lundi 23 avril 2018

La demoiselle du château

Dessin de Louis Malteste


– Qu’est-ce vous faites là, Mademoiselle Lise ?
– Je regarde. Comment elles sont rouges, ses fesses à Honorine.
– Et elles vont l’être davantage encore.
– Pourquoi ? Qu’est-ce qu’elle a fait ?
– Ce qu’elle a fait ? Elle s’est comportée d’une façon absolument ignominieuse. Voilà ce qu’elle a fait…
– Elle a volé ?
– Si c’était que ça !
– C’est quoi alors ?
– C’est ça ! Gigote, toi ! Gigote !
– Ah, je sais ! Elle a couché avec ton fiancé. C’est ça, hein ? Tu veux pas le dire ? Pourquoi tu veux pas le dire ?
– Et pleurniche bien ! Si tu crois que c’est comme ça que tu vas m’amadouer.
– Tu me le feras après, Léonie ?
– Certainement non, Mademoiselle Lise…
– Ben, pourquoi ?
– Parce que ça se donne pas pour rien, une fessée. Il faut qu’il y ait une raison.
– Mais il y en a, des raisons ! Des quantités et des quantités. Si tu savais…
– Quand même ! Ce n’est pas possible.
– Pourquoi ? Parce que je suis la fille des châtelains, la fille des maîtres, c’est ça, hein ? Mais je fais ce que je veux. Je suis majeure.
– N’insistez pas ! C’est non.
– Bon, tant pis. Je vais me débrouiller autrement.
– C’est-à-dire ?
– Je trouverai quelqu’un d’autre.
– Et qui donc ?
– Basile, le jardinier. Je vais lui demander. Il me refusera pas, lui !
– Ne faites pas ça !
– Et pourquoi donc ?
– Parce que c’est un homme. Et parce que c’est Basile. Et Basile…
– Qu’est-ce qu’il a, Basile ?
– Non, rien.
– J’y vais alors. Il doit être à la serre à cette heure-ci.
– Non ! Attendez !
– Tu vas me le faire ?
– Peut-être.
– Peut-être ou sûrement ?
– Sûrement. Pas question que je vous laisse aller trouver Basile.
– Mais alors aussi fort qu’à Honorine tu vas me le faire, hein ! Plus, même.
– Comme Mademoiselle voudra…
– Allez, vite ! Finis-la ! À mon tour maintenant. J’ai trop hâte.

samedi 21 avril 2018

Un dîner presque parfait

Dessin de Kal.

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C’est à l’École hôtelière qu’on avait sympathisé tous les cinq. Et on était restés en contact une fois nos diplômes obtenus. On se voyait souvent. On passait, de temps à autre, un week-end ensemble. Curieusement, aucun d’entre nous n’avait finalement fait carrière dans l’hôtellerie ou la restauration. On souffrait, du coup, de ce qu’on appelait, entre nous, le syndrome de « la cuisine rentrée. » Et on se lançait des défis.
– Challenge Forêt noire !
Ou…
– Challenge croustade de ris de veau aux morilles.
Et chacun avait à cœur de donner le meilleur de lui-même.

C’est Benoît qui a eu l’idée. Ou peut-être Kevin. En tout cas l’un des deux garçons.
– Et si on faisait comme à la télé… L’émission, là… Un dîner presque parfait.
– Et ce serait quoi, le prix ? Pas de l’argent quand même !
– Une fessée !
– Comment, ça ?
– Le gagnant – ou la gagnante – flanquerait une fessée au perdant – ou à la perdante –.
Armelle s’est récriée.
– Ça va pas, non ? Vous êtes pas bien, il y a des jours.
J’ai, moi aussi, protesté. Du bout des lèvres.
– Vous avez de ces idées !
Mais Aurélie, elle, elle était partante.
– Parce que vous faites les malins, les mecs, mais moi je suis bien tranquille que c’est l’un de vous deux qui va y attraper. Et même, avec un peu de chance c’est moi qu’aurai le plaisir de la lui aministrer cette fessée.
Armelle a fini par donner, elle aussi, son accord. Après tout, elle n’avait guère qu’une chance sur cinq de perdre et comme c’était l’une des meilleures d’entre nous.
Quant à moi, je me suis bien fait tirer un peu l’oreille, pour la forme, mais j’ai fini par me ranger à l’avis de la majorité.

Pour la forme, oui. Parce qu’en réalité je buvais du petit lait. Une fessée ! Des éternités que j’aspirais à en recevoir une. Depuis deux ans. Depuis que Jean m’avait initiée à ces plaisirs douloureux, mais si savoureux. J’allais perdre, ah, ça, sûr que j’allais perdre. J’allais faire ce qu’il fallait pour. Discrètement, pour que personne ne se doute de rien, mais j’allais perdre.
Et j’imaginais la main de Kevin s’abattant sèchement sur ma croupe, y déposant impitoyablement de brûlantes rougeurs. Ou bien celle de Benoît, sans doute moins âpre, moins percutante, mais infatigable et, au bout du compte, tout aussi efficace.

Il y a d’abord eu Kevin, puis Armelle, puis Benoît. Qui avaient, tous les trois, sorti le grand jeu. Qui nous avaient concocté des repas impeccables.
J’ai, le samedi suivant, brillé à mon tour de tous mes feux. Sauf pour le dessert. Que j’ai délibérément et lamentablement raté. Ma note allait inévitablement s’en ressentir et j’allais l’avoir, cette fessée tant désirée. J’allais l’avoir. Et devant eux tous en plus ! J’étais aux anges.

Restait quand même à venir la prestation d’Aurélie. Dont je savais que je n’avais strictement rien à craindre. Tout, quand elle cuisinait, était toujours absolument irréprochable.
Sauf que ce jour-là… La sauce de son saumon à l’oseille était en liquette. Quant à son tiramisu, il est resté dans les assiettes.
– Je suis désolée.
Oui, ben ça, elle l’était pas tant que moi.
– Je sais pas ce qui s’est passé.
Je le savais, moi, ce qui s’était passé. Je le savais même très bien. Quelle garce ! Non, mais quelle garce !

Mais, en attendant, c’est elle qui s’est retrouvée, robe relevée au-dessus de la taille, en travers des genoux de Benoît. Un Benoît qui, après quelques petites tapes-préludes, a rapidement pris sa vitesse de croisière. Comme il y allait ! À grandes claques tonitruantes qui s’abattaient dru sur son derrière. Qui l’ont très vite égayé d’un rouge flamboyant du plus bel effet.
Je l’encourageais mentalement. « Allez, vas-y, Benoît, ! Vas-y ! Elle en veut ? Donne-lui en ! Donne-lui en même tellement que ça lui en fasse passer définitivement l’envie. » Et on aurait dit qu’il m’entendait. Parce que de plus en plus fort il tapait. Et de plus en plus vite.
Quand il s’est enfin arrêté, j’ai fait remarquer…
– C’était pas une vraie fessée ! Une vraie fessée, ça se donne déculottée.
Une brève hésitation et puis il la lui a baissée, la culotte. Et il a tout repris à zéro.

jeudi 19 avril 2018

Quinze ans après (2)

