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lundi 27 juin 2016

La clef USB (15)

Le 8 rouge. Le 6 vert. À peine Laurent parti, le matin, je les faisais venir. Ils combattaient pour moi. Avec acharnement. Avec fureur. Je m’offrais au vainqueur. L’un. Ou l’autre. Ça dépendait. Je jouissais dans ses bras. Éperdument. Parfois, dans la journée, j’allais les retrouver. Et puis encore le soir. Avant que Laurent rentre… J’étais complètement accro…

J’allais quand même pas faire ça ! Non. Non. Je pouvais pas faire ça. C’était la dernière des choses à… J’ai tenu une semaine et puis, un beau matin…
– Allô… Antoine ? C’est moi, Christina…
– Qu’est-ce qui se passe ? Qu’est-ce qui t’arrive ?
– Rien, mais tu sais la vidéo que tu as faite, l’autre jour, sur ton portable ?
– Oui. Eh bien ?
– Je pourrais pas l’avoir ?
Son rire.
– J’en étais sûr ! Ça, j’en étais sûr. Ah, ça a dû y aller depuis dimanche, hein ! Bon, mais je te l’expédie. Dans cinq minutes, elle est dans ta boîte mail.

Je l’ai tout aussitôt lancée…
Gros plan sur mes fesses. Je suis absorbée dans la contemplation de quelque chose par la fenêtre. Quelque chose qu’on ne voit pas. Tout au plus perçoit-on des cris par moments. Des applaudissements. Je regarde, fascinée. Ma main s’engouffre dans mon pantalon, s’y active. On voit mon coude bouger. De plus en plus vite. Mon souffle s’accélère. Et je jouis. À grandes plaintes éperdues. C’est tout. C’est fini.

– Alors pas trop déçue ?
– Non. Enfin, si ! Un peu !
– Ben, oui ! Forcément. On les voit pas, eux. Bon, mais ça peut s’arranger… Il y a à nouveau match dimanche prochain…
– Les mêmes ?
– Les rouges, oui… Ils sont chez eux… Mais pas les autres…

Une petite caméra… Qu’il a fièrement arborée…
– Je peux faire à peu près tout ce que je veux avec ça… Et notamment des gros plans hyper précis. Suffit que tu me dises…
– Que je te dise ?
– Qui je dois cibler…
J’ai hésité. C’était mon secret, ça ! Mais, d’un autre côté, si je voulais pouvoir l’avoir longuement à ma disposition. Et de très très près…
– Le 8…
– Excellent choix ! Je m’en occupe !
C’étaient des blancs en face. Dont un 4 colossal qui s’élançait, tête baissée, à la rencontre de mon 8 à moi. Mais il ne cédait pas. Il l’arrêtait. Il le jetait à terre. Plus rien d’autre ne comptait pour moi. Que lui. Qu’eux.
Antoine a chuchoté à mon oreille.
– Imagine s’il te voyait ! Imagine qu’il te voie !
J’ai dégrafé ma jupe. Descendu ma culotte. Pour lui je l’ai fait. Mon huit. Il me voyait, oui. Il me regardait. Il me regardait le regarder. Il bandait pour moi. Il venait vers moi. Il m’ouvrait les bras. Je me jetais contre lui. Contre sa poitrine. Son désir palpitait contre mon ventre. Qu’il fasse de moi ce qu’il voulait. Tout ce qu’il voulait. Il l’a fait. Il m’a prise. Devant tous les joueurs. Qui s’étaient immobilisés sur le terrain. Qui s’étaient tournés vers nous… On a joui. Ensemble. Tous les deux.
– Eh ben, dis donc ! Non, mais quel spectacle tu viens de m’offrir là ! Sans la moindre pudeur. Sans la même retenue. Ah, non ! Ça mérite une bonne fessée, ça ! Oh, mais tu l’auras ! Tu l’auras, le moment venu…
Je n’ai pas répondu. Je n’ai pas remonté ma culotte non plus. J’ai continué à les regarder courir, alanguie… Derrière moi, il a continué à filmer.

On est restés jusqu’à la fin. Jusqu’à ce qu’ils quittent le terrain.
– Tu sais où ils vont, là, maintenant ?
– Ben, oui… Oui… Ils rentrent aux vestiaires.
– Quoi faire ?
– Se doucher, j’imagine !
– Se doucher, oui ! T’aimerais voir ça, hein !
– C’est pas possible n’importe comment !
– Ah, si, ça l’est, si !
– Comment ça ?
– T’aimerais ?
Le moyen de prétendre le contraire maintenant… Évidemment que j’aimerais…
– Alors on ira… Je t’y emmènerai…
J’ai frissonné…
– Quand ?
– Tu verras bien…

lundi 20 juin 2016

La clef USB (14)

Il m’a ouvert la portière, fait monter, s’est installé au volant.
– Où tu m’emmènes ?
– Là où tu vas pouvoir te rincer l’œil tout ton saoul. Parce que, si j’en juge par la dernière vidéo qu’on a regardée ensemble, c’est une activité que tu prises tout particulièrement.
– Écoute, Antoine…
– Oui ?
– Non. Rien.
– Comme tu voudras. Ah, oui, à propos, Laurent m’a dit qu’il t’avait parlé pour la Bretagne et que, contrairement à ce qu’il craignait, tu n’avais pas soulevé d’objections particulières. Mais ça, j’en étais sûr.
– Avec l’épée de Damoclès que tu me maintiens en permanence suspendue au-dessus de la tête, j’avais pas vraiment le choix..
– À qui la faute ?
– Tu vas jouer longtemps au chat et à la souris comme ça avec moi ? C’est quoi le but ? De m’avoir à ta merci, pieds et poings liés ? Ça te fait jouir ?
– Pas du tout, non. C’est d’arriver à la connaissance la plus intime et la plus complète de toi possible. Parce que tu n’en as pas forcément conscience, mais tu es quelqu’un d’absolument fascinant. Quelqu’un que je rêve de découvrir, peu à peu, jusque dans ses replis les plus secrets. Je veux avoir accès à toi. J’y parviens en partie par l’intermédiaire de ces vidéos secrètes que je regarde en ta compagnie, oui, bien sûr, mais c’est loin d’être suffisant. Non, ce qu’il faut aussi, c’est te mettre dans toutes sortes de situations qui t’obligent à te découvrir, qui te fassent remonter, de très loin, à la surface…
– Lesquelles ?
– Tu verras bien… Au fur et à mesure… Descends, en attendant. On est arrivés.

Une ruelle étroite… Un immeuble délabré…
– Monte !
Une petite pièce dont il avait la clef. Une petite pièce avec vue sur un terrain de rugby…
– Tu seras aux premières loges, là… J’ai même pensé à pousser le canapé sous la fenêtre… Tu diras que je suis pas aux petits soins pour toi après ça ! Mais installe-toi ! Fais comme chez toi ! Ils vont pas tarder…
Des joueurs. En rouge. En vert. Des joueurs qui se sont rués à la poursuite d’un ballon. Qui se jetaient les uns sur les autres. Qui se relevaient couverts de boue.
– Ils te plaisent pas ?
Si ! Je ne le lui ai pas dit, je ne lui ai pas répondu, mais évidemment qu’ils me plaisaient. J’aurais été difficile. Le 8 rouge. Un colosse, tout en muscles. Une force de la nature. Et le 6 vert. Si fougueux. Si déterminé. Qui se lançait dans de grandes chevauchées éperdues. Ils s’affrontaient tous les deux. Roulaient à terre. Se relevaient. Recommençaient. C’était pour moi qu’ils combattaient. Avec tant de hargne. Tant d’énergie. Pour m’avoir, moi ! J’étais l’enjeu. Un enjeu pour la possession duquel ils étaient prêts à aller jusqu’à l’extrême limite de leurs forces. Jusqu’à l’épuisement le plus total… Pour moi !
J’ai été tentée de… Non. Ne pas faire ce plaisir à Antoine. Ne pas lui offrir ce spectacle. Ne pas lui donner raison.
Le 8 est resté à terre. On s’est empressé autour de lui. Il s’est relevé. Il a jeté un coup d’œil dans ma direction et il est retourné au combat.
Je l’ai suivi des yeux. Lui. Que lui. Et j’ai pas pu m’empêcher… J’ai glissé une main dans ma culotte. J’étais trempée. Je me suis emparée de mon bouton. J’ai haleté. C’est venu. Vite. Très vite. Ça m’a emportée. Débordée. J’ai clamé mon plaisir. À pleins poumons.
Antoine a rangé son portable…
– Et voilà ! Un petit joyau de plus pour notre collection…

lundi 13 juin 2016

La clef USB (13)

