jeudi 20 septembre 2018

Quinze ans après (24)


À peine Camille avait-elle commencé à déboutonner son pantalon qu’on a gratté à la porte.
– Entrez !
C’était Perrine, hilare, en compagnie d’Aglaé.
– On peut pas assister ?
– Oh, si vous voulez… Mais fermez le magasin alors !
Ce qu’elles se sont empressées d’aller faire.
– Là… Ça y est !
Camille est sortie de son pantalon, une jambe après l’autre. A cherché, du regard, un endroit où le poser. Fini par l’abandonner par terre, à ses pieds.
Je suis intervenue.
– Ah, ben voilà une jeune fille soigneuse au moins… Un vrai plaisir de voir ça !
Elle l’a précipitamment ramassé, serré contre elle, indécise.
Perrine a avancé la main.
– Donne !
Elle a donné.
– La culotte !
Elle l’a retirée, la lui a tendue.
– Le reste aussi !
Elle a marqué un temps d’hésitation.
– Le reste aussi, j’te dis ! Ce sera mieux. Pour tout le monde.
Madame Gonsalier était aussi de cet avis.
– Ce sera mieux en effet…
Aglaé a battu des mains.
– Oh, oui ! Oui ! Tout ! Allez, à poil !
Le chemisier. Le soutien-gorge. Tout. Elle nous a fait face. Et elle a attendu, immobile, en silence.
Madame Gonsalier s’est tournée vers Coxan.
– C’est vous qui avez eu à vous plaindre d’elle. Alors c’est vous qui donnerez le signal du début des opérations.
Il n’était pas pressé. Il a pris tout son temps pour examiner, d’un œil de connaisseur, l’anatomie de Camille. Qu’il a manifestement appréciée.
Quelque désir qu’il en ait eu, il n’a pourtant pas pu faire durer éternellement.
– Allez !
Madame Gonsalier a ordonné à Camille de se pencher en travers du bureau. Elle a aussitôt lancé une première claque, à toute volée, qui lui a arraché un petit gémissement. Une autre. Une troisième. Une quantité d’autres. En rafale. Qui tombaient à pleines fesses. Qui s’y sont imprégnées. D’abord en longues traînées rosâtres, puis, peu à peu, en rouge ardent, sur toute la surface. Camille ponctuait chaque claque d’un petit grognement rauque et d’un léger soubresaut du derrière. Madame Gonsalier a accentué la cadence. Les coups se sont faits plus appuyés encore. Camille a crié, s’est plus franchement soulevée, laissant de temps à autre entrapercevoir furtivement ses replis intimes.
– Là ! Et que ça te serve de leçon !
Elle s’est redressée, énergiquement frotté les fesses.
Sous les yeux ravis d’Aglaé.
– Je peux te dire que ça va te brûler un moment, ma petite !
Madame Gonsalier a froncé les sourcils.
– Qu’est-ce tu fabriques ? Rhabille-toi !
Elle a aussitôt obtempéré.
– Bon… Et maintenant tu retournes t’occuper de ce monsieur… Et tâche qu’il soit satisfait de la façon dont tu vas te comporter avec lui… Si tu veux pas qu’on en rajoute une couche…

lundi 17 septembre 2018

Le prix du silence

Dessin de Louis Malteste


– Devine ce que j’ai fait cette nuit…
– Qu’est-ce tu veux que j’en sache ! Tu t’es tapé un mec ?
– Non. Mieux que ça. J’ai épluché les comptes du cabinet.
– T’as vraiment du temps à perdre.
– Pas du tout, non ! Parce que j’ai fait des découvertes extrêmement intéressantes.
– Ah, oui ?
– Tu me demandes pas lesquelles ?
– Lesquelles ?
– Tu es vraiment une comptable hors pair.
– Tu me flattes, là. Tu me flattes vraiment.
– Surtout quand il s’agit de détourner des fonds.
– Tu as beaucoup d’imagination.
– Tu t’es allègrement servie, dis donc !
– Bon, écoute, t’es bien gentille, mais tes petites insinuations, là, tu peux te les mettre où je pense. Parce que je voudrais pas te vexer, mais la comptabilité et toi, ça fait deux.
– On verra.
– On verra quoi ?
– Ce qu’ils en pensent, nos patrons. Des avocats, ça se roule pas dans la farine comme ça. Ils voudront en avoir le cœur net.
– T’aimes vraiment ça, foutre la merde, toi, hein !
– Disons surtout que je suis foncièrement honnête.
– Ben, voyons ! Bon, parlons clair. Tu veux quoi ? Qu’on partage ?
– Ah, non, non ! Sûrement pas. Ce serait trop facile. Je deviendrais ta complice. Ce qui me réduirait au silence. Non, j’ai beaucoup mieux que ça.
– Quoi ? Mais parle à la fin ! C’est d’un agaçant !
– Je vais te foutre une fessée.
– Rien que ça ! Et puis quoi encore ? Non, mais tu m’as bien regardée ?
– Ben oui, justement ! Ça fait des mois que je fais que ça. Que je contemple ton petit cul bien moulé dans des trucs bien collants et que je me dis qu’un cul comme ça, c’est vraiment criminel de pas le mettre à l’air. De pas lui flanquer une bonne tannée. C’est du gâchis.
– T’es vraiment complètement barge.
– Ah, je peux te dire que ça fait un moment que je cherche comment je vais bien pouvoir parvenir à mes fins. Alors une occasion pareille, ça se laisse pas passer.
– Écoute…
– Non, non, non, j’écoute rien du tout. Tu vas encore chercher à m’embrouiller. Comme tu sais si bien faire. Alors tu te déculottes et tu discutes pas. Sinon, demain matin, à la première heure, je suis dans le bureau de Berthier.
– Tu es…
– Immonde… Ignoble… Abjecte… Tout ce que tu veux. Mais tu te décides. Et vite. Ou tu te déculottes ou tu assumes les conséquences de tes actes.
– Tu es vraiment…
– Je sais… Je sais… Tu l’as déjà dit. Ah, ben voilà ! Tu vois quand tu veux… Bon, ben allez ! Et crois-moi, tu vas t’en souvenir…

samedi 15 septembre 2018

Les fantasmes de Lucie (17)


Dessin de Georges Topfer.