C’était un type d’à peu près mon âge. Jovial. Chaleureux. Au regard clair. À l’abord franc. Qui, d’entrée de jeu, m’a fait claquer la bise.
– Depuis le temps que Philibert me parle de vous !
Et a absolument tenu à nous offrir le restaurant. Gastronomique le restaurant. Avec atmosphère feutrée et serveurs pingouins.
Il a attaqué d’emblée, avant même que les hors d’œuvre nous aient été servis.
– Philibert vous a expliqué…
– En gros. En très gros.
– Oui. Ce que je voudrais, c’est que ce soit des femmes de tous les jours. Des employées. Des institutrices. Des dirigeantes d’entreprise. N’importe. Mais pas des modèles. J’en ai soupé des modèles. Non. Des femmes au foyer. Des mères de famille. Des femmes mariées. Des célibataires. Des divorcées. De ces femmes qui ont des fantasmes plein la tête, qui les caressent à longueur de nuit, mais qui n’ont jamais osé passer à l’acte. Votre rôle, à vous, consistera à les convaincre de le faire.
– S’il s’agit, pour moi, d’aller écumer les bars ou les boîtes de nuit…
– C’est hors de question. Ce n’est de toute façon pas là que les femmes qui nous intéressent se trouvent. Ou très rarement. Non. Ce que nous allons faire… Passer des annonces. Pas forcément, d’ailleurs, sur des sites spécialisés. Au contraire même. J’ai ma petite idée. Des annonces dans le registre : « Jeune femme aimerait discuter fessée avec d’autres femmes » C’est tout. Pas la peine, dans un premier temps, d’en dire davantage. Discuter, c’est rassurant, ça, discuter. Uniquement discuter. Et avec une femme, qui plus est. Elles vont se sentir en parfaite sécurité. Et je suis convaincu que nous serons extrêmement surpris du nombre de réponses que nous allons recevoir. À vous ensuite de dialoguer. De prendre votre temps. De faire le tri. Et de ne conserver que celles qui vous sembleront susceptibles d’entrer dans le jeu et d’accepter, à terme, que vous leur claquiez le derrière. Il vous suffira ensuite d’user de patience, de vous montrer rassurante et persuasive, de les amener, pas à pas, là où nous souhaitons qu’elles se rendent.
– Ça paraît simple comme ça, mais…
– Ce le sera. Je suis absolument convaincu que vous vous en sortirez haut la main. Et que ce sera un moment particulièrement exaltant.
– Peut-être le plus exaltant finalement.
– Il y a toutes les chances en effet. Peut-être n’arriverons-nous à nos fins qu’avec un très petit nombre d’entre elles. Une sur cinq. Une sur dix. Mais quel bonheur ce sera, pour vous comme pour moi, quand vous réussirez à la coucher enfin en travers de vos genoux, pour lui infliger une éclatante première fessée.
– À laquelle il vaudra mieux que vous n’assistiez pas.
– Non. Bien sûr que non. Ça flanquerait tout par terre. Après, plus tard, quand vous aurez pris votre vitesse de croisière toutes les deux, c’est quelque chose que vous lui suggérerez, si vous sentez que c’est une proposition susceptible d’éveiller des échos en elle. Que je puisse enfin entrer à mon tour en scène.
– Uniquement comme spectateur ?
– Cela va de soi. Jamais il ne sera question de rien d’autre.
– Il me faudra sans doute néanmoins vaincre bien des réticences.
– Vous les vaincrez. Ça prendra le temps que ça prendra, mais vous les vaincrez. Et, une fois que je serai dans la place, à moi alors, avec votre aide, de faire en sorte qu’elle accepte de se laisser filmer.
– J’aurai bien entendu droit à une copie ?
– Cela va sans dire… Tout vous paraît clair ?
– Parfaitement.
– Et… vous êtes partante ?
– Je le suis.
– Si vous avez la moindre question, le moindre doute, vous n’hésitez pas. Vous m’appelez ou vous me laissez un mail. Ou même vous passez. Toutes mes coordonnées sont là. Et… ah, oui… je vais lancer les annonces dès ce soir. Ça peut aller vite. Très vite. On ne peut pas savoir.

lundi 16 avril 2018

Entre elles.

Félix Vallotton. Die Ruhe der Modelle

– Je comprends pas.
– Il y a rien à comprendre. Je te quitte. Voilà. c’est tout.
– Mais pourquoi ?
– Parce que… Ça a été une belle histoire, nous deux. Une très belle histoire. Mais même les plus belles histoires ne peuvent pas durer éternellement.
– Tu m’aimes plus, quoi ! C’est ça, hein ?
– Moins.
– Mais pourquoi ? Qu’est-ce que j’ai fait ? Qu’est-ce qui te plaît plus en moi ?
– Mais rien du tout. C’est pas la question.
– C’est quoi, alors, la question ? T’as rencontré quelqu’un ?
– Oui.
– Ah, nous y voilà ! Qui c’est ?
– Ça n’a pas d’importance qui c’est.
– Ah, si, ça en a, si ! Beaucoup. Elle a quel âge ?
– Vingt-huit.
– Elle est mieux que moi ?
– Elle est différente.
– Blonde ? Brune ?
– Qu’est-ce que ça peut faire ?
– Si, ça fait. Elle te lèche bien ?
– Écoute, Flora…
– Oui, forcément. Ça te fait complètement grimper aux rideaux, ça. Tu l’as rencontrée où ?
– Sur Internet.
– Ah, ben d’accord ! Ce qui veut dire que, même en étant avec moi, tu cherchais déjà ailleurs. Qu’est-ce c’était comme site ? Tu cherchais quoi ?
– Quelque chose qui t’a jamais branchée.
– Mais quoi ? Dis ! C’est agaçant à la fin.
– J’ai trop besoin de flanquer des fessées à quelqu’un.
– Mais pourquoi tu m’as pas demandé à moi ?
– On en a parlé. À plusieurs reprises. T’as jamais réagi.
– Parce qu’on évoquait ça comme ça. En l’air. T’étais pas explicite.
– Parce que t’étais pas réceptive.
– Que tu dis !
– Tu le cachais bien alors !
– C’est vrai qu’a priori c’était pas le genre de choses qui m’attiraient, mais j’aurais su quelle importance ça avait pour toi…
– Tu m’aurais fait la charité.
– Mais pas du tout enfin ! J’aurais été heureuse de te faire plaisir. Tu sais bien comment ça m’excite de te sentir excitée.
– Mais pas pour ça !
– T’en sais rien du tout. On a jamais essayé. Essaie ! Vas-y ! Essaie !

– Effectivement !
– Ah, tu vois !
– D’autant que je t’ai pas ménagée.
– Et j’ai pas fait semblant, hein ! À aucun moment j’ai fait semblant.
– Je sais, oui. J’ai vu. Mais, Flora…
– Oui. Quoi ?
– Faut que je te dise quelque chose. Il y a jamais eu d’autre nana. Et j’ai jamais eu l’intention de te quitter.
– Hein ! Mais pourquoi t’es allée inventer une histoire pareille ?
– Parce que sinon, tu ne te serais offerte que du bout des fesses, tandis que là !
– Oh, la garce ! Non, mais quelle petite saloperie tu fais ! C’est toi qu’en mérites une, oui ! Et je peux te dire que tu vas prendre cher.

samedi 14 avril 2018

Preuves à l'appui

Dessin de Kal "Ce petit bout de tissu"

