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lundi 30 octobre 2017

Un couple parfait

Felix-Armand Heullant, In Gedanken, 1905

– Vous ne lisez plus, ma mie ?
– Si, si ! Je lis…
Elle tourne précipitamment une page.
– Non, vous ne lisez plus. Plus vraiment. Depuis un bon moment déjà. Quelque chose vous préoccupe donc ?
– Non. Rien. Je vous assure…
Une autre.
– Ne serait-ce point la pensée de ce jeune homme qui vous a si aimablement invitée à danser, au bal, l’autre soir ?
– Lui ? Non point.
– Un autre alors ?
Elle repousse son livre.
– C’est-à-dire que…
– Vous songez à sortir. Vous y prenez décidément goût.
– Y verriez-vous quelque inconvénient ?
– Vous savez bien que non. Absolument aucun. Vous êtes jeune. Je ne le suis plus. Alors allez ! Allez retrouver qui vous voudrez. Je n’y mets qu’une seule condition, et vous la connaissez, c’est qu’en contrepartie, au retour, vous m'offriez vos fesses à claquer.
– M’y suis-je jamais refusée ?
– Jamais, en effet.
Elle reprend son livre, soupire, le repose. Le reprend encore.
– Cette contrepartie…
– Eh bien ?
– Ne serait-il pas possible que…
– Que ?
Elle hésite. Elle bredouille.
– Que ce soit dès maintenant. À présent.
– À présent ? Mais…
Elle se lève.
– Ne me posez pas de questions, je vous en conjure. Ne me demandez rien.
– Il n’est pas besoin de questions. Il se trouve très vraisemblablement que la dernière fois que vous vous êtes rencontrés, vous et lui, quelques vestiges du traitement que vous aviez précédemment subi subsistaient encore, qu’il les a aperçus, que cela l’a ravi et mis, à votre égard, dans de bien meilleures dispositions encore qu’à l’ordinaire.
– Taisez-vous ! Je vous en supplie, taisez-vous !
– Dispositions dont vous avez su tirer le meilleur parti. Tant et si bien que vous vous êtes juré – à moins que vous ne le lui ayez juré à lui – de lui offrir dorénavant la vision d’un derrière beaucoup plus coloré. Festonné de fessées toutes neuves. Est-ce bien cela ?
Elle ne répond pas. Elle baisse la tête.
– Est-ce bien cela ?
Elle croise brièvement son regard.
– Oui.
– Eh bien, Madame, dès lors ne tergiversons pas. Troussez-vous !
Elle se retourne. Elle s’agenouille. Elle se penche. Elle met son fessier à nu.
Un fessier qu’il flatte longuement de la main.
– De quels jolis dégradés de rouges et de grenats nous l’allons décorer. Ce sera un tableau absolument charmant.
Un fessier dont il prend résolument possession.
– Vous êtes prête ?
Elle fait signe que oui. Oui.
– Ce sera beaucoup plus long que d’habitude. Et beaucoup plus cuisant. Nous allons faire du très bel ouvrage aujourd’hui. Il ne sera pas déçu. Et, par conséquent, vous ne le serez pas non plus. Quant à moi…
Il lance une première claque. Vigoureuse. À pleines fesses.
– Je vais me régaler.

jeudi 26 octobre 2017

Mémoires d'une fesseuse (8)

Je m’étais engagée un peu à la légère. Parce que claquer le derrière de Marie-Clémence devant une rangée de spectateurs subjugués, bien sûr, oui, que l’idée me séduisait. Et que, de son côté, elle la fascinait aussi. Même si c’était, à l’évidence, de façon très ambiguë. Seulement, les trouver où, ces spectateurs ? J’en étais à ma toute première expérience. J’étais entrée comme par effraction dans l’univers de la fessée. C’était un milieu qui m’était totalement étranger. Et je n’y connaissais absolument personne.

Je suis allée fureter sur Internet, du coup, et j’y ai découvert qu’en réalité la fessée passionnait beaucoup de monde. Forums, fils de discussion, blogs, petites annonces… Fessées données. Fessées reçues. Fessées fantasmées. Il y en avait vraiment pour tous les goûts. Je me suis inscrite. Ici ou là. J’ai d’abord prudemment observé. J’ai ensuite participé à quelques échanges sans jamais dévoiler vraiment mes batteries. De temps à autre je recevais des messages en privé. Le plus souvent des hommes. Dont la plupart n’aspiraient qu’à me flanquer de retentissantes fessées. Ce n’était pas ce que je recherchais. Quant aux autres, leurs intentions étaient on ne peut plus claires : la fessée n’était pour eux qu’un prétexte. Ils espéraient m’attirer dans leur lit. Tant et si bien que j’ai fini par ignorer superbement tout ce qui était message d’origine masculine.