On est tranquilles dans notre réduit là-haut, Cordelia et moi. Personne n’y monte jamais. Tant et si bien que, quand l’envie nous en prend, on peut s’offrir une petite gratouille sous le bureau. En face à face. Chacune pour soi. Histoire de couper un peu la journée de travail. Des fois on parle. On se raconte des trucs pour s’émoustiller. Et d’autres fois, non. Ça dépend. Sauf que là, on a failli se faire gauler. Et en beauté ! On s’était organisé un petit concours, toutes les deux, la main dans la culotte. Un concours à qui arriverait à se retenir le plus longtemps de jouir.
– Ce sera moi !
– Dans tes rêves, oui.
On se quittait pas des yeux. Il y avait le feu dans les siens. Un feu sombre. Ardent. Je crevais d’envie de l’imaginer en train de me flanquer une magistrale fessée, mais je m’en empêchais de toutes mes forces parce que je savais que ça irait beaucoup trop vite sinon. Et que je perdrais. N’empêche que ça approchait quand même. À toute allure. Elle aussi, je le voyais bien. Et c’est juste à ce moment-là que Séverine, notre chef, s’est pointée à la porte du bureau. On ne l’avait pas entendue arriver. Ni l’une ni l’autre. On s’est ressaisies. Le plus vite qu’on a pu. Elle ne s’est rendu compte de rien. Ou elle a fait semblant. Elle nous a tendu un dossier.
– Vous vous occupez de ça tout de suite. C’est urgent.
Et elle est repartie.
On a éclaté d’un gigantesque fou rire.

Mais le soir, après, dans mon lit, ça se passe pas comme ça. Pas du tout.
Elle nous dévisage, l’une après l’autre, incrédule.
– Non, mais je rêve, là ! Je rêve. Qu’est-ce vous êtes en train de faire ?
– Rien.
– Non, rien.
– Prenez-moi bien pour une imbécile ! En plus ! Oh, mais alors là, ça va pas se passer comme ça, faites-moi confiance ! Parce que, que vous vous amusiez avec ce que la nature a généreusement mis à votre disposition, j’en ai strictement rien à foutre, mais pas pendant les heures de travail…
Et elle s’en va, furibonde. Son pas claque furieusement dans le couloir. Elle revient, presque aussitôt. Avec deux fouets.
– Debout !
On se regarde, Cordelia et moi. On hésite.
– C’est ça ou le licenciement immédiat. Pour faute grave. À vous de voir…
On se lève.
– À poil !
On hésite encore.
Et vite !
On soupire, mais on obtempère.
Elle nous tend les fouets. Un chacune.
– À mon tour de m’amuser. Allez-y ! Tapez ! Et faites pas semblant…
C’est Cordelia qui lance le premier coup. Il me lèche l’épaule. Pas bien fort. Je lui rends la pareille. À son tour. Encore à moi. Encore à elle. Une dizaine de fois.
– Aïe ! Oh, la vache !
Celui-là, elle l’a lâché plus fort. Beaucoup plus fort. Peut-être pas exprès, mais n’empêche… Ma réponse ne se fait pas attendre. Je cingle un grand coup. D’instinct. Sous l’effet de la surprise. Et de la douleur.
– Garce !
Et ça me tombe à plein derrière. Avec une force inouïe.
Oh, alors là ! Alors là ! Et ça s’emballe. Ça dégringole. On claque. On cingle. L’une comme l’autre. Partout. Les seins. Le dos. Les fesses. Les cuisses. Ah, pour y aller, on y va !
La chef regarde. Elle savoure, ravie. Elle murmure.
– Plus fort ! Encore plus fort !
Comment c’est bon ! C’est trop bon.
J’aime ce qu’il y a dans ses yeux à ce moment-là.

jeudi 13 septembre 2018

Quinze ans après (23)


Un petit tour, discrètement, dans le bureau de Madame Gonsalier. Histoire de la mettre au courant et d’obtenir son accord.
– Il y a pas de problème. Aucun problème. Au contraire.
Et je me suis mise à la recherche de Camille. Qui était en train d’installer des robes sur les portants.
– Ça va comme tu veux ?
Ça allait, oui.
– Regarde-moi quand je te parle…
Elle a relevé humblement la tête.
– Il y a un ami à moi qui va venir procéder à quelques achats. C’est toi qui vas t’occuper de lui.
– Oui…
– Tâche de te montrer serviable. Et aussi compétente que possible. C’est quelqu’un de très exigeant.

Quand Coxan a fait son apparition, une bonne vingtaine de minutes plus tard, elle s’est précipitée vers lui.
– Monsieur ?
Il l’a toisée. De la tête aux pieds.
– Quand j’aurai besoin de vous, je vous ferai signe.
Et il a tranquillement déambulé à travers le magasin. Pendant un long quart d’heure. Avant de se mettre soudainement à hurler.
– Elle est où, l’autre ? Qu’est-ce qu’elle fout ?
Camille a aussitôt surgi.
– Ah, ben, c’est pas trop tôt ! On peut pas dire que le client soit roi, là-dedans.
– Je suis désolée. Je…
– Venez me montrer plutôt… Je trouve pas ma taille.
Ils ont disparu, tous les deux, entre les rayons.

À nouveau un hurlement.
– Non, mais c’est incroyable de voir ça ! La directrice ! Où est la directrice ?
– Un problème, Monsieur ?
– Et comment ! Votre vendeuse est d’une arrogance…
– Excusez-vous, Camille ! Excusez-vous immédiatement !
– Je demande à Monsieur de bien vouloir m’excuser…
– Et maintenant, dans mon bureau ! Dans mon bureau tout de suite !
Elle a obéi, tête basse.
On a suivi, Coxan et moi.
Madame Gonsalier a refermé la porte.
– J’en ai assez, Camille. Plus qu’assez. Vous n’en faites qu’à votre tête. Vous n’écoutez rien ni personne. Vous prenez vos collègues de haut. Vous vous comportez de façon inqualifiable avec les clients. C’est en permanence que votre comportement laisse à désirer et que je suis obligée de vous reprendre. Vous n’allez pas avoir l’indécence de prétendre le contraire, j’espère…
– Non…
D’une toute petite voix.
– Il n’y a qu’une chose que vous comprenez. Une seule qui soit, au moins pour un temps, efficace. Et vous savez laquelle.
– La fessée.
Les yeux baissés.
– La fessée, oui ! Déculottez-vous, Camille !

lundi 10 septembre 2018

Héritage


Elle avait une idée, Alexandrine.
– Et une bonne ! Tu sais, le père Victor ?
– Celui chez qui tu fais le ménage ? Qu’est riche à millions ?
– Lui-même.
– Eh bien ?
– Eh bien, il a pas d’héritier.
– Toi, je te vois venir…
– Et il a un petit péché mignon, le père Victor.
– Qui est ?
– La fessée…
– Carrément.
– Il a tout un tas de trucs là-dessus. Des photos. Des dessins. Bien planqués. Enfin à ce qu’il croit. Parce que t’as vraiment pas bien de mal à les dénicher. Et alors ce que j’ai pensé, c’est que tu pourrais peut-être venir m’aider à faire le ménage chez lui. Tu casseras un truc. Je te punirai. On recommencera. Ça le rendra fou. Et, avant trois mois, on est héritières.
– Tu crois ?
– Je suis sûre. Et vu l’âge qu’il a, on aura tôt fait de toucher le pactole.

J’y suis allée de bon cœur. Je l’ai lancé de toute ma hauteur, cette horreur de vase. Il a éclaté en tout un tas de petits morceaux qui sont allés s’éparpiller aux quatre coins de la pièce. Et jusque sous le buffet.
– Ah, ben bravo ! Bravo !
– Je l’ai pas fait exprès.
– Encore heureux ! Manquerait plus que ça ! Tu pourrais t’excuser au moins…
– Je suis désolée, Monsieur Victor…
– C’est malheureux ! J’y tenais, moi, à ce vase. C’est un vase que…
– Elle en fera jamais d’autres. Oh, mais je vais t’apprendre à faire attention, moi, ma petite, tu vas voir ! Une bonne fessée, c’est encore ce qu’il y a de plus efficace.
– Oh, non ! Pas la fessée !
– Si ! Et comment !
Et elle m’a empoignée.
– Pas devant lui, Alexandrine ! S’il te plaît, pas devant lui, je t’en supplie !
Elle n’a rien écouté. Je me suis débattue tant que j’ai pu. Fait semblant. Pour finir, je me suis retrouvée les fesses pointant en l’air. Avec elle qui tapait allègrement dessus. Ah, elle y allait de bon cœur, la garce ! Lui, il en perdait pas une miette, les yeux exorbités. Chaque fois qu’elle ralentissait la cadence, qu’elle faisait mine de s’interrompre, il exigeait…
– Encore ! Encore ! Et ça repartait de plus belle.
Ça s’est enfin arrêté.
Il a constaté, la mine ravie.
– Comment elle l’a rouge !
Lui, c’était la figure qu’il avait toute rouge. Et il transpirait à grosses gouttes.
Il a hoché la tête.
– N’empêche que ça me rendra pas mon vase, tout ça ! Un vase que mon fils m’avait ramené tout exprès du Viet-Nam. Qu’est-ce que je vais lui dire, moi, maintenant ?
– Un fils ? Vous avez un fils ?
– Deux même. Et une fille. Vous savez bien. Vous l’avez vue l’autre jour.

– Tu t’es bien fichue de moi !
– Je savais pas… Je croyais… Je l’avais oubliée, sa fille.
– Prends-moi bien pour une imbécile ! En plus !
– J’avais trop envie.
– C’est pas une raison !
– T’as apprécié. Ça se voyait que t’appréciais.
– Pas du tout, non.
– Menteuse !
– Un petit peu. Juste un petit peu.
– Tu m’en veux ?
– Oui. Beaucoup. Non, en fait. Pas tellement. Presque pas.

samedi 8 septembre 2018

Les fantasmes de Lucie (16)



J’aime flâner dans les églises. J’en apprécie l’atmosphère, le calme, la fraîcheur. Je m’attarde à contempler les tableaux, les chapiteaux et les statues. Mais ce qui me fascine surtout, ce sont les confessionnaux. Je m’en approche. Je les contemple longuement. Je les effleure de la main, m’enhardis, les caresse amoureusement. Si je suis seule, je finis par m’y agenouiller. Tant de choses se sont dites là. Tant de péchés se sont avoués. Ont été pardonnés. Je pense aux miens. Si nombreux. Si graves. Aux pénitences qui se donnaient jadis. Si cuisantes, si mortifiantes qu’on était pour longtemps dissuadé de pécher à nouveau.

Le soir, dans la solitude de ma chambre, je m’agenouille au pied de mon lit. J’énumère une nouvelle fois mes péchés. À voix basse. Il m’écoute avec bienveillance, la tête penchée, opine, de temps en temps, d’un bref mouvement de la tête.
Je m’arrête.
– Est-ce tout, ma fille ?
– C’est tout, mon père.
– Vous repentez-vous sincèrement de vos fautes ?
– Assurément.
– Avez-vous conscience qu’en commettant l’acte de chair et, qui plus est, avec une personne de votre sexe, vous avez sérieusement mis en péril le salut de votre âme ?
– Je le regrette de tout mon être.
– Et le salut de votre complice que vous avez entraînée avec vous sur les voies de la débauche.
– J’en demande pardon à Notre-Seigneur.
– Qui vous l’accordera, dans sa grande bonté, une fois pénitence faite.
– Ce dont je Lui sais infiniment gré.
– Priez, ma fille, priez, pour que ces péchés, malgré leur énormité, vous soient pardonnés. Et pour que vous soit donnée la force de supporter, avec courage et humilité, le châtiment qu’ils vont vous valoir.
– Quel sera-t-il, mon père ?
– Vous allez être fustigée. De ma main. Ce n’est qu’à ce prix que votre faute sera effacée et que vous pourrez reprendre place parmi les élus
– Mon père…
– La souffrance est rédemptrice.
– Sans doute, mais je suis femme…
– Ce dont je ne saurais m’aviser. Je suis le serviteur de Notre Seigneur. Et seul m’importe le salut de votre âme. Préférez-vous donc la damnation éternelle ?
– La damna… Oh, non, non ! Qu’il soit fait selon la volonté du Seigneur !
– Fort bien. Troussez-vous !
Et il abat le fouet.

jeudi 6 septembre 2018

Quinze ans après (22)


Andrea n’en revenait pas.
– C’est tous les jours qu’il lui envoie des mails à Coxan. Plusieurs fois par jour. Pour parler de moi. Que de moi. Il est complètement accro en fait, hein !
Il était effectivement accro. Et dithyrambique.
– Une pure merveille, cette fille ! Une pure merveille !
Il suppliait.
– Envoie-la moi, la vidéo. Fais-moi un double. Et je serai le plus heureux des hommes.
Il insistait encore et encore.
– À personne je la montrerai. Je le jure.
Andrea s’est voulue compréhensive.
– Oh, tu peux bien, le pauvre ! Il en a tellement envie. On voit pas ma figure n’importe comment dessus.
Et les vœux de ce Martial ont été comblés.

Coxan avait une idée.
– Mais vous voudrez jamais…
– Dis toujours ! Si tu le dis pas…
– Ce serait qu’on lui en redonne une de fessée à Andrea.
Oh, si c’était que ça, elle, elle demandait pas mieux, hein, au contraire !
– Même que ça commence à me manquer. Et pas qu’un peu.
– Sauf qu’on va pas reproduire éternellement la même scène. Faudrait introduire un peu de variété. Ça va vite devenir lassant sinon, à force…
– C’est à dire ?
– Ben, déjà, à la main c’est bien, oui, c’est même très bien, mais il y a aussi toutes sortes d’autres possibilités.
Elle aussi, elle y avait pensé.
– Seulement, ça doit faire mal le martinet, non ?
– Ça dépend, mais l’avantage, avec le martinet, c’est que tu tortillerais et contorsionnerais tellement dans tous les sens que tu en laisserais voir bien plus encore que ce que tu as déjà montré.
J’ai précisé.
– Et puis les traces boursouflées que laissent, à plein derrière, les cinglées sont généralement du plus bel effet.
Coxan avait également envisagé autre chose.
– Ça te dirait pas de te regarder en train de la recevoir ?
– Comment ça ?
– On t’installerait bien confortablement sur le canapé, nez à nez avec l’écran de l’ordinateur. C’est en direct, comme ça, que tu verrais les lanières s’abattre et ton gentil petit derrière tressauter de tout son cœur. Hein ? Ça te tente pas ?
– T’en as de martinet ?
Coxan s’est empressé d’aller le chercher.
– Fais voir !
Elle en a longuement caressé le manche, a fait claquer les lanières en l’air, s’en est caressé les jambes.
– Alors ? Décidée ? On y va ?
– Pas tout de suite, non. Un autre jour.
Elle lui a tendu le martinet, s’est ravisée.
– Tu peux me le laisser ?
– Oh, si tu veux…
– Que je me fasse à l’idée… Que je l’apprivoise…

lundi 3 septembre 2018

L'insolente


Dessin de Louis Malteste

– Oui, Madame la comtesse, oui. Elle a été punie comme elle le mérite. Ce matin même.
– Une telle insolence ! À mon égard ! Venant d’une petite servante de rien du tout. Qu’on a sortie du ruisseau. C’est une honte ! Une véritable honte !
– Soyez assurée, Madame la comtesse, que cela ne se reproduira pas.
– En êtes-vous bien certaine ? Avec des natures aussi viciées, on peut s’attendre à tout.
– La leçon aura nécessairement porté ses fruits. Nous ne l’avons pas ménagée.
– Vraiment ?
– Vraiment. Elle va vous montrer. Eh bien, toi, qu’est-ce que tu attends ? Fais voir à Madame la comtesse. Mais là ! Là ! Devant la chaise ! Et à genoux ! Ce que tu peux être empotée quand tu t’y mets !
– C’est surtout qu’elle renâcle. Quand je vous dis que vous n’en tirerez jamais rien.
– Eh bien ! Trousse-toi ! Tu vois bien que tu fais attendre Madame la comtesse. Elle n’a pas que ça à faire… Plus haut ! Encore ! Encore, j’te dis ! Là… Vous voyez ? Reconnaissez que nous avons eu à cœur de lui infliger une correction exemplaire.
– Qui aurait pu l’être davantage, me semble-t-il, eu égard à son inqualifiable comportement.
– Si Madame la comtesse estime…
– J’estime, en effet…
– Dix coups ?
– Disons quinze. Sévèrement appliqués.
– Comme Madame la comtesse voudra…

– Ça t’a plu aujourd’hui ?
– Oh, oui ! Et à elle aussi, on aurait dit, hein ?
– Aucun doute là-dessus.
– Plus que d’habitude ?
– Au moins tout autant.
– Elle se doute pas au moins que j’aime ça ?
– Absolument pas.
– Non, parce que ça gâcherait tout.
– Elle se doute pas, sois tranquille !
– Comment vous avez tapé fort, n’empêche…
– Trop ?
– Oh, non, non ! Elles vont rester longtemps, comme ça, les marques. Et je pourrai les regarder dans la glace. J’adore…
– Je sais.
– On recommencera, hein !
– Bien sûr qu’on recommencera.
– Bientôt ?
– Très bientôt.
– Et ce coup-là, je la traiterai de vieille peau. Vous croyez que ça ira « Vieille peau » ?
– Ce sera parfait.

samedi 1 septembre 2018

Les fantasmes de Lucie (15)


Quel salaud ! Non, mais alors là, quel salaud ! Qui ça ? Mais mon voisin, tiens ! Il s’est organisé une petite fête. Avec tout un tas de monde. Ils sont au moins une trentaine là-dedans. Ça sort dans le jardin. Ça rentre. Ça s’appelle. Ça rigole. Il y a de la musique. On danse et on s’amuse. Et moi dans tout ça ? Même pas invitée, moi ! Après tout ce qu’on a vécu ensemble, tous les deux. Oui, ben alors là, il va voir ce qu’il va voir. Parce que je vais m’y pointer. Qu’il le veuille ou non. Que ça lui plaise ou pas.

De là-haut, de la fenêtre de la salle de bains, je me faufile parmi les invités. Jusqu’à lui. Que je fais semblant de ne pas voir. Qui m’attrape par le bras.
– Qu’est-ce que vous fichez là, vous ?
Mais il n’a pas l’air véritablement fâché.
– Moi ? J’ai vu de la lumière. Alors je suis rentrée.
– Ben, voyons !
Il me menace du doigt.
– Vous me paierez ça. Vous perdez rien pour attendre.
– Même pas peur.
Et je le plante là. Je vais me servir un gigantesque verre de whisky. Un grand type aux allures de sauterelle, à la parole embarrassée, aux propos incohérents, tient absolument à me faire la conversation.
Il vient me délivrer.
– On danse ?
– Volontiers.
Sa main sur mon épaule. L’autre au creux de mes reins. Son souffle mentholé. Je me laisse aller contre lui. Je m’abandonne. Je suis bien.
– Tu m’avais promis.
Chuchoté à l’oreille.
– J’ai rien promis du tout.
– Menteuse !
Tout bas.
Il me presse un peu plus fort, tout dur contre ma cuisse. Sa main vient effleurer mes fesses. S’y pose. S’y installe.
– Tu préfères te branler toute seule dans la salle de bains, c’est ça, hein ?
Sa queue, contre moi, se fait plus dure encore.
– En laissant la fenêtre ouverte. Histoire que je t’entende. Que j’en perde pas une miette. Non, mais tu te rends compte dans quel état ça me met ?
Je me rends compte, oui. Je sens. En bas, ça palpite tant que ça peut.
Je ne me démonte pas pour autant.
– Et encore vous plaignez pas ! Je pourrais me le faire dehors, dans le jardin, sur mon transat, les jambes bien écartées. Et tournée dans votre direction, bien sûr.
– Pas cap !
– Oh, alors là, vous me connaissez mal.
– Oh, que si que je te connais bien ! T’es rien qu’une sale petite allumeuse. Et tu sais ce qu’on leur fait aux petites allumeuses dans ton genre ?
– Non.
Je le sais très bien, mais je veux l’entendre me le dire.
– Eh bien, on leur donne la fessée. Cul nu.
À mon tour de le lui dire.
– Pas cap !
– Alors là, c’est ce qu’on va voir.
Il m’agrippe fermement par un coude. Je ne résiste pas. Je me laisse emporter.
Ce n’est pas sa chambre. C’est une pièce avec un grand canapé recouvert d’un drap en tissu imprimé.
Sans un mot, il déboucle ma ceinture. Je ne proteste pas. Je le laisse faire. Je me laisse faire. Il me baisse mon pantalon. Je lève une jambe. L’autre. Des deux mains, une de chaque côté, il s’empare de l’élastique de ma culotte. Je ne baisse pas les yeux. Je soutiens son regard. Il la descend. Doucement. Tout doucement. Me la retire. Et l’enfouit dans sa poche.
– Viens !
Sur le canapé. Il m’y fait allonger.
– Tu as un beau cul.
Sa main se pose sur mes cheveux.
– Un très beau cul.
Ma nuque. Mon cou. Mes épaules.
– Je vais te faire mal.
– Oui.
– Très mal. C’est mérité, avoue ! Non ?
– Si ! Oui !
Je tends ma croupe vers lui. Il y lance une première claque. Il n’y en aura pas d’autre. Mon plaisir est là. Il me soulève. Il me submerge. Il m’éparpille.
En bas, juste en-dessous, la fête bat son plein.

