lundi 16 juillet 2018

Entrez, facteur!


Dessin de Martin Van Maele

– Eh bien, facteur, faut pas se gêner !
– Mais j’ai frappé ! C’est vous qui…
– Qui t’ai dit d’entrer. Je sais, oui ! Ferme donc la porte, idiot ! Ça fait courant d’air. Et profite de l’occasion au lieu de discourir ! C’est pas tous les jours qu’on doit t’offrir, sur ta tournée, des spectacles comme celui-là. Si ?
– Oh, pour ça, non !
– Ah, tu vois ! Tu sais que t’es pas mal du tout de ta personne ? Ça change de celui qu’il y avait avant. Tu dois sacrément plaire aux filles, je suis sûre. Non ? Je me trompe ?
– On se défend.
– Et modeste avec ça ! Mais c’est que t’as toutes les qualités, toi ! Si, en plus, là-dessous, t’es monté comme un taureau, alors là ! Là ! C’est le cas ?
– Je…
– Non ! Non ! Dis rien ! Je préfère imaginer. N’empêche que tu sais que c’est tous les jours que je t’attends ? Que je te regarde, derrière mes volets clos, glisser le courrier dans ma boîte aux lettres ? Et d’ailleurs, tiens, tu veux un aveu ? Neuf fois sur dix, les lettres que je reçois, c’est moi qui me les suis envoyées. Pour avoir le plaisir de t’avoir là, à disposition, quelques instants, sous ma fenêtre. Et pour, après, laisser courir mes doigts, en pensant à toi, là où ils ont envie d’aller. C’est pour ça : je me suis bien juré que le jour où tu m’apporterais enfin un colis, je ferais en sorte que tu saches à quoi t’en tenir. C’est plus honnête, non, tu trouves pas ? Surtout que t’es le premier concerné. Et voilà qu’il est enfin arrivé, ce jour béni. Et que je suis dans tous mes états. Ça te choque pas trop au moins tout ça ? Si, hein ! Un peu quand même. J’m’en fous ! J’m’en fous complètement. Parce que si tu savais comment c’est excitant de le faire comme ça, là, devant toi. Depuis le temps que j’en rêvais ! Et tiens, faut que je te dise quelque chose. T’es le seul maintenant. Et ça, depuis des mois. Parce qu’avant il y en avait aussi d’autres. Le fils du boulanger. Celui du premier adjoint au maire. Mais ils me satisfaisaient pas autant que toi. Tant s’en faut. Alors je n’ai gardé que toi. Je te suis fidèle. Ça te fait plaisir au moins ? Oui ? On dirait pas. Tu manques sérieusement d’enthousiasme, mon garçon. Oh, mais je sais ce que tu penses. Que je suis une dépravée. Une perverse. Une vilaine cochonne lubrique qui mériterait une bonne fessée pour lui apprendre à se conduire d’une façon aussi éhontée. C’est pas vrai peut-être ?
– Ben…
– Oh, mais tu as raison. Tu as entièrement raison. Je me comporte là, avec toi, devant toi, d’une manière absolument scandaleuse. Je mérite d’être punie pour ça. Et c’est toi qui vas le faire. C’est toi qui vas me rendre ce menu service. Hein ? Tu veux bien ? Merci. T’es un amour. Attends ! Attends ! Laisse-moi me mettre en position. Là ! Voilà ! Bon, mais tu tapes, hein ! Tu fais pas semblant. Et même si je crie, même si je te demande d’arrêter, tu m’écoutes surtout pas. Au contraire. Tu tapes encore plus fort. Aussi fort que tu peux. Allez, vas-y, je suis prête. Fais-moi jouir !

samedi 14 juillet 2018

Les fantasmes de Lucie (8)

Louis Malteste


Il vient s’asseoir juste en face de moi. Un monsieur, la cinquantaine, bien de sa personne. Un cadre ou quelque chose comme ça, sûrement. Peut-être un directeur qui n’a pas du tout envie de commencer sa journée dans les embouteillages. Comme moi. Il s’absorbe dans la contemplation de sa tablette. Et moi, je plonge le nez dans mon cahier. Ce cahier-ci, confident de mes plaisirs. S’il savait ! S’il savait que la petite jeune femme qui lui fait face, à l’air bien sage, aux genoux chastement serrés, a des fantasmes plein la tête, qu’elle leur donne libre cours et qu’elle y prend un pied pas possible. S’il savait qu’elle est en train de les caresser du bout des yeux, de se délecter des mots qu’elle a mis dessus et que ça l’émoustille prodigieusement de faire ça, là, devant lui.

Dans le noir, nue sur mon lit, les yeux clos, je le fais revenir. Dans un train. Un autre train. Un train d’avant avec des compartiments. Et de moelleux appuie-tête. On est tous les deux. Que tous les deux. On ne se connaît pas. Il a déployé son journal et moi, j’ai ouvert mon cahier. Je me lis. Je me relis. Je me trouble. Ça se creuse entre mes cuisses. Ça perle. Ça m’inonde. Il faut. Tout de suite. Là. Maintenant. Je pose mon cahier sur la banquette, je jette mon châle par-dessus et je me précipite aux toilettes.

Quand j’en reviens, il est tranquillement en train de lire mon cahier. Il ne relève même pas la tête.
– Non, mais faut pas se gêner !
Il ne répond pas.
Je veux le lui reprendre. Il me repousse fermement, de la main, sans un mot et poursuit sa lecture. Complètement désarçonnée, je me rassieds dans mon coin et le regarde tourner les pages. Il a, de temps à autre, un petit hochement de tête ou un imperceptible sourire.
– Mouais !
Il me tend le cahier, me fixe dans les yeux. Je baisse aussitôt les miens.
– Mouais ! Et maintenant ?
Je m’agite sur mon siège. Quoi « et maintenant » ? Qu’est-ce qu’il veut dire « et maintenant » ?
– Parce que vous ne comptez pas vous en tirer comme ça, j’imagine ?
Si ! Non. Je ne sais pas.
– Ce ramassis d’horreurs qu’il y a là-dedans ! Vous n’avez pas honte ?
Et il parle. Il me sermonne. Je n’entends pas. Je n’écoute pas. Ça fait comme un coulis de reproches qui me parvient de très loin. Dont je ne saisis pas vraiment le sens. Je sais juste qu’il me gronde. Et que c’est tout à la fois humiliant et très agréable.
– Eh bien ? Qu’est-ce que vous attendez ?
– Hein ? Quoi ?
– Venez ici !
Je lui obéis. Je me lève. Je m’approche.
– Fermez le rideau !
Le rideau de la porte qui donne sur le couloir.
J’obéis encore.
Il me fait sèchement basculer sur ses genoux, me retrousse tout aussi sèchement ma robe, maintient fermement ma main qui essaie de la rabattre.
– Et elle a pas de culotte. En plus ! Ah, ben bravo ! Bravo !
Ses claques sont sèches, déterminées. À rythme lent. Une fesse après l’autre. Imperturbablement. Ça dure. C’est interminable. Ça dure. Ça me cuit. Ça me brûle. Mais c’est tellement bon…
Brusquement la porte s’ouvre.
– Contrôle des billets, Messieurs Dames, s’il vous plaît !

