Nombre total de pages vues

lundi 21 mars 2016

La clef USB (1)

L’idiote ! L’idiote de base ! Non, mais comment j’ai fait mon compte ? Comment ?
Parce que… On était sur le perron de mes beaux-parents. Tout le monde était en train de se dire au revoir…
– Et encore Joyeux Noël, hein !
– Oui… Soyez prudents ! Roulez doucement…
Antoine est revenu sur ses pas.
– J’oubliais… Pour le film dont on parlé tous les deux à table tout à l’heure, tu veux que je te le copie ?
Bien sûr que je voulais ! Bien sûr ! Depuis le temps que j’avais envie de le voir ce film…
– Attends ! Je dois avoir une USB qui traîne quelque part au fond de mon sac. Oui, tiens, la voilà !
Je la lui ai tendue. Il l’a enfouie dans sa poche.
– Je te rapporte ça la semaine prochaine. On se retrouve tous pour le Nouvel An n’importe comment.

Dans la voiture, un doute m’a brusquement assaillie. « L’autre » clef, est-ce que je l’avais bien remise dans sa cachette, derrière la poutre au grenier ? Normalement, oui : c’était la première chose que je faisais, systématiquement, quand je rentrais de chez Damien. Sauf que là, il y avait eu ce livreur arrivé en même temps que moi. Ce colis que j’avais aussitôt déballé. Ce nouveau démodulateur que je m’étais empressée d’installer… Et après ? J’y étais montée au grenier ou pas ? Impossible de me rappeler. J’ai plongé la main dans mon sac. Farfouillé. S’il y en avait une de clef, c’était que… Il y en avait une. Pas de panique, Christina ! Pas de panique ! On respire à fond et on réfléchit. Réfléchir ? À quoi ? C’était tout réfléchi. Il y avait une chance sur deux qu’Antoine soit parti avec « ma » clef. Et puis voilà… Si c’était le cas… Si c’était le cas, c’était l’horreur absolue…D’abord savoir. Être sûre. Vérifier. Après on aviserait. Et mon imbécile de mari qui se traînait sur la route ! À croire qu’il le faisait exprès…
– Bon, alors t’avances, oui ! J’ai plein de trucs à faire, moi !
– Oh, on se calme ! On se calme. On est en vacances, non ?

Aussitôt rentrée à la maison, je me suis précipitée sur l’ordi. Le cœur battant, j’ai introduit la clef dans le port USB. Elle était vierge. Bon, ben voilà ! T’as gagné le gros lot, ma pauvre Christina ! Et maintenant ? Maintenant le mieux, c’était peut-être encore de l’appeler Antoine. Oui, mais pour lui dire quoi ? Que je m’étais trompée, que la clef que je lui avais remise par erreur contenait des vidéos personnelles très très intimes et que je lui demandais de bien vouloir me la restituer au plus vite ? Ben, voyons ! Et il allait faire quoi ? Se précipiter pour aller voir de quoi il retournait. N’importe quel mec, dans une situation comme celle-là, il saute sur l’occasion. Et il se dépêche de faire une copie pour pouvoir, par la suite, profiter du spectacle tout à loisir. Non. C’était une très mauvaise idée. C’était lui mettre moi-même le nez dessus alors qu’il y avait quand même une chance, fût-elle infime, pour qu’il ne se rende compte de rien. Parce que ces vidéos je m’étais contentée de les numéroter de 1 à 11. Sans la moindre indication sur leur contenu. Est-ce qu’il aurait la curiosité d’aller voir de quoi il s’agissait ? Pas forcément. Et même, probablement pas. Parce que, pour lui, cette clef je la lui avais remise en toute connaissance de cause… En sachant pertinemment qu’il s’y trouvait déjà quelque chose. Il en conclurait donc que ce quelque chose ne présentait guère d’intérêt. Inutile d’aller perdre son temps à regarder un chien courir sur une plage ou mon mari laver la voiture. Oui. Ne pas bouger. Attendre. Faire la morte. Et croiser les doigts…

J’ai passé une semaine épouvantable. Je me réveillais en sursaut dix fois par nuit. Je voguais de cauchemar en cauchemar : il les regardait Antoine. Il s’en délectait. Finissait par en parler à sa sœur Chloé : « Tu sais quoi ? Christina… On lui donnerait le Bon Dieu sans confession, hein, à la voir comme ça ! Oui, ben t’as qu’à y croire… Si tu savais ! » Et il finissait par les lui montrer. Ils en faisaient des gorges chaudes tous les deux « J’y crois pas! Christina ! Avec son petit air de Sainte-Nitouche. Ah, non. Faut absolument que je raconte ça à Benoît. Il va être édifié ! » Benoît, son mari, qui, à son tour, en parlait à son frère, à Laurent, le mien de mari. Et alors là ! Là !

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire