désir dressé contre son ventre.
– Gontran…
Et c’est elle qui cherche ses lèvres.
– Gontran…
Ils chavirent ensemble sur le lit.
Il se fait pressant. Passionné. Il s’enivre d’elle. De ses seins. De ses fesses. De ses liqueurs intimes.
Et elle s’abandonne. Et elle s’ouvre toute grande pour lui. Et son plaisir la submerge. En longs sanglots d’un bonheur éperdu.

Elle reprend son souffle, blottie contre lui. Elle lui caresse l’épaule, du bout du pouce.
– Je ne reviendrai pas, Gontran. Il ne faut pas. Il ne faut plus…
– Hein ? Mais pourquoi ?
– Je suis mariée.
– Il te délaisse.
– C’est trop dangereux.
– Mais il ne saura pas. Il ne saura jamais.
Et il la couvre de baisers.
Elle le repousse.
– Non, Gontran, non !
Mais il veut. Tellement. Mais elle veut aussi.
Et il est à nouveau en elle. Et elle suffoque de plaisir.

Cinq heures.
Elle est folle. Complètement folle.
Elle s’habille en toute hâte.
– Tu reviendras ?
Elle reviendra.
En bas, Sylvain est là. Qui l’attend.

lundi 5 novembre 2018

Qui paie ses dettes… (2)


Dessin de Georges Topfer

– Entrez, Geneviève, entrez ! Et, d’abord, je vous demanderai de bien vouloir m’excuser d’avoir été un aussi piètre partenaire samedi dernier, au bridge. J’avais, je l’avoue, la tête ailleurs. À vrai dire, les images de vous dans le plus simple appareil, telle que vous m’êtes apparue il y a déjà un mois de cela, me hantaient. Et la perspective d’avoir à nouveau sous les yeux, dans un avenir proche, vos charmes incomparables, celle de donner de superbes couleurs à votre adorable fessier me déconcentraient complètement. Mais nous y voici enfin ! Voici le moment tant attendu… Parce que je suppose que vous êtes dans l’incapacité de nous rembourser ce que vous nous devez. Non ? Je me trompe ?
– Il ne s’en faut que de quelques jours. Jeudi, si tout va bien, je devrais…
– Vous nous amusez, ma chère !
– Je vous assure que non.
– Trêve de balivernes. Vous savez pertinemment que vous ne disposez pas de cette somme. Que vous n’en disposerez jamais. Vous cherchez seulement à gagner du temps et, ce faisant, vous nous faites perdre le nôtre. Allons, déshabillez-vous !
– N’est-il pas possible de… ?
– Il n’est pas possible, non. Il n’est possible de rien. Et si vous ne voulez pas que votre mari soit mis au courant de tous vos vilains petits secrets, il vous faut à présent vous dévêtir. Et tout ! Vous enlevez tout. Nous vous voulons entièrement nue.

* *
*

Là ! Eh bien voilà ! Nous ne vous le répéterons jamais assez, ma chère, vous avez un corps de rêve. Tenez, installez-vous ici ! Face au miroir. Vous pourrez ainsi tout à loisir voir le fouet s’abattre sur votre croupe qui va si joyeusement s’animer et bondir sous les coups. Entre autres… Parce que votre gentil minois va également nous gratifier, lui aussi, pendant le déroulé des opérations, de toutes sortes de mimiques du plus bel effet. Il n’est donc que justice que vous puissiez, vous aussi, en profiter. Après tout, vous êtes la première concernée. Là ! On y est presque. Il ne nous reste plus qu’à vous attacher. Vous profiterez ainsi beaucoup mieux de la leçon que nous allons vous administrer, vous verrez. Donnez-moi vos poignets ! L’autre maintenant. Et nous voilà fin prêts ! Soit dit en passant, c’est une position qui vous va à ravir, ma chère. Encore un mot, juste un, avant de commencer. Une question plutôt. À quelle somme se monte votre dette à notre égard ?
– Vingt mille francs.
– Alors ce sera vingt coups. Pas un de plus, mais pas un de moins. Allez, prête ? On y va. Soyez courageuse. Serrez les dents. C’est pour la bonne cause. Vous ne voudriez tout de même pas que votre mari, à juste titre courroucé, ne vienne mettre un terme à vos rencontres – et à vos ébats – avec votre jeune amant ? Mais si, toutefois, c’est ce que vous préférez, il est encore temps de…
– Non.
– Alors, feu ! Eh, oui, ça surprend, hein ! Oh, mais vous allez vous y faire, vous verrez… Ne vous crispez pas ! Détendez-vous ! Vous vous en trouverez beaucoup mieux, je vous assure ! Là, c’est mieux, non ? À condition de s’y tenir… Non, mais détendez-vous, je vous dis ! À combien on en était ? Cinq. Oui, cinq. Vous voyez que, finalement, ce n’est pas la mer à boire. Vous marquez vite, en attendant. Et profondément. Ce qui va vous condamner à quelques jours d’abstinence. Deux ou trois. À moins que vous ne préfériez jouer cartes sur table avec votre ami. Ce qui peut aussi présenter un certain nombre d’avantages, mais cela, c’est vous qui voyez. Je ne veux pas me mêler de ce qui ne me regarde pas. Là ! Et de dix. On a fait la moitié du chemin. C’était une bonne idée, le miroir, non ? Ah, ben si, si ! Vous ne vous quittez pas des yeux. Treize ! Ah, enfin ! Enfin ! Vous criez. Il n’y a pas de honte à ça, vous savez ! Au contraire. d’autant que vous avez une très jolie voix. On va lui faire donner sa pleine mesure, vous allez voir ! Prête pour le bouquet final ?

* *
*

– Là ! Vous pouvez vous rhabiller. Oh, mais prenez votre temps, hein ! Il n’y a rien qui presse. En tout cas, nous, pour notre part, nous sommes absolument enchantés de cet après-midi passé avec vous. Et nous sommes bien décidés à renouveler dès que possible l’expérience. Disons dans trois mois si vous n’avez pas été en mesure, d’ici là, de faire face à vos engagements. En attendant, c’est dès demain soir que nous allons nous retrouver. Au bridge. Et j’espère que la chance sera encore avec moi. Que ce sera vous ma partenaire. Vous m’en verriez ravi…

samedi 3 novembre 2018

Les fantasmes de Lucie (24)


Dessin de Georges Topfer


Cordelia m’a littéralement sauté dessus.
– Tu l’as ramené, j’espère, le gode que je t’ai offert.
– Oui, oui.
Et je l’ai victorieusement brandi.
– T’avais plutôt intérêt…
Elle en a sorti un, elle aussi, de son sac.
– Mon préféré…
Qu’elle a gratifié d’un petit baiser tout au bout.
– Il me déçoit jamais, lui ! Toujours en forme. Toujours prêt à rendre service.
Il a disparu sous le bureau.
– Allez, au travail ! Oui, non, mais attends ! Te précipite pas comme ça. Prépare-moi un peu avant au moins…
J’ai fait suivre le même chemin au mien. J’ai écarté le bord de la culotte. Je l’ai laissé faire le tour du propriétaire. S’approprier les alentours. S’approcher. S’éloigner. Revenir.
J’ai soupiré.
– Quand même, ce que j’aimerais bien savoir, c’est d’où il vient. Ce qu’il a vécu avant moi.
– Oui, mais ça ! Je l’ai trouvé chez un antiquaire. Soi-disant qu’il sortirait d’une collection privée. Apparemment il en savait pas plus. Ou ne voulait pas en dire plus.
– Tu sais ce que je me dis ? J’ai lu un jour qu’au cours d’un voyage la malle de l’une des dames de compagnie de Catherine de Médicis s’était malencontreusement ouverte et que toute une collection de godes s’était répandue dans l’escalier de la demeure où elles devaient passer la nuit. L’incident avait beaucoup amusé la reine qui les avait pris en main à tour de rôle et y était allée de tout un tas de commentaires. Sous les rires de ces dames. Alors je me dis que c’est peut-être l’un de ceux-là que tu m’as offert. Qui sait ? J’aimerais bien. J’aimerais beaucoup.
On s’est perdues dans nos pensées. En bas, il s’est enhardi. S’est fait un peu plus fureteur.
– Et après… Après, quand elle a senti sa fin approcher, cette dame de compagnie, elle a demandé à une servante en qui elle avait toute confiance de les faire disparaître. Pour que les héritiers ne tombent pas dessus. Tu parles qu’elle se l’est pas fait répéter deux fois, la servante. Depuis le temps qu’elle rêvait de se les approprier, ces trucs ! Même qu’elle les avait déjà subtilisés plusieurs fois à sa maîtresse, en cachette, pour s’offrir de délirants marathons en solitaire.
Le bras, l’épaule, le coude de Cordelia se sont mis à bouger. Elle a imploré…
– Continue ! Continue !
– Alors tu penses bien qu’une fois qu’elle les a eus vraiment en sa possession, ils ont pas chômé. Celui-là surtout. Parce qu’il a les baloches bien sculptées et qu’elle adorait le tenir par là quand elle se le faisait. Ah, je peux te dire qu’il chauffait, le bougre. Et qu’elle a bien fait d’en profiter. Parce que ça n’a eu qu’un temps. Quand il a découvert le pot-aux-roses, le mari, c’est pour son matricule à elle que ça a chauffé. Et il l’a obligée à aller remettre tout ça entre les mains du curé de la paroisse. Qui l’a menacée des foudres de l’enfer. Et qui n’a rien eu de plus pressé, dès qu’elle a eu tourné les talons, que de se donner du plaisir en les imaginant, les yeux rivés dessus, entrer et sortir dans les minous accueillants de ses paroissiennes préférées.
Elle a bougé plus vite.
– Le salaud ! Non, mais quel salaud ! Tu te rends compte ! Et après ?
– Il a aménagé une cachette tout exprès dans sa cave. Dont il les ressortait de temps à autre pour rêver. C’est penché dessus, en pleine extase, qu’une nuit la mort l’a surpris. Le lendemain matin, une vieille et pieuse voisine, inquiète de ne pas voir les volets s’ouvrir, a envoyé sa servante s’assurer que tout allait bien. Et c’est dans cette attitude fort peu orthodoxe que la soubrette a découvert le saint homme. Elle a prestement fait disparaître tout cet arsenal dans les larges poches de sa blouse, donné l’alerte et couru mettre son précieux butin à l’abri en lieu sûr. Et puis, dès qu’elle en a l’occasion, elle est allée en éprouver l’efficacité. L’expérience s’étant avérée concluante, elle l’a renouvelée. De plus en plus souvent. Quotidiennement. Parfois même deux à trois fois par jour. Ce qui a fini par éveiller les soupçons de sa grenouille de bénitier de patronne. Qui l’a discrètement mise sous surveillance, qui a bien évidemment fini par découvrir le pot-aux-roses et qui lui est tombée dessus, un beau matin, en pleine action. « Petite dévergondée ! Dépravée ! Débauchée ! »
– C’est bien vrai, ça !
Et Cordelia a encore accéléré le rythme.
En bas, il s’est enfoui d’un coup en moi. S’y est installé tout à son aise.
Elle s’est précipitamment relevée, la servante. A tenté de se rajuster. Sa patronne l’en a empêchée. « Pas la peine ! Parce que je vais t’en faire passer l’envie, moi, grande dégoûtante ! Tu vas voir la tannée que tu vas te ramasser ! »
– Ça, c’est sûr qu’elle l’avait pas volée… C’est honteux ! Est-ce qu’on fait des trucs pareils, nous ?
Et Cordelia a fermé les yeux. Ses lèvres se sont entrouvertes.
J’ai eu un petit soubresaut de plaisir. Un autre. Plus profond. Plus insistant. Je me suis cabrée.
– Elle l’a fait basculer en travers de ses genoux cette soubrette libidineuse et c’est tombé…
– Elle a eu raison.
– Non, mais comment ça tombait. À pleines fesses. À plein régime. Ah, pour gigoter, elle gigotait.
– Je vois, oui ! J’imagine. Et j’entends. Qu’est-ce qu’elle piaule ! Ah, elle en prend pour son grade. Non, mais écoute ça ! Écoute ça !
Elle s’est mordu la main pour ne pas crier et son plaisir l’a emportée. Le mien a aussitôt pris le relais. À la fois doux et impétueux. Léger et ravageur.

On s’est souri.
– Eh ben, dis donc !
– Oui, hein !
– Heureusement que la chef a pas eu l’idée de monter.
– Oui, parce que là, on était grillées.
– Ce que tu racontes bien, n’empêche ! On a l’impression que c’est vrai. Que ça existe.
– Parce que t’as envie d’y croire.
– On continuera, hein ! Il a sûrement encore beaucoup voyagé, mon cadeau, avant d’arriver jusqu’à toi.
– Ça, c’est sûr. Énormément.
– Mais alors tu sais ce que j’aimerais ? Qu’on en parle ailleurs qu’ici. Qu’on puisse se regarder le faire pour de bon. Et qu’on n’ait pas cette épée de Damoclès de Séverine suspendue en permanence au-dessus de la tête.
– Ça devrait pouvoir s’envisager.
On s’est encore souri. Et on s’est remises au travail.

Ça devrait d’autant plus pouvoir s’envisager que, maintenant, je sais, avec certitude, que la fessée ne la laisse pas indifférente. C’est le moins qu’on puisse dire. Et que ça m’ouvre bien des perspectives.

jeudi 1 novembre 2018

Quinze ans après (30)


Eugénie a levé les yeux au ciel.
– Qu’est-ce que t’es encore allée inventer…
– J’invente rien du tout.
– Mais j’en ai rien à battre de ton Coxan. Strictement rien.
– Oui, ben ça, t’as plutôt intérêt… Parce que sinon…
– Sinon quoi ?
– Tu le sais très bien.
Elle a haussé les épaules et claqué la porte.

La chambre s’est éclairée. J’ai attendu une bonne vingtaine de minutes sur le parking et puis je suis montée. Je suis entrée en trombe, me suis précipitée vers le lit. J’ai arraché draps et couvertures. Elle était nue.
– Ah, t’en as rien à battre de Coxan ! Ah, t’en as rien à battre, espèce de petite saloperie.
J’ai brandi le martinet.
– Non, attends ! Je vais t’expliquer…
– M’expliquer ? Fous-toi bien de moi. En plus !
J’ai cinglé. À pleines cuisses.
– Aïe ! Mais t’es folle !
Elle s’est tournée sur le ventre.
– Je suis folle, oui ! Complètement folle.
Et j’ai tapé. De bonnes cinglées bien mordantes, bien boursouflantes. À intervalles suffisamment longs pour qu’elle ait le temps de les appréhender. Et irréguliers, pour qu’elle ne sache jamais à quel moment au juste ça allait tomber.
– Regarde, Coxan, regarde comme elle se crispe joliment des fesses en les attendant. Qu’est-ce que je fais ? J’envoie ? J’envoie pas ? Allez, j’envoie… Oh, et puis non ! Il y a rien qui presse.
J’ai fait durer comme ça, un bon moment. Et puis…
– Bon, allez ! Assez joué.
Une dernière bordée de coups. Une dizaine. À toute volée.
– Et maintenant, tu dégages…
Elle s’est rhabillée, en toute hâte, et elle a filé.

Je me suis assise au bord du lit. Coxan m’a souri.
– Comment ils brillent tes yeux !
– Peut-être, oui.
– Et t’as les pommettes en feu.
– C’est que…
– Je sais, oui. Du coup, j’ose à peine imaginer l’état des lieux… ailleurs.
– Ailleurs ? Oh, ben, ailleurs…
On a éclaté de rire. Et je me suis retrouvée dans ses bras. Et il y a eu ses mains sur moi. Ses doigts en moi. Et puis lui…

On est restés enlacés.
– On en a fait des choses, finalement, tous les deux, en si peu de temps.
– Et on en fera d’autres.
– Oh, ben oui, oui… On va quand même pas s’arrêter en si bon chemin.
– D’autant qu’elles comptent sur nous, les filles.
– Et puis on en trouvera d’autres.
– Mais, dans un premier temps, on va d’abord se consacrer à nous. Qu’à nous. Non ? Ça te dit pas ?
Oh, que si, ça me disait ! Si !
Et je lui ai doucement caressé les fesses.

FIN

lundi 29 octobre 2018

Qui paie ses dettes…


– Le prêt que nous vous avons consenti, ma chère Geneviève…
– Devait être remboursé le premier mars. Je sais, oui, je sais.
– Et nous sommes le premier novembre.
– Je vous paierai… Je vous paierai, je vous le promets. Laissez-moi seulement un peu de temps.
– Nous vous en avons déjà accordé beaucoup. Beaucoup trop.
– Encore un mois. Juste un mois.
– Ce n’est malheureusement pas possible.
– Je vous en conjure.
– Ce ne serait pas vous rendre service. Et nous allons malheureusement devoir prendre des dispositions.
– Comment cela ?
– Nous allons être dans l’obligation de demander à votre mari de bien vouloir honorer les dettes que vous avez contractées.
– Mon mari ? Oh, non, pas mon mari ! Je vous en supplie ! Pas mon mari…
– Sans doute y-a-t-il des choses que vous redoutez qu’il apprenne ? Et notamment que vous éprouvez, pour les jeunes gens, un attrait immodéré.
– Taisez-vous ! S’il vous plaît…
– Et que cette passion vous revient cher.
– Ne le lui dites pas ! Ne lui dites rien ! Je vous le demande à genoux.
– Eu égard au fait que nous avons toujours entretenu d’excellentes relations, que nous sommes fréquemment amenés, vous, lui et nous, à dîner aux mêmes tables, à partager les mêmes parties de bridge, nous voulons bien consentir à faire preuve à votre endroit d’une certaine mansuétude. Et à vous accorder de nouveaux délais.
– Merci. Oh, merci.
– À une condition toutefois…
– Qui est ?
– Que vous acceptiez d’être sanctionnée pour votre inqualifiable comportement et d’offrir, de bonne grâce, la partie la plus charnue de votre individu à une fessée dont vous reconnaîtrez avec nous qu’elle est on ne peut plus méritée.
– Une fessée ! Non, mais vous n’y pensez pas ! C’est hors de question ! Absolument hors de question…
– Dans ces conditions… Nous dînerons tout-à-l’heure, mon frère et moi, avec ce cher Léopold…
– Écoutez !
– On n’écoute rien du tout. Cette conversation n’a qu’assez duré. Et nous ne reviendrons de toute façon pas sur notre décision.
– Mais c’est affreux ! Épouvantable. Non, vous ne pouvez pas me demander ça. Une femme de mon âge… De ma condition…
– Vous avez deux minutes pour vous dévêtir. Pas une de plus…
– Vous êtes…
– Pensez ce que vous voulez, mais dévêtez-vous !

* *
 *

                                                          Dessin de Georges Topfer

– Eh bien voilà ! Vous voyez que vous pouvez vous montrer raisonnable quand vous voulez.
– Finissons-en, je vous en prie…
– Oh, mais rien ne presse. Nous avons tout notre temps. Nous l’avons même d’autant plus que la nature s’est montrée extrêmement généreuse à votre égard. Et c’est un pur délice que de pouvoir contempler vos charmes tout à loisir. Qu’en penses-tu, mon cher Victor ?
– Que ce serait plus délectable encore si notre amie consentait à retirer ses bras de là où ils se trouvent.
– Mais oui ! Allons, un bon mouvement, Geneviève ! Vous n’êtes de toute façon pas en position de nous refuser quoi que ce soit. Là ! Eh bien, voilà ! Parfait ! Absolument parfait ! Vous êtes vraiment bénie des dieux, vous !
– Si vous devez…
– Vous rougir le derrière ? Oh, mais nous y comptons bien. Nous tenons toujours nos promesses. Par contre, je ne sais pas ce que tu en penses, mon cher Victor, mais maintenant que nous avons pu nous faire une idée précise du théâtre des opérations, nous pourrions peut-être laisser une dernière chance à notre amie et différer la sanction de quelques semaines. Qu’elle ait éventuellement le temps de rassembler la somme qu’elle nous doit.
– Je n’y crois guère.
– Moi non plus ! Mais elle pourra toujours mettre ce délai à profit pour songer encore et encore à ce qui l’attend.


(à suivre)




samedi 27 octobre 2018

Les fantasmes de Lucie (23)


Les Morillon – Virginie et Julien – avaient absolument tenu à ce que, cette année, il y ait une fête des voisins.
– Non, parce qu’on se croise. Bonjour-bonsoir. Comme ça. Sans plus. Ce sera l’occasion de faire plus ample connaissance.

Et on s’est retrouvés à une dizaine chez eux, dans leur jardin, autour du sempiternel barbecue d’été chipolatas-merguez-chips-rosé. Quatre couples : outre les Morillon, les Arthaud, qui habitent la maison juste derrière la mienne. On échange parfois quelques mots quand on s’aperçoit. Les Dumontel, eux, occupent un coquet petit pavillon vert presque en haut de la rue. Je ne les connaissais, jusque là, que de vue. Quant aux Martier, ils sont d’installation récente, dans la petite impasse à gauche. J’ignorais jusqu’à leur existence. Quatre couples donc. Et deux célibataires : mon fameux voisin et moi. Lui, il était manifestement bien décidé – ça se voyait comme le nez au milieu de la figure – à profiter de la situation pour me prendre enfin dans ses filets. Il sortait le grand jeu. Il ne me lâchait pas d’une semelle. Il remplissait tant et plus mon verre. Il se voulait drôle. Il l’était, mais pas comme il pensait l’être. Ce qui m’amusait, c’était de le voir se démener en tous sens pour me conquérir alors qu’il n’avait pas la moindre chance de parvenir à ses fins. Il a certes sa place dans mes fantasmes. Et une place de choix. Mais pas question que ça aille plus loin. Comme je l’ai déjà dit, je ne veux pas avoir de comptes à rendre, de quelque façon que ce soit, à quelqu’un qui habite à côté de chez moi. Ce serait, très vite, parfaitement invivable.
Je ne laissais pas non plus, je le voyais bien, les autres indifférents. Une femme jeune, seule, pas trop mal foutue, souriante, ça crée forcément des remous chez la plupart des mâles. Sauf que ceux-là, avec leur légitime par les pieds, ils n’avaient pas vraiment les coudées franches. Ils en étaient donc réduits à s’aventurer à regards mouchetés. Dans le registre : « Tu me plais bien. Tu me plais vraiment beaucoup. Seulement, là, pour le moment, c’est pas possible, tu vois bien que c’est pas possible. Mais si jamais un jour… » Un jour. Tout, dans leur comportement, proclamait, même si c’était aussi discrètement que possible, que je ne perdais rien pour attendre. Qu’ils sauraient saisir la moindre opportunité, voire même la susciter.

Il s’était apporté beaucoup de vin. Il faisait chaud. Il s’en est bu. De la bière aussi. Énormément. Trop. Ça s’est lâché. De plus en plus au fil des heures. Les propos se sont faits égrillards, voire carrément obscènes. Félicien Dumontel et Xavier Martier, complètement désinhibés, se sont montrés pressants à mon égard – de plus en plus pressants – malgré les regards courroucés que leur lançaient leurs épouses respectives. Et les efforts obstinés que je faisais pour les décourager. Poliment, mais fermement.
Sue le coup de onze heures, Laura Martier s’est brusquement levée, furibonde.
– Je rentre…
– Attends, Poupoule, il y a pas le feu. On est bien ici. On n’est pas bien ?
– Je te dis que je rentre. J’en ai assez vu – et entendu – comme ça.
Et elle a filé vers le portail.
– Oh, mais c’est pas vrai ! Qu’est-ce qu’elle peut être chiante quand elle s’y met…
Et il a navigué à sa suite en titubant.
Rachel Dumontel s’est à son tour levée.
– Nous aussi, on va y aller. Il est tard. Et puis ça vaudra mieux. Pour tout le monde.
Les Arthaud leur ont emboîté le pas. Mon voisin aussi.
Les Morillon se sont regardés, consternés.
– Je suis désolée.
– Désolée de quoi ? Vous n’y êtes pour rien. Quand on tient pas l’alcool, on s’abstient de boire.
Et je suis, à mon tour, rentrée chez moi.

Chez moi. Où, allongée sur mon lit, je revois la scène. Je la revis. Et je la prolonge.
– Je suis désolée.
– Ah, vous pouvez ! C’est de votre faute, tout ça…
– De ma faute !
– De votre faute, oui ! Si vous étiez comme tout le monde, si vous étiez en couple, ils seraient pas allés se mettre tout un tas d’idées en tête.
– Non, mais alors là, c’est la meilleure !
Et elle, Virginie, qui en rajoute une couche.
– Ça vous plaisait bien, avouez, de les avoir tous là, à baver devant vous. Votre plus proche voisin. Les deux autres…
– Mais jamais de la vie, enfin !
– Oh, si, si ! Ça se voyait. Et pas qu’un peu !
– Je vous jure que…
– Que rien du tout… C’est quand même fou ce besoin de nier en permanence l’évidence. Rien que pour ça, vous mériteriez d’être punie. Vous allez l’être d’ailleurs…
Et ils m’entraînent, tous les deux, dans leur chambre. Ils me poussent sur leur lit. Des mains me déshabillent, me mettent à nu.
Je proteste, pour la forme.
– Non, mais ça va pas !
Me tombent simultanément sur le derrière. En haut. En bas. À droite. À gauche. On dirait qu’elles sont mille. Dix mille. Ça s’abat tant et plus. Ça pique. Ça brûle. Mais c’est bon. C’est si bon. C’est trop bon. Je… Non, c’est pas vrai ! Je vais pas jouir ! Pas devant eux ! Si ! Ça vient. Si ! C’est là. Je peux pas empêcher. Je peux pas retenir. Ça éclate en incontrôlables soubresauts. En gémissements éperdus.
– Non, mais alors là, cette fois, on aura tout vu ! On va t’en faire passer l’envie, nous, tu vas voir !
Et ça reprend de plus belle.

jeudi 25 octobre 2018

Quinze ans après (29)


Andrea m’a sauté au cou.
– Il m’arrive plein de trucs.
– Quels trucs ?
– Oh là là, attends ! Je vais te raconter tout ça. En détail. C’est rapport à Martial.
– J’en étais sûre… Eh bien, vas-y ! Je suis tout ouïe.
– J’ai eu envie de le voir. À cause des mails de fou qu’il envoie à Coxan à mon sujet. Mais toute seule. Que lui et moi. Et je me suis dit que, si ça tombe, il y était tout le temps fourré, maintenant, au café où on s’était rencontrés tous les quatre. Que c’était là qu’il venait penser à moi. Et lui écrire à Coxan. Je m’y suis pointée. Eh, ben bingo ! Il était là. Oh, mais alors sa tête quand j’ai passé la porte ! Sa tête !
– J’imagine…
– Il s’est précipité à ma rencontre. « Vous me reconnaissez pas ? Martial ! De l’autre jour, vous savez… » J’ai fait mine de chercher, sourcils froncés. « Ah, oui, oui… Bonjour ! Vous allez bien ? »
– Et, évidemment, il a voulu t’offrir un verre.
– Ah, ben ça ! Près de deux heures on a discuté du coup. Comment ça me faisait trop drôle de me retrouver là, en face de lui, et de me dire que tous les soirs il me regardait, en boucle, me prendre ma fessée. Et qu’il savait pas que je savais. Que tous les mails qu’il adressait à Coxan, je les lisais. Que, quelquefois, c’était même moi qui les dictais, les réponses.
– Et vous allez vous revoir, je suppose…
– C’est déjà fait, ça. Le lendemain. Et encore hier. Et puis ce matin. Mais qu’est-ce qu’il est intéressant à parler en attendant.
– Seulement à parler ?
– Oui. Non. Tu te doutes bien qu’à force de passer du temps ensemble comme ça…
– Vous ne vous êtes pas contentés de vous regarder dans le blanc des yeux.
– Voilà, oui. Comment il est doux ! Et câlin. C’est la première fois, moi, un type avec qui je me sens aussi bien. Je lui ai dit alors, du coup.
– Tu lui as dit quoi ?
– Ben, pour les fessées, tout ça ! Je me sentais vraiment trop mal. Fausse.
– Il l’était autant que toi, si tu vas par là.
– Oui, enfin bref, il valait mieux repartir sur de bonnes bases.
– Et il a réagi comment ?
– Il s’est senti soulagé parce que lui aussi, de son côté, ça commençait à lui peser tous ces mensonges. Et du coup, dans la foulée, je lui ai montré la vidéo de la fessée où, en même temps, je me regarde en train de la recevoir.
– Il a dû apprécier…
– Tu parles ! Il m’a carrément sauté dessus, oui ! Jamais j’avais vu un mec dans un état pareil. Quatre fois on a remis ça. Quatre fois ! Dont deux avec la vidéo qui tournait. Le bruit des cinglées du martinet en arrière-fond. Mes gémissements. Tout, quoi ! Il m’a mise complètement sur les rotules.
– Et maintenant ?
– Ce qu’il aimerait, c’est te voir me donner une fessée en vrai.
– Oui, oh ben ça, c’est pas bien compliqué. Non, mais ce que je voulais dire, c’est : ça va aller où, vous deux ?
– C’est bien là toute la question. Si je l’écoute, il est fou amoureux de moi. Il me promet monts et merveilles. Mais ça…
– T’as peur qu’il soit pas sincère ?
– Oh, non ! Non. Il l’est sincère. J’ai pas le moindre doute là-dessus. Non. Mais le jour où il va me désirer moins, ce qui va forcément arriver, il va se passer quoi ?
– Est-ce qu’il est absolument nécessaire de se poser ce genre de questions à l’avance ? Profite ! Tu verras bien…
– Oui. Je suis idiote. Tu as raison.
– Évidemment que j’ai raison.

lundi 22 octobre 2018

Au bord de la route


– Vous avez l’air surprise de me trouver ici, chère amie…
– Pas du tout, non.
– Oh, si ! Surprise et dépitée. Serait-ce que vous attendiez quelqu’un d’autre ? Mon mari, par exemple ?
– Votre mari ?
– Mon mari, oui. Avec qui vous aviez rendez-vous. Et qui ne viendra pas.
– Je vais tout vous expliquer.
– M’expliquer quoi ? Que c’est ici que vous vous donnez du bon temps tous les deux ? Dans cette voiture ? Ce qui ne doit pas être très confortable, avouez ! Mais enfin, quand ça vous tient d’écarter les cuisses, ça vous tient ! Et tout est bon. Vous y trouvez votre compte au moins ? Oh, sûrement, oui. Parce qu’il sait y faire, Rodolphe, quand il veut. Je suis bien placée pour le savoir. Ce qui ne doit pas être le cas de votre Gontran puisque vous éprouvez l’impérieux besoin d’aller voir ailleurs. Bon, mais si vous me racontiez ? Il s’y prend comment, mon mari, avec vous ? Ça m’intéresse. Allez, je vous écoute. Ou plutôt, non ! Laissez-moi deviner. Il vous gicle entre les seins, oui, hein ? Il adore. Surtout que… vous êtes bien lotie de ce côté-là. Ah, comment il doit bien se la coincer entre eux. Et se la couvrir avec. Un vrai régal pour lui ! Et quoi d’autre ? Oui, je sais ! Il vous prend à quatre pattes. C’est sa grande spécialité, ça. Sauf que, dans la voiture, ça ne doit pas être très facile. Pour ne pas dire impossible. Et donc, vous en sortez. Ben oui, forcément. Vous vous installez où pour faire vos cochonneries ? Faites-moi voir ! Là ? Non ? Là, plutôt, alors ! Oui, là. C’est pas très prudent, dites donc ! Au bord de la route comme ça ! Quoique… il y passe pas grand monde. Et puis on les entend arriver de loin, les voitures. On a le temps de réagir. Bon, mais assez causé. Surtout que vous n’êtes pas un interlocutrice très bavarde. Alors passons aux choses sérieuses. Il va prendre ça comment, votre mari ?
– Mon mari ?
– Votre mari, oui. Il va bien falloir le mettre au courant, le pauvre homme !
– Vous n’allez pas faire ça !
– Ben si, si ! Il est quand même en droit de savoir que, dès qu’il a le dos tourné, vous n’avez rien de plus pressé que de courir vous envoyer en l’air. Avec mon mari. Et sans doute avec d’autres.
– Jamais il ne me le pardonnera. Jamais.
– Il fallait y réfléchir avant.
– Je vous en supplie, ne le lui dites pas. Ne lui dites rien. Parce que ce qu’il adviendrait alors de moi…
– Quelle sorte d’accommodements proposez-vous ? Parce que vous conviendrez avec moi que votre comportement est inqualifiable et qu’il ne peut pas rester sans conséquences.
– Je ne sais pas. Je…
– Vraiment ? Pas la moindre petite idée ? C’est moi qui vais devoir décider alors ! Et ce qui me paraît le plus approprié, dans votre cas, c’est une bonne correction qui vous ôte à tout jamais l’envie de recommencer.
– Vous ne pouvez pas me demander une chose pareille !
– Bien sûr que si ! C’est même ce que je suis en train de faire. Et c’est non négociable. Ou bien vous m’offrez gentiment votre petit derrière pour une mémorable fouettée ou bien, dès ce soir, votre mari est au courant. Preuves à l’appui.
– C’est un odieux chantage.
– Appelez ça comme vous voudrez, mais mettez votre croupe à l’air. Elle en a de toute façon l’habitude.
– Vous êtes…
– Monstrueuse. Odieuse. Abjecte. Et pire encore. Peu m’importe ce que vous pensez. La seule chose que j’attends de vous, c’est que vous mettiez votre cul à ma disposition pour qu’il soit traité comme il le mérite. Vous avez cinq secondes. Passé ce délai… Ah, ben voilà ! Vous voyez que vous pouvez vous comportez comme une grande fille quand vous voulez. Tenez, mettez-vous là ! À quatre pattes. Comme quand vous êtes avec mon mari. Exactement au même endroit. Et serrez les dents ! Je ne vais pas vous ménager.

samedi 20 octobre 2018

Les fantasmes de Lucie (22)


Pierre-Antoine Baudoin La lecture (1760)

Il y avait, sur mon bureau, un petit paquet oblong, orné d’une jolie faveur rose.
– Qu’est-ce que c’est ? C’est pour moi ?
Cordelia a souri.
– Ben oui, c’est pour toi. C’est pas ton anniversaire aujourd’hui ?
– Si ! Mais…
– Eh bien, ouvre !
Ce que je me suis empressée de faire.
À l’intérieur, un gode. D’une belle taille. D’une épaisseur prometteuse. En ivoire. Avec tous les attributs.
– C’est bien les doigts, mais il y a pas que ça dans la vie. Non ?
– Tu l’as trouvé où ?
– C’est vieux. Je sais pas au juste de quand ça date, mais c'est vieux.
– Il a servi ?
– Sûrement que c’était pas juste pour décorer la cheminée du salon…
J’en ai suivi les contours. J’ai refermé la main dessus.
Sa main est venue rejoindre la mienne.
– Par contre, ça doit quand même manquer un peu de flexibilité.
Elle l’a précipitamment retirée.
– Fais gaffe ! Fais gaffe !
Un pas dans le couloir.
Juste le temps de le faire disparaître dans mon sac. Avec l’emballage. Et la faveur rose.
Séverine, la chef.
– Tu peux venir, Cordelia ? Le technicien est là pour les imprimantes. Et comme c’est toi qui t’es occupée du dossier…
Je suis restée seule.

Je suis seule et je suis là-bas. Noble dame d’alors. Je suis dans mon boudoir. Confortablement installée dans mon grand fauteuil bleu, la tête et les épaules bien calées par un confortable oreiller, je lis. C’est l’histoire d’un irrésistible et robuste seigneur dans les bras duquel gentes dames et accortes servantes viennent tour à tour se pâmer. Je repose mon livre. Je ferme les yeux. Ça me ruisselle en abondance entre les cuisses. Je sors de sa cachette mon indéfectible ami. Je l’enfouis sous ma robe. Je lui offre une petite promenade dans les environs immédiats de son point de chute avant de le mettre en place, de bien le caler, de me refermer sur lui. Et je sonne.
– Madame désire ?
– T’entretenir quelques instants, Jeanne. Parle-moi donc de ton galant.
– Madame sait bien.
– Il est toujours amoureux ?
– Oh, pour ça, oui ! Plus que jamais. Il ne me laisse point de repos.
– Tu ne vas pas t’en plaindre !
– Certes, non ! Même qu’il voudrait encore davantage que je ne le repousserais pas. D’autant que…
– Que ?
– Qu’il a été particulièrement gâté par la nature.
Un frisson me parcourt toute. Puis un bref spasme de plaisir.
– Et tu y trouves ton compte…
– Sûr !
Un autre. Plus intense. Plus profond.
– Tant et si bien que, deux lieues à la ronde, plus personne ne peut fermer l’œil.
Elle prend un air désolé.
– Que Madame me pardonne…
Ça vient. Ça va venir.
– Du tout, Jeanne, du tout ! Profitez de votre jeunesse. Profitez de votre Guillaume. Et tant pis pour les esprits chagrins.
C’est presque là.
– Laisse-moi maintenant, Jeanne ! Laisse-moi !
– Madame ne se sent pas bien ?
– Très bien, si ! Laisse-moi, te dis-je !
Elle s’en va.
Ça me transperce toute.

– Quelle purge ce technicien ! Deux heures pour régler une imprimante. Non, mais, franchement ! Et toi pendant ce temps-là… Ah, ben si, si ! Vu la tête que t’as ! Et comment ils brillent tes yeux. T’aurais pu m’attendre quand même, avoue ! Que je te voie faire. C’était mon cadeau, merde, après tout.
– Il y aura d’autres occasions.
– Oui, oh, ben alors là, t’as intérêt ! Et sans tarder…