jeudi 30 août 2018

Quinze ans après (21)


– C’est moi !
Eugénie.
– Je te dérange pas ?
– Pas du tout, non.
– J’en ai pas pour longtemps n’importe comment. Je t’ai juste apporté quelques vidéos.
Elle m’a tendu une clef USB.
– Ben, assieds-toi quand même !
– C’est des japonaises. Toute une série. De femmes mariées qui corrigent, en public, la maîtresse de leur mari. Qui lui foutent le cul à l’air et hop, ça dégringole.
– Ah, c’est ton truc, ça, hein !
– Non, mais comment elles en prennent pour leur grade, les filles. Ils ont beaucoup moins de complexes que nous, les Japonais, eux, là-dessus. Et puis alors ce qu’il y a aussi, c’est qu’ils mégotent pas sur les figurants. T’en as, chaque fois, toute une flopée. Et qui se contentent pas de faire nombre. Ils réagissent. Tu vois sur leur tronche ce que ça leur fait ce spectacle.
– Tu veux vraiment pas t’asseoir ?
– Si ! Oui. Et fais-moi un café, tiens, tant que tu y es ! N’empêche que qu’est-ce que j’aimerais que ça m’arrive à moi ! Pour de bon.
– Il doit bien y avoir moyen…
– Ben, c’est pas si simple en fait. D’abord parce qu’il y a Jérôme, mon mari. Et que, du coup, j’ai pas les coudées vraiment franches. C’est pas le genre de type à apprécier que je le trompe. Et puis même, à supposer que je parvienne à passer entre les mailles du filet, ça veut pas dire pour autant que sa réaction à la légitime de mon amant, ce serait de me flanquer une fessée déculottée dans la rue.
– Disons que c’est pas vraiment le cas le plus courant.
– Ce qu’il faudrait, en fait, c’est que je prenne les choses dans l’autre sens. Qu’avant de me jeter à la tête d’un mec, je sois sûre que ce qu’elle va faire sa bonne femme, c’est rameuter ses copines pour me tomber dessus.
– Oui, alors, Eugénie, je vais être très claire avec toi. Il est hors de question que tu t’approches de Coxan. près ou de loin.
– Quoi ! Non, mais attends ! Jamais, au grand jamais, il me viendrait une idée pareille enfin ! Tu es mon amie – ou c’est tout comme – et ça, à mes yeux, c’est sacré.
– Je n’en doute pas, mais mettre les points sur les i, ça peut pas faire de mal. Non ? Tu crois pas ?
– Tu te fais un film, là, complètement. Parce que ton Coxan, je l’ai vu une fois en tout et pour tout. Et encore ! En ta présence. Et puis tiens, si tu veux vraiment le fond de ma pensée, c’est vraiment pas le genre de type avec qui j’aurais envie qu’il se passe quoi que ce soit. Il me branche vraiment pas.
– Et c’est beaucoup mieux comme ça. Pour tout le monde.
– Quelle heure il est ? Oh là là, je me sauve. On m’attend. Regarde-les, les vidéos. Tu me diras…

– Allô ! Lisa ?
– Oui, Coxan. Qu’est-ce qui se passe ?
– Je viens quasiment de me faire violer.
– Eugénie, j’parie ! Qui n’a rien eu de plus pressé, en sortant de chez moi, que de se précipiter chez toi.
– Et qui m’a carrément sauté dessus.
– La bonne copine que voilà ! T’as pris ton pied au moins ?
– Elle, oui ! Et pas qu’un peu.
– Tu réponds pas à ma question.
– Quand une nana se pâme dans tes bras, ça ne peut pas ne pas te mettre dans tous tes états.
– Je vois…
– On fait quoi maintenant ? On passe à l’étape suivante ?
– Non. On va prendre notre temps. Tout notre temps. Que chacun y trouve son compte…

lundi 27 août 2018

Au potager


– Mademoiselle Lise ! Mais vous voilà de bien bonne heure ce matin !
– Il fait si beau, Basile !
– Oh, pour ça, oui, Mademoiselle ! Et c’est pas trop tôt… Avec toute cette pluie qui nous est tombée.
– Il y a plein de petites pousses, là. C’est quoi ?
– Des haricots. Qui sortent tout juste de terre.
– Je peux les piétiner ?
– Les piétiner ? Mademoiselle n’y pense pas !
– Si ! J’ai envie.
– Envie ? Mais…
– Tu me ferais quoi si je les piétinais ? Tu me mettrais une fessée ?
– Mademoiselle !
– Ben, quoi ! Elle lui en met bien Léonie* à Honorine, des fois.
– Léonie ? À Honorine ?
– Oui. Mais faut pas en parler. C’est un secret. À moi aussi, elle m’en a donné une un jour. Même que j’aie vingt-deux ans, elle me l’a fait quand même.
– À vous ?
– C’est normal quand on fait des bêtises, non, vous trouvez pas ?
– Non. Si ! Peut-être. Ça dépend.
– Ah, vous voyez ! Des bêtises comme d’écraser les haricots, par exemple. Les haricots et le reste.
– C’est beaucoup de travail de s’occuper du potager. Beaucoup de peine et de fatigue.
– Je sais bien, mon pauvre Basile. C’est bien pour ça que je mériterais, si je le faisais, non ?
– Sûrement un peu.
– Beaucoup tu veux dire, oui. T’en as déjà donné, toi, des fessées ?
– Quelquefois.
– C’est vrai ? Et tu tapes fort ?
– Encore assez.
– Et tu le mets tout nu le derrière ? Ben oui, forcément, c’est pas une une vraie fessée, sinon…
– Vous allez où, comme ça, Mademoiselle Lise ?
– Massacrer toutes ces plantations, là. J’ai trop envie…


* La demoiselle du château https://dunefesseelautre.blogspot.com/2018/04/la-demoiselle-du-chateau.html

samedi 25 août 2018

Les fantasmes de Lucie (14)


Dessin de Jim Black

Je ne me l’étais jamais fait en vrai. Enfin, si ! Un peu. Quelques claques, comme ça, pas trop fort, sur les fesses. En surface. Pour avoir le goût. Pour que ça me chauffe un peu. Que ça me mette dans l’ambiance. Pour qu’elles aient davantage de piment mes images. Que mes caresses surgissent sur un terrain complice. Ça me suffisait. Ça me comblait. Je ne ressentais pas vraiment le besoin d’autre chose. Seulement il y a eu Cordelia. Maintenant il y a Cordelia. Tous les jours, ou presque, on se donne du plaisir dans notre petit réduit. Et tous les jours, en me le faisant là-bas devant elle, mes yeux dans les siens, j’imagine qu’elle me fouette. Elle se montre impitoyable. Sourde à mes plaintes comme à mes supplications. Elle cingle comme une perdue. Et elle me laisse pantelante, ravagée, mais tellement heureuse.

À cinq heures, je ne la quitte pas vraiment. Je la ramène chez moi. Avec moi. Et je me déshabille pour elle devant le grand miroir de la salle de bains. Elle me prend sous son regard, m’oblige à baisser les yeux, me soulève le menton du bout du doigt. « T’as pas eu ton compte, hein ? » Non, je l’ai pas eu, non. « Eh bien, tu vas l’avoir. Et je peux te dire que tu vas t’en souvenir. » Oh, pour ça, oui ! Parce qu’elle tape. Parce que je tape. Parce qu’on tape. Au martinet. Ou au paddle. Ou à la cravache. Je tape. Et je ne me ménage pas. Je suis intraitable. Je n’arrête que lorsque son plaisir a enfin surgi. Et le mien.

Je ne m’en tiens pas là. Après, dans mon lit, les fesses meurtries, incandescentes, je fais revenir mes images. Je reprends mes histoires. Qui n’en sont que plus exaltantes. C’est dans ma peau qu’elles sont inscrites. C’est du feu inextinguible qui m’élance qu’elles naissent et renaissent indéfiniment. Je les vis. Je les vis vraiment. Je suis en elles. Je les habite. Je suis elles. Et elles me procurent un bonheur comme jamais. Ineffable.

Vingt fois j’ai failli tout lui dire à Cordelia. Vingt fois je suis restée au bord de la confidence. Quelque chose me retient. La peur qu’elle me rie au nez ? Non. Pas ça, non. N’importe comment, elle m’a percée à jour. Depuis un bon moment déjà. J’en suis sûre. Elle sait. Et elle sait que je finirai
forcément par passer aux aveux. J’ai trop envie que ce soit pour de vrai qu’elle me corrige. Elle. Alors j’attends quoi ? Je redoute quoi ? Moi ! Parce que je sais qu’alors je n’aurai plus la moindre limite. Que je serai prise de vertige.

jeudi 23 août 2018

Quinze ans après (20)


Andrea était tout excitée.
– Il va venir ? C’est vrai ? Là ? Maintenant ?
Coxan a regardé sa montre.
– Dans vingt minutes, il devrait, si tout se déroule comme prévu, faire son apparition. Je feindrai la surprise. Lui aussi. « Depuis le temps… Qu’est-ce tu deviens ? Etc. » Et je l’inviterai à boire un verre avec nous.
– Mais c’est qui au juste ce type ?
– Un certain Félicien. Qui se dit entraîneur de hand. Mais bon, il peut bien raconter ce qu’il veut.
– Il a quel âge ?
– La quarantaine. Peut-être un peu plus.
– Et alors, comme ça, il m’a vue ?
– Et plutôt deux fois qu’une. Quatre, même. Quatre fois il a fallu que je la lui repasse la vidéo de ta fessée. Il s’en lassait pas.
– Il commentait ?
– Ah, pour ça, oui !
– Qu’est-ce qu’il disait ? Ben, raconte, quoi !
– Que t’as un sacré beau cul. Un cul que le rouge met superbement en valeur. Et puis alors quand tu le gigotes ton popotin, que ça laisse voir bien à fond comment t’es faite, alors là, non, mais alors là, ça ferait damner un saint !
– Il bandait ?
– Ça, j’avoue que j’ai pas trop fait attention, mais sûrement, oui… N’importe quel mec normalement constitué devant un spectacle comme celui-là…
– Comment j’aurais aimé voir sa tête !
– Là où elle valait surtout son pesant d’or, sa tête justement, c’est quand je lui ai proposé de te rencontrer. « La rencontrer ? Comment ça, la rencontrer ? » « Ben, boire un verre avec elle. Histoire que tu découvres son charmant petit minois. » Je peux te dire qu’il s’est pas fait prier. « Mais alors motus et bouche cousue, hein ! Aucune allusion à cette vidéo. Tu ne l’as jamais vue. » Il a juré ses grands dieux. Bien sûr ! Évidemment ! Ça coulait de source.
– Ce que tu nous as pas dit, par contre, c’est ce qu’il croit.
– Comment ça ?
– La raison pour laquelle elle me la donnait, Lisa, cette fessée, il te l’a pas demandée ?
– Si ! Bien sûr que si !
– Et t’as répondu ?
– Que j’en savais rien au juste. Que vous aviez éludé, l’une comme l’autre, quand je vous avais posé la question. Et que j’avais pas insisté.
– Si bien qu’il peut tout imaginer. Ce qu’est pas plus mal, finalement…

– Comment ça faisait drôle ! Parce qu’attends, on était là, à échanger des banalités, à discuter de trucs sans la moindre importance alors que le mec, forcément, il pouvait penser qu’à ça. Et moi, de mon côté, pareil.
– Il y pensait d’autant plus que je lui ai glissé à l’oreille, quand il est arrivé, que je suis allé à sa rencontre, que t’en avais reçu une autre ce matin même.
– Ah, ben d’accord ! En tout cas, jamais on aurait pu aller imaginer qu’il savait. Il a rien laissé paraître. Rien du tout. À aucun moment.
– Tu le regrettes ?
– Non. Bien sûr que non. Mais ce que je me demande, c’est comment il va réagir maintenant. Ce qu’il va te dire.
– Je te raconterai.
– Il va vouloir me revoir, tu crois ?
– Alors ça, ça ne fait pas l’ombre d’un doute.

lundi 20 août 2018

La gouvernante


Dessin d’Eugène Reunier

– Vous étiez prévenue, Mademoiselle Longstone.
– Je suis désolée. Je demande à Madame d’avoir la bonté de bien vouloir me pardonner. Et je puis l’assurer que cela ne se reproduira plus.
– C’est tout de même la troisième fois que cela vous arrive.
– Je me suis laissé emporter. J’en suis absolument navrée.
– Vous avez eu à mon endroit des propos absolument inqualifiables. Et ce, en présence de ma fille, ma fille dont je vous ai confié l’éducation. Croyez-vous que ce soit acceptable ?
– Je regrette, Madame. Je regrette profondément. Mon caractère impulsif a pris le dessus.
– Et le prendra encore, sans aucun doute possible, si l’on n’y met bon ordre. On va donc y mettre bon ordre.
– Comment cela ?
– Une bonne correction, à la badine, donne généralement d’excellents résultats.
– Madame…
– À moins que nous n’envisagions des solutions beaucoup plus radicales. Que je ne décide de me passer de vos services.
– Je supplie Madame de n’en rien faire.
– Dans ces conditions… Eh bien, ne tergiversons pas alors… Mettez-vous en position !
– Dès à présent ?
– Bien entendu. Le plus tôt sera le mieux. D’autant que nous sommes seules. Angèle est chez ses cousines, mon mari à ses affaires.
– Il y a…
– Suzon ? À l’égard de laquelle vous vous comportez, fort souvent, de façon extrêmement offensante. Ce n’est pas parce qu’elle se trouve, ici, dans une position que vous estimez inférieure à la vôtre que cela vous donne pour autant le droit d’en user avec elle de façon ouvertement méprisante. Bon, mais allez ! Ne me faites pas perdre mon temps.
– Mais, Madame, elle va entendre !
– Eh bien, elle entendra.
– Madame ne peut pas m’imposer une telle humiliation.
– Qui ne fera que la dédommager quelque peu de toutes celles que vous lui faites subir au quotidien.
– Elle va se moquer.
– Assurément. Et c’est tant mieux. Ce n’en sera que plus efficace. L’apprénension des petits sourires entendus et ironiques dont elle ne manquera pas de vous gratifier dès ce soir vous dissuadera de retomber, à l’avenir, dans les mêmes errements. Allez, installez-vous ! Confortablement. Et mettez à découvert la partie de votre anatomie qui va faire l’objet de toute ma sollicitude. Là ! Parfait ! Vous êtes prête ?
– Je le suis.
– Alors, action !
– Ouille que ça fait mal ! Hou là là ! Hou là là ! Mais hou là là !
– Si vous hurlez de la sorte, il n’est pas douteux que Suzon va entendre. Qu’elle a déjà entendu.
– C’est si douloureux, Madame…
– Alors je vais faire preuve d’un peu de compassion à votre égard. Nous allons marquer une petite pause. Je vais sonner Suzon. Qu’elle nous monte du thé. Non, non, ne bougez pas. Restez comme ça ! Elle sera ravie.

samedi 18 août 2018

Les fantasmes de Lucie (13)

Dessin de Louis Malteste

Au boulot, ils ont procédé à une restructuration générale. Ce qui veut dire qu’ils nous ont déplacés d’un bureau à l’autre sans logique apparente. J’en ai fait trois en une semaine avant de venir finalement échouer – définitivement, selon les chefs – dans un petit réduit au fin fond d’un couloir en compagnie de Cordelia que ça n’a pas l’air d’émouvoir plus que ça.
– Au moins ici on sera tranquilles. Et au calme.

C’est quelqu’un d’à peu près mon âge, Cordelia. Une grande brune à l’allure décidée qui n’a pas sa langue dans sa poche et qui ne s’en laisse pas compter. Par personne. Et surtout pas par son mari.
– Si c’était à refaire, je le laisserais où il est, celui-là. Pour ce qu’il me sert ! À quoi ça t’avance franchement d’avoir un mec si c’est pour qu’il te tire tous les tournants de lune. Et qu’il le fasse mal. En plus !
– Prends un amant.
– Oui, ben, pour ça, je t’ai pas attendue, merci. J’en ai même pris plusieurs. Ça a des avantages, mais ça a aussi des inconvénients. Non, il y en a un, lui, par contre, qui me déçoit jamais.
Et elle a extirpé un gode du fin fond de son sac.
– Efficace, toujours disponible quand t’as besoin, infatigable. Et puis de bonne compagnie : jamais un mot plus haut que l’autre.
– T’es conne !
– Me dis pas que t’y as pas recours, toi aussi, à l’occasion.
– Je dois bien reconnaître…
– Ben, évidemment ! Et celles qui prétendent le contraire ou ce sont de fieffées menteuses ou elles sont coincées que le diable. Une nana bien constituée… Tu te le fais souvent, toi ?
– Encore assez, oui.
– Moi, c’est tous les jours. Ou pratiquement. Et même, quand j’en suis vraiment, plusieurs fois par jour. Et puis alors il y a un truc, je sais pas si ça te tente, toi, mais moi ! Ce serait de me le faire ici, au boulot. Avant, avec cinq ou six filles autour, sans compter les allées et venues dans le couloir, c’était mission impossible mais maintenant, là, il y a que nous et si quelqu’un vient, on aura largement le temps de l’entendre. Non ? Qu’est-ce t’en dis ?
J’en disais… J’en disais… que je disais pas non.
– Ah, tu vois !
On s’est tu.
Elle a un peu reculé sa chaise. Ses mains ont disparu sous son bureau. Elle a renversé la tête en arrière, fermé les yeux.
Et moi aussi. J’ai ouvert mon pantalon, glissé mes doigts dans ma culotte.
Dans les lointains, il y avait des voix, des pas, le saccadé d’une imprimante.
Elle a soupiré.
– J’aime les entendre.
Le mouvement de son bras s’est fait plus ample, plus rapide.
Du bout du doigt, j’ai mis mon goût sur mes lèvres.
Elle a rouvert les yeux, les a plongés, tout embrumés, dans les miens.
– À quoi tu penses ?
Je n’ai pas répondu.
À quoi je pensais ? Qu’elle me voulait nue, là, dans ce petit bureau. Toute nue. Qu’elle l’avait exigé sur un ton qui ne souffrait pas la moindre réplique. Qu’un martinet avait fait son apparition au bout de son bras. Qu’elle allait le brandir. « Sale petite branleuse ! Je vais t’en faire passer l’envie, moi, tu vas voir ! » Qu’elle l’abattait, à toute volée, sur mes fesses.
– Je sais pas à quoi tu penses, mais qu’est-ce ça a l’air bon…
Oh, oui, c’était bon, oui ! Et j’ai perdu pied. Ça m’a emportée. Submergée. Je me suis mordu les lèvres pour ne pas crier.
– Qu’est-ce t’es belle quand tu jouis !
Et elle a déferlé à son tour, à petits gémissements étouffés, les joues creusées, la bouche entrouverte.

jeudi 16 août 2018

Quinze ans après (19)