Antoine a tendu la main, paume ouverte.
– Donne !
J’ai donné. Il l’a jetée dans un tiroir.
– Là ! Une pièce de plus pour notre petit trésor de guerre. Ça s’est bien passé au moins ?
– Oui.
– T’as pas l’air convaincue. Fais voir !
J’ai soupiré, mais je me suis exécutée. À quoi bon protester ? De toute façon…
Il a à peine jeté un coup d’œil à mon derrière, s’est penché sur son ordi. J’en ai profité pour entreprendre de me reculotter.
– Qu’est-ce tu fais ? Non, non… Reste comme ça, les fesses à l’air… T’es très bien comme ça… Bon, mais on fait quoi aujourd’hui ? T’as envie de quoi ?
Je savais pas, moi. Je…
– Une petite vidéo de derrière les fagots ? Oui, hein ! On a vu la quatre… La cinq… La sept… La logique voudrait qu’on fasse un petit tour du côté de la six maintenant, non ? Allez, la six ! J’adore ce moment-là quand on sait pas sur quoi on va tomber… Que tout est possible… Ah, ça y est ! Qu’est-ce tu fais, là, à genoux sur le canapé ? Qu’est-ce tu regardes par la fenêtre ? Ah, elle bouge ta main dans le pantalon. Et ça y va, dis donc ! Qu’est-ce qu’il y a de si intéressant dehors ? Un couple en train de baiser ? Non. On entend des engins. Il doit y avoir des travaux. Oui, c’est ça. À tous les coups. C’est ça, hein ? Tu regardes les ouvriers s’activer. T’en as tout un cheptel. Et t’imagines… Quoi, au juste ? Qu’ils te baisent ? Tous ? Les uns après les autres ? Une orgie d’orgasmes ils t’offrent. Et t’en redemandes… À moins que tu aies sélectionné. Oui. Plutôt ça. Tu les as fait défiler nus devant toi… Tu les as longuement examinés. Leurs fesses. Que tu as tâtées. Malaxées. Leurs queues dressées. Que tu as prises en mains. Dont tu as vérifié l’épaisseur. Éprouvé la consistance. Et tu as fait ton choix. Celui-là ! Entretien d’embauche réussi. Il va avoir l’insigne honneur de te faire jouir. Ah, ça vient ! Quand tu commences à haleter comme ça, c’est tout près. Qu’est-ce que je disais ! Holà ! L’orgasme de luxe ! Et qui n’en finit pas ! Génial ! Non ? Tu trouves pas? Ça te fait quoi de t’entendre comme ça ? Tu mouilles, je suis sûr ! Tu mouilles tant que tu peux. Non ?
Je n’avais qu’une peur, c’est qu’il veuille aller vérifier. Il ne l’a pas fait. À mon grand soulagement. Par contre, cinq fois de suite il a voulu se repasser la séquence. Nous la repasser. Six fois. Sept fois.
– On ne s’en lasse pas ! D’ailleurs tu sais ce qu’on va faire ? On va se la rejouer cette scène. Pas ici. Pas maintenant. Mais on va se la rejouer. Je m’occupe dans la semaine de nous trouver un site approprié. Bon, mais c’est pas tout ça ! Les vacances approchent à grands pas. Vous allez faire quoi avec Laurent ?
– On n’a pas encore décidé.
– Et si on partait tous les trois ?
– Hein ? Mais…
– Ce serait génial, non ?
– Écoute, Antoine…
– J’écoute rien du tout… Je connais un camping en Bretagne où on serait comme des coqs en pâte. Tennis, piscine, golf. Il y a tout ce qu’il faut. On s’éclaterait, Laurent et moi. Et toi, de ton côté, tu serais royale. T’aurais les coudées franches. Tu pourrais aller passer tes après-midis sur la plage à faire provision d’images de beaux mecs. Que tu ramènerais sous la tente. Dont tu pourrais faire ton miel tout à loisir. Je m’occuperais de Laurent, moi, pendant ce temps-là. Mais si, allez ! Demain je dois le voir Laurent. Je lui en parle. Toi, t’auras juste à appuyer derrière. C’est ton intérêt n’importe comment. Et sur tous les plans.

lundi 6 juin 2016

La clef USB (12)

Il m’a jeté un regard ahuri.
– Hein ? Une fessée ! Mais qu’est-ce que c’est encore que cette salade ?
– T’es incroyable, Damien ! T’es vraiment incroyable ! Ça fait dix fois que je t’en parle. Dix fois que je te dis qu’il a nos vidéos Antoine. Qu’il me menace de les montrer à Laurent. Seulement toi, ça te passe à dix mille au-dessus de la tête. Tu m’écoutes pas… Tu me crois pas…
– C’est pas que je te crois pas, c’est que je crois pas qu’il le fera.
– On voit que tu le connais pas…
– Arrête d’entrer dans son jeu, d’en passer par tout ce qu’il veut et tu verras que…
– Oui, ben alors ça, c’est un risque que j’ai vraiment pas l’intention de courir… Non, mais t’imagines si Laurent apprend une chose pareille ?
– Comme tu voudras… C’est toi qui vois après tout… Bon, mais alors du coup je suis censé faire quoi, moi, maintenant, dans cette histoire ?
– Je te l’ai dit… Me donner une fessée…
– C’est vraiment du grand n’importe quoi…
– Pour commencer… Parce qu’après…
– Après ?
– Tu verras bien… Allez ! T’es prêt ? Attends ! Que je démarre l’enregistrement…
– En plus !
– Ben oui ! Si je lui apporte pas des preuves… Que c’est bien toi… Que je me le suis pas fait faire par quelqu’un d’autre… Ou toute seule…
– En somme, c’est lui qui va gérer notre vie amoureuse maintenant, quoi !
Je me suis allongée en travers de ses genoux.
– Mais non ! C’est exceptionnel… Allez ! Vas-y !
Il m’a lancé quelques claques… De mauvaise grâce… Sans réelle conviction… S’est arrêté…
– Là ! T’es contente ?
– Mais c’est pas vraiment une fessée, ça, Damien, enfin ! Tu m’as à peine effleurée… Il y a pas la moindre marque, je suis sûre ! Non… Faut que tu tapes vraiment. Pas que tu fasses semblant.
– Ah, tu veux que je tape ? Eh ben, je vais taper ! Tu vas pas être déçue du voyage.
Et effectivement ! À toute volée. À grands coups réguliers, rapprochés. Une interminable grêle de claques qui m’ont fait battre des jambes, crier, me cramponner, de toutes mes forces, au montant du lit.
– Ça suffit, Damien ! Arrête ! C’est bon !
– Faudrait savoir ce que tu veux !
– Mais oui, mais…
Il m’a gardée contre lui… Plaquée contre son ventre… Sa queue durcie contre ma hanche…
– Mais ?
– Non, rien, Damien, rien…
Il m’a passé la main entre les jambes…
– Mais c’est que…
Je me suis ouverte plus au large. Il a introduit un doigt… Un autre… S’est fait plus précis… De plus en plus précis… Il allait avoir droit à un petit bonus Antoine… Oui, oh, au point où j’en étais ! Un peu plus un peu moins… Et je me suis abandonnée… Il a joui vite… On a joui vite… On est restés rivés l’un à l’autre… Quelques instants… Et puis il s’est relevé… Il a voulu se rhabiller…
– Attends, Damien, attends ! C’est pas fini…
Je l’ai fait revenir… Asseoir… Me suis penchée sur lui, les fesses en l’air, tournées vers…
– Je…
– Mais si, ça va revenir, tu vas voir ! En faisant ce qu’il faut pour…
Et je lui agacé la peau des couilles entre mes dents… Suis remontée tout au long de sa queue… C’est revenu…

lundi 30 mai 2016

La clef USB (11)