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Ma vieille copine Bénédicte trouvait que j’avais beaucoup de chance.
– T’as ton appart. T’es indépendant. Tandis que moi, chez les parents… C’est pas l’enfer non plus, non, faut rien exagérer, mais quand même, t’es pas à ta main. Bon gré mal gré, faut que tu t’adaptes à leur rythme à eux. Que tu fasses tout un tas de concessions. Et puis ce qu’il y a surtout, c’est que, les rares fois où Baptiste peut venir passer la nuit, ben, on en profite pas. On est complètement bloqués. Parce que les savoir là, de l’autre côté de la cloison…
– Je vous proposerais bien de venir vous réfugier ici, mais moi aussi je serais de l’autre côté de la cloison.
– Ça n’a rien à voir, attends ! Rien du tout ! Les parents, c’est une chose et les amis, c’en est une autre. Sans compter que ce serait même pas une première pour toi, en plus ! Parce que, rappelle-toi, quand on campait, à Étretat, il y a deux ans, on entendait tout d’une tente à l’autre. J’étais avec Sylvain, à l’époque, et avec Sylvain, ça donnait !
– Ah, ça, c’est le moins qu’on puisse dire… Bon, mais tu fais comme tu veux. Moi, si je te propose, c’est de bon cœur. Après, c’est toi qui vois…

C’était tout vu. Ils sont venus le vendredi suivant. Le lendemain aussi. Et puis le week-end d’après. D’autres encore.
– C’est drôlement sympa de ta part. Et on te doit une fière chandelle. Parce qu’on était en train de se perdre tous les deux, là-bas. Quand on peut pas s’éclater niveau cul, petit à petit, il y a plus rien qui va…
Pour s’éclater, ils s’éclataient, c’était clair. Et pas qu’un peu…
– J’espère quand même qu’on perturbe pas trop ton sommeil ?
– Moi, tu sais, quand je dors, je dors.
C’était à la fois vrai et pas vrai. Ses gémissements de plaisir ne me parvenaient parfois qu’en arrière-fond, ne me réveillaient pas vraiment. Et je me rendormais avant même qu’elle ait jeté ses derniers feux. Mais il arrivait aussi qu’ils m’extirpent résolument des bras de Morphée. Les yeux grand ouverts, je suivais alors le déroulé des opérations d’une oreille attentive. Jusqu’à l’emballement final. Et il m’était ensuite extrêmement difficile de retrouver le sommeil.

Et puis il y a eu ce vendredi-là. Où le ton est monté. Où il s’est mis à lui faire des reproches. Des reproches auxquels elle ne répondait que par des « oui » et des « non » contrits. D’une toute petite voix. « Oh, mais je vais t’en faire passer l’envie, moi, tu vas voir » Et… une fessée. Retentissante. Indéfiniment prolongée. Une fessée qui lui a arraché cris et supplications. S’en sont suivis des mots murmurés doux. Des reniflements. Et elle a eu un plaisir comme jamais.

Le lendemain matin, au petit déjeuner – que nous étions en train de prendre seuls, elle et moi, en tête à tête – je n’ai pas pu résister…
– Je comprends mieux pourquoi tu préfères rencontrer Baptiste ici plutôt que chez tes parents. Ils en feraient une attaque, les pauvres…
Elle a légèrement rougi. Souri.
– Tu nous gardes le secret, hein ?
– Ben, évidemment, ça coule de source. Pour qui tu me prends ?

Ils ont recommencé. Souvent. De plus en plus souvent.
Au matin, je l’interrogeais.
– C’est si agréable que ça ?
– Tu peux pas savoir…
– Mais qu’est-ce qu’on ressent au juste ?
– Ça s’explique pas. Ça se sent.
Je l’assaillais de questions. Auxquelles elle répondait. Ou pas. C’était selon… Je m’interrogeais – et je l’interrogeais – surtout sur les marques que les fessées pouvaient laisser. Ça restait longtemps ? C’était très rouge ? Rouge comment ? Plutôt vermillon ou plutôt fuchsia ? Et elles changeaient les couleurs, non ? Ça donnait quoi le lendemain ? Et le surlendemain ? Je revenais sans cesse là-dessus. Obstinément. Tant et si bien qu’un beau matin…
– Écoute, tu sais pas ? Le plus simple…
Elle s’est levée, elle m’a tourné le dos, elle a laissé tomber la chemise de nuit, baissé la culotte.
– Que tu puisses juger sur pièces.
Ce que j’ai fait. Ce que je ne me suis pas privé de faire.
– Là ! Satisfait ?
Oh, oui, oui, satisfait. Et même comblé.
– Bon, mais tu dis rien à Baptiste, hein ? Il m’en mettrait une autre.
– Ah, ben justement, raison de plus !
Elle s’est retournée – la tête, juste la tête –, elle m’a tiré la langue et elle s’est éclipsée.

jeudi 12 avril 2018

Quinze ans après (1)

Philibert a voulu savoir.
– Mais alors, finalement, il y a combien de temps que t’en as pas donné de fessées ?
– Ça dépend de ce que t’entends par là… Si c’est des fessées tape-cul, il y a pas longtemps. Un mois. À peu près. Une désillusion. Une de plus. Je commence à avoir l’habitude. Mais une vraie fessée investie, bouleversante, pleine de sens, il y a une éternité.
– Quinze ans en fait, hein !
– J’aurais jamais dû…
– Quoi donc ?
– Couper les ponts, comme je l’ai fait, avec Hélène et Marie-Clémence. Mais bon… J’étais amoureuse. On fait n’importe quoi quand on est amoureuse. Et quand on s’en rend compte, il est trop tard.
– Je peux te parler franchement ?
– Tu sais bien que oui.
– Tu les idéalises trop toutes les deux. Tu te calfeutres dans l’espoir de retrouver très exactement ce que tu as vécu avec elles. Et, sous prétexte qu’elles n’en sont pas la copie conforme, tu passes sûrement, du coup, à côté de relations qui, une fois approfondies, pourraient se révéler très gratifiantes pour toi.
– Peut-être. Je sais pas.
– Oh, que si ! Et j’ai bien envie de te faire faire la connaissance de Coxan. Histoire que t’arrêtes de tourner obstinément en rond dans ton passé.
– C’est qui, ce Coxan ?
Un ami à moi. Un passionné de vidéos de fessées. De fessées administrées par des mains féminines sur des croupes féminines. Uniquement.
– Tu m’en diras tant !
– Seulement, il n’y trouve pas vraiment son compte. Et il est le plus souvent déçu. Parce que les modèles simulent. La douleur, la honte ou le plaisir. C’est selon. Et ça se voit. Comme le nez au milieu de la figure.
– Ben oui. Forcément. Pour elles, c’est un boulot comme un autre. Ni plus ni moins. Un boulot pour lequel elles sont payées.
– C’est pourquoi il voudrait se constituer sa petite collection personnelle. N’y trouveraient place que des femmes prenant vraiment du plaisir à être fessées et à être vues, et filmées, en train de l’être.
– Et comment il sera sûr qu’elles ne friment pas ?
– Parce qu’il ne retiendra que celles qui accepteront de jouer le jeu sans la moindre contrepartie financière.
– Et qui courront gratuitement le risque de voir leur cul rougi se balader partout sur Internet ? Il rêve ton ami, non ?
– Il a prévu des garde-fous. Un contrat en bonne et due forme. Qui stipulerait qu’il s’engage à ne faire, de ces vidéos, qu’un usage strictement privé. Sous peine de devoir verser à ses victimes, s’il ne tient pas ses engagements, de très lourdes indemnités.
– Mouais… Et il compte les trouver où, ces heureuses élues ?
– D’abord, avant tout, ce qu’il voudrait, c’est se trouver une fesseuse-recruteuse. Quelqu’un de fiable, de déterminé, en qui il pourrait avoir la confiance la plus absolue.
– Et, évidemment, t’as pensé à moi.
– J’ai eu tort ?
– Pas forcément. Ça dépend. Il consisterait en quoi, au juste, mon rôle ?
– Tu te doutes bien un peu, non ?
– En gros, oui. Mais pratiquement, concrètement, il s’agirait de procéder comment ?
– Le mieux, si t’es d’accord sur le principe, ce serait que t’en discutes avec lui.
– À condition que ça ne m’engage à rien.
– C’est bien comme ça que je l’entendais.


lundi 9 avril 2018

La passion secrète de la baronne

Dessin de Gaston Smit (1933)


C’est le moment qu’elle préfère. Quand elle passe la porte. Qu’elle croise leurs regards. Que leurs sourires se font mi-narquois mi-complices.
Helga s’avance vers elle, faussement obséquieuse.
– Madame la baronne est en manque ? Nous allons remédier rapidement à cet état de choses.
Elle soulève un pan du grand rideau grenat.
– Si Madame veut se donner la peine de passer dans le petit salon, derrière.
Elle la laisse seule.
– Je reviens. J’en ai pour une minute.
Dix minutes. Vingt minutes. Parfois davantage. Des minutes voluptueusement insupportables. Il y a, à côté, le bruissement feutré du magasin. Les voix des vendeuses qui vaquent à leur tâche, vont et viennent. De temps à autre, l’une d’elles passe la tête. Suzon. Ou Alice.
– Tout va comme Madame le désire ?
Ou Margaux. Qui la fixe longuement d’un petit air moqueur.
– On va encore bien s’amuser.
Et elle éclate d’un rire insolent.

Elles ferment. Juste le temps de s’occuper d’elle. Elles ferment. Elle inspire. Profondément. Son cœur s’emballe. C’est le moment. C’est enfin le moment.
Elles sont là, toutes les quatre. Elles l’entourent.
– Alors, à nous !
Helga avance une chaise.
– Prenez place ! À genoux, allez !
Elle obéit.
– Là ! Et maintenant tu vas nous montrer ton cul.
Les mots. Leurs mots. Elle adore. Elle en frissonne toute.
– Ben, alors ! Qu’est-ce t’attends ?
– Peut-être qu’elle est sourde ?
– Non, mais c’est qu’on a ses petites pudeurs dans la haute…
Et il y en a une – elle ne sait pas laquelle – qui la trousse. Qui la déculotte sèchement.
Elle pousse un petit cri de surprise effarouchée. Qui déclenche leurs rires.
– T’en verras d’autres, va !
– Et pas plus tard que tout de suite.
Une main l’effleure.
– Comment il est blanc, son petit popotin d’aristo !
– Ce qui va pas durer.
– À quoi on lui fait aujourd’hui ?
Suzon propose…
– Au fouet-fagot. Il y a longtemps. Ça changera.
Le fouet-fagot. Elle frémit. C’est épouvantablement éprouvant, le fouet-fagot. Ce sont des milliers de mini-brûlures qui s’incrustent, en même temps, sur toute la surface. Au bout de cinq ou six cinglées on est littéralement en feu.
Les autres approuvent.
– Oh, oui, oui ! Le fouet-fagot !
Suzon lui susurre à l’oreille…
– Comment tu vas te trémousser, baronne !
Margaux la contourne, lui fait face.
– Que je voie ta petite frimousse quand ça va tomber.
Et ça tombe.
Elle sursaute. Elle se cabre. Il y en a une, derrière, qui rit. De bon cœur.
Les coups se succèdent, méthodiques, réguliers. Ils lui arrachent des soubresauts. Des gémissements.
Suzon encourage Helga.
– Plus fort ! Plus fort ! Tu te relâches, là.
La douleur se fait plus vive. Plus intense. Elle crie. Elle supplie.
– Encore ! Encore !
Margaux l’oblige à relever la tête, plonge ses yeux dans les siens.
– Elle va jouir, les filles !
Elle jouit. À petits sanglots émerveillés. Elle jouit sous les coups. Et sous leurs rires.
Tout retombe. Elle aussi, satisfaite, épuisée.

À côté, elles ont rouvert. Des clientes entrent, achètent, ressortent. Il y a la voix de Suzon, paisible, sereine…
– Si Madame veut m’en croire, ce parme lui va très bien au teint.
Celle d’Alice, plus forte, plus déterminée.
– Il suffira d’une petite retouche, je vous assure.
Margaux passe la tête. Son petit rire offensant.
– T’as toujours le cul à l’air, toi ? Eh ben, dis donc !
Elle l’a toujours. Elle est bien. Ça brûle. Ça irradie dans tous les sens. Si bien.

Elle finit par se redresser. À regret. Par se rajuster. Par soulever le rideau grenat.
Helga la raccompagne jusqu'à la porte, s’incline cérémonieusement.
– Que Madame la baronne revienne ! Quand elle voudra. Ce sera toujours avec plaisir.

samedi 7 avril 2018

Coaching

Dessin de Kal

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– C’est Eugénie Bardoin, une amie à moi, qui m’a conseillé de venir vous voir. Avec vous, d’après elle, on obtient des résultats spectaculaires.
– Alors, elle a dû vous dire également que mes méthodes sont, disons, percutantes. Ce qui en fait, d’ailleurs, toute l’efficacité.
– Elle m’a dit, oui.
– Bien. Les choses ont donc le mérite d’être claires. Alors, je vous écoute. Qu’est-ce qui vous amène ?
– Mais tout. Tout. Tout va de travers. J’ai pas de mec. Ils me larguent tous. Les uns après les autres. Si seulement je savais pourquoi. Au boulot, on m’évite. On me fuit comme la peste. Du coup, je compense. J’achète n’importe quoi. Des fringues que je mets plus trois jours après. Des babioles qui finissent le lendemain au grenier. Alors, forcément, je suis dans le rouge à la banque. Mais alors là, dans le rouge de chez rouge. Sans compter que je me ruine la santé à coup de friandises, de chocolat, de gâteaux et autres cochonneries.
– Vous buvez ?
– Non. Enfin si ! Un peu.
– Ça veut dire quoi un peu ?
– Certains soirs un peu trop et le lendemain pas du tout.
– Vous fumez ?
– Presque pas.
– Bon. Ben, il y a du travail. Alors première chose : interdiction absolue de jérémier sur votre sort au boulot. Pour quoi que ce soit. Et, tout particulièrement, vos désillusions amoureuses. C’est ce qui met tout le monde en fuite autour de vous. Ensuite vous allez m’arrêter complètement – j’ai bien dit : complètement ! – le tabac et l’alcool. C’est compris ? Bien. D’autre part, dès ce soir vous me scannerez vos relevés de compte. Vous me les scannerez désormais tous. Au fur à mesure qu’ils vous parviendront. Vous réglerez également désormais tous vos achats par carte bleue. J’en veux les tickets ainsi que les notes détaillées correspondantes. Que je puisse contrôler vos achats. Il va évidemment de soi que vous n’effectuerez plus désormais le moindre retrait en espèces. Est-ce bien clair ?
C’était clair, oui. C’était très clair.
– Alors rendez-vous dans un mois.

Elle a mis un temps fou à tout éplucher. Plus de deux heures. En silence. Deux heures pendant lesquelles je l’ai regardée faire, la peur au ventre.
– C’est mieux. Beaucoup mieux. Vous avez réduit vos dépenses de moitié. C’est un net progrès. Même s’il vous reste encore beaucoup à faire. Par contre, en ce qui concerne les sucreries, j’en trouve pour plus de quatre-vingts euros. C’est beaucoup trop. Je trouve par ailleurs pour cent cinquante euros d’achats extrêmement discutables. Et, à deux reprises, des retraits en espèces. De vingt euros chacun. Vous justifiez ça comment ?
Je me suis tortillée sur ma chaise.
– C’est le pain. La boulangerie. Le pain.
– On trouve du pain dans les grandes surfaces.
– Il est moins bon.
– Vous vous fichez de moi ? À quoi ont servi ces quarante euros. Je veux savoir.
– C’est parce que… de l’apéro. Et de la bière. J’en avais plus.
– Je vous l’avais interdit. Je vous l’avais pas interdit ?
– Ben si, mais…
– Venez ici !
– Ça peut pas…
– Quoi donc ?
– Attendre la prochaine fois… Si je recommence…
– Certainement pas, non ! Venez ici, j’ai dit !
J’obéis. Elle me tire par le bras, me fait basculer en travers de ses genoux, me déculotte sèchement. Et elle tape. Comment elle tape ! Elle avait raison Eugénie : elle tape tant qu’elle peut. Comment ça te chauffe ! Comment ça te brûle ! Et, surtout, comment t’as honte !
– S’il vous plaît ! S’il vous plaît ! Assez ! Je recommencerai pas. Je vous promets.
Elle n’écoute pas. Elle n’a pas pitié. Au contraire. Elle tape plus fort. De plus en plus fort. Je crie. Je supplie. Rien n’y fait.
– Là !
Elle s’arrête enfin.
– Vous pouvez vous reculotter. Pour la prochaine fois, je veux que les dépenses aient encore été réduites. Qu’il n’y ait ni achat de sucreries ni retrait en espèces. Sinon… Eh bien sinon vous pouvez considérer que notre petite séance d’aujourd’hui ne constituait qu’une simple mise en bouche. On passera aux choses sérieuses. C’est compris ?
C’était compris, oui.
– Alors, filez !

jeudi 5 avril 2018

Mémoires d'une fesseuse (31)

 Ça m’est tombé dessus d’un coup, comme ça, sans prévenir. L’amour fou. Ravageur. Pour Ophélie, une petite nouvelle, qui est venue, s’asseoir, un beau matin, à côté de moi, au tout début du cours de cambodgien. On s’est regardées et on a tout de suite su que, nous, ça ne ressemblerait à rien d’autre. On a fait l’amour le soir même. On a dormi enlacées. On s’est réveillées heureuses. Je n’avais plus envie que d’une chose : être avec elle. La voir. L’entendre. La toucher. L’aimer. Je suis restée dormir chez elle. De plus en plus souvent. J’y ai amené des affaires. De plus en plus d’affaires. Je me suis progressivement désinvestie de ma vie d’avant. De mes passions d’avant. Marie-Clémence et Ernesta n’ont pas vraiment posé de questions. Elles ont instinctivement senti que j’étais désormais ailleurs. Qu’il était inutile d’essayer de me retenir. De toute façon, elles vivaient, elles aussi, de leur côté, sur un petit nuage. Elles s’apprenaient. Elles se découvraient. Et passaient le plus clair de leur temps à écumer les cabines d’essayage, les piscines, les plages, bref, d’une manière générale, tous les lieux qui leur permettaient de se montrer peu ou prou. Quant aux fessées, même si elles restaient très évasives sur le sujet – après tout, désormais, cela ne me regardait plus – j’avais cru comprendre que, dans ce domaine, elles se rendaient mutuellement service et n’hésitaient pas à avoir parfois recours à des bonnes volontés extérieures.

Sans doute aurais-je pu rester en contact plus étroit avec elles, si Ophélie avait été à même de partager notre passion. Or, ce n’était absolument pas le cas. J’avais lancé quelques ballons d’essai. Elle avait réagi avec une extrême virulence. C’était un univers qui la révulsait profondément. J’étais amoureuse. Je ne voulais pas la perdre. Et j’ai définitivement tiré un trait sur Marie-Clémence, Ernesta et tout ce qui gravitait autour.

Avec Hélène, les choses s’avérèrent beaucoup plus compliquées. Non pas qu’elle se soit montrée particulièrement insistante ou vindicatives. Au contraire : elle faisait profil bas. Se montrait tristement résignée. Ce qui avait le don de me culpabiliser. Tant et si bien que je suis restée, près de trois mois, plus ou moins en contact avec elle. Derrière le dos d’Ophélie dont je redoutais qu’elle ne finisse, un jour ou l’autre, par l’apprendre. Et par se poser des questions auxquelles j’aurais été incapable d’apporter des réponses qui la satisfassent. J’ai donc fini par couper franchement les ponts avec Hélène. C’était préférable. Pour tout le monde.

Restait Philibert. Qui me prêtait une oreille attentive. Qui m’a écoutée chanter, des heures durant, les éloges d’Élodie. Vers lequel je continuais à systématiquement me tourner dès que j’avais besoin d’un conseil, d’un avis. Et qui m’a soutenue, à de bras, trois ans plus tard, quand Ophélie m’a brusquement laissée tomber. Pour une autre. Il m’a fallu de longs mois pour m’en remettre. Pour sortir enfin la tête de l’eau. Je me suis efforcée de renouer avec Hélène. Qui m’a clairement fait comprendre qu’elle ne le souhaitait pas.
– Qui me dit que dans un mois, dans six mois, dans un an, tu ne vas pas encore me jeter sans autre forme de procès ? N’importe comment ma vie est ailleurs maintenant.
– Ah, oui ? Où ça ?
– Ça ne te regarde pas. Ça ne te regarde plus.
Marie-Clémence – je l’ai appris de la bouche de sa mère, sollicitée – était au Canada.
– Pour au moins un an. Peut-être davantage. On ne sait pas.
Ce fut plus.
J’ai vivoté. Je me suis lancée à la recherche de partenaires de fessées. J’ai erré de désillusion en désillusion. Ce n’était pas ça. Ce n’était plus ça. Des années ont passé. Je suis retombée amoureuse ou, du moins, j’ai essayé de me le faire croire. Sans véritable conviction.
D’autres années ont passé. Que j’ai traversées avec toujours les mêmes envies sans pouvoir vraiment les assouvir. Ce n’était pas faute d’essayer pourtant. Mais les fessées qu’il m’arrivait parfois de donner n’étaient que la caricature de ce que j’avais jadis connu. De ce que j’aspirais à retrouver.
J’ai eu trente-cinq ans.
Et la solution est venue, une fois de plus, de mon bon ange Philibert.

FIN DE LA PREMIÊRE PARTIE

lundi 2 avril 2018

Un dimanche

Paul Signac. Un dimanche.