Et puis, un jour, il y a eu Hélène avec qui, rapidement, le courant est très bien passé. Qui n’aurait vu absolument aucun inconvénient à me regarder travailler le fessier de Marie-Clémence. Même si ce n’était pas ce à quoi elle aspirait principalement. Ah ! Et elle aspirait à quoi, elle, alors au juste ? À s’en prendre de sévères. Mais, de tout ça, elle préférait, et de loin, qu’on parle de vive voix. En vis à vis.
Et on s’est donné rendez-vous, un soir, dans un café. C’était une femme d’une quarantaine d’années, brune, les yeux bleus, l’air décidé. Qui est venue droit sur moi.
– T’as l’air surprise…
– Oui. Non. C’est-à-dire que je t’imaginais pas comme ça.
– Moi, si !
Elle a voulu qu’on entre tout de suite dans le vif du sujet.
– Bon, alors je t’explique, puisque tu veux savoir. J’adore ça m’en ramasser. Mais pas n’importe comment. Pas à n’importe quel prix. Il faut qu’un certain nombre de conditions soient impérativement réunies. Et je suis difficile. Très difficile. Si difficile qu’il y a près de quatre mois que ça m’est pas arrivé.
Et c’était quoi, ces conditions ?
Elle a souri.
– Tu serais intéressée ?
Peut-être. Je savais pas. Fallait voir.
– D’abord, la nana doit être plus jeune que moi.
– Ce qui est mon cas.
– C’est clair. J’ai le double de ton âge. À quelque chose près. C’est humiliant. J’aime. Ensuite, il faut que ce soit une débutante. Qu’elle hésite. Qu’elle tâtonne. Ce qui a quelque chose de profondément attendrissant.
– Je le suis plus, débutante.
– Bien sûr que si ! C’est pas parce que t’as donné, en tout et pour tout, une seule et unique fessée dans ta vie… T’as encore plein de choses à apprendre, tu verras.
J’en avais bien conscience.
– Mais surtout, il faut qu’elle dégage quelque chose. De fort. De puissant. De rapace. D’irrésistible. Et ça, tu l’as. Tu l’as même à un point…
– Je m’en rends pas compte.
– Ça n’en a que plus de charme…
On a gardé un long moment le silence, toutes les deux. Un silence qu’elle a fini par rompre.
– Alors ? Tu décides quoi ?
– C’est oui.
Elle s’est levée d’un bond.
– Bon, ben on y va alors, allez !
– Tout de suite ? Là ? Maintenant ?
– Maintenant, oui. Depuis le temps que j’attends…

lundi 23 octobre 2017

Partie carrée

James Tissot. La partie carrée, 1870

C’est souvent qu’on en parlait de nos hommes toutes les deux. De ce qu’ils disaient. De ce qu’ils faisaient. De comment ils se comportaient avec nous.
Pulchérie, elle, c’était tous les jours qu’elle y attrapait. Au moins. Quand c’était pas deux fois par jour. Voire trois.
– Sans arrêt, il en est, mon Maximilien, de la comédie. Il pense qu’à ça. N’importe où ça l’attrape. N’importe quand. Et comme moi, de mon côté, faut pas m’en promettre…
J’étais pas en reste. Avec mon Timothée aussi, c’était un sacré feu d’artifice.
– Et il a de ces idées en plus ! On se demande où il va chercher tout ça…
On se racontait nos ébats avec eux. De plus en plus souvent. Avec de plus en plus de détails. Ce qui n’assouvissait pas vraiment notre curiosité. Ce qui l’attisait au contraire. La portait à incandescence.

Pulchérie haussait les épaules.
– On cause… On cause… Mais ça permet pas de se rendre vraiment compte, tous ces discours. Ce qu’il faudrait, c’est pouvoir jeter un coup d’œil sur le matériel, tiens ! Qu’on sache à quoi s’en tenir. Qu’on se représente bien avec quoi ils opèrent, en fait, quand on en parle.
– Tu veux dire…
– Que ce serait bien que toi, tu voies comment mon Maximilien il est fait et que moi, je voie comment ton Timothée il est fait, oui. Ça te choque ?
Ça me choquait pas, non. Pas du tout. Et même… je trouvais l’idée séduisante. Seulement on allait procéder comment ?
C’était bien là le hic. On échafaudait toutes sortes de plans, on envisageait toutes sortes de solutions, toutes plus farfelues les unes que les autres. Aucune ne nous satisfaisait vraiment.
– C’est cousu de fil blanc.
– Ils vont nous rire au nez.
Non, on trouvait décidément pas.

Pulchérie n’avait pas pour autant l’intention de s’avouer vaincue.
– Il y aurait encore mieux, mais tu voudras jamais.
– Dis toujours…
– Ce serait de se les prêter. Une fois. Juste une fois. En présence l’une de l’autre, évidemment. Pas question de se faire quoi que ce soit derrière le dos. On saurait de quoi il retourne au juste comme ça. D’expérience. On pourrait en parler, après, en toute connaissance de cause.
C’était une idée qui, je dois bien le reconnaître, m’avait déjà, à plusieurs reprises, effleuré l’esprit. Qui, à force de l’entendre, elle, vanter tant et plus les performances de son Maximilien, revenait m’habiter de plus en plus souvent. Et la perspective de me pâmer dans ses bras m’enchantait positivement. Quant à Timothée, j’étais curieuse de savoir s’il se montrerait aussi passionné et imaginatif avec une autre qu’il l’était avec moi. Alors oui. Oui. Pourquoi pas ?

Et on a préparé un pique-nique. Qu’on a voulu au bord de l’eau.
– Ce sera plus romantique.
Avec du vin. Beaucoup de vin.
– Histoire de mettre tout le monde en forme.
– Et si ?
– Si quoi ?
– S’ils n’entrent pas dans le jeu…
– T’as déjà vu ça, toi, un homme se défiler quand on lui offre une occasion pareille sur un plateau ? Tu rêves, ma chérie.