– Tu nous as fait faux bond samedi soir…
– J’étais crevée, Antoine !
– Quand même ! Quand même ! T’aurais pu faire un effort. Pour une fois que j’étais là. Tu m’as apporté une vidéo au moins cette fois ? T’as pas oublié ? Ah, ben tu vois quand tu veux ! Donne ! Il y a quoi dessus ?
J’ai vaguement bredouillé quelque chose.
– On verra ça plus tard n’importe comment. Un autre jour.
Je me suis sentie profondément soulagée et, en même temps, terriblement déçue.
Il m’a tendu une petite panière en osier dans laquelle se trouvaient neuf billets pliés en quatre.
– Choisis-en un !
– Fais voir ! Sept. Eh bien en route pour la vidéo sept alors !
Il l’a lancée. J’ai fermé les yeux. Je la connaissais trop bien celle-là.
Il m’a rappelée à l’ordre.
– Ah, non ! Non ! C’est pas de jeu. Faut que tu regardes en même temps que moi. Ça vaut pas sinon.
Damien. Damien nu sur le lit.
– Ah, ben on peut voir bien en détail comment il est fait, lui, aujourd’hui. Beaucoup mieux que sur la vidéo de l’autre fois. C’est qu’il est sacrément bien outillé, dis donc ! Je comprends que t’aies craqué. Mais t’es où, toi, du coup ? Ah, te voilà ! Enfin ! Bien décidée à te pencher sur la question, on dirait. De très très près. C’est ça, prends les choses en mains. Oh, mais c’est qu’on sent tout de suite la nana d’expérience : tu me manipules ça avec une dextérité ! Il apprécie, dis donc, et pas qu’un peu ! Joli le petit coup de langue, là ! Et on remet ça. Je sais pas pourquoi, mais je sens que tu vas te l’enfourner dans la bouche. Tiens ! Qu’est-ce que je disais ? Il a bon goût ? Tu aimes ? Ça m’en a tout l’air. Vu comment tu t’acharnes dessus. C’est ça, mets-toi à genoux : tu seras plus à l’aise. Et puis cet aperçu que tu nous offres, le cul en l’air comme ça ! Ah, on n’ignore plus rien de tes petits secrets. Eh, mais c’est que tu grognes ! Ah, mais si, si ! Tu grognes. En sourdine. Écoute ! T’entends ? Même que c’est en train de s’emballer. T’avales, là, je suis sûr que t’es en train d’avaler. Non ? Eh bien, réponds ! Non ?
– Si !
– Allez, un dernier petit bisou dessus. Et on remballe. Jusqu’à la prochaine fois. Ah, il en a de la chance ce monsieur. Je suis sûr que Laurent…
– Laurent n’a rien à voir là-dedans.
– Ah, ben si ! Si ! Parce que je suis sûr qu’un tel traitement de faveur Laurent doit pas y avoir souvent droit. S’il y a jamais eu droit d’ailleurs… Faudra que je lui pose la question.
– Tu vas pas faire ça ?
– Ben, pourquoi ? Je pourrais. On est très libres ensemble tous les deux. On se raconte plein de choses.
– Écoute, Antoine…
– Te fatigue pas ! J’ai pas l’intention de parler de ça avec lui. Du moins dans l’immédiat. Par contre, tu sais ce qui serait bien ? C’est que tu remettes le couvert avec ce monsieur, mais le derrière rougi, cette fois, d’une fessée toute neuve. Tu t’en occupes ? Tu nous amènes ça pour la prochaine fois ?
– Oui, mais…
– Mais quoi ?
– Il va s’apercevoir.
– Il va faire plus que s’apercevoir. Parce que c’est lui qui va te la donner.
– Hein ? Mais…
– Tu lui expliqueras. Que c’est pour la bonne cause. Il sera ravi, tu verras. Et toi, ça te mettra en appétit.

lundi 23 mai 2016

La clef USB (10)

On était là, à table, tous les trois. On parlait de choses et d’autres. De tout et de rien. Et dire que le matin même il m’avait flanqué une fessée Antoine ! Cul nu ! Je ne pouvais pas m’empêcher d’y penser. Je ne pouvais penser qu’à ça. Je le regardais. Je regardais ses mains. Des images m’assaillaient. Que je ne faisais même pas mine de repousser. Elles me troublaient. Je les accueillais. Je les laissais s’installer. Elles m’étaient à la fois insupportables et douces. Et lui ? Est-ce qu’il y pensait aussi ? Évidemment qu’il y pensait ! Il avait beau paraître se passionner pour la conversation de Laurent, éclater de rire à chacun de ses bons mots, n’empêche qu’il y pensait. J’en aurais donné ma main à couper.

J’en ai eu la preuve quand, juste avant que j’apporte le dessert, le téléphone de Laurent a sonné.
– Qu’est-ce qu’ils me veulent encore ? Même un samedi soir tu peux pas avoir la paix. Faut que le boulot te rattrape. Allô ! Oui ? Évidemment que c’est moi ! Qu’est-ce qui se passe ?
Il s’est éloigné dans le couloir, a refermé derrière lui la porte de son bureau.
Antoine a sauté sur l’occasion.
– Elles ont dû changer les couleurs depuis ce matin, non ? S’approfondir. Se diversifier.
– Un peu…
– Tu fais voir ?
– Non, mais ça va pas, Antoine ! Tu te rends compte ? Et si jamais il revient ?
– On l’entendra arriver.
– C’est pas une raison.
– Allez, Christina ! Dépêche-toi ! Ça devient fatigant à force. Tu sais bien que…
J’ai soupiré. Baissé un peu mon pantalon. C’est lui qui a fini de me le descendre, en même temps que la culotte, jusqu’à mi-cuisses.
– Ah, oui, dis donc ! Je suis pas mécontent de moi sur ce coup-là. Un véritable travail d’artiste. Je suis doué. Et pas qu’un peu. Non ? Tu trouves pas ?
– Bon, allez ! Ça suffit !
J’ai voulu me reculotter.
– Attends ! Attends ! Il y a pas le feu. Qu’on en profite !
Et il a épousé les contours de sa fessée. Du bout des doigts. Avec des retours. Des remords. Il a appuyé ici. Pincé là. Enfoncé ailleurs.
– On recommencera. Et sans tarder. J’ai vraiment beaucoup aimé. Non ? Pas toi ?
– Le v’là, Antoine ! V’là Laurent !
Et je me suis enfuie dans la cuisine en m’efforçant de remonter, aussi vite que possible, tant bien que mal, culotte et pantalon.