Je me suis garée le long du trottoir, devant le magasin, et j’ai attendu qu’elle sorte.
– Camille !
Son visage s’est éclairé.
– Ah, c’est vous !
– C’est moi, oui ! Monte ! Tu pourrais quand même me donner des nouvelles de temps en temps, non, tu crois pas ?
– C’est que…
– C’est que quoi ? C’est quand même pas bien compliqué d’appuyer sur les touches d’un portable. Si ?
– J’ose pas. Vous appeler, j’ose pas.
J’ai mis le moteur en marche.
– Et c’est moi qui suis obligée de me déplacer. Ah, ben bravo ! Bon, mais on réglera ça tout à l’heure. Raconte-moi plutôt… Comment ça se passe ?
– Bien.
– Mais encore ? Je vois… Va falloir que je te tire les vers du nez. Comme d’habitude. Alors dis-moi ! Tu t’es pris une fessée depuis la dernière fois ?
– Oh, plusieurs !
– Combien ?
– Deux… Non. Trois.
– Pourquoi t’as d’abord dit deux ? Il y en a une dont tu voulais pas parler ?
– Mais non !
– Bien sûr que si ! Laquelle ?
– Je sais pas. Je…
– Laquelle ?
– Celle que Perrine m’a donnée.
– Nous y voilà ! C’était quand ?
– Ce matin.
– Où ? Au magasin ?
– Non. Chez elle.
– Qu’est-ce tu faisais chez elle ?
– C’est là que j’habite maintenant. C’est elle qui me commande. Pour tout. Comment je m’habille. Ce que je mange. À quelle heure je me couche, tout ça…
– Ce qui te convient parfaitement, j’imagine.
– Oh, oui ! J’ai plus rien à décider. À me demander. C’est reposant. C’est rassurant.
– C’était pourquoi cette fessée ce matin ?
– Je sais pas.
– Comment ça, tu sais pas ?
– Non, je sais pas. J’ai fait quelque chose qui lui a pas plus, mais je vois pas quoi. Faut que je cherche et que je trouve, elle m’a dit.
– Sinon ?
– Elle a pas précisé, mais ce que je voudrais pas, c’est qu’elle me flanque dehors.
Je me suis arrêtée.
– Descends !
Je l’ai poussée sous une porte cochère.
– Fais voir ! Ta fessée… Fais-la voir !
Elle a jeté un rapide coup d’œil autour d’elle. Et elle m’ a obéi. Elle a descendu pantalon et culotte jusqu’à mi-fesses.
– Plus bas !
Jusqu’à mi-cuisses.
– Ah, oui, dis donc ! Ah, oui !
C’était d’un rouge intense. Sur toute la surface. Avec, par endroits, des plaques plus sombres. Noirâtres. Ou violacées. J’en ai suivi le pourtour. Du bout des doigts.
Il y a eu une course précipitée dans un escalier, à droite.
D’instinct, elle a voulu tout remonter. Je l’en ai empêchée.
– Non !
Elle s’est arrêtée net. Le pas, dans l’escalier, aussi.
J’ai poursuivi, un bon moment encore, l’exploration de son derrière endolori.
– C’est bon. Tu peux te reculotter.
Ce qu’elle s’est empressée de faire.
– Tu vas lui dire à Perrine ?
– Oh, ben oui ! Oui. Je lui dis tout.
– Ce qui va te valoir une autre fessée.
– Oh, ben ça, sûrement, oui.

lundi 13 août 2018

Spanking Day (2)


Dessin de Dagy

On était une vingtaine. À peu près. Quelques hommes. Pas beaucoup. Magda jouait les affairées, courait à droite, courait à gauche. Coralie était en grande conversation avec deux filles que je ne connaissais pas. Une autre me lorgnait avec insistance, du coin de l’œil. Mais qu’est-ce que j’étais venue fiche là, moi ? Le mieux, c’était encore que je m’éclipse discrètement. Je n’en ai pas eu le temps. Magda a pris la parole.
– Bon, on est au complet. Et en nombre pair, ce qui tombe bien.
Elle nous a séparés en deux groupes. Les donneurs d’un côté et les receveurs de l’autre.
Il y a eu des murmures. Des protestations. Des sifflets.
– Non, mais ça, c’est juste pour commencer. Le coup d’envoi en quelque sorte. Après, vous vous débrouillerez bien comme vous voudrez. Allez, on y va ! Aurore…
Et une fille s’est dirigée droit sur Coralie.
– Hugo…
Il est venu vers moi, le type. S’est penché à mon oreille.
– C’est la première fois, hein ?
– Oui.
– J’en étais sûr.
Et je me suis retrouvée le nez dans l’herbe. Sans autre forme de procès. Il s’est agenouillé devant moi.
– Que je puisse voir ta tête…
Et m’a mis les fesses à l’air.
– À nous deux !
Ça a été des petites claques d’abord. Pas très fortes.
Sur Coralie, à côté, la fille les envoyait beaucoup plus sèches. Derrière aussi. Je voyais pas qui, mais ça y allait beaucoup plus fort. Et une fille gémissait.
– Tu aimes ?
Peut-être. Je savais pas. C’était pas vraiment désagréable.
– Hein ? Tu aimes ?
Lui, oui, en tout cas. La bosse dans son pantalon ne laissait pas planer le moindre doute à ce sujet.
Il a tapé plus intense.
Une fille a crié.
– J’ai mal ! J’ai mal ! Mais que c’est bon !
Les fesses de Coralie, à gauche, étaient d’un rouge incandescent.
Encore plus intense. Et plus rapide. À toute allure.
Ça m’a tourbillonné dans le bas-ventre. J’ai fermé les yeux. D’autres mains – Deux ? Trois ? – sont venues se joindre à la sienne. Ça m’a crépité en grêle sur le derrière.
Quelque part une fille a joui. Moi aussi. À pleine gorge.

Quand je suis revenue à moi, le type avait disparu. Il était un peu plus loin là-bas. Quelqu’un me massait doucement les fesses. C’était Coralie.
– Ben, dis donc, comment tu y as attrapé !
Elle a enfoncé, par endroits, du bout du pouce.
– Ça fait mal ?
– Un peu.
– Et là ?
– Aussi.
– Moi, c’est du feu ! Ça te me brûle là-dedans ! Mais j’aime. J’adore. Pas toi ?
– Si !
– Tu me dirais le contraire… Parce que ça s’est entendu. Comment t’as couiné !
Elle m’a doucement modelé une fesse.
– En douce que ça leur donne de sacrées belles couleurs.
L’autre.
– Mais c’est encore mieux le lendemain. Plus varié. Et plus profond. On se fera voir, hein ?
– Si tu veux…

Deux types se sont approchés.
– Dites, les filles, faudrait voir à pas s’arrêter en si bon chemin. Les festivités ne font que commencer.