C’est toujours à ce moment-là que mon plaisir surgit…

jeudi 12 juillet 2018

Quinze ans après (14)


J’ai fait durer le repas. Aussi longtemps que possible. J’ai encore voulu qu’on aille boire un verre, quelque part, avant de rentrer. Je pouvais sentir physiquement leur attente. D’une impatience extrême chez Coxan. Mêlée d’une pointe d’appréhension chez Andrea.
Par contre, aussitôt la porte refermée sur nous…
– Viens voir là, Andrea !
Elle s’est docilement approchée.
– Tu n’as pas honte ?
Elle a baissé la tête. Elle n’a pas répondu.
– Hein ? Tu n’as pas honte ? Accepter de te faire fesser, comme ça. devant quelqu’un que tu connais à peine. Ta conduite est inqualifiable. Tu en as bien conscience, j’espère ?
– Oui.
Un tout petit oui.
– Tu vas être punie pour ça… Déshabille-toi !
Elle a levé les yeux sur Coxan. Les a aussitôt détournés.
– Devant lui, oui. Ça fait partie de la punition. Allez !
Et elle l’a fait. Le pull, passé par-dessus la tête. Le pantalon dont elle est sortie, une jambe après l’autre. Elle s’est arrêtée.
– Tout ! T’enlèves tout.
Le soutien-gorge qu’elle a jeté sur le fauteuil, derrière elle. Le string. Qui a suivi le même chemin. Et elle restée là, à attendre, tandis que Coxan lui dévorait les fesses des yeux.
– Tu sais que c’est pas poli du tout ce que tu fais ? On ne tourne pas le dos aux gens comme ça. C’est d’une incorrection ! Eh bien ? Tu entends ce que je te dis ?
Elle s’est lentement retournée. A esquissé un geste pour se dissimuler les seins avec ses bras, l’encoche avec ses mains. A finalement renoncé.
Je les ai laissés, face à face, profiter longuement l’un de l’autre.

– Bon, mais allez ! Action !
Elle est venue se coucher docilement en travers de mes genoux. A paru vouloir dire quelque chose.
– Oui, Andrea ? Qu’est-ce qu’il y a ?
– On enregistre pas ?
J’ai eu un petit rire.
– T’en crèves d’envie, hein ? Ben, tu sais pas ? On va faire encore mieux. Coxan va filmer.
Elle a eu comme un frémissement de plaisir.
– Ah, ça te plaît, ça, hein, comme idée ! Eh ben, Il y a plus qu’à assurer le spectacle.
Ce que je me suis employée à faire. À grandes claques bondissantes qui s’imprimaient sur son derrière. Qui, très vite, lui ont arraché de plaintifs gémissements.
– Comédienne, va !
Et j’ai tapé plus fort. Plus vite. De plus en plus fort. De plus en plus vite.
Elle a crié. À pleins poumons. A battu des jambes. Trépigné. S’est soulevée du derrière. Haut. Très haut.
– Ça va, Coxan ? Tu te régales ?
Il s’est contenté de me gratifier d’un large sourire.
J’ai poursuivi, à plein régime, durant encore trois ou quatre minutes pendant lesquelles elle a rugi. S’est agitée comme une perdue. Trémoussée tant et plus.
– Là ! Et tiens-le-toi pour dit !
Elle s’est relevée en se frottant les fesses.
– Hou là là là !
A fait trois fois le tour de la pièce en sautillant.
– Mais hou là là là !
A fini par s’emparer, au passage, de son string qu’elle a entrepris d’enfiler.
– Qu’est-ce tu fais ? Non, non. Reste comme ça. T’es très bien comme ça. Viens regarder le film plutôt…
Elle s’est précipitée.

lundi 9 juillet 2018

La fessée de Madame


– Madame a l’air bien fatiguée.
– Oh là là, oui. Elle a une mine de déterrée.
– C’est l’absence de Monsieur qui chagrine Madame ?
– Absence qui ne l’empêche pas de passer ses journées par monts et par vaux.
– On se demande bien à quoi faire, d’ailleurs.
– Oh, non, on se le demande pas. On sait.
– Madame les prend vraiment très jeunes.
– C’est que c’est plein de sève à cet âge-là…
– Et que ça n’hésite pas à remettre le couvert autant de fois que nécessaire.
– Madame ne dit rien ?
– Qu’est-ce que tu veux qu’elle dise ?
– À part nous supplier de lui garder le secret.
– Et elle est bien trop fière pour ça.
– Quand Monsieur va apprendre…
– Et il apprendra…
– Oui. Il faut qu’il sache.
– Quand Monsieur apprendra, alors là Madame va vraiment passer un très très mauvais quart d’heure.
– À moins que…
– On règle ça entre nous ?
– Ce peut-être une solution. On administre à Madame une bonne fessée de derrière les fagots. Bien cuisante, à la fois pour son fondement et pour son amour-propre.
– Ce qui est, à tout le moins, amplement mérité.
– Et on ne dit rien. À personne. Même pas à Monsieur.
– Surtout pas à Monsieur.
– Muettes. De vraies tombes.
– Que pense Madame de tout ça ?
– Rien. Qu’est-ce tu veux qu’elle en pense ? Elle s’en veut. Elle s’en veut énormément. Pas d’avoir écarté les jambes, non. C’était trop bon. Mais d’avoir manqué de prudence. Parce qu’on sait toutes les deux. Elle se demande bien comment, mais on sait. Le fait est là. Et, du coup, elle est entièrement à notre merci. Obligée d’en passer, si elle ne veut pas aller au-devant de très très gros ennuis, par tout ce qu’on veut. Elle n’a pas le choix. Et ce qu’on veut maintenant, c’est qu’elle aille bien docilement s’agenouiller au bord de son lit.
– Oh, là ! Ce regard ! Elle n’aime pas, mais alors là, pas du tout cette perspective.
– Ce dont on se fiche éperdûment.
– Tu crois qu’elle va le faire ?
– Et comment qu’elle va le faire ! Elle a trois secondes pour ça. Sinon… Eh ben, voilà ! Tu vois, suffit de demander. Elle est docile finalement notre maîtresse, hein ?
– Très. Ce qui est, ma foi, fort agréable.
– N’est-ce pas ? Et elle va l’être davantage encore. Parce qu’elle va se laisser bien gentiment mettre le cul à l’air. Là ! Voilà… Et maintenant, on va s’en donner à cœur-joie. Tu commences ou je commence ?
– Oh, ensemble ! Ensemble ! Ça portera plus.– Eh bien, allez, alors ! Feu !

samedi 7 juillet 2018

Les fantasmes de Lucie (7)


Dessin de Georges Topfer.

J’ai passé le week-end à la plage. En petit avant-goût des vacances. Un week-end de rêve. Il faisait un temps magnifique. Et les maîtres nageurs sauveteurs étaient de sortie. Beaux comme des dieux. Et en nombre. Une douzaine. Au moins. Un vrai régal des yeux. Torses de rêve, biscoteaux à foison, fesses musclées, bronzages généreux. Je ne savais plus où donner de la tête. Je volais de l’un à l’autre. Je m’attardais ici. Je repartais là. Je revenais au premier. J’en essayais un troisième. Un quatrième. Sans parvenir à arrêter mon choix. Mais, après tout, picorer à droite et à gauche pouvait aussi avoir son charme.
Une flopée de petites dindes évaporées voletait autour d’eux en jacassant à qui mieux mieux et en ricanant bêtement. Non, mais attends que j’allais te l’éparpiller leur basse-cour, moi ! Je me suis lentement levée. J’ai posément rajusté mon maillot, l’ai fait claquer contre ma cuisse et je me suis majestueusement laissée dériver jusqu’au bord de l’eau. Mains sur les hanches, j’ai longuement contemplé la mer. Qui m’a léché les pieds. Les chevilles. Les mollets. Qui m’a appelée. Je m’y suis aventurée. Jusqu’aux hanches. Jusqu’aux seins. Là-bas, sur la plage, un sauveteur avait ses jumelles braquées sur moi. C’était bon. C’était le moment. J’ai perdu pied. Fait semblant. En réalité, je nage comme un gardon. J’ai battu désespérément des bras. Lancé de pathétiques appels au secours. Ça n’a pas boité : ils se sont précipités. À trois. M’ont extirpée de l’eau. Il y en a un – un grand, fort, avec des yeux, mais des yeux ! – qui m’a prise dans ses bras. Serrée contre lui. Déposée sur la plage.
– Ça va ?
Penché sur moi.
Ça allait, oui. À peu près.
Il a pris un air sévère.
– Quand on sait pas nager, on reste près du bord.
Le deuxième a renchéri.
– Ou on met des brassards.
Quant au troisième, il m’a donné le coup de grâce.
– Non, mais franchement vous avez quel âge ?
Et ils m’ont plantée là.
Oh, mais ils n'allaient pas s’en tirer comme ça.

Ah, non, alors ! Ils s’en tirent pas comme ça. Parce qu’à l’hôtel, dans ma chambre, je reste étendue quelques instants sur le sable, et puis je retourne à l’eau. Au même endroit. Aussi loin. Encore plus loin. Et je reperds pied. Il revient. Tout seul cette fois. Il est furieux, ça se voit. Ses gestes, pour s’emparer de moi, pour me ramener, sont plus brusques, plus énergiques.
– Vous croyez qu’on n'a que ça à faire ?
Il s’arrête. On est encore dans l’eau. J’en ai jusqu’aux genoux. À peine.
– Vous vous comportez en gamine écervelée. Eh bien, on va vous traiter en gamine écervelée.
Et, avant même que j’aie eu le temps de réaliser, de dire quoi que ce soit, de protester, il me renverse sur son genou, il me met le cul à l’air, là, devant tout le monde et il me flanque une fessée. Une de ces fessées ! À pleine main. À pleines fesses. À toute volée.
– Non, mais ça va pas ! Arrêtez ! Mais arrêtez enfin !
Il n’écoute pas. Il s’en moque. Au contraire : il tape plus fort. Beaucoup plus fort. Ça fait mal. Ça pique. Ça brûle. Je crie. Je voudrais m’empêcher, mais je peux pas. Je crie. Et ça attire l’attention des gens. Qui regardent. Tout le monde regarde. Les autres baigneurs autour. Les gens sur la plage. Les autres sauveteurs, là-haut. Les petites dindes. Que ça amuse beaucoup. Qui rigolent tout ce qu’elles savent. 
Et c’est là, devant elles, devant eux, que mon plaisir me surprend. M’envahit. Me submerge. Pour ma plus grande honte. Mais c’est si bon ! 
J’étouffe mon ravissement dans l’oreiller.

jeudi 5 juillet 2018

Quinze ans après (13)


Coxan était estomaqué.
– Comment tu m’as bluffé, là, avec cette madame Gonsalier. Tu l’as sortie d’où ?
– D’Internet. J’ai fouillé, j’ai fouiné. Et puis voilà…
– T’obtiens tout ce que tu veux, toi, en fait. Et tu manques vraiment pas d’imagination.
– Disons que je me défends.
– Faudra pas en oublier pour autant notre idée de départ.
– Non. Bien sûr que non. Ça viendra. À son heure. Tu l’auras ton film. Laisse-moi faire. Pour le moment, c’est d’Andrea qu’il s’agit de s’occuper.

Andrea qui avait d’abord voulu voir, avant de le rencontrer en ma compagnie, des photos de Coxan.
– Il fait rassurant. Et puis, ce qui ne gâte rien, il est beau mec. En plus !
Qui avait aussi voulu l’approcher, incognito, de plus près. Qui s’était rendue pour ce faire, sous un prétexte bidon, à la banque où il travaille.
– Ça me faisait drôle, mais drôle, tu peux pas savoir, de me dire que ce type, il m’avait entendue me prendre une fessée et qu’il savait pas que c’était moi !
– Bon ! Et alors ? Conclusion de ta petite enquête ?
– A priori je suis pas contre qu’il assiste…
– T’es pas contre ou t’en as envie ?
– J’en ai plutôt envie.

Et on s’est retrouvés, tous les trois, dans ce même restaurant gastronomique où on avait fait connaissance, lui et moi.
Il l’a tout de suite reconnue. Et menacée du doigt.
– Alors, comme ça, on est venue m’espionner ?
Elle a rougi, s’est troublée.
– Mais non, mais…
– Mais si ! Ça faisait vraiment téléphoné cette histoire de bons de caisse de votre grand-père. Bon, mais l’essentiel, c’est que j’aie passé l’examen avec succès. Ce qui semble être le cas.
Elle n’a pas répondu. On s’est assis.
– Bon. On va pas tourner dix mille ans autour du pot.
Et je leur ai tendu, à l’un comme à l’autre, une paire d’écouteurs.
– Mettez ça !
Et j’ai lancé l’enregistrement de la fessée d’Andrea.
Leurs regards se sont d’abord évités, puis furtivement croisés. De plus en plus souvent rencontrés. Finalement gardés.
Ça s’est achevé. J’ai relancé. Depuis le début. Leurs yeux ne se sont pas quittés. Jusqu’à la fin.
Ils ont retiré les écouteurs. Comme à regret.
Coxan a paru revenir de très loin.
– Je ne m’en lasse pas. C’est toujours aussi émouvant de t’écouter piauler. Avec le bruit des claques en arrière-fond. Et t’écouter en t’ayant là, en face de moi, en train de faire la même chose, c’est un véritable bonheur.
J’ai cru bon d’intervenir.
– Qu’est-ce que ce sera quand tu verras alors !
– D’autant que, d’après ce que tu m’as dit…
J’ai posé un doigt sur mes lèvres.
– Chuuut !
– Et il viendra quand, ce moment béni ?
– Quand Andrea voudra. C’est elle qui décide…
Elle nous a regardés, l’un après l’autre.
– Maintenant. Tout-à-l’heure. Quand on aura fini de manger.

lundi 2 juillet 2018

Derrière les arbres

Carman. Trente ans.


– Il est là ?
– Bien sûr qu’il est là…
– Où ça ?
– Te retourne pas surtout ! Dans le bouquet d’arbres juste derrière. Il y a que là qu’on peut vraiment se cacher.
– C’est loin !
– Pas tant que ça. Et puis il aura pris sa longue-vue.
– Tu lui as dit quoi au juste ?
– Que t’avais mérité une bonne fessée. Et que je viendrais te la flanquer ici. Parce que là-bas, avec les voisins, c’était pas possible. On nous aurait entendues.
– Et alors ?
– Il m’a baisé la main. Et il m’a souri. « Je ne sais rien. Vous ne m’avez rien dit. »
– On le fait un peu attendre ?
– Oh, si tu veux…
Et on s’est allongées, côte à côte, un brin d’herbe entre les dents.

– Combien de temps ça fait ?
– Pas loin d’une heure. Il doit commencer à s’impatienter.
– Et si on reportait à demain ?
– Le pauvre ! Il serait horriblement déçu.
– Il n’en aurait que plus envie encore.
– À moins qu’il ne se décourage…
– Oui. Non, mais n’importe comment ça me démange trop que tu me la donnes.
– On y va alors ?
– On y va.
Et je me suis tournée sur le ventre.
Elle m’a lentement, très lentement, dénudé les fesses. Et elle a tapé. En prenant bien soin de rester sur le côté. Qu’il puisse jouir pleinement du spectacle. J’ai battu des jambes. J’ai enfoui ma tête dans l’herbe pour étouffer mes cris. Elle, elle tapait de plus en plus fort. De plus en plus vite. De plus en plus cuisant.
– Elles sont rouges ?
– Assez… Mais pas tant que ça quand même…
– Alors continue…
Elle ne s’est pas fait prier. À grandes claquées qui m’ont fait bondir du derrière, crier comme une perdue.
– Là ! Tu as ton compte, non ?
Je l’avais. Je me suis relevée. Reculottée.
– Il a dû se régaler, l’autre, là-bas, derrière.
– Et pas qu’un peu !
– Tu me raconteras ce qu’il t’a dit, hein ?
– Évidemment !

On a pris le chemin du retour.
– Et demain, c’est toi qui ramasses. Il y a pas de raison…
– Si tu veux.
– Peut-être qu’un jour il y aura pour de bon quelqu’un à nous regarder, là-bas, dans les arbres. Qu’on aura pas besoin de l’inventer.
– Ou beaucoup plus près. Un passant qu’on n’aura pas entendu arriver.
– Qu’est-ce qu’on fera ?
– Semblant de pas l’avoir vu.
Et on s’est prises en riant par la taille.

samedi 30 juin 2018

Les fantasmes de Lucie (6)

A spanking good time


Mon voisin a une copine. Ça m’en a du moins tout l’air. Une brune, maquillée à outrance, la trentaine largement sonnée. Une fois ou deux par semaine, elle passe l’après-midi avec lui. Chez lui. Elle ne reste jamais la nuit. Parce qu’elle est mariée ? Qu’est-ce qu’il y a au juste entre eux ? Il faut que j’en aie le cœur net. Parce que c’est mon voisin. Ça me donne des droits sur lui. Il est à moi avant d’être à qui que ce soit d’autre.

Elle est là avec lui. Je l’ai vue entrer. Sans sonner. Comme chez elle. Je ferme les yeux. Je les imagine. Il la pousse vers le lit. Leurs lèvres se joignent. Je ferme les yeux. Je les vois. Et c’est insupportable. Il faut que j’arrête. Il faut que j’empêche. À n’importe quel prix. Et je suis là-bas. Je m’approche de la chambre. À pas de loup. Je colle mon oreille à la porte. Des chuchotements. Des murmures. Je m’accroupis pour être à hauteur du trou de la serrure. Et patatras ! Je fais dégringoler, en me penchant, dans un bruit d’enfer, une potiche en étain posée en équilibre sur un guéridon.
La porte s’est brusquement ouverte.
– Encore vous ! Non, mais c’est pas vrai, ça ! Sophie, je te présente Lucie, ma voisine.
– Ah, oui ! Celle que t’as trouvée, un jour, couchée dans ton lit.
– Elle-même.
– Et à qui t’as flanqué une retentissante fessée. Ce qui n’a pas suffi apparemment. Moi, je serais de toi…
– Oui ?
– Je lui ferais une petite piqûre de rappel.
– Ça semble indispensable en effet.
Il m’attrape par le coude, fermement.
– Venez par là…
– Non, attendez…
– Que quoi ?
– Non, rien.
– Vous avez mérité, avouez !
Je baisse les yeux. Je ne réponds pas.
Il m’entraîne jusqu’au milieu de la chambre. Il déboutonne ma robe. Dans le dos, un bouton après l’autre. Il la fait glisser. Elle me tombe sur les chevilles.
– Venez là !
Il s’assied. Il me fait basculer en travers de ses genoux. Il me plaque une main dans le dos et, de l’autre, il tape. Par-dessus la culotte. Pas très fort au début. Elle, elle a passé ses deux bras autour de son torse. Elle se serre fort contre lui. Et elle regarde.
– Plus fort, mon chéri. Tu la caresses, là…
Alors ça tombe. Ça tombe à plein régime. Et elle, elle sourit. Elle ne cesse pas de sourire.
– Qu’est-ce qu’elle gigote !
Il accélère encore la cadence. Elle a sa tempe posée contre la sienne. Dans son pantalon, sa queue est dure, dressée toute droite contre ma hanche.
– Tu devrais la déculotter, mon chéri ! Qu’elle ait bien honte…
Il le fait. Résolument.
– Mets-lui bien rouge, hein ! Écarlate.
Il tape. Il tape. Il tape encore. Sans se soucier le moins du monde de mes gémissements et de mes plaintes. Sa queue palpite contre moi. Il va jouir. Il jouit. Elle se rend compte.
– Oh, ben non ! Non.
Elle se détache de lui. Elle est furieuse.
C’est le moment que je préfère. Le moment où, dans mon lit, je déferle, noyée de plaisir, les yeux plongés dans ses yeux à elle.

jeudi 28 juin 2018

Quinze ans après (12)


Camille était là, devant la fontaine.
– J’ai pris le train d’avant. Pour être sûre d’être à l’heure.
– Tu sais quoi ? Ben, j’en ai rien à foutre. Du moment que j’ai pas à t’attendre…
Elle s’est tue. A trottiné silencieusement à mes côtés.
– C’est quoi le programme aujourd’hui ? À ton avis ?
– Je sais pas.
– Mais si, tu sais ! Tu sais même très bien. C’est quoi ?
– Une fessée.
– Bien sûr, une fessée. Une bonne fessée cul nu, bien claquante, que je vais te flanquer devant un ami à moi.
– Ah, mais…
– Ça te pose un problème ?
Elle s’est aussitôt reprise.
– Oh, non, non ! Pas du tout, non.
– J’aime mieux ça… C’est quelqu’un de très sympathique, tu verras. Et un fin connaisseur. Il va beaucoup apprécier.

– Déshabille-toi ! Ben, oui, qu’il te trouve à poil en arrivant. On gagnera du temps.
Elle n’a pas protesté. Elle l’a fait.
– Mais c’est que t’es pas mal foutue du tout !
J’ai avancé la main. Effleuré un sein. Je me suis emparée du téton. Qui a aussitôt gonflé sous mes doigts.
– Et tu es très réactive. En plus !
On a frappé.
– Ah, c’est lui ! Eh, ben, entre !
Je lui ai laissé tout le temps de se régaler les yeux. Et puis…
Bon, allez ! Action… On lui fait à quoi ? Qu’est-ce tu préfères ? Martinet ? Ceinture ? Paddle ?
– Oh, à la main ! Pour la première fois, à la main, c’est mieux !
Je me suis assise. Je lui ai fait signe. Elle est venue docilement s’allonger en travers de mes genoux.
Une main qui traîne un peu au hasard de la fesse. Qui se l’approprie. La pinçote. La fait se crisper. Et qui s’abat d’un coup, sans crier gare.

Je l’ai aidée à se relever.
– Attends ! Fais voir ! Oui. Oui. Je suis pas mécontente. J’ai bien travaillé. Toute la surface est prise. Et le rouge que j’ai obtenu est absolument délicieux. Qu’est-ce t’en penses, toi, Coxan ?
– C’est très réussi, oui. Et puis la jeune fille a si joliment donné de la voix pendant le déroulement des opérations. C’était très émouvant.
– Bon, mais allez ! Tu te rhabilles, toi ! Et vous venez. Il y a une surprise. Pour tous les deux.

– Allez-y ! Entrez !
– Mais c’est…
– Un magasin de fringues, oui. Tu seras pas dépaysée comme ça.
Une femme d’une soixantaine d’années s’est avancée à notre rencontre.
– Madame Gonsalier ?
– Elle-même…
– Voici la jeune fille dont je vous ai parlé au téléphone.
– Ah ! Très bien. Venez dans mon bureau. On sera plus tranquilles.
Elle en a soigneusement refermé la porte.
– C’est donc elle !
– Oui. Elle a de l’expérience dans le secteur du vêtement. À Angoulême. Mais, surtout, elle est extrêmement docile. Montre à la dame, Camille ! Allez ! Baisse ta culotte ! Et tourne-toi !
– Madame Gonsalier lui a posé sur les fesses un long regard gourmand.
– Et… elle est disponible ?
– Elle le sera très vite. Lundi matin, elle donne son préavis.

lundi 25 juin 2018

La kermesse



– Ça s’est sûrement passé quand ce pauvre abbé Demichel a fait son malaise, que tout le monde s’est précipité autour de lui. Sûrement.
– Jamais il aurait fallu laisser la caisse sans surveillance.
– En même temps, dans la panique, on peut comprendre…
– J’ai vraiment cru qu’il était mort, moi, ce pauvre curé.
– Moi aussi ! Le voir étendu comme ça, inanimé, en plein soleil.
– N’empêche que s’emparer de la recette d’une kermesse qui devait revenir, dans sa totalité, aux pauvres de la paroisse, faut vraiment n’avoir aucune moralité.
– Ah, ça ! Mais aujourd’hui, on peut s’attendre à tout.
– Qui a bien pu faire une chose pareille ? Qui ?
– Je le sais, moi !
– Toi, Alice ?
– Oui. J’étais un peu à l’écart, là-bas, au pied du grand chêne. J’ai tout vu.
– C’est qui ? Léopold, hein, c’est lui ? Il a déjà si souvent été pris la main dans le sac.
– Non.
– Le type de la ferme des Aussanges, alors ! Il vient d’arriver. Personne le connaît ici. Et puis il a l’air tellement bizarre.
– Non plus, non.
– Ben c’est qui alors, dis ! Nous fais pas languir.
– L’une de nous cinq. Les bénévoles.
– L’une de… Non, mais c’est pas possible.
Mathilde baisse la tête.
– C’est toi ? Non, mais c’est pas vrai que c’est toi !
Tous les regards convergent vers elle.
– Je rendrai tout.
Rose hausse furieusement les épaules.
– Encore heureux… Manquerait plus que ça. Viens là !
Elle obéit.
– Penche-toi !
En travers de ses genoux.
– Trousse-toi !
Elle hésite. Quelques fractions de seconde. Mais elle le fait.
– Plus haut !
Plus haut. Allez, plus haut !
Ses fesses d’albâtre pointent résolument vers nous.
– J’ai honte !
D’une toute petite voix.
– Ah, ça, tu peux ! Il y a de quoi !
Alice me passe un bras par-dessus l’épaule, se serre contre moi.
– Ça te plaît ?
– Chut ! Tais-toi ! Regarde !
Rose brandit le battoir à tapis. Mathilde tourne la tête vers elle.
– Tu vas me…
– Flanquer une bonne fessée, oui ! C’est mérité, avoue, non ?
– Oui. Si !
– J’aime te l’entendre dire.
Et elle l’abat résolument. À pleines fesses.
Mathilde sursaute, pousse un cri.
Rose poursuit sur sa lancée. À grands coups espacés, réguliers. Que Mathilde accompagne, chaque fois, d’une sorte de ahanement essoufflé et d’une poussée en rythme du derrière. Haut. Très haut. De plus en plus haut. Ce qui ne laisse rien ignorer des ciselures rosées de ses replis intimes. Je pose une main sur le genou d’Alice. Qui se serre contre moi.
Rose s’interrompt.
– On s’en tient là ?
On proteste. Toutes les trois. Avec véhémence.
– Oh, non ! Non. Continue !
Et elle reprend de plus belle.

samedi 23 juin 2018

Les fantasmes de Lucie (5)


Anders Zorn: Badande

C’est décidément une véritable mine, ce bouquin. Je ne le quitte plus. Je m’y replonge, aussitôt rentrée. Dix fois, ving fois, je reviens sur mes pas.
Et je retourne « là-bas. »

Les trente coups de fouet nous ont été infligés. On nous fait redescendre de l’estrade, une à une, pantelantes. Et il nous faut à nouveau fendre la foule. Les pagnes sont restés là-haut et nos derrières meurtris, zébrés, sont généreusement offerts aux regards d’hommes et de femmes qui s’attardent complaisamment dessus. Qui s’en repaissent. Qui savourent. Et qui commentent à qui mieux mieux.
– Vous êtes toutes belles comme ça, dites donc !
– Oh, oui, faudrait vous le faire plus souvent…
– En attendant, qu’est-ce qu’elles ont braillé !
– Ah, elles feront moins les fières maintenant…
Le retour est interminable. Entre deux haies de visages rigolards et parfois hargneux. Aussitôt qu’ils nous ont ramenées à notre point de départ, dans la petite salle, les archers nous abandonnent à notre sort.
– Vous pouvez rentrer chez vous.
Certaines se rhabillent en toute hâte. D’autres éclatent en sanglots. D’autres encore se laissent tomber sur les bancs où elles restent longuement prostrées. La salle se vide malgré tout peu à peu. Je ne bouge pas. J’attends. J’attends qu’à l’extérieur la foule se soit dispersée. Margaux aussi. On n’est plus que toutes les deux. On se regarde et on éclate d’un immense fou rire.
– Ah, ça fait du bien !
– Comment ça me brûle n’empêche ! Pas toi ?
– Ah, ben ça !
– Ce qu’il faudrait, maintenant, c’est se le tremper dans un bon baquet d’eau froide.
Aussitôt dit, aussitôt fait.
– On va chez moi ? C’est à deux pas.
Chez elle. C’est moi qui me le plonge la première dedans.
– Houlà ! Ça soulage ! C’est fou ce que ça soulage.
– Tu veux que je te frotte le dos ? Ça te détendra.
Elle n’attend pas la réponse. Sa main est douce. Légère.
– Tu aimes ?
Si j’aime !
– C’est agréable. Très.
– Ça t’a plu de les voir toutes nues les autres ?
Je hausse les épaules.
– Il y en a deux ou trois qui sont vraiment pas mal. Qui gagnent à se déshabiller.
– Oui, hein ! Mais pas autant que toi…
Sa main descend, m’effleure le haut des fesses. Je ne proteste pas. Je la laisse faire.
– En douce qu’on n’est pas près de les revoir d’un moment, nos maris.
– Et ça va te manquer ?
Elle soutient mon regard.
– Franchement, non.
Elle s’enhardit. S’aventure dans le sillon entre les fesses.
Je me relève. Je tends ma croupe vers elle. Elle en longe les zébrures du bout du doigt,y pose ses lèvres. Je m’entrouvre. Elle se fait inquisitrice. Exploratrice.
Je l’arrête.
– Attends ! Tu voudrais pas, avant ?
– Avant ? Quoi donc ?
– M’en remettre une.
Elle sourit.
– S’il y a que ça pour te faire plaisir… Tu la veux comment ? Au fouet ou à la main ?
– Choisis, toi !
– Alors ce sera le fouet. Mais j’y mets une condition. C’est que tu me rendes la pareille aussitôt après.
– Marché conclu.
Et je lui offre mon derrière.