Quand je suis revenue, avec mes îles flottantes, ils s’étaient lancés dans une conversation passionnée sur les mérites comparés de Nadal et de Federer. De Tsonga et de Gasquet. Puis il a été interminablement question de breaks, d’aces, de revers, de smashs.
– Bon, les garçons, vous m’excuserez… C’est pas que je m’ennuie, mais je tombe de sommeil.
J’ai regagné la chambre. J’en ai laissé la porte ouverte. Leurs voix me parvenaient, longue mélopée ininterrompue, me berçaient. J’ai un peu somnolé. J’étais bien. Des images se sont approchées. Celles du matin. Chez Antoine, puis ici, dans la salle de bains. Je me suis laissée vaguement errer, avec le pouce, sur mes seins. Dont les pointes se sont dressées. Je me suis pianotée tout au long de ma fêlure. J’ai effleuré mon bouton, m’en suis éloignée, y suis revenue. Toujours ces images qui se sont faites plus précises, plus présentes. La douche. La pomme de la douche. Le jet sur moi. Et, brusquement, j’ai voulu me voir. Il fallait que je me voie. Impérativement. Ma tablette. J’ai lancé la vidéo et je me suis regardée. Entrer dans mon plaisir. Le faire venir. Doucement le psalmodier. Et je me suis accompagnée. Voluptueusement. Il y avait toujours leurs voix en bas. Qui se relayaient. Qui s’entremêlaient. J’ai étouffé ma jouissance dans l’oreiller.

lundi 16 mai 2016

La clef USB (9)

Une fessée ! Comme à une gamine de huit ans ! Une fessée ! Il l’avait fait. Il me l’avait vraiment donnée, ce salaud ! Quel salaud ! Oh, mais il allait me payer ça ! Et cher. Je savais pas encore comment, mais j’allais trouver. Alors là, sûr que j’allais trouver !
En attendant, dans la voiture, en rentrant, je me suis mentalement vengée. Copieusement. J’ai commencé par lui expédier un escadron de fesseurs à gages qui se sont relayés pour lui mettre le derrière dans un état, mais dans un état ! Il avait beau crier, supplier, ils ne voulaient rien entendre. Ah, j’en avais pour mon argent ! Et puis je l’ai obligé à se déculotter devant une centaine de filles qui riaient, qui commentaient, qui applaudissaient à tout rompre au spectacle de son postérieur violacé, qui hurlaient chaque fois qu’il voulait remonter son pantalon « Non ! Encore ! Encore ! », qui l’en empêchaient. J’ai imaginé des situations en pagaille. Je lui ai fait flanquer fessée sur fessée. Ça m’a fait un bien fou.

Laurent n’était pas à la maison. Je me suis mise aux fourneaux. En décidant que j’allais penser à autre chose. Qu’il fallait que je pense à autre chose. C’était impossible. Sans arrêt ça revenait. Par bouffées. Et la honte me submergeait. Comment j’avais crié ! Ce qu’il n’avait pas manqué de me faire remarquer : « Quelle jolie voix, Christina ! Surtout quand elle grimpe, comme ça, dans les aigus. » Et quel spectacle je lui avais offert ! Malgré tous mes efforts, je n’avais pas pu m’empêcher de battre des jambes et de gigoter. « Allons, Christina, allons ! Je sais bien que ce n’est pas la pudeur qui t’étouffe, mais tout de même un peu de décence ! »

Et puis ça a tout doucement émergé. Progressivement. Un sentiment différent. Qui a mis du temps à s’installer. Que j’ai mis plus de temps encore à accepter. Comme une sorte d’apaisement. De soulagement. Dont je n’ai tout d’abord pas compris la cause. Ça a flotté, tardé à se mettre en place. Antoine… Laurent… Que je trompais. Que je ne pouvais pas m’empêcher de tromper. C’était plus fort que moi. Laurent que je culpabilisais de tromper. La fessée… Ma honte… Encore Antoine. Encore Laurent. Tout ça s’est mélangé. Et puis, d’un seul coup, ça a été évident. Ce n’était pas pour avoir douté de la discrétion d’Antoine que j’avais été en réalité punie. C’était pour avoir trompé Laurent. C’était pour continuer à le tromper. J’avais payé. Je payais. Ça m’ôtait un poids énorme de la poitrine. Ça me remettait, au moins en partie, en ordre avec moi-même. Et j’ai éprouvé à l’égard d’Antoine un brusque élan de reconnaissance.

Une sorte de bien-être. De sérénité que je n’avais pas ressentie depuis fort longtemps. Et l’irrépressible envie d’être heureuse avec moi-même. La salle de bains. J’ai installé ma caméra. Je l’ai mise en route. Il voulait une nouvelle vidéo Antoine ? Il l’aurait : je lui devais bien ça. Je me suis assise. Au même endroit. Dans la même position. Le contact du carrelage avec mes fesses endolories m’a arraché un petit cri. La pomme de la douche. Le jet. Fort. Le plus fort possible. Sur mon clito. C’est venu vite. Très vite. Profond. Intense. J’ai regardé la caméra. Tout le temps que j’ai joui. J’ai repris tout doucement mes esprits. Et j’ai recommencé. Plus calme cette fois. Plus tranquille. Du bout des doigts que j’ai fait courir encore et encore tout au long de mon fendu, que j’y ai introduits, que j’y ai lentement fait aller et venir.
Deux petits coups légers à la porte.
– Christina ? Tu es là ?
J’étais là, oui !
– Antoine vient d’arriver.
– Je descends. J’en ai pour deux minutes.
Et je me suis voluptueusement finie.

lundi 9 mai 2016

La clef USB (8)

Une fessée ? Et puis quoi encore ? Il y avait des limites, hein, quand même ! Et c’était pas parce que… J’allais y aller, oui, mais pas question de me laisser faire. Ah, non alors ! Sûrement pas ! Non ! On allait s’expliquer. Une bonne fois pour toutes. Entre quatre-z-yeux…
Il m’attendait sur le pas de la porte.
– Tu n’as pas traîné en route, dis donc ! Mais ça, j’en étais sûr…
– Oui, bon, écoute, Antoine…
– Tu as apporté la vidéo ?
– La vidéo ? Quelle vidéo ?
– Tu sais bien ce qu’on avait dit… Que pour chaque vidéo qu’on aurait visionnée ensemble tu devrais en apporter une autre… Une toute neuve…
– J’y ai pas pensé… J’ai oublié… N’importe comment je ne… Non, mais écoute, Antoine…
– Tu en prends décidément de plus en plus à ton aise… Tu fais tout en dépit du bon sens… À croire que tu ne te rends pas vraiment compte de la situation dans laquelle tu te trouves…
– Mais si, je m’en rends compte, si !
– Eh bien alors ! Je la veux demain sans faute cette vidéo sinon… Sinon tu vas courir de très gros risques. Est-ce que c’est bien compris ?
– Oui. Seulement…
– Est-ce que c’est bien compris ?
– Tu l’auras, Antoine, tu l’auras…
– Bien ! Maintenant passons aux choses sérieuses… La fessée ! C’est ça que tu es venue chercher, non ? Alors je vais pas te faire languir plus longtemps… Allez, déshabille-toi !
– Ah, non ! Alors ça, non, Antoine !
– Non ? Ah, parce que tu préfères que ce soit moi qui te déculotte ? C’est ça ? Oh, mais il y a pas de problème…
– Je préfère rien du tout ! Je…
– Écoute, Christina… Ton anatomie je peux la contempler tant et plus chaque fois que j’en ai envie. Il me suffit pour ça d’allumer mon ordinateur. Alors je vois vraiment pas pourquoi tu fais tant d’histoires… Un peu plus un peu moins…
– Mais c’est pas la question enfin !
– Ah ! Et c’est quoi la question ?
– C’est que… Une fessée, Antoine, une fessée ! Tu te rends pas compte…
– Si, je me rends compte, si ! Fallait pas la mériter…
– Ça, c’est ton point de vue…
– Oui, oh, je te vois venir. Tu vas encore te mettre à discutailler et à ergoter à n’en plus finir. Et tout ça pour quoi ? Pour rien ! Parce que tu sais très bien que tu n’as pas le choix et qu’à l’arrivée tu l’auras de toute façon cette fessée… Que tu ne pourras pas t’y soustraire et qu’elle sera d’autant plus sévère que tu auras voulu batailler longtemps. Alors moi, à ta place, je ne ferais pas tant d’histoires… Je m’y résoudrais de bonne grâce… Non, la seule vraie question en fait, c’est de savoir si tu vas te dépiauter toi-même ou si c’est moi qui vais me charger de le faire…
Il avait raison… C’en était exaspérant… Une fois de plus il avait raison… J’en étais réduite à capituler sans conditions. Mais que ce soit lui qui me déshabille ? Alors ça, non ! Non ! Et j’ai rageusement envoyé balader jupe et culotte sur son fauteuil devant la télé… Là… Voilà !
– Le reste aussi, va ! Tant que tu y es !
Je n’ai pas cherché à discuter… De toute façon…
– Eh ben voilà ! Tu vois quand tu veux ! C’est pas si compliqué que ça, avoue ! Bon, mais allez, action !
Il s’est assis… M’a fait signe de venir prendre place en travers de ses genoux… M’a installée…
– Tu es bien là ? Confortable ? Non, parce que ça risque d’être long…