– Qu’y-a-t-il donc de si intéressant dans la rue, très chère ?
– Oh, rien, mon ami, rien ! Je regarde tomber la pluie.
– Ça vous passionne ?
– Non, ça me distrait.
En face, en contrebas, ils sont assis sur le lit. Un couple. Une quarantaine d’années. Peut-être un peu moins.
– Et si vous invitiez votre sœur le week-end prochain ? Vous pourriez bavarder un peu toutes les deux.
– Je ne sais pas. Nous verrons.
Là-bas, ils se parlent. Il lui prend les mains. Ils se regardent.
– Ça vous ferait le plus grand bien.
– Nous verrons, vous dis-je !
Il la couche en travers de ses genoux. Il lui parle encore. Il lui relève haut la robe. Elle ramène ses mains en arrière, sur ses fesses, pour se protéger.
– Vous m’écoutez ?
– Pardon ?
– Je vous demande si vous avez versé ses émoluments à la cuisinière.
– Bien sûr, mon ami, bien sûr !
La main de l’homme s’abat. La femme sursaute.
J’ai beaucoup de chance : ils n’ont pas tiré le rideau. Quand ils sont à l’hôtel, loin de chez eux, les gens font beaucoup moins attention à ce qui les entoure. À moins que ce ne soit délibéré et que, sciemment…
– Ce bois est tout juste sec. Quand je pense au prix qu’ils nous le vendent.
– Changez de fournisseur, mon ami.
Il tape. Il tape à toute volée. De grands coups. Qui tombent de très haut. La femme bat des jambes, se contorsionne en tous sens.
– Dumox est un ami. J’ai scrupule à lui faire des infidélités. Mais enfin s’il persiste dans la piètre qualité, je n’aurai pas le moindre état d’âme.
Elle doit gémir, sûrement ! Peut-être même crier.
Ça s’agite dans mon bas-ventre. Une chaleur. De délicieux picotements.
– Avez-vous entendu dire que nous allons changer de curé ?
– Vraiment ?
– Oui, il paraîtrait que l’abbé Volmare n’est pas en odeur de sainteté à l’évêché.
Elle se relève. Elle tourne le dos à la fenêtre. Ses fesses sont d’un rouge rutilant.
Ça perle humide entre mes cuisses.
En face, il tire le rideau.
Je laisse retomber le mien.
– Vous vous retirez, chère amie ?
– Oui, je vais m’allonger un peu. Ma migraine me reprend.

Seule. Les images sont encore là. Toutes neuves Toutes chaudes. Je vais être à moi. Je suis à moi.

samedi 31 mars 2018

Heures supplémentaires


Dessin de Kal

http://kalidwen.wordpress.com


– Si je vous ai convoquées dans mon bureau, Mesdames, c’est que je voulais vous remercier. Vous faites vraiment preuve, toutes les deux, d’une conscience professionnelle rare. Être restées, comme vous l’avez fait hier soir, après votre journée de travail, pour mettre une dernière main aux dossiers les plus urgents, c’est une attitude qui vous honore. Je saurai m’en souvenir.
– Nous sommes très attachées, l’une comme l’autre, aux intérêts de notre entreprise.
– C’est ce que je vois. Soyez-en félicitées. Vous n’êtes tout de même pas parties trop tard, j’espère ?
– Oh, non. Non. Vers huit heures. Huit heures et demi. Quelque chose comme ça.
– Ah, oui ? C’est étrange. À ce qu’on m’a dit, à onze heures il y avait encore de la lumière.
– Onze heures ! Oh, non. Non. On se sera trompé.
– C’est d’ailleurs l’heure à laquelle on vous a vues sortir en compagnie de deux personnes étrangères à l’entreprise.
– Nos maris…
– Oui. Nos maris. Qui sont venus nous chercher. Parce qu’ils n’étaient pas trop rassurés de nous savoir toutes seules dehors, la nuit, par les temps qui courent…
– Vos maris, vraiment ? Ce n’est pas ce qu’on m’a dit.
– Mais qui vous a raconté quoi à la fin ? On peut savoir ?
– Peu importe. C’était qui, ces individus ?
Elles se sont troublées, regardées l’une l’autre en silence.
– Vous ne voulez rien dire ? Très bien. Les gendarmes, eux, sauront vous faire parler.
– Les gendarmes !
– Les gendarmes, oui. Parce que… Vous mentez. Pourquoi ? Le plus vraisemblable, c’est que vous avez introduit dans les locaux des personnes désireuses d’avoir accès à nos données les plus sensibles. En échange, très vraisemblablement, de compensations financières substantielles.
– Mais pas du tout enfin !
– Jamais de la vie !
– Alors j’attends de vous des explications crédibles et cohérentes.
Elles se sont encore regardées. Ont hésité. C’est Eugénie qui s’est finalement lancée.
– C’est-à-dire que… voilà : on a rencontré quelqu’un. Deux quelqu’uns. Chacune le sien. Et en parlant, comme ça, un jour, ils ont trouvé que ce serait sympa de faire ça sur notre lieu de travail. On n’a pas voulu d’abord, mais à force qu’ils insistent…
– Et c’était bien ? Vous y avez trouvé votre compte ? Oui, hein ? Vous envoyer en l’air ici, à l’endroit même où vous passez vos journées, avec, en toile de fond, tout autour de vous, la présence diffuse de vos collègues. Un moment inoubliable, j’imagine… Tout l’étage a dû résonner de vos plaintes, gémissements et hoquètements de plaisir. Non ?
Elles n’ont pas répondu. Elles gardaient la tête obstinément baissée.
– Bien, mais il s’agit là, vous en conviendrez, d’une faute grave. Vous êtes donc remerciées. Ça prend effet sur-le-champ. La lettre de licenciement que je vous adresserai dans la journée en exposera les motifs de manière circonstanciée. À vous, ensuite, de vous expliquer avec vos maris.
Elles se sont regardées, consternées.
– Il y aurait pas moyen de…
– De quoi ? De passer l’éponge ? De faire comme s’il ne s’était rien passé ? Ben, voyons !
– On n’a pas dit ça.
– Ah, non ? Et vous proposez quoi, alors ?
– On sait pas.
– Que je vous flanque une bonne fessée ? À l’une comme à l’autre. Pour solde de tout compte. Quand on se comporte en gamines écervelées…
Elles se sont encore regardées, penchées l’une vers l’autre, se sont chuchoté quelque chose à l’oreille.
– On aimerait encore mieux ça.
– Oui, enfin non. C’est pas qu’on aimerait, mais c’est qu’à tout prendre, ça vaudrait encore mieux que d’être virées.
– Et exposées aux demandes d’éclaircissements de vos maris, hein ? Eh bien, restez ce soir ! Une fois que vos collègues seront partis, on poursuivra cette passionnante conversation.