jeudi 21 juin 2018

Quinze ans après (11)


Eugénie a jeté son sac sur la banquette, s’est laissée tomber à côté.
– Alors ? Ton amoureux ? Toujours pas revenu ?
– Il rentre ce soir.
– Ah, oui ? Sûr ?
– Sûr…
Elle a fait la grimace.
– Tant mieux pour toi… Mais on va moins se voir, du coup, toutes les deux.
– Il y a pas de raison.
– Oh, ben si, il y en a une, si ! Les mecs, ça veut qu’on reste avec. Pas qu’on passe le plus clair de son temps avec les copines.
– Lui, il est pas comme ça. Pas du tout.
– Oui, oh, alors ça, je demande à voir.
– Tu dis ça parce que tu le connais pas. Quand tu le connaîtras…
– Tu me le présenteras ?
– Sans problème. Quand tu veux. Demain, si tu veux.

Elle s’était mise sur son trente-et-un. Petite robe légère affriolante à mi-cuisses. Qui laissait voir les bretelles dentelées du soutien-gorge et découvrait la naissance des seins. Et elle sortait, à l’évidence, de chez le coiffeur. Son maquillage était tout particulièrement soigné. Le grand jeu, quoi !
J’ai réprimé un sourire. Et j’ai fait les présentations.
– Eugénie… Coxan…
– Enchanté…
– J’ai beaucoup entendu parler de vous.
Elle lui a tendu la main.
– On se fait la bise plutôt, non ?
– Volontiers.
Elle a tout aussitôt pris la direction des opérations. Et de la conversation.
– Alors ? Comment c’est, le Canada ?
Elle l’a religieusement écouté, le coude appuyé sur la table, le menton dans la main, ses yeux plantés dans les siens.
– C’est passionnant ! Et ça consiste en quoi, au juste, votre boulot ?
Il s’est lancé dans de longues explications.
Qu’elle a trouvées tout aussi exaltantes.
Je me suis brusquement levée.
– Wouah ! Et mon rendez-vous chez le dentiste. Je l’avais complètement oublié, celui-là.
Je me suis penché sur Coxan, lui ai effleuré les lèvres.
– À tout-à-l’heure, amour…

– Bon, ben je viens au rapport… Alors ?
– Elle m’a carrément dragué, oui… En y mettant quand même un peu les formes. Mais c’était vraiment du rentre-dedans.
– Ce qui t’a pas vraiment déplu, avoue !
– Je crois pas que ce soit le genre de choses qui déplaise à grand monde, si ?
– Et donc, tu vas coucher avec ?
– Passage obligé, dans son cas, vers la fessée.
– Et mon rôle à moi, là-dedans, c’est cocue de service ?
– Ça te dérange ?
– Pourquoi veux-tu que ça me dérange ? On n’est pas ensemble, toi et moi. Et donc, la suite du programme, c’est ?
– Je la mets dans mon lit, tu nous surprends et tu lui en colles une…
– Dont je peux te dire qu’elle va se souvenir…

lundi 18 juin 2018

La fessée de Gisèle

Dessine de Louis Malteste


Chaque fois qu’elle descendait à Châteauroux, Gisèle venait me rendre visite. Et, chaque fois, elle s’efforçait de me convaincre.
– Tu vas périr d’ennui dans ce trou perdu. Viens avec moi ! Monte à Paris !
Et elle me dépeignait, sous les couleurs les plus riantes, la vie là-bas. Ce n’était que fêtes perpétuelles, repas pantagruéliques. Quant aux jeunes gens… Ah, les jeunes gens ! Polis, courtois, raffinés, cultivés, ils n’avaient strictement rien à voir avec le tout-venant de Châteauroux.
– C’est le jour et la nuit. Allez, viens ! Qu’est-ce que tu risques ? Elle t’embauchera, Mademoiselle Guibert. Elle me l’a promis.
– Et j’habiterai où ?
– Avec moi. Au-dessus de l’atelier. Ces crises de fou rire qu’on va se prendre !

J’ai fini par me laisser tenter. Et je n’ai pas eu à le regretter. La couture n’avait pas de secrets pour moi et, à l’atelier, je me suis tout de suite sentie dans mon élément. Avec les quatre autres filles, je n’avais pas le moindre problème. Quant à Mademoiselle Guibert, elle se félicitait haut et fort de la qualité de mon travail.
– Et tu avances vite. En plus !

La chambre de Gisèle n’était pas très spacieuse, mais le lit, lui, si ! Et on disposait, juste à côté, d’une sorte de grand débarras dans lequel on pouvait entreposer nos affaires à notre gré. Tant et si bien qu’on ne se sentait pas vraiment à l’étroit.
On s’endormait tard. De plus en plus tard. On avait toujours une foule de choses à se raconter. Et puis il y avait les deux messieurs bien mis. Qui passaient presque tous les jours à l’atelier, sous un prétexte ou sous un autre, pour nous voir et nous parler. Qui voulaient absolument nous inviter à aller au spectacle avec eux. Ils nous faisaient trop rire.
– Ils ont au moins quarante ans, attends !
– Et qu’est-ce qu’ils sont laids ! En plus !

On était justement en train de se moquer d’eux, un soir, quand Mademoiselle Guibert a brusquement fait irruption dans la chambre.
– Non, mais vous savez l’heure qu’il est ? Ça va pas de faire un raffût pareil ! Alors maintenant vous vous couchez ! Et vous me laissez dormir.
Ce qui n’a absolument pas impressionné Gisèle. Elle a continué à rire et à parler fort comme si de rien n’était. Encore plus fort, même.
– Chut ! Elle va revenir…
– Et alors ? On s’en moque. On fait bien ce qu’on veut.
Ce qui a eu pour effet quasi immédiat de la faire réapparaître.
– Alors toi, ma petite, tu cherches… Eh bien, tu vas trouver !
Elle l’a attrapée par un bras, tirée dans le couloir.
– Oh, non, Mam’zelle, s’il vous plaît…
– T’étais prévenue. T’étais pas prévenue ?
– Si, mais…
– Eh bien alors !
Elle s’est assise sur le canapé d’angle, l’a courbée en travers de ses genoux, lui a tout relevé.
– Oh, Mam’zelle !
Et lui a mis une fessée. Cul nu.
J’étais stupéfaite. Et terrifiée. Est-ce qu’après ça allait être mon tour ? J’étais d’autant plus effrayée que ça avait l’air de faire très mal. Elle se contorsionnait dans tous les sens, Gisèle. Elle possait des tas de petits cris. « Hou… hou…hou… » Et ça les lui mettait rouges, les fesses, mais rouges !
– Là ! Et maintenant tu vas te coucher et tu la fermes. Quant à toi, Alice, tâche d’en prendre de la graine. Parce que si j’ai à me plaindre de toi, pour quoi que ce soit, tu subiras le même sort. C’est compris ?
C’étais compris, oui.
On a filé sans demander notre reste.

Dans le lit, Gisèle m’a attrapé la main.
– Elle sont brûlantes. Tiens, touche ! Mais si, touche !
Elle l’étaient.
– Comment elle a tapé fort ! Bien plus que les autres fois. Mais ça, c’est parce que t’étais là.
Elle s’est voluptueusement étirée.
– En attendant, comment ça fait du bien !
– Du bien !
– Enfin, non ! Du mal, oui ! Mais du mal qui fait tellement du bien… T’en as jamais eu, hein ?
– Jamais.
– Tu peux pas comprendre alors ! Mais tu verras ! Tu verras. Quand on en a eu reçu une, après, on peut plus jamais s’en passer.

samedi 16 juin 2018

Les fantasmes de Lucie (4)

Dessin de G.Topfer


Je repose mon livre. Je ferme les yeux. Et je laisse les images de ces temps d’alors, de ces temps d’avant, lentement m’envahir.
Il fait nuit. On frappe. À coups répétés. Insistants.
– Ouvrez !
On ne nous en laisse pas le temps. On enfonce la porte.
Quatre archers surgissent dans notre chambre à coucher.
– Messire, vous êtes en état d’arrestation.
Il y en a deux qui emmènent mon mari. Sans autre forme de procès.
Les deux autres se livrent à une fouille en règle de notre habitation. Ils ouvrent les coffres, retournent les matelas, arrachent, par endroits, les lattes du plancher. Finissent, en désespoir de cause, par renoncer.
– Suivez-nous, Dame Lucie…
J’ai eu le temps, tandis qu’ils procédaient à leur exploration, de revêtir une tenue décente. Je les suis. Au-dehors, le jour commence à poindre.

On est huit. Huit femmes rassemblées dans un petit local attenant au tribunal. Huit femmes qui se connaissent toutes. Huit femmes dont les maris ont tous été arrêtés dans la nuit. Qui s’inquiètent pour eux.
– Ils vont pas leur faire de cadeau, ça, c’est sûr !
Qui imaginent le pire. Sans oser vraiment le formuler.
De temps à autre, il y en a une qui fond en larmes.
Elle s’inquiètent aussi pour elles-mêmes.
– Et nous ? Ils vont nous faire quoi, à nous ?
Laissent également libre cours à leur colère.
– Qu’est-ce que nos bonshommes avaient besoin de nous entraîner dans des histoires pareilles aussi !

Les heures passent. On attend. On attend toujours. L’angoisse est palpable.
Il y en a une qui hurle.
– Qu’on en finisse ! Mais qu’on en finisse ! Une bonne fois pour toutes. J’en peux plus, moi !
L’énervement est à son comble.
– Ferme-la ! Mais ferme-la !
Surgit enfin, aux alentours de midi, un émissaire du prévôt accompagné d’archers. Il nous lit une interminable sentence truffée de termes juridiques, de références à d’innombrables décrets et de toutes sortes de considérations diverses. Il en vient enfin au fait.
– Attendu qu’il est patent que lesdites dames susnommées étaient au courant des activités coupables de leurs maris, qu’elles ont accueilli les réunions séditieuses sous leurs toits respectifs et qu’elles les ont couvertes en ne les dénonçant pas, nous, prêvot, les condamnons, en vertu des pouvoirs qui nous sont conférés, à recevoir nues, en place publique, trente coups de fouet chacune.
Il s’éclipse. Et claque l’ordre des archers.
– Déshabillez-vous !
S’ensuivent plusieurs minutes de totale confusion. Elles parlent toutes à la fois. Elles protestent. Elles supplient. Elles gémissent. Elles se tordent les mains. Elles s’arrachent les cheveux.
Je reste en retrait, silencieuse. Le fouet, je connais. Je me le donne de temps à autre en secret. Pour mon plus grand ravissement. En rêvant parfois qu’on me l’administre publiquement. Alors… alors c’est une véritable aubaine pour moi. Mais personne, absolument personne, ne doit savoir. Il faut que je parvienne à donner le change.
Les archers s’impatientent.
– Assez perdu de temps ! On se déshabille. Et on se dépêche.
Elles se jettent à leurs pieds. Elles leur entourent les genoux de leurs bras. Leur promettent de l’or. Autant d’or qu’ils voudront.
J’explose.
– Un peu de dignité, que diable ! De toute façon, on n’a pas le choix. Il faudra en passer par là. Alors autant faire contre mauvaise fortune bon cœur.
Et j’entreprends de me déshabiller. Tournées vers moi, elles me regardent faire, silencieuses. Marguerite, la femme du boulanger, s’y résout aussi. Et puis Catherine. Et puis Berthe. Et puis les autres. Toutes les autres. On est nues. Toutes nues. Toutes les huit.

Le capitaine des archers nous distribue des fouets. Chacune le sien.
– Vous devrez les garder à la main. Jusque là-bas. Où ils se lieront d’une étroite amitié avec vos gentils petits derrières.
Et des sortes de pagnes faits d’un tissu extrêmement léger.
– Mais ne rêvez pas ! Ils vous seront retirés au moment opportun.
Et il éclate d’un rire gras.
On nous pousse dehors. Dans la rue.
– Allez, en route !
Notre petite troupe s’ébranle cahin caha. L’air est doux. Les pagnes glissent. Il faut les retenir avec la main. Celle qui est libre. Qui ne tient pas le fouet. Des hommes, des femmes sont massés sur notre passage. Ils rient. Ils commentent. Ils se moquent. Ils nous insultent. On s’efforce, tant bien que mal, de ne pas croiser leurs regards. Mais c’est plus fort que moi : je relève parfois la tête.

La grand’place est noire de monde. Un long murmure de réprobation nous accueille. Et puis des cris. Des huées. On nous fait fendre la foule. Grimper sur une estrade. Il y a du monde partout. Devant. Derrière. À droite. À gauche.
– À genoux !
En ligne. Des gardes prennent place à nos côtés.
– Les fouets !
On les leur tend.
– Mains sur la tête !
Nos pagnes tombent. Il se fait un impressionnant silence. Tous les regards sont rivés à nous.
– Exécution !
Les fouets claquent, s’abattent. Tous en chœur. Je me cabre. Je gémis. Mes compagnes aussi. Les coups sont réguliers, méthodiques et de plus en plus appuyés. Elles crient. Elles hurlent. Moi aussi. À pleins poumons. On ne sait pas. On ne peut pas savoir si c’est de douleur. Ou de plaisir. Pour moi, c’est les deux.