On n’a effectivement pas eu besoin de forcer beaucoup notre talent . On a ri. On a feint d’être un peu pompettes. On a soutenu leurs regards. Il y a eu des sourires. Du désir dans leurs yeux. Pulchérie s’est délibérément appuyée contre Timothée. J’ai laissé ma tête dodeliner sur l’épaule de Maximilien. Leurs mains sont parties en reconnaissance, se sont faufilées dans nos corsages, en ont extirpé nos seins sur lesquels leurs visages se sont penchés, leurs bouches se sont égarées. Ils ont poussé plus loin leurs avantages, se sont glissés sous nos jupons, emparés de nos cuisses, de nos fesses, de nos réduits d’amour. Maximilien m’a fait languir. A indéfiniment prolongé. J’ai perdu la tête. Je me suis offerte. Ouverte. Et j’ai proclamé furieusement mon plaisir dans ses bras. Pulchérie aussi, en arrière-fond, en écho, dans ceux de Timothée.

Maximilien s’est redressé et tourné vers lui.
– Faut que je te dise quelque chose. D’important. Qui va pas te faire plaisir.
– Quoi donc ?
– C’est pas facile.
– Je peux tout entendre.
– Ta femme te trompe.
– Elle ? Alors là, ça m’étonnerait. C’est vraiment pas son genre…
– Et pourtant…
– Tu es sûr ?
– Certain.
– La garce ! Non, mais quelle garce ! Oh, mais ça va pas se passer comme ça… Je vais y mettre bon ordre… Remarque, je voudrais pas dire, mais la tienne, de son côté…
– Aussi ?
– Ben oui…
– Ah, on n’a vraiment pas de chance, tous les deux.
– En attendant, faut sévir. Faut absolument sévir.
– Oui, une bonne fessée, ça s’impose.
– Et ça tombe bien ! Elles ont déjà le derrière à l’air.

On s’est un peu défendues.
– Pas ici ! Pas ici ! Il peut passer du monde.
Pas beaucoup. Pas vraiment.
Et ils ont tapé. Maximilien sur les fesses de Pulchérie et Timothée sur les miennes. Pas très fort au début. Juste de petites claques en surface. Ils y ont pris goût. On y a pris goût. Ça s’est emballé. De plus en plus vite. De plus en plus fort. Ça a rebondi. Ça a mordu. Ça a brûlé.
Ça s’est arrêté.
– Bon, ben va falloir assurer maintenant, les garçons, hein ! Parce que ça nous a remis en appétit, ce truc.
– Ah, oui, alors ! Et pas qu’un peu !
Et on a été à nouveau dans leurs bras.


jeudi 19 octobre 2017

Mémoires d'une fesseuse (7)

Désormais elle se levait le matin. Tous les matins. Dès la première sonnerie. Sans qu’il me soit jamais besoin d’intervenir.
– Tu vois quand tu veux…
Et ce n’était pas tout. Elle prenait grand soin de tenir l’appartement en ordre, de veiller à ce que le frigo soit plein. D’une manière générale, elle faisait en sorte de ne pas me causer le moindre déplaisir. De quelque nature qu’il soit.
Par ailleurs, ses résultats universitaires s’étaient, quant à eux, améliorés de façon spectaculaire.
– Comme quoi une fessée, si elle est administrée à bon escient, peut se révéler particulièrement efficace. Et irradier dans toutes sortes de domaines.
Je ne manquais pas une occasion de lui faire remarquer qu’elle avait impérativement besoin de ça.
– De quelqu’un qui t’ait bien en mains. Qui t’impose sa loi. Et ce, dans ton intérêt.
J’enfonçais le clou.
– Il y a eu Vanessa. Peut-être d’autres avant. Sûrement même. Et maintenant, tu m’as, moi. T’as sacrément de la chance, avoue !
Elle l’admettait sans sourciller.
– C’est vrai ! Je te remercierai jamais assez.

Qu’elle ait changé aussi radicalement de comportement, sur tous les plans, ne faisait pas vraiment mon affaire. Maintenant, en effet, que j’avais goûté au plaisir subtil de donner des fessées, je n’avais plus qu’une idée en tête : recommencer. Ça m’obsédait. J’aurais bien évidemment pu chercher la petite bête, inventer des prétextes quelconques, faire preuve de la mauvaise foi la plus éhontée pour arriver à mes fins et lui tambouriner le derrière. Mais non. Non. C’était de vraies raisons qu’il me fallait. Que ce soit une VRAIE punition. Mon plaisir, j’en avais parfaitement conscience, était à ce prix. J’attendais donc mon heure. Qui ne venait pas. Elle demeurait désespérément irréprochable.