– Alors, par qui on commence ? Eugénie ? Alyssia ? Oui, Alyssia, tiens, plutôt ! On va garder Eugénie pour la bonne bouche. Eh bien, venez ici, petite Madame ! Qu’est-ce que vous attendez ? Là ! On dégrafe cette jolie ceinture… On descend ce pantalon… Plus bas… Encore… Comme ça, oui. Et on se met gentiment en position. Vous savez que vous avez un cul magnifique ? Du coup, on va prendre tout notre temps. Il y a rien qui presse. Vous êtes bien installée ? C’est vrai ? Tant mieux. C’est important, ça, de se sentir à l’aise. Qu’est-ce qu’on disait déjà ? Ah oui ! Je voudrais pas être indiscret, mais c’est où, au juste, qu’il vous a sautée hier soir, votre extra ? Attendez ! Dites rien ! Laissez-moi deviner ! Là, j’parie, juste en face, sur votre bureau où il vous avait fait pencher à l’équerre. Vous en avez de la chance. C’est les yeux rivés sur le théâtre de vos exploits que vous allez être fessée.
Et j’ai lancé une première claque, sèche, bien appuyée.Qui l’a fait sursauter. Lui a arraché un petit cri.
– Eh, oui, ça surprend, hein !
Suivie d’une multitude d’autres. En pluie. En rafale. En crépitements ininterrompus.
– Vous marquez remarquablement bien. C’est absolument délicieux.
Eugénie, fascinée, ne quittait pas la croupe de sa petite camarade des yeux.
– Ça vous plaît, Eugénie ? Ne vous impatientez pas. Votre tour viendra. Et je vous réserve un traitement de faveur. Parce que vous êtes pour moi, à n’en pas douter, l’instigatrice de tout ça. Non ? Je me trompe ?
Elle a fait mine de n’avoir rien entendu.
J’ai expédié sur le derrière d’Alyssia une autre salve qui l’a fait psalmodier :
– Ça fait mal… Ça fait mal… C’est affreux… Hou là là, que ça fait mal !
Gigoter tant et plus. Lancer des ruades. Se contorsionner dans tous les sens.
– Ouille ! Ouille ! Mais ouille !
Je me suis arrêté.
– On sera sage maintenant ? On ne viendra plus faire la polissonne sur son lieu de travail.
– Oui. Oh, oui !
Je l’ai aidée à se relever.
– Là ! C’est fini. Mais vous vous rhabillez pas ! Vous attendez que je vous le dise.
J’ai fait signe à Eugénie.
– Allez, à vous, maintenant !
Elle s’est approchée, d’un pas décidé, a baissé son pantalon, s’est étendue, sans un mot, en travers de mes genoux, a pris solidement appui par terre avec les mains.
J’ai laissé une main traîner sur ses fesses. J’en ai pris possession. J’en ai longuement apprécié le grain, la texture.
– On va leur donner de belles couleurs, vous allez voir ! Vous en serez enchantée. Et votre ami aussi… Mais d’abord, vous allez bien gentiment me demander de vous punir.
Elle a poussé un long soupir, marmonné quelque chose entre ses dents.
– Pardon ? J’ai rien entendu.
– Punissez-moi !
– Bien volontiers. Comment ?
– Une fessée.
– S’il y a que ça pour vous faire plaisir…
Et c’est tombé. À pleine fesses. Elles rebondissaient sous ma main. Elles en conservaient longuement l’empreinte. Elles rougissaient à qui mieux mieux.
Elle serrait les dents. Pour ne pas gémir. Pour ne pas crier. Pour ne pas me faire ce plaisir.
Je me suis penché vers son oreille.
– Je vous avais promis un traitement de faveur. Alors vous, je vais vous déculotter. Complètement. Ce ne serait pas une vraie fessée sinon.
Elle a encore soupiré, mais elle n’a pas protesté. Elle n’a rien dit. Elle s’est laissée docilement faire.
Et j’ai repris les choses là où je les avais laissées. Avec plus de détermination encore.
Elle a gémi cette fois. Elle n’a pas pu se retenir. Et elle a bondi du derrière. Haut. De plus en plus haut.
– Vous savez que vous m’offrez de charmants aperçus ? Je suis comblé.
Encore quelques claques, à plein régime, et j’ai mis fin à son supplice.
– À demain, Mesdames, à demain. Ce sera un véritable régal, pour moi, que de vous regarder vous asseoir.




jeudi 29 mars 2018

Mémoires d'une fesseuse (30)

 – Tu n’as pas honte, Marie-Clémence ?
– De quoi donc ? Qu’on ait vu mes fesses ? Oh, ben si ! Si ! Tu sais bien. Ça lui a plu, en tout cas, au vieux. T’as entendu ce qu’il a dit ? Et puis rien que ses yeux ! Ah, il a pas fini d’y repenser. J’adore l’idée qu’un type il va pas arrêter de penser à moi. Que ça va le mettre dans tous ses états. Les trois autres, par contre, ils en avaient strictement rien à battre.
– En es-tu si sûre ?
– Je suis pas allée les regarder sous le nez non plus, mais ils ont pas cherché à s’approcher. Rien.
– Il y en avait un, c’est clair qu’il était coincé, mais les deux autres, je peux t’assurer qu’ils en perdaient pas une miette. Même de loin.
– J’aime trop ça. On recommencera, hein ? En mieux, même, si on peut.
– En mieux ? C’est-à-dire ?
– Ailleurs. Avec plus de monde. Plein de gens. Qui regardent. Qui font des tas de réflexions. Qui se moquent. J’y pense, souvent. Par exemple, que je suis sur la plage en mini-maillot. Tout le monde voit que j’en ai pris une. Ils passent les gens. Ils repassent. Exprès pour regarder. Et pour commenter. De plus en plus fort. Exprès pour que j’entende. Il y a surtout des hommes, mais il y a aussi des femmes. Et puis alors elles, je peux te dire qu’elles me ménagent pas. D’autres fois, c’est à l’hôpital que ça se passe. J’ai fait un malaise. On m’a gardée en observation. Et, évidemment, tout le monde s’est rendu compte. Les infirmières, les médecins. Ils disent rien, mais ça se voit ce qu’ils pensent. Et c’est encore pire. Il y a plein d’autres trucs. La fois où je descends, avec un copain, dans les gorges de Galamus. On est tout seuls. Il y a personne. On en profite: On se met à poil. Et, de fil en aiguille, il me donne une grosse fessée. Sauf qu’au moment de repartir, on s’aperçoit qu’on nous a piqué nos vêtements. Tous nos vêtements. Pas d’autre solution que de remonter comme ça jusqu’à notre voiture. Dont on nous a évidemment volé les clefs avec le reste. On s’abrite comme on peut derrière tout en faisant, avec les bras, de grands gestes désespérés. Un automobiliste compatissant, accompagné de sa femme, finit par s’arrêter et accepte de nous ramener chez nous. Je vous dis pas tout ce qu’on entend tout au long du trajet.
– T’es bien en verve, toi, aujourd’hui, dis donc !
– Il y a aussi les fois où c’est devant tout un tas de gens que je la reçois la fessée.
– Gauvain et ses petits camarades n’attendent que ça.
– Oui, oh, mais eux !
– Ça te tente plus ?
– Pas vraiment, non. Je les connais trop, finalement. Et puis on a déjà fait des trucs ensemble. Alors ce serait pas pareil. J’aimerais mille fois mieux devant des inconnus.
– Ils vont être déçus. Depuis le temps qu’on leur promet.
– Oui, oh, on peut bien quand même. S’il y a que ça pour leur faire plaisir.
– Et toi, Ernesta ? C’est quoi, ton truc ?
– Oh, moi, vous savez bien. C’est qu’on me voit les fesses, mais qu’on se rende pas compte.
Marie-Clémence s’est plantée devant elle.
– Qu’on se rende pas compte de quoi ? C’est quoi tous ces mystères que vous faites toutes les deux ?
– Montre-lui, Ernesta !
Elle a baissé son pantalon.
– Ben, quoi ? C’est ses fesses. Comme tout-à-l’heure.
S’est retournée.
– Oh, la vache ! Elle a une bite ! Non, mais j’y crois pas ! Elle a une bite. Jamais, au grand jamais, à la voir, on irait s’imaginer un truc pareil. Quand on voit comment elle fait fille. Elle peut pas rester un peu à poil ? Le temps que je m’habitue ?
À la fin de la soirée, elle n’était toujours pas vraiment habituée.
– Non, mais j’hallucine, là. J’hallucine complètement. Oh, mais je vais voir tout ça d’un autre œil, moi, maintenant, quand on ira ensemble toutes les trois au sex shop. Ou ailleurs.