Je rouvre les yeux. Je suis bien. Je reprends mes esprits. Et mon livre.

jeudi 14 juin 2018

Quinze ans après (10)

Andrea a voulu savoir. Aussitôt. À peine la porte franchie.
– Tu m’as pas dit. Tu lui as fait écouter à ton ami ?
– C’est tout récent. De cet après-midi ça date.
– Et alors ? Ça lui a plu ?
– Tu parles si ça lui a plu ! Six fois il a fallu que je lui fasse réécouter. « Qu’est-ce qu’elle chante bien ! » il arrêtait pas de répéter. « Non, mais qu’est-ce qu’elle chante bien ! Ah, tu devais y aller de bon cœur ! »
– Ah, pour ça ! Près d’une semaine il m’a brûlé, le joufflu.
– Plains-toi !
– Oh, non ! Non, je me plains pas. Au contraire. Il a rien dit d’autre ?
– Il m’a demandé s’il pourrait pas en avoir une copie. Histoire de t’entendre pousser la chansonnette tout à loisir.
– Oh, si il veut.
– Et il m’a posé des tas de questions sur toi. Ce que tu faisais comme boulot. Comment t’étais physiquement. Si t’en avais déjà reçu avant des fessées. D’où ça t’était venu, cette envie. Et quand je t’en donnais, c’était couchée sur mes genoux ? Ou bien debout, appuyée contre ma cuisse ? Autrement ? Toujours à la main ? Ou bien aussi au martinet ? Ou au paddle ? Ou à la badine ? Et comment tu réagissais ? Tu gigotais ? Tu battais des jambes ? Mais alors je te raconte pas quand je lui ai dit que tu montrais tout. Et plus que tout. Généreusement. Il m’a suppliée. Il pourrait pas voir ? Assister ? Au moins une fois. Juste une fois.
– Et t’as répondu quoi ?
– Que c’était pas à moi de décider. Mais que ça m’étonnerait que t’acceptes.
– Mais c’est qui, ce type, finalement ?
– Je t’ai dit. Un ami à moi.
– Vieux ?
– À peu près mon âge.
– Tu le connais d’où ?
– C’est l’ex d’une copine. Qui lui en a fait voir de toutes les couleurs. Quand elle l’a eu plaqué, on est restés en contact. Et puis voilà.
– Ça se passerait comment ?
– Comme tu voudrais… Il peut rester caché si tu préfères.
– Oh, non, non…
– Ou bien rester derrière toi et faire tout un tas de réflexions sur ce qu’il voit et ce qu’il entend.
– C’est pas que ça me déplairait, mais ça craint quand même…
– Une autre solution encore, ce serait qu’il se mette devant toi. Que tu puisses croiser son regard…
– Oh, la honte !
– T’aimerais pas ?
– Si ! Peut-être. Je sais pas. Ça dépend.
– De quoi ?
– De lui. De comment il est. De comment je le sens.
– Suffirait que tu le rencontres avant…
– Je voudrais pas me sentir obligée…
– Avec lui, il y a pas de risque ! C’est vraiment pas le genre de type à te forcer la main. Bon, alors, qu’est-ce que je fais ? Je nous organise une petite bouffe ?
– Si tu veux, oui. Mais pas chez toi. Au resto. Que je me sente pas coincée si le courant passe vraiment pas…

Coxan était ravi.
– T’es un amour. Un véritable amour. Ce sera quand ?
– Très bientôt. Et j’ai une idée en plus !
– Ah, oui ? Quoi ?
– Surprise ! Mais tu seras pas déçu, tu verras…

lundi 11 juin 2018

Au puits

Guillaume Seignac. By the Well

– Ah, vous êtes là ! Vous auriez vu ça, mes commères ! Non, mais vous auriez vu ça !
– Et quoi donc, mon bon Célestin ? Que tu m’en as l’air tout retourné.
– Non. Oui. C’est-à-dire que j’étais au lavoir…
– Et qu’est-ce tu pouvais bien fabriquer au lavoir ?
– Quand on a vu arriver tranquillement la Goton avec son panier de linge.
– Elle a osé ! C’est pas vrai qu’elle a osé !
– Eh, si ! Comme si de rien n’était. Elle s’est installée, agenouillée, et elle s’est mise derechef à battre furieusement ses frusques. Alors la Guillemette : « Vous voyez à quoi ça ressemble une femme de cocu ? » Et elle : C’est pas à toi que ça risque d’arriver. Ou bien alors faudrait t’enfouir la tête sous une botte de paille. » « Oui, mais moi, au moins, tout le pays me passe pas dessus. » Et les autres de renchérir. « Il peut pas y avoir un homme à l’horizon sans qu’elle se jette à sa tête. » « Et quand on dit la tête… » « Ah, ça, pour avoir le feu au cul, elle a le feu au cul ! » « On pourrait peut-être le lui refroidir ? » Et Guillemette l’a poussée dans le bac, d’une grande bourrade dans le dos. Elle s’y est étalée de tout son long. Et tout le monde a éclaté de rire à la voir suffoquer, cracher et essayer d’escalader le rebord pour en sortir. Sauf qu’avec ses vêtements trempés, elle y arrivait pas. Quatre fois, cinq fois elle est retombée dedans. Et à chaque fois, autour, ça rigolait. De plus en plus fort. Même que personne l’aide, elle a quand même réussi à force et, à peine dehors, toute dégoulinante, elle s’est mise à hurler qu’elle se vengerait, que leurs maris, elle les aurait. Tous. Les uns après les autres. Même ceux de celles qu’en avait pas encore. Et Guillemette : « Ah, ouais, tu crois ça ? » Les autres aussi : « Ben, essaie pour voir ! » « Je vais pas essayer, non, je vais réussir. » « On lui en fait passer l’envie ? » Et elles sont tombées à quatre ou cinq dessus comme des furies. « Une bonne fessée, ça va te remettre les idées en place, tu vas voir » Elles l’ont troussée. Elle, elle s’est mise à hurler comme cochon qu’on égorge. « Lâchez-moi ! Mais lâchez-moi enfin ! » Elles n’en avaient pas du tout l’intention. Au contraire. Elles l’ont complètement dépiautée. Toute nue. Comme au premier jour.
– Et toi, bien sûr, tu t’es copieusement rincé l’œil.
– Moi ? Oh, non, non. Je regardais un loriot qui chantait en haut d’un chêne.
– Tu nous en diras tant !
– N’empêche que des fesses comme ça ! Toutes blanches. Bien en chair. Elles peuvent que te donner envie. Surtout que son petit réduit d’amour…
– Oui, bon, ben ça va !
– Il bâillait tout grand, vu comment elle s’agitait tant et plus dans tous les sens. Tous les replis rosés on lui voyait, bien comme il faut, parce qu’elle en a pas beaucoup du poil et qu’il est tout fin.
– Oui, bon, ben ça va, on te dit !
– Pour finir, elle a eu beau gigoter tout ce qu’elle savait, elles ont quand même réussi à la tourner sur le ventre. Il y en a deux qui lui ont tenu les jambes, deux qui lui ont tenu les bras – qu’elle puisse plus bouger – et deux qui se sont mis à lui tambouriner le joufflu, une fesse chacune. « Et là, maintenant, tu vas encore courir après les hommes qui sont pas à toi ? » Elle a dit que oui. Que personne l’empêcherait. « Ah, tu le prends comme ça ! » Et elles ont attrapé deux battoirs à linge. Elles les lui ont abattus de toutes leurs forces sur le cul. Et alors là comment elle a braillé. Mais, par contre, après, elle a plus eu envie du tout de tourner autour des maris des autres. Elle a promis. Elle a juré. Tout ce qu’elles ont voulu. Alors elles l’ont laissée ! Et elle est partie. À toute allure. Sans se rhabiller. En serrant ses frusques trempées contre sa poitrine. Ce qui laissait voir ses fesses du coup. Elle les avait rouges, mais rouges !
– Tu parles qu’elle devait les avoir rouges !
– En tout cas, moi, je la plains pas. Elle l’a pas volée, cette fessée.
– Peut-être que ça lui servira de leçon !
– Oui, oh, alors là ! Elle, ça la tient ! Dans trois jours elle y aura remis le nez.
– Au risque de s’en reprendre une autre.
– Oh, oui ! Oh, oui !
– Bon, Célestin, faudrait pas que t’ailles t’occuper de tes bêtes, là ?