J’ai abordé le sujet avec elle, un soir que nous étions en veine de confidences toutes les deux.
– C’est une véritable métamorphose, toi, dis donc !
– Ben, oui ! J’ai intérêt. Je sais ce qui m’attend sinon.
– Ça te fait si peur que ça ?
– C’est surtout que ça fait mal.
– Et honte.
– Encore plus, oui.
– Tu m’as dit un jour que t’aimais ça, pourtant, avoir honte.
– Oui. Enfin, non. C’est pas vraiment que j’aime avoir honte, c’est que j’aime sentir que j’ai honte. Avoir honte d’avoir honte, en fait, dans un sens.
Elle a soupiré.
C’est encore bien plus compliqué que ça, mais je sais pas expliquer.
– Essaie quand même !
– Ou peut-être que c’est pas vraiment clair dans ma tête.
Elle a marqué un long temps d’arrêt.
– Une fessée, ça me fait honte, mais ce qui me fait encore plus honte, c’est de tout faire pour ne pas l’avoir. D’être prête à tout accepter pour ça.
– À dépendre entièrement de la volonté de quelqu’un d’autre en somme. De son désir. Ou de ce que tu supposes être son désir. Ce que, depuis des semaines maintenant, tu fais avec moi.
– Oui.
– Pour ta plus grande honte. Et ton plus grand plaisir.
Elle n’a pas répondu. Elle a, très vite, croisé mon regard. Baissé aussitôt les yeux.
Je me suis levée. Je suis passée derrière elle. J’ai posé mes mains sur ses épaules.
– Peut-être bien que ça mériterait une bonne leçon, ça…
Elle a imperceptiblement frissonné.
– Donnée, de préférence, devant du monde. Ce n’en serait que plus efficace.
– Oh, non ! Qui ?
– Tu verras bien qui. Et quand. Il y a rien qui presse. On a tout notre temps. Allez, va vite te coucher maintenant. T’as une dure journée demain.

À côté, dans sa chambre, elle a eu un plaisir comme jamais. Et encore dans la nuit.

lundi 16 octobre 2017

Attente…

Tanoux Afternoon coffee

C’est le moment qu’elle préfère. L’avant. Quand elle sait que ça viendra. Inéluctablement. Que le temps, jusque là, s’étire tout à loisir.

On passe tranquillement sur la route, devant le portail. Il y a des cris d’enfants au loin. Des oiseaux s’interpellent dans les arbres. Les cloches de l’église scandent les heures. Félicien, son homme à tout faire, scie du bois, pour l’hiver, derrière la grange. Elle l’entend. Des bouffées d’air tiède lui apportent, de temps à autre, l’odeur entêtante de la sciure.

Tout à l’heure, elle ira voir. Où ça en est. Où il en est. Elle fera la moue.
– Vous n’avez pas beaucoup avancé, Félicien…
Il relèvera la tête, offusqué.
– Mais, Madame…
Elle ne le laissera pas terminer.
– Votre travail laisse de plus en plus à désirer, Félicien. Vous devriez songer à vous reprendre. Dans votre intérêt.
Il ne protestera pas. Au contraire…
– Certainement, Madame…

À sept heures, tandis qu’il dînera, à l’office, en compagnie de Sidonie, la cuisinière, et de Blanche, la femme de chambre, elle viendra en rajouter une couche. Devant elles.
– Vous avez arrosé, Félicien ?
– Oui, Madame…
– On ne dirait pas. Le jardin crève de soif. Quant aux chevaux, il y a huit jours que vous ne les avez pas brossés. Au moins. Ils sont dans un état pitoyable.
– Je vous assure, Madame…
– Taisez-vous ! Et veuillez noter, une bonne fois pour toutes, que je n’ai pas l’intention de vous payer à ne rien faire.
Il promettra, tout penaud, de prendre désormais, son travail à cœur.

À dix heures, ce soir, ou peut-être onze, voire à minuit, on frappera à la porte, en bas, d’un poing résolu. On laissera passer quatre ou cinq secondes et on recommencera. Avec plus de détermination encore.
– Oui, voilà. Voilà. Qu’est-ce que c’est ? Qu’est-ce qui se passe ? Qui est-ce ?
– Félicien…
Elle déverrouillera la porte, retirera la chaîne.
– Vous ! Ici ! À cette heure-ci ! Mais qu’est-ce que vous voulez ?
– Comme si tu le savais pas !
Il la repoussera, à petits coups, du plat de la main, sur les épaules, jusqu’à ce qu’elle s’affale sur le fauteuil devant la cheminée. Elle voudra se relever. Il l’en empêchera. Fermement.
– Ah, on fait moins la fière, hein !
– Écoutez, Félicien…
– Non. C’est toi qui vas m’écouter. Parce que j’en ai plus qu’assez, figure-toi, de tes réflexions permanentes. Des accusations de paresse et d’incompétence que tu ne cesses de porter contre moi. Et devant témoins. Sans arrêt tu me rabaisses. Sans arrêt tu m’humilies. Pourquoi ?
– Je ne sais pas. Je…
– Tu sais pas. Eh bien moi, je sais pourquoi je vais te rendre la pareille. Pourquoi je vais, à mon tour, t’humilier. Pour que tu voies ce que ça fait. Pour t’ôter à tout jamais l’envie de recommencer. Déshabille-toi !
– Hein ?
– T’as parfaitement compris. Je t’ai dit de te déshabiller.
Elle le fera. Parce que son ton ne souffre pas la moindre réplique. Parce qu’elle ignore ce qu’un refus de sa part aurait au juste comme conséquences et que cela l’effraie. Elle se lèvera et elle le fera. Elle retirera sa robe. Elle la passera par-dessus la tête, elle prendra tout son temps pour la plier, la déposer soigneusement sur le fauteuil et ôter le reste. Elle sera nue devant lui. Qui se sera assis dans l’autre fauteuil. Qui la contemplera longuement – ostensiblement – avant de lui faire signe d’approcher.
– Viens là !
Elle obéira.
– Plus près !
Tout près.
Il la saisira par les poignets, la fera basculer par-dessus les accoudoirs. La première claque la surprendra. Une claque sèche, à pleine croupe, qui la fera sursauter. D’autres suivront aussitôt. En rafale. En pluie. En grêle. Brûlantes. Elle gémira de douleur et de honte. Une honte crue. Insoutenable. Ça durera. Longtemps. Son derrière ne sera plus qu’un gigantesque brasier. Ça s’arrêtera enfin.
– Magnifiques couleurs. Joli travail. Je suis content de moi. Très.
Il glissera un doigt dans le sillon entre les fesses. Il le parcourra. De haut en bas. De bas en haut. Il recommencera. Plus bas. Encore plus bas. Il s’arrêtera à l’entrée de son petit trou de derrière. Il en prendra résolument possession. Il l’investira. Il s’y installera.
– Si tu recommences, c’est là que je viendrai.
Et il y fera longuement tournoyer son doigt.