lundi 2 mai 2016

La clef USB (7)

Laurent passait un temps fou avec Antoine dont il ne cessait de chanter les louanges. « C’est vraiment un type exceptionnel. Qui gagne à être connu. Qui sait une foule de choses. Sur toutes sortes de sujets. C’est un vrai bonheur de parler avec lui. » Ils étaient cul et chemise tous les deux. Et de plus en plus. Ils jouaient au tennis ensemble. Allaient voir des matches ensemble. Sautaient sur toutes les occasions qui se présentaient pour se retrouver… Alors est-ce qu’Antoine n’allait pas être tenté, un jour ou l’autre, de se laisser glisser sur la pente des confidences ? De vendre la mèche ? Si ! Bien sûr que si ! Ça allait forcément arriver. Plus j’y pensais, plus je l’envisageais et plus ça ma paraissait évident. Je les imaginais… Je les voyais… Je l’entendais : « Écoute, Laurent, il faut que je te dise quelque chose. Quelque chose d’important. J’ai longtemps hésité, mais garder ça pour moi, c’est au-dessus de mes forces. Il faut que tu saches… Christina… Christina à qui tu fais si aveuglément confiance, eh bien Christina… »

Il était sous la douche.
– Ah, oui, à propos… J’oubliais… J’ai invité Antoine à dîner… Samedi soir…
– Antoine ? Samedi soir ?
– Oui… Ça t’ennuie ?
– Oh, non ! Non ! Pas du tout !
Ça ne m’ennuyait pas, non. Ça me terrorisait. Parce que ça sentait le traquenard ce repas. Le coup fourré. Ils étaient de connivence si ça tombe. Ils s’étaient mis d’accord pour me coincer. Pour tout mettre sur la table. Ou bien alors Antoine allait prendre un malin plaisir à multiplier allusions et sous-entendus tout au long de la soirée tant et si bien que Laurent finirait forcément par se douter de quelque chose. Qu’il chercherait à savoir. Et, au final, ça reviendrait au même…
J’ai passé toute la semaine dans la hantise de ce repas lourd de tous les dangers. Je courais à la catastrophe. Ça me paraissait de plus en plus évident. Inéluctable. La dernière nuit, celle du vendredi au samedi, je n’ai pas fermé l’œil une seule seconde et, au matin, je n’y ai plus tenu. Je suis discrètement allée appeler Antoine. Il fallait que je l’entende. Qu’il me rassure. Qu’il me jure qu’il ne dirait rien, qu’il ne me ferait pas courir de risques…
Il a ri…
– Voilà ce que c’est de pas avoir la conscience tranquille…
– Mais non, c’est pas ça…
– Bien sûr que si que c’est ça, Christina ! Bien sûr ! Parce que, attends ! Tu as un mari en or… Qui se mettrait en quatre pour toi… Qui gagne très confortablement sa vie… Et la tienne… Grâce auquel tu as tout ton temps à toi. Et tu en fais quoi de tout ce temps qu’il t’offre si généreusement ? Tu cours te faire sauter par le premier venu…
– Tu comprends pas !
– Qu’est-ce que je comprends pas ? Qu’est-ce que tu vas me raconter ? Que Laurent est quelqu’un d’adorable ? De très facile à vivre ? Que tu n’as rien à lui reprocher ? Sauf qu’au lit c’est loin d’être le top. Que tu t’éclates pas avec. Et que ça, c’est quelque chose dont tu peux pas te passer. Que t’as bien essayé, mais que c’est décidément au-dessus de tes forces. C’est un peu facile, non, tu crois pas ?
– C’est… Oui, enfin non ! Mais tu vas pas lui dire, hein, Antoine ? Tu me promets ?
– Encore ! J’en ai assez, Christina, plus qu’assez que tu mettes comme ça sans arrêt ma parole en doute.
– Je la mets pas en doute.
– Ah, non ! Qu’est-ce que t’es en train de faire ? Oh, mais il y a des solutions ! Une bonne fessée, c’est radical, tu vas voir. Ça t’en fera définitivement passer l’envie.
– Une fessée ? Tu vas vas quand même pas…
– Te mettre une fessée ? Si ! Bien sûr que si ! Une fessée que tu vas même venir chercher. Et sur-le-champ.
– Mais…
– Il n’y a pas de mais qui tienne ! Tu veux que je te garde le secret, oui ou non ? Eh bien alors ! Allez, dépêche-toi ! Je t’attends…

lundi 25 avril 2016

La clef USB (6)

Il m’a appelée le lendemain…
– Je suis crevé… Littéralement crevé… Par ta faute… Non, parce que j’avais beau me répéter, sur tous les tons, que ce n’était pas raisonnable, que je devrais aller dormir, que j’allais être, au boulot, dans un état pitoyable, c’était plus fort que moi : fallait que je te regarde encore et encore t’empaler sur cette queue inconnue qui te faisait à l’évidence tant de bien. Je ne pouvais pas détacher mes yeux de tes adorables petites fesses qui s’entrouvraient et se refermaient en cadence. Et tu sais ce que je n’arrête pas de me dire ? C’est qu’avec un peu de chance, sur les neuf vidéos qu’il nous reste encore à visionner ensemble, il y en aura bien une où on le verra, ce monsieur, aller rendre une visite de courtoisie à ton petit trou de derrière. Non, non ! Chut ! Ne vends pas la mèche ! Je ne veux pas savoir. Pas encore ! Que j’aie la surprise… Dis-moi plutôt : vous continuez à en faire des vidéos tous les deux ? Oui, hein, sûrement…
– Alors ça, il y a pas de risque !
– Toute seule non plus ?
– Non plus, non…
– Ben, pourquoi ? Tu devrais, tu sais ! Vous devriez… Vous êtes extrêmement talentueux… Aussi bien l’un que l’autre…
– Il n’en est pas question…
– Ah, ben si, si ! Ça se renouvelle un stock. Au fur et à mesure… Ça finit par s’épuiser sinon… Tu devrais savoir ça… Alors dorénavant pour chaque vidéo que nous aurons vue tu me donneras une vidéo tout fraîchement tournée… Que je nous mettrai soigneusement de côté… Pour plus tard… Qu’on ait de la réserve… Tu peux quand même pas me refuser ça !
Je ne pouvais pas, non ! Il le savait et je le savais. Et on savait tous les deux pourquoi. J’étais désormais enfermée dans une nasse à laquelle, toute seule, je ne parviendrais jamais à échapper. Il fallait que quelqu’un vienne à mon secours et m’aide à m’en sortir. Oui, mais qui ? Damien ! Bien sûr Damien ! Quelle drôle d’idée j’avais eue de vouloir le tenir en-dehors de tout ça. Le véritable responsable de la situation, c’était lui. Aucun doute là-dessus : s’il n’avait pas fait des pieds et des mains pour que j’apporte cette fichue clef à chacun de nos rendez-vous, rien ne serait arrivé. Alors à lui de la trouver la solution après tout… C’était la moindre des choses…

Il s’est précipité à ma rencontre, radieux.
– Toi, Christina, toi ! J’y croyais plus… J’espérais plus…
Il m’a serrée contre lui. A cherché mes lèvres.
– Attends, Damien ! Attends ! D’abord il faut qu’on parle…
– Après… Après…
– Non… Maintenant… Tout de suite… C’est important… Très…
Il m’a écoutée sans m’interrompre. Jusqu’au bout.
– C’est tout ? Je m’attendais à pire…
– À pire ?
– Oui… Que tu me dises que c’était fini nous deux… Que tu voulais plus qu’on se voie… Du moment que c’est pas le cas, le reste…
– Mais est-ce que tu te rends compte enfin, Damien ? Il a nos vidéos… Il peut en faire ce qu’il veut… Les montrer à Laurent…
– Ce n’est apparemment pas son intention…
– C’est pas une raison enfin ! Ce sont NOS vidéos. Il a pas à les avoir… À m’obliger à les regarder avec lui…
– Le moyen de l’en empêcher ?
– Il doit bien y en avoir un… Il doit bien y avoir une solution…
– Peut-être… Mais dans l’immédiat je vois pas laquelle…
– Cherche ! Tu vas chercher… Promets-moi que tu vas chercher !
– Mais oui !
– Et tu vas trouver… Hein, que tu vas trouver ?
Il n’a pas répondu. Il m’a attirée contre lui. Et je me suis abandonnée… Et j’ai hurlé mon plaisir, agrippée à lui… Il est resté en moi, m’a souri…
– L’esssentiel, c’est nous ! Ce qu’on vit nous… Que rien ne nous sépare jamais… Non, tu crois pas ?
– Si, Damien, si !
Et je me suis sentie seule. Épouvantablement seule…

lundi 18 avril 2016

La clef USB (5)

Je ne m’en étais pas si mal sortie finalement ! Parce qu’en débarquant comme ça à l’improviste, en exigeant que je me regarde, sur cette vidéo, me caresser sous la douche, et ça en se tenant à mes côtés, son but était à l’évidence de me déstabiliser, de s’offrir le spectacle de ma confusion. De me mettre délibérément mal à l’aise. Je ne lui avais pas fait ce plaisir. J’étais restée impassible. Impénétrable. Je n’avais rien laissé transparaître de ce que j’éprouvais. Même si, à l’intérieur, c’était loin d’être simple. Comment aurait-ce pu l’être ?

Et maintenant ? Maintenant il voulait me voir me caresser « en vrai ». Ou, plus exactement, me voir jouir « en vrai » devant lui. Il s’en délectait manifestement par avance. Oui, ben alors ça, il pouvait toujours courir. Je ferais mécaniquement les gestes : bien obligée. Mais quant à avoir vraiment un orgasme, c’était totalement exclu. J’allais me contrôler, mobiliser toute mon énergie pour m’en empêcher et j’y arriverais. J’y arriverais ? J’étais bien sûre de moi, là ! Non, parce que, dans mon cas, le jet de la douche s’était toujours avéré particulièrement efficace. Et il ne suffisait pas de décider qu’il en irait cette fois-ci autrement pour que… D’un coup de baguette magique… Allais-je être vraiment capable de me maîtriser ? C’était là toute la question. J’en étais, par moments, fermement convaincue et j’étais, à d’autres moments, tout aussi fermement convaincue du contraire. De toute façon je n’allais pas tarder à être fixée. Et j’appréhendais… Comment j’appréhendais ! Finalement c’était peut-être le but qu’il visait en m’annonçant le programme aussi longtemps à l’avance : me faire vivre, plus d’une semaine durant, dans la hantise de moi-même.

Il avait rencontré Laurent. Il avait rencontré mon mari. Il s’est empressé, à peine arrivé, de me l’annoncer…
– Trois fois, en une semaine, que je tombe sur lui… Et par hasard… C’est fou ça, non ? On s’est taillé une petite bavette du coup tous les deux et on va s’inscrire au tennis. Non, parce qu’on finirait par s’encroûter à force… Bon, mais c’est pas tout ça… Dis un chiffre…
– Quatre. Pourquoi ?
– Alors la vidéo quatre on va se regarder…
– Hein ? Mais…
– Mais quoi ? Ah, le charmant petit spectacle que tu devais m’offrir sous la douche ? Tu tiens absolument à ce que ce soit maintenant ? Tout de suite ?
Ah, mais non ! Non… Pas du tout… Et même…
– Eh bien alors ! Un autre jour tu me montreras ça… On a tout notre temps… Il y a rien qui presse… Allez, tu nous la mets cette quatre ?
J’ai très vite cliqué sur la trois. Avec un peu de chance il ne s’en apercevrait pas. Parce que la quatre ! Ah, non, pas la quatre ! Seulement il avait l’œil…
– Qu’est-ce tu fais ? Non, non… La quatre on a dit…
J’ai dû me résoudre à la lancer, la mort dans l’âme…
– Ah, c’est Madame qui chevauche… Et tu mets du cœur à l’ouvrage, dis donc ! Tu rechignes pas à la besogne… Mais… Mais c’est pas Laurent le monsieur… Qui c’est ?
– Tu connais pas…
– Oui, ben ça, je vois bien que je connais pas… Mais ça me dit pas qui c’est…
– Un ami…
– Un ami très intime alors parce que… Ah, chut ! Ça y est, écoute, tu jouis ! Regarde ! Mais regarde !
En silence. Jusqu’au bout. Il a hoché la tête…
– Ça fait pas semblant avec toi, dis donc ! Ça relève carrément du raz de marée quand tu prends ton pied, oui ! Bon, mais ça me dit toujours pas qui c’est ce type… On s’en fout, remarque ! Ce que je vois surtout, moi, dans cette histoire, c’est que ce pauvre Laurent est cocu… Et on change complètement de registre, là… Ça va m’obliger à me montrer beaucoup plus exigeant à ton égard…
Il entendait quoi par là ? Je n’ai pas osé lui poser la question. Il a posé la main sur la souris…
– En attendant on va se la remettre cette vidéo… Elle en vaut sacrément la peine…

lundi 11 avril 2016

La clef USB (4)

Je m’étais attendue à pire. À bien pire. Mais s’il devait se contenter de commenter comme ça mes vidéos par téléphone, j’allais m’en tirer à bon compte finalement. Surtout que rien ne m’obligeait à les regarder en sa compagnie : l’essentiel, c’était qu’il soit persuadé que je le faisais ! Ni à l’écouter délirer : il me suffisait de laisser traîner une oreille distraite, au cas où il aurait sollicité une réaction de ma part, et de faire autre chose pendant ce temps-là.
Je ne me faisais pas d’illusions : ce serait quand même une épreuve. Le savoir penché, comme ça, en permanence, sur ce que j’avais de plus intime, sur ce qui n’aurait jamais dû appartenir qu’à moi et, dans une moindre mesure, à Damien ! Imaginer qu’il s’en repaissait goulûment et peut-être – sûrement – s’en servait pour se donner du plaisir. Mais le moyen de l’en empêcher ? Et à qui la faute ? Si je ne m’étais pas montrée aussi inconséquente aussi ! Si je ne lui avais pas tendu moi-même les cordes pour me faire battre…

Il m’a laissée un peu plus d’une semaine sans nouvelles. Ce qui ne m’a pas surprise outre mesure. Ça faisait, à l’évidence, partie de sa « stratégie ». Dans quel but au juste ? Je n’ai pas cherché à approfondir vraiment la question. Ça ne changeait de toute façon pas grand chose à la situation…
Et puis, un matin…
– C’est moi !
Ben oui… J’avais reconnu sa voix, oui !
– Je suis devant ta porte. Tu viens m’ouvrir ?
Devant ma porte ? Qu’est-ce que ? Ah, mais ça changeait tout, ça !
Il arborait un large sourire…
– Oui, parce que j’ai pensé… Ce serait quand même nettement plus sympa de regarder tout ça ensemble. Côte à côte. Non, tu trouves pas ?
Je trouvais pas, non.
– Est-ce que j’ai le choix ?
– Pas vraiment, non.
Je n’ai pas cherché à discuter. À quoi bon ? Il était en position de force. Il me tenait. Inutile de lui offrir le plaisir de m’infliger une nouvelle défaite.
Et je me suis assise à l’ordi. Je l’ai allumé.
– Ben, vas-y ! Lance ! Qu’est-ce t’attends ?
Les première images – celles qu’il avait déjà commentées – il les a regardées, debout derrière moi.
– T’as vraiment un corps de rêve, hein !
À l’écran, j’entrais sous la douche.
– Dont tu es amoureuse… Comme je comprends ça !
Je m’asseyais, m’installais confortablement et me ciblais aussitôt, sans attendre, avec le jet.
Il a ri…
– Ça pressait, dis donc !
C’était vrai. Ça pressait ce jour-là. À cause de ce qui s’était passé au boulot avec Romain. J’avais envie. Une envie folle. En pensant à lui.
Il a encore ri…
– Oui, mets-le bien à fond le jet… T’en profiteras mieux…
Quel spectacle je lui offrais ! Non, mais quel spectacle ! Une obsédée ! Une véritable obsédée… Ouverte… Cabrée… Obscène…
– Ça y est ! Ça vient… Ça perd pas de temps en tout cas avec toi, ah, on peut pas dire ! C’est toujours comme ça ? À toute allure ? J’adore ces petits cris que tu pousses… On dirait une bête blessée… Et puis tes yeux quand ça te submerge comme ça… Je m’en lasse pas… Finalement tant qu’on l’a pas vue jouir, on connaît pas vraiment une femme, hein !
Il m’a posé une main sur l’épaule…
– Tu sais ce qu’on pourrait faire la prochaine fois ? La même chose en live… En réel… Dans ta salle de bains… Ce serait génial, non ?
– Il n’en est pas question…
– Allons, Christina, allons ! Tu sais bien que tu n’es pas en position de me refuser quoi que ce soit…
Et sa main s’est appesantie un peu plus fort sur mon épaule…

lundi 4 avril 2016

La clef USB (3)

Le lendemain, j’ai attendu son appel toute la journée. Sur des charbons ardents. À tout tourner et retourner indéfiniment dans ma tête. Il voulait pas coucher. Bon… C’était au moins ça. Mais alors il voulait quoi au juste ? J’échafaudais les hypothèses les plus folles. Je lui prêtais les intentions les plus tordues. N'importe comment j’étais à sa merci. De quelque manière que je retourne la question, j’en arrivais, de toute façon, toujours à la même conclusion : il me faudrait, bon gré mal gré, en passer par ce qu’il aurait décidé. Quoi que ce soit. Je ne pouvais pas me permettre de courir le moindre risque. Ces vidéos entre les mains de Laurent ? Du reste de la famille ? De je ne sais trop qui encore ? Non… Non. Ce n’était pas même envisageable.

Le surlendemain, il ne s’est pas manifesté non plus. Il n’appellerait peut-être pas. Peut-être qu’il avait changé d’idée. Qu’il avait juste voulu me faire peur. Me donner une leçon. Que ça allait en rester là. Tu rêves, ma pauvre Christina, tu rêves. Tu prends tes désirs pour des réalités. Comme si c’était le genre de type à renoncer comme ça. Non. Il jouait au chat et à la souris, oui, plutôt. Ce qui devait follement l’amuser.
En toute fin d’après-midi, mon téléphone a malgré tout sonné. Ce n’était pas Antoine. C’était Damien, un Damien enjôleur.
– On se voit quand ?
Oui, oh ben alors ça, j’en savais rien du tout ! Pour le moment, j’avais d’autres chats à fouetter.
Il en est resté tout interloqué.
– Mais qu’est-ce qui se passe ? Qu’est-ce qui t’arrive ?
– Oh, mais rien ! Je suis fatiguée. Et puis j’ai des soucis…
– Quel genre ? Dis-moi !
– Écoute, sois gentil. J’ai vraiment pas envie de ressasser tout ça…
Il n’a pas insisté. Il a raccroché.
Damien, c’était vraiment la dernière personne avec qui j’avais envie d’en parler. Parce que sans lui, sans tous ces petits jeux auxquels il a voulu qu’on se livre ensemble, elles n’auraient jamais vu le jour ces vidéos.

Antoine a fini par appeler. Le jeudi.
– Christina ? C’est moi, Antoine. Ça va ?
Il avait de ces questions !
– T’as ta clef à portée de main, là ? Non ? Va la chercher ! Je t’attends… Là ? Ça y est ? Alors tu mets la vidéo numéro 5. Ensemble on va se la regarder. On va bien s’amuser, tu vas voir…
C’était l’une de celles dans la salle de bains. Moindre mal au fond. Même si…
Il a attaqué d’emblée.
– J’aime trop ça la façon dont tu te désapes. Si, c’est vrai, hein ! Parce qu’en général, pour aller à la douche, une nana elle s’arrache tout en vrac. Elle se dépiaute. Pas toi ! Non. Toi, tu prends tout ton temps. Un par un t’enlèves. C’est super. On peut en profiter à fond comme ça. Ah, tes seins ! Tu sais que je les adore ? Si, si ! Même que je me les suis mis en fond d’écran. Pour les avoir toute la journée à portée de main. Je passe un temps fou à les regarder. C’est comme tes fesses. Tiens, ben les v’là justement. Le temps de poser la culotte… Tu vas te pencher en avant et me laisser entrevoir ton petit réduit d’amour. C’est un des moments que je préfère. Souvent j’y fais arrêt sur image. Et j’éternise. Tout finit par arriver n’empêche. Parce que ça fait trois ans – depuis que je te connais, depuis que t’es en couple avec Laurent – que j’essaie désespérément de deviner comment t’es faite sous tes petites robes affriolantes et tes corsages envoûtants. Et ça y est. J’y suis parvenu. Bien au-delà de mes espérances. Bon, mais on discute… On discute… Et, pendant ce temps-là, on est entrés dans le vif du sujet. Te v’là sous la douche. Et alors là ce que tu vas y faire sous la douche… On le verra demain. Pas tout d’un coup. Pas tout le même jour. Il faut savoir savourer. À petites gorgées gourmandes.

lundi 28 mars 2016

La clef USB (2)

Antoine m’a gratifiée d’un large sourire. Déposé un baiser sur chaque joue.
– Excellente année, Christina ! Je te souhaite le meilleur du meilleur…
– Merci… À toi aussi !
Il a aussitôt enchaîné.
– Je peux te demander un service ? J’ai un monceau de cadeaux dans la voiture. Tu voudrais pas venir m’aider à les décharger ?
Il m’en a entassé trois ou quatre sur les bras, s’est brusquement interrompu.
– Tu dors bien en ce moment ?
– Hein ? Mais pourquoi tu me demandes ça ?
– Parce que… t’as une tête à faire peur ! Une vraie mine de déterrée. Faudra qu’on parle tous les deux du coup. Ça s’impose…
Bon, ben voilà. Voilà, ça y était. Il l’avait dit. Ou c’était tout comme. Il avait vu. Il savait. Et, bizarrement, j’ai ressenti un immense soulagement. Au moins, maintenant, les choses étaient claires. C’en était fini de ces épuisantes et interminables interrogations qui me pourrissaient la vie. Il allait falloir faire face, oui, mais en toute connaissance de cause.