lundi 26 mars 2018

Rates d'hôtel

Dessin de Louis Malteste


Tout se passait bien. En général, à midi, tout se passe toujours bien. Les clients sont en bas. Ils déjeunent. Les chambres sont vides. On peut donc les visiter et s’y approvisionner tout à loisir. Tout se passait d’autant mieux que la récolte était d’importance. Montres, bijoux, liquidités. On en avait pour notre argent. Si on peut dire.
On allait en finir. On était dans la toute dernière chambre, au bout du couloir, quand la porte s’est brusquement ouverte et on s’est trouvées nez à nez avec un petit vieux à la mine stupéfaite.
– Mais… qu’est-ce que vous faites là ?
– Rien. Rien. On s’en va. On s’est trompées de chambre.
Il n’a pas été dupe. Il a jeté un coup d’œil à nos sacs gorgés de butin et il s’est mis à hurler à pleins poumons tandis qu’on détalait, à toutes jambes, dans le couloir.
– Au voleur ! Au voleur !
En haut de l’escalier, la patronne nous a barré la route, sa sœur sur les talons.
– Qu’est-ce qui se passe ici ?
Le vieux nous a rejointes, soufflant et vociférant.
– Elles m’ont volé ! Elles m’ont dépouillé. Gourgandines ! Canailles ! Les gendarmes ! Qu’on appelle les gendarmes !
Elles ont exigé.
– Vos sacs ! Faites voir vos sacs !
On n’avait pas le choix. On les leur a remis, la mort dans l’âme. Elles y ont plongé les mains.
– Oui. Bon. C’est clair. Effectivement, les gendarmes !
On a eu beau sortir le grand jeu : il était tuberculeux, mon père. Et la mère de Marthe, phtisique. Il y avait plein de frères et sœurs à la maison. Qu’avaient rien mangé depuis trois jours. Et tra la la… Et tra la la… Elles ont rien voulu savoir quand même.
– Vous les nourrissez avec des montres, ces marmots ? C’est ça ?
– Mais non, mais…
Derrière le vieux arrêtait pas de glapir.
– Les écoutez pas ! Ce sont des malfaisantes. Les gendarmes ! En prison ! En prison !
On était en mauvaise posture. En très mauvaise posture. Alors on a sorti notre arme fatale. Celle qui jusque là, dans ce genre de situation, nous avait toujours remarquablement bien réussi.
– Oh, s’il vous plaît, Madame, pas les gendarmes. Donnez-nous la fessée plutôt ! Et on recommencera pas. On vous promet.
Il y a eu un long moment de flottement. Les deux sœurs se sont regardées, indécises.
Quant au vieux grigou, il s’est bizarrement montré beaucoup plus conciliant tout à coup.
– C’est sûrement la première fois. Tout le monde peut commettre une erreur. Faut leur laisser une chance. Et sûrement qu’une bonne fessée, ce sera tout aussi efficace, au bout du compte, que les gendarmes, les juges et tout le saint-frusquin.
Elles se sont concertées à voix basse.
– Bon, ben allez, alors !
Nous ont poussées dans une chambre où le vieux cochon s’est empressé de se faufiler à notre suite.
Elles ont refermé la porte, se sont assises, nous ont attirées à elles.
– C’est par ici que ça se passe…
Elles nous ont troussées, déculottées… Et alors là… Ouille ! Ouille! Ouille ! On en avait déjà eu, des fessées, oui. Les deux fois qu’on s’était fait prendre. Mais jamais aussi fortes. Ni aussi longues. Elles riaient tout ce qu’elles savaient. En plus !
– Vous avez voulu une fessée ? Eh ben, vous plaignez pas, vous êtes servies.
Et elles y allaient de leurs commentaires.
– Le cul de la mienne, il rougit plus vite.
– Oui, mais la mienne, elle piaule davantage. T’entends cette jolie voix qu’elle a ?
Quant au gros pervers, derrière, il perdait rien du spectacle. Le visage violacé, suffocant, il transpirait à grosses gouttes.
Elles s’interrompaient de temps à autre.
– On s’en tient là ?
– T’es fatiguée ?
– Oh, non, non ! Pas du tout !
– Moi non plus !
– Alors…
Et elles reprenaient de plus belle.
Elles ont quand même fini par arrêter.
– Là ! Elles ont leur compte.
– Oui. M’étonnerait qu’elles reviennent s’y frotter.

Elles nous ont raccompagnées jusque sur le trottoir.
– Les garces ! Non, mais quelles garces ! T’as vu leurs têtes ? Ah, ça leur plaisait, il y a pas à dire, de nous tambouriner le popotin. Elles adoraient, oui !
– On leur a tendu le bâton pour se faire battre. Elles en ont profité. C’est de bonne guerre. Mais en attendant, on repart sans rien.
– Tu voudrais quand même pas… ?
– Qu’on essaie ailleurs ? Ben…
– Ah, non, pas tout de suite, attends ! J’ai le derrière dans un état !
– On se fera pas prendre ce coup-ci.
– Alors ça, t’en sais rien du tout !

samedi 24 mars 2018

Miroir, ô mon miroir

Dessin de Kal

http://kalidwen.wordpress.com

http://fesseeo.net

 – Miroir, ô mon miroir, qui c’est qu’a le plus beau cul du monde ?
– Nabila.
– Quand t’auras fini de dire des conneries. Non, sérieux !
– Mais toi, bien sûr, ma chérie ! Qui veux-tu d’autre ?
– Ah, tu vois ! Qu’est-ce qu’il est rouge, n’empêche, ce coup-ci ! Beaucoup plus que d’habitude. Et tu sais pourquoi ? Parce que c’est Doral, le véto qui s’en est occupé.
– Non, c’est pas lui.
– Faut toujours que tu pinailles sur tout. C’est d’un agaçant !
– Il est dans la nature d’un miroir de refléter la vérité. Et c’est pas lui…
– Oui, bon, d’acord ! C’est moi ! Mais en pensant que c’était lui. Ce qui revient au même, finalement !
– Pas tout-à-fait, non.
– T’as décidé d’être casse-pieds, ce matin, toi, hein ! En attendant, ce qu’est bizarre, quand même, c’est que lui, j’avais encore jamais imaginé qu’il me le faisait. Il y en a eu plein d’autres pourtant. Dutertre, le garagiste. Mérin, le voisin du dessus. Presque tous mes collègues de travail. Et même, le petit jeune de la station-service. Mais Doral, non. C’était celui avec qui j’avais le plus envie que ça se passe pourtant. Comment t’expliques ça ?
– T’as qu’à te creuser un peu la tête.
– Merci de ton aide. C’est sympa.
– De rien.
– Je me demande quand même si je sais pas en fin de compte. C’est que les autres, je me racontais pas d’histoires : ça n’arriverait jamais en vrai. Tandis que lui…
– Avec lui, tu préférais attendre le jour où ce serait pour de bon. Virginalement en quelque sorte.
– Voilà, oui.
– Et maintenant t’as pris définitivement ton parti qu’il viendra pas ce jour-là. Qu’il viendra jamais. Et tu le convoques dans tes rêves, ton veto. Comme les autres.
– Qu’est-ce t’es en train d’essayer de me dire, là ? Que je suis rien qu’une fantasmeuse, c’est ça ?
– Ben, faut reconnaître… Où tu vas ?
– M’habiller. Et faire vacciner mon chien. Tu vas voir si je suis qu’une fantasmeuse. Tu vas voir !