Cela la trouble. Beaucoup. Bien sûr qu’elle recommencera. Cela va de soi. Ce qu’il faudrait aussi, c’est qu’un jour il la punisse devant Blanche et Sidonie. Qu’elle en soit profondément mortifiée. Elle y pensera. Sérieusement. Très sérieusement.
Elle soupire. Mais ce qu’il faudrait surtout, c’est que ça ait lieu pour de bon, tout ça. Qu’il finisse par la punir pour de vrai. Que, ce soir, il vienne frapper vraiment à la porte. Seulement…

Elle se lève. Elle va lentement là-bas. Derrière la grange. Il lui tourne le dos. Il ne l’entend pas arriver. Elle le regarde faire. Un long moment. Et puis…
– Vous n’avez pas beaucoup avancé, Félicien…

jeudi 12 octobre 2017

Mémoires d'une fesseuse (6)

Je me suis précipitée chez Philibert.
– À cette heure-ci ? Mais qu’est-ce qui se passe ?
– Rien. Enfin, si ! Je viens de lui en flanquer une à Marie-Clémence. Et une sacrée !
– Oui, oh, ben, c’est pas la première qu’elle se prend.
– Non, mais moi, c’est la première que je donne.
– Et alors ?
– C’est trop fou ce que tu ressens. Jamais j’aurais cru. C’est mille fois mieux que n’importe quoi. De la folie ! Non, mais pourquoi j’ai pas connu ça plus tôt, moi ?
– Tout vient à son heure.
– Un moment que ça me démangeait de lui faire, mais j’arrivais pas à me décider. Il y avait quelque chose qui me retenait, je sais pas quoi. Mais là, ce matin, elle a vraiment franchi les bornes. Elle a cherché ? Elle a trouvé. Et je peux te dire que c’est pas fini.

Elle est rentrée tard. Beaucoup plus tard que d’habitude.
– Où t’étais passée ? Qu’est-ce tu fabriquais ?
– J’ai traîné. Et j’ai pas vu passer l’heure.
– Bon, mais à part ça, t’as rien à me dire ?
– Si ! Excuse-moi pour ce matin. Je suis désolée.
– Ah, tu peux ! Parce que moi, je me décarcasse pour toi. Je fais tout ce que je peux pour t’aider. Tu crois que ça m’amuse de perdre mon temps à venir vingt fois dans ta chambre, chaque matin, te secouer. Franchement, j’ai mieux à faire.
– Je sais, oui.
– Et tout le remerciement que j’en ai, c’est de me faire traiter de pauvre conne. Avoue quand même que c’est fort de café.
– J’ai abusé.
– C’est le moins qu’on puisse dire. Alors reconnais qu’elle était amplement méritée cette fessée, non ?
– Si !
Du bout des lèvres. Et en baissant les yeux.
– Regarde-moi ! Et remercie-moi ! C’est la moindre des choses, non ?
Elle a relevé la tête.
– Merci.
– De quoi ?
– De me l’avoir donnée.
Et on a repris notre petit train train habituel. Comme si de rien n’était.

J’ai attendu qu’elle soit couchée et j’ai fait irruption dans sa chambre. Je me suis assise au bord de son lit.
– Je voulais te dire… Je viendrai plus te réveiller maintenant le matin.
Elle m’a jeté un regard surpris.
– Hein ? mais pourquoi ?
– Parce que… C’est pas te rendre service. Il est grand temps que tu te prennes toi-même en charge, non, tu crois pas ?
– Je vais m’oublier. Il y a des jours où je m’oublierai. Forcément.
– Et tu le paieras cash.
J’ai tranquillement ramené draps et couvertures au pied du lit. Je n’ai pas eu besoin de le lui demander : c’est d’elle-même qu’elle s’est retournée. Mise sur le ventre. J’ai tiré sur la culotte de pyjama et j’ai longuement contemplé mon œuvre. Qui avait gagné en profondeur. Dont les couleurs s’étaient épanouies. On n’a rien dit. Ni l’une ni l’autre. J’ai remis le pyjama en place et je suis retournée dans ma chambre.
Elle a presque aussitôt passionnément psalmodié son plaisir. En longs sanglots satisfaits.
À mon tour, j’ai fait venir le mien.