En fin d’après-midi, ça s’est mis à danser. Il en a profité pour venir aussitôt m’inviter.
– Bon… On joue franc jeu ?
Il n’a pas attendu la réponse.
– Tu sais que j’ai d’abord cru que c’était délibérément que tu me l’avais donnée cette clef ?
– Hein ! Ah, mais non ! Non. Pas du tout ! Je peux t’assurer… Ah, non, alors là ! Tu te goures complètement. C’est suite à un malheureux concours de circonstances que…
– T’emballe pas ! T’emballe pas ! Mea culpa… Quand j’ai vu ta tête en arrivant tout à l’heure, j’ai réalisé… J’avais fait fausse route, c’était clair comme de l’eau de roche. En attendant, ça fait une semaine que tu te ronges les sangs, hein ? Il y a pourtant vraiment pas de quoi !
– Pas de quoi ? Non, mais tu te rends pas compte !
– Si ! Enfin non ! Peut-être pas après tout. J’en sais rien. Parce que je n’en ai vu qu’une de ces vidéos. Je l’ai longuement savourée. Une vingtaine de fois au moins je me la suis passée et repassée. Avec toujours autant de plaisir.
Il attendait manifestement que je lui demande laquelle. Je mentirais si je prétendais ne pas avoir été tentée de lui poser la question, mais je me suis bien gardée de m’aventurer sur ce terrain-là. Ç’aurait été m’enfoncer dans des sables mouvants.
Il a souri… Laissé passer une bonne trentaine de secondes.
– Les autres, je vais les explorer une à une. Les découvrir pas à pas. Il doit y avoir de véritables petits joyaux là-dedans.
J’ai tenté le tout pour le tout.
– Je suppose qu’il est inutile que je te demande de me la rendre…
– Bien sûr que si que je vais te la rendre. Et pas plus tard que tout à l’heure…
– La copie que tu en as faite aussi ?
– Tu peux pas me demander ça. Des vidéos qui vont ensoleiller ma vie pendant des mois et des mois. Non. C’est au-dessus de mes forces.
– Est-ce que je peux au moins compter sur ta discrétion ?
– Et moi sur ta compréhension ?
– C’est-à-dire ?
– On a bien conscience, l’un comme l’autre, que si ces vidéos tombaient entre de mauvaises mains, tu serais vraiment en très mauvaise posture. Alors mon silence mérite bien quelques compensations, non ?
– Si t’as l’intention de coucher avec moi…
– Tout de suite les grands mots… Il y a d’autres solutions. Beaucoup plus subtiles. Et tout aussi satisfaisantes.
– Lesquelles ?
– Si je me lance là-dedans, il y en a pour un sacré moment… Et on risque d’attirer l’attention… Je t’appelle demain… On en parlera tranquillement…

lundi 21 mars 2016

La clef USB (1)

L’idiote ! L’idiote de base ! Non, mais comment j’ai fait mon compte ? Comment ?
Parce que… On était sur le perron de mes beaux-parents. Tout le monde était en train de se dire au revoir…
– Et encore Joyeux Noël, hein !
– Oui… Soyez prudents ! Roulez doucement…
Antoine est revenu sur ses pas.
– J’oubliais… Pour le film dont on parlé tous les deux à table tout à l’heure, tu veux que je te le copie ?
Bien sûr que je voulais ! Bien sûr ! Depuis le temps que j’avais envie de le voir ce film…
– Attends ! Je dois avoir une USB qui traîne quelque part au fond de mon sac. Oui, tiens, la voilà !
Je la lui ai tendue. Il l’a enfouie dans sa poche.
– Je te rapporte ça la semaine prochaine. On se retrouve tous pour le Nouvel An n’importe comment.

Dans la voiture, un doute m’a brusquement assaillie. « L’autre » clef, est-ce que je l’avais bien remise dans sa cachette, derrière la poutre au grenier ? Normalement, oui : c’était la première chose que je faisais, systématiquement, quand je rentrais de chez Damien. Sauf que là, il y avait eu ce livreur arrivé en même temps que moi. Ce colis que j’avais aussitôt déballé. Ce nouveau démodulateur que je m’étais empressée d’installer… Et après ? J’y étais montée au grenier ou pas ? Impossible de me rappeler. J’ai plongé la main dans mon sac. Farfouillé. S’il y en avait une de clef, c’était que… Il y en avait une. Pas de panique, Christina ! Pas de panique ! On respire à fond et on réfléchit. Réfléchir ? À quoi ? C’était tout réfléchi. Il y avait une chance sur deux qu’Antoine soit parti avec « ma » clef. Et puis voilà… Si c’était le cas… Si c’était le cas, c’était l’horreur absolue…D’abord savoir. Être sûre. Vérifier. Après on aviserait. Et mon imbécile de mari qui se traînait sur la route ! À croire qu’il le faisait exprès…
– Bon, alors t’avances, oui ! J’ai plein de trucs à faire, moi !
– Oh, on se calme ! On se calme. On est en vacances, non ?

Aussitôt rentrée à la maison, je me suis précipitée sur l’ordi. Le cœur battant, j’ai introduit la clef dans le port USB. Elle était vierge. Bon, ben voilà ! T’as gagné le gros lot, ma pauvre Christina ! Et maintenant ? Maintenant le mieux, c’était peut-être encore de l’appeler Antoine. Oui, mais pour lui dire quoi ? Que je m’étais trompée, que la clef que je lui avais remise par erreur contenait des vidéos personnelles très très intimes et que je lui demandais de bien vouloir me la restituer au plus vite ? Ben, voyons ! Et il allait faire quoi ? Se précipiter pour aller voir de quoi il retournait. N’importe quel mec, dans une situation comme celle-là, il saute sur l’occasion. Et il se dépêche de faire une copie pour pouvoir, par la suite, profiter du spectacle tout à loisir. Non. C’était une très mauvaise idée. C’était lui mettre moi-même le nez dessus alors qu’il y avait quand même une chance, fût-elle infime, pour qu’il ne se rende compte de rien. Parce que ces vidéos je m’étais contentée de les numéroter de 1 à 11. Sans la moindre indication sur leur contenu. Est-ce qu’il aurait la curiosité d’aller voir de quoi il s’agissait ? Pas forcément. Et même, probablement pas. Parce que, pour lui, cette clef je la lui avais remise en toute connaissance de cause… En sachant pertinemment qu’il s’y trouvait déjà quelque chose. Il en conclurait donc que ce quelque chose ne présentait guère d’intérêt. Inutile d’aller perdre son temps à regarder un chien courir sur une plage ou mon mari laver la voiture. Oui. Ne pas bouger. Attendre. Faire la morte. Et croiser les doigts…

J’ai passé une semaine épouvantable. Je me réveillais en sursaut dix fois par nuit. Je voguais de cauchemar en cauchemar : il les regardait Antoine. Il s’en délectait. Finissait par en parler à sa sœur Chloé : « Tu sais quoi ? Christina… On lui donnerait le Bon Dieu sans confession, hein, à la voir comme ça ! Oui, ben t’as qu’à y croire… Si tu savais ! » Et il finissait par les lui montrer. Ils en faisaient des gorges chaudes tous les deux « J’y crois pas! Christina ! Avec son petit air de Sainte-Nitouche. Ah, non. Faut absolument que je raconte ça à Benoît. Il va être édifié ! » Benoît, son mari, qui, à son tour, en parlait à son frère, à Laurent, le mien de mari. Et alors là ! Là !