jeudi 6 décembre 2018

Les fessées de Blanche (5)


– Il est bien jeune…
Sur le ton de la simple constatation. Il n’y a pas de véritable réprobation dans sa voix.
Il est jeune, oui, et alors ? Elle n’a pas à se justifier. Elle ne se justifiera pas.
Ils chevauchent côte à côte en silence. Prennent à droite vers La Bastide de Peuch.
– Avec monsieur Pierre, Madame n’est pas heureuse. N’a jamais été heureuse.
Inutile de nier. Il la connaît depuis si longtemps. Et il vit à côté d’eux. À leur contact. Il y a une foule de choses qu’il sent. Ou dont il a pu se rendre évidemment compte.
Une nuée de perdreaux les survole.
– Ce mariage…
Que ses parents ont voulu. Parce que Pierre avait une bonne situation. Parce que leurs deux familles étaient liées depuis des temps immémoriaux.
– Ce mariage était une énorme sottise.
Jamais, auparavant, il ne se serait permis de donner ainsi son avis. Jamais il ne se serait octroyé une telle liberté. Seulement il y a… ce qui s’est passé ces jours derniers. La complicité qu’elle a été, par la force des choses, obligée de laisser s’instaurer entre eux. Il s’imagine qu’elle lui donne des droits dont il ne disposait pas auparavant.
– Vous n’avez, Monsieur Pierre et vous, strictement rien en commun. C’est le jour et la nuit.
Si elle n’y met au plus vite bon ordre, il va en prendre de plus en plus à son aise. Se permettre beaucoup. De plus en plus.
– Vous vous trompez, Sylvain ! Vous vous trompez complètement. Il y une foule de choses sur lesquelles, Pierre et moi, nous nous entendons à merveille.
Il insiste.
– Ah, oui ! Et lesquelles ?
Elle cherche désespérément. En toute hâte.
– Nous… Nous apprécions tous les deux la peinture. Et… Et la musique du XVIIIème siècle. Et puis…
– Et puis ?
Un lapin, sur le chemin, effraie Flamboyant. Qu’elle rassure de la voix et du geste.
– Là… Là… C’est tout…

Gontran veut encore la grange.
– C’est mieux, attends !
Et ils sont dans le foin. Et il la chatouille. Les côtes. Sous les bras. Sous les pieds.
– Arrête ! Arrête ! Je suis chatouilleuse.
– Ben, justement, raison de plus !
Il se déchaîne.
– Ah, t’es chatouilleuse ! Ah, t’es chatouilleuse !
Elle se tortille, tente, sans succès, de lui échapper.
– Pouce, Gontran ! Pouce !
Il l’immobilise, bras en croix, poignets fermement enserrés. Sa bouche s’approche de la sienne, s’y pose. Elle ferme les yeux. De sa langue, il lui entrouvre les lèvres. Sa queue est dure contre son ventre. Elle tend la main vers elle. Elle s’en empare.

Ils reposent l’un contre l’autre.
– On est bien, hein ?
Ils sont bien, oui.
Gontran se redresse sur un coude, fixe, devant lui, la paroi de planches mal jointes.
– Il y a quoi, derrière ?
– Une remise.
– Peut-être qu’il nous regarde !
– Sylvain ? Sûrement pas, non !
– Qu’est-ce t’en sais ?

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