lundi 9 octobre 2017

Petit matin

Henri Gervex "Rolla" 1878, Musée des Beaux-Arts de Bordeaux

Il a tiré les rideaux, ouvert la fenêtre. La douce lumière de septembre a inondé la chambre.
Elle s’est brusquement redressée.
– Ah, c’est toi !
– C’est moi, oui ! Mais c’est quoi, tout ce bazar ? Il s’est passé quoi, ici ?
– Ici ? Je t’ai fait cocu, mon chéri. J’en ai profité que t’étais pas là. T’es content ?
– Non, mais tu te fous de moi, là !
– Ah, mais non ! Non. Pas du tout. Et dans notre lit en plus, je l’ai fait. Le lit conjugal. C’était bien plus excitant.
– Tu peux pas être sérieuse deux minutes ? Et m’expliquer ?
– Mais je suis sérieuse. Très sérieuse. J’ai ramené un mec, cette nuit. Je voulais qu’il reste à t’attendre ce matin, mais il a préféré partir.
– Non, mais alors là, c’est la meilleure !
– J’en avais trop envie, attends ! Non, et puis ce qu’il y a surtout, c’est que c’est plus ce que c’était, maintenant, quand tu me donnes la fessée. Tu fais ça du bout des doigts. Tu t’investis plus. On dirait presque que tu t’ennuies.
– Hein ? Mais pas du tout !
– Je suis frustrée, moi, du coup. Et, pour être franche, j’y trouve plus mon compte. Je t’ai tiré la sonnette d’alarme, pourtant. Plusieurs fois. T’en as pas tenu le moindre compte.
– Mais si ! Seulement…
– Alors je me suis dit qu’il fallait que je te donne une bonne vraie raison de m’en coller une, qu’avec un peu de chance ça te remettrait les paluches en batterie.
– Et c’est qui, ce type ? On peut savoir ?
– Un type.
– Mais encore ?
– Qu’est-ce que tu veux que j’en sache ? Un type. Je lui ai pas demandé ses papiers. Il m’a plu. Et puis voilà !
– Tu l’as rencontré où ?
– En boîte. C’est encore le meilleur endroit pour ça. Tu danses, tu te tortilles tant et plus et, cinq minutes après, t’as vingt mecs au garde à vous dans leur pantalon qui ne rêvent que d’un truc, c’est de venir se vider les couilles en toi. T’as plus qu’à faire ton choix.
– Oui, alors si je comprends bien, il suffit que j’ai le dos tourné pour qu’aussitôt…
– Oh, mais c’est pas systématique non plus, hein !
– Systématique ou pas, je vais t’en faire passer l’envie, moi, tu vas voir !
– J’espère bien !
– Pousse-toi ! Laisse-moi une petite place !
Il lui a soulevé les jambes, s’est glissé sous elle, assis, son derrière posé sur ses genoux.
– C’était bon, n’empêche ! Comment c’était bon ! Je regrette pas. Ah, non, alors !
– Tourne-toi ! Mets-toi sur le ventre !
Elle l’a fait. Tout en continuant à parler.
– Ah, ils ont pas dû beaucoup dormir, à côté, les pauvres !
Il lui a négligemment posé une main sur les fesses.
– Surtout que… plusieurs fois on a remis ça. Quatre. Cinq. Je sais plus au juste. J’avais bien un peu perdu la tête. Faut dire qu’il savait y faire, le salaud, et que ça a sacrément de la sève à cet âge-là…
– Quel âge ?
– Vingt. Tout rond. Depuis samedi.
– Alors ce sera vingt claques !
Et la première s’est abattue, à toute volée, lui arrachant un petit cri de surprise.
– Ah, il assurait un max, ça, on peut pas dire. Et pas seulement. Tout tendre il était, tout câlin. Et ça, moi, c’est un truc…
Deux. Trois. À pleines fesses.
– Aïe ! Hou, la vache ! Ça promet.
Quatre. Cinq. Elle a gémi.
– Ah, t’en voulais… Eh, ben tu vas en avoir !
Six. Sept. De plus en plus fort. Retentissantes.
– J’m’en fous ! J’en ai bien profité. Non, mais comment elle était bonne, sa queue !
Huit.
– C’est pas souvent qu’on en trouve d’aussi efficaces.
Une neuvième. Qui lui a arraché un cri.
– Hou… Celle-là ! Et d’aussi agréables à reluquer. Je suis pas fan, ça, en général. Mais là, elle en valait vraiment la peine. J’ai fait des photos du coup. Je te les montrerai, si tu veux.
Dix. Onze.
Un autre cri. Plus profond. Plus rauque.
– Tu l’as sucé, j’parie !
– Ah, ben oui, ça, évidemment ! Qu’est-ce tu crois !
Douze.
– Et elle avait sacrément bon goût…
Treize.
– T’as avalé ?
– Tout.
Quatorze. Quinze. Seize.
– Oh, la vache ! Oh, la vache ! Oh, celles-là ! T’as retrouvé la main, dis donc, mon cochon !
– Il t’a pris le cul ?
– Non.
– Menteuse !
Dix-sept. Dix-huit.
– Non, mais ce n’est que partie remise, si tu veux. J’ai son 06. Je l’appellerai.
Dix-neuf.
– Je te retrouve. Enfin, je te retrouve ! Non, mais comment c’est bon !
Vingt.
– Et voilà !
– Il doit être rouge, non ?
– Écarlate. Qu’est-ce tu fais, là ?
– Ben, je me lève. Je vais voir ce que ça donne dans la glace.
– Non, non, tu restes là. C’était que les hors-d’œuvres. La vraie fessée, c’est maintenant qu’elle va commencer.
– Chouette ! Comme quoi, j’ai bien fait, hein, finalement !

jeudi 5 octobre 2017

Mémoires d'une fesseuse (5)

Les jours passaient, les semaines passaient et cette Vanessa ne se manifestait toujours pas.
– Va falloir que je me substitue à elle, si ça continue.
Elle ne répondait pas. Elle ne répondait jamais. Elle s’enfuyait.
Je saisissais la moindre occasion d’en rajouter une couche.
– Non, mais t’as vu dans quel état t’as mis l’appart ? Ah, c’est pas avec Vanessa que tu te serais permis une chose pareille.
Et, le soir, quand je rentrais, elle avait tout remis en ordre.
Il lui arrivait aussi de se relever, la nuit, pour manger.
– C’est pas ce que tu fais de mieux, mais c’est toi que ça regarde. Par contre, que tu vides quasiment le frigo, tu crois vraiment que Vanessa aurait accepté ça ?
Et elle refaisait le plein dans la journée.

Elle se couchait de plus en plus tard. Parfois jusqu’à des quatre ou cinq heures du matin.
– Pour faire quoi, si c’est pas indiscret ?
– Mais rien en plus ! C’est ça, le pire. Je tourne. Je vire. Un petit tour sur Facebook. Un autre sur les sites de jeux. Un autre au hasard. De ci, de là. J’arrive pas à me mettre au lit.
Et, évidemment, le lendemain matin, quand il s’agissait de se lever, c’était la croix et la bannière. Mission quasi impossible. Tant et si bien qu’elle séchait de plus en plus souvent les cours. Et de plus en plus de cours.
– Tu déconnes, là. Tu déconnes vraiment.
Elle haussait les épaules.
– Je me rattraperai.
Mais, en novembre, elle a pris peur.
– J’ai eu mes résultats de partiels. C’est un de ces désastres.
– Tu l’as bien un peu cherché aussi, non ?
– Ils vont pas apprécier mes parents, là-haut. Déjà que je redouble. Qu’est-ce que je vais pas entendre !
– Et puis même ! Sans parler de ça. Si c’est pour que tu te retrouves sans rien à la sortie ! Pas le moindre diplôme. À part le bac, mais le bac…
Elle a pris tout un tas de bonnes résolutions. Qu’elle a tenues. Huit jours. Et tout a recommencé comme avant. Exactement comme avant.
– J’y arriverai jamais.
– Mais si !
– Faut que tu me réveilles le matin. Que tu me secoues.
– C’est déjà ce que je fais.
– Oui, mais insiste ! Insiste ! Tant que je suis pas levée, que j’ai pas déboulé dans la salle de bains, tu me lâches pas. Tu me promets, hein !
Ce n’était pas une mince affaire.
– Bon, allez, Marie-Clémence, debout.
– Juste deux minutes.
Qui en devenaient cinq, puis dix. Parfois vingt. Ou davantage encore.
– Tu te lèves, Marie-Clémence ? J’y vais, moi ! Je vais être en retard sinon…
Elle s’y résolvait enfin. Avec force soupirs à fendre l’âme.

Et puis il y a eu ce matin-là. Quatre fois déjà, j’étais venue la secouer. À la cinquième…
– Marie-Clémence !
– Tu me fais chier, pauvre conne ! Laisse-moi dormir.
Furieuse, j’ai rabattu draps et couvertures jusqu’au pied du lit. Elle dormait à poil. Sur le ventre. Ça tombait on ne peut mieux.
– Tu vas voir ce qu’elle va te faire, la pauvre conne !
J’ai calé mon genou au creux de ses reins. Et j’ai tapé. À pleines fesses. À plein régime.
– Ah, tu le prends comme ça ! Ah, tu le prends comme ça !
Mes doigts rebondissaient sur ses fesses, y laissaient leur empreinte, en incrustations rosées qui s’ancraient en profondeur, qui se faisaient peu à peu vermeil rutilant.
Elle, la tête enfouie dans l’oreiller, elle mélopait interminablement, en sourdine.
– Houououououououou…
– Là ! C’est tout pour aujourd’hui ! Et maintenant tu te lèves et tu vas te préparer.
Ce qu’elle a fait aussitôt sans demander son reste.


lundi 2 octobre 2017

Brûlante passion

Antoine Wiertz La liseuse de romans

– Qu’est-ce que tu vas faire aujourd’hui, ma chérie ?
– Holà ! Je risque pas de m’ennuyer. J’ai du travail par-dessus la tête.
– Je vais te manquer un peu ?
– Beaucoup, oui, tu veux dire…
Il approche ses lèvres. Elle tend les siennes.
– À ce soir !
Son pas dans l’escalier. La porte du bas. Elle est seule. Elle attend un peu. Il lui arrive parfois d’avoir oublié quelque chose. Mais non. Non. Cette fois, elle est vraiment seule.

Elle monte. La chambre, sous les combles, est restée en l’état. Telle que l’a laissée, quand il s’est brusquement enfui, abandonnant tout derrière lui, l’étudiant qu’ils ont hébergé. Elle plonge, avec volupté, ses mains dans la malle. Dans les livres. Des dizaines de livres. Elle ferme les yeux. Elle en prend un. Au hasard. Elle sait que, de toute façon, elle ne sera pas déçue. Elle se déhabille, s’allonge sur le lit, s’installe le plus commodément possible.

Deux aristocrates. La tante et sa nièce de vingt ans. Louise et Apolline. Elles fuient la Révolution. Quantité de malheurs, tous plus éprouvants les uns que les autres, se sont successivement abattus sur elles. Mais elles ont enfin réussi, après de multiples péripéties, à embarquer pour l’Amérique. Accoudées au bastingage, elles voguent, heureuses, vers la liberté et une vie meilleure quand soudain, à l’horizon, un bateau de pirates… Elles se précipitent dans leur cabine. Serrées l’une contre l’autre, épouvantées, elles entendent le capitaine hurler des ordres. On court sur le pont. On s’interpelle. L’affolement est général. Des coups de feu finissent par retentir. Et un grand choc les précipite au sol. Le navire a été éperonné.
À nouveau des cris. Des cavalcades. Des pas qui approchent. Dans l’embrasure de la porte apparaît une figure hilare et repoussante.
– Eh, mais c’est qu’il y a encore du butin, là ! Allez, amenez-vous par ici, vous deux !
On les pousse sans ménagement. On les tire. Malgré leurs protestations, on les fait remonter sur le pont. On les force à passer entre deux rangs de pirates aux mines patibulaires qui les dévisagent avec curiosité. Qui les déshabillent du regard. Qui commentent. Qui s’esclaffent.
– Silence !
Le chef a parlé. On se tait. On fait cercle autour d’elles. Il s’approche. Tout près. À les toucher.
– Vous avez de l’or, hein !
Non. Elles n’ont pas d’or, non. Elles n’ont rien. Rien du tout.
Il éclate de rire.
– Mais bien sûr ! Bon, mais on va voir ça. Défrusquez-vous !
Qu’elles se… ? Ah, mais non ! Non ! Il n’en est pas question.
– Et vous vous dépêchez ! Sinon, on le fait nous-mêmes. Et on vous jette aussi sec par dessus bord après. Il faut bien que les poissons mangent…
Elles n’ont pas le choix. Elles s’y résolvent. Toute honte bue. Il y va de leur vie. Et, la mort dans l’âme, elles retirent leurs vêtements. Un à un. Tous les regards sont fixés sur elles. Se repaissent effrontément du spectacle qu’elles offrent. On les encourage de la voix et du geste. On se donne, de satisfaction, de grandes bourrades dans le dos. Elles s’arrêtent d’un coup. Au dernier moment. Au moment d’être nues. Elles ne peuvent pas. Elles ne peuvent plus. Pas plus.

Elle aussi, elle s’arrête. De lire. Trop d’images. Elle ferme les yeux. D’images qui l’investissent. Qui l’habitent. Qui prolifèrent. Elle les laisse se répandre en elle, y voguer à leur guise, se les pianote en bas quelques instants, du bout des doigts. Et elle retourne là-bas. Avec elles. Avec eux.
Le chef est furieux.
– Maintenant, ça suffit ! Vous nous avez assez amusés comme ça.
Il fait signe à deux de ses hommes.
– Foutez-les à poil. Et balancez-les à la mer !
– Non ! Oh, non !
Elles ne leur laissent pas le temps d’arriver jusqu’à elles. Elles se débarrassent, en toute hâte, du peu de vêtements qui leur restent. Elles sont nues. Toutes nues. Devant eux. Devant tous ces hommes dont les regards lubriques les fouillent, les explorent, les engloutissent.
Du bout de l’index sous le menton, il oblige la tante à relever la tête.
– Vous l’avez caché où ?
– Je vous l’ai dit. Il y a pas d’or. Il y a rien. On n’a rien.
Il se tourne vers la nièce.
– Mais il y a un petit trésor, là.
Il avance une main, veut lui saisir un sein. De l’autre, il lui caresse les lèvres. D’un geste qu’il voudrait sensuel. Les mâchoires de la fille se referment sur le bout de ses doigts. Et elle serre. De toutes ses forces.
Stupéfait, il hurle.
– Elle m’a mordu. Cette petite saloperie m’a mordu.
Il colle son visage contre le sien. Il éructe.
– Tu vas me payer ça. Vous allez me payer ça. Toutes les deux.
Il est furieux. Il donne des ordres. Qui sont tout aussitôt exécutés. On les attache au mât. En vis-à-vis. Par les poignets. On amène des fouets. Que deux pirates font claquer en l’air.
– Vous allez chanter ! Je peux vous dire que vous allez chanter… Allez, exécution, vous autres !
Les fouets s’abattent. Sur leurs dos. Sur leurs fesses. Sur leurs cuisses. Y déposent de longues boursouflures blanchâtres.

Elle repose le livre. Son souffle est court. Son cœur bat à tout rompre. Et elle chevauche son oreiller. Qui s’emballe. Qui l’emporte. Qui la dépose, épuisée, mais ravie, sur des berges enchantées.

Elle referme le livre. Elle le repose dans la malle avec les autres. Sur le dessus. Demain, la suite. Elle reviendra demain.

Dans leur lit, il a envie. Il s’approche d’elle, se presse contre elle, cale sa queue gonflée contre ses fesses.
– S’il te plaît, mon chéri, s’il te plaît, sois gentil, pas ce soir ! J’en peux plus. J’ai eu une journée éreintante.