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jeudi 25 février 2016

Escobarines: Petite annonce (5)

– Où c’est que vous m’emmenez ?
– Si on te le demande, tu diras que tu n’en sais rien… C’est fou ce besoin de poser des questions, comme ça, sans arrêt…
Et elles se sont mises à discuter entre elles sans plus se préoccuper de moi…
– Sérieusement, tu la sors d’où cette nana ?
– C’est Anna qui me l’a refilée…
– Et tu vas réussir à en tirer quelque chose, tu crois ?
– Elle est pleine de bonne volonté… Pleine d’envie… Et je la crois foncièrement docile… Non, ce qui coince, c’est que, pour le moment, elle ne s’abandonne pas vraiment… Elle fait toujours ce que je lui demande, oui, mais elle reste sur son quant-à-soi… Elle garde ses distances… Toute son attitude proclame : « Je suis là, mais je ne suis pas là… C’est moi, mais c’est pas moi… » Par contre, si j’arrive à la faire passer par là-dessus, alors là… Là…
Elles ont baissé la voix… Chuchoté… Éclaté de rire…
– Oui, c’est une bonne idée… Une excellente idée…

– Celui-là ?
Un bonhomme qui venait à notre rencontre sur le trottoir…
– Tu crois ? Il fait vieux pervers…
– Ben, justement… Raison de plus…
– Trop facile… Et puis vaudrait mieux une nana pour commencer…
Elles en ont laissé passer trois ou quatre… Ont finalement jeté leur dévolu sur une femme entre deux âges qui promenait son chien…
– Madame… Excusez-nous, mais c’est pour notre copine, là… Elle adore ça se prendre des fessées… Ça l’excite… Mais ce qui l’excite encore plus, c’est de montrer, comme ça, à n’importe qui, dans la rue, qu’elle vient d’en ramasser une… Et nous, quand elle est excitée, ben on en profite… Alors, si ça vous ennuie pas, elle va vous faire voir…
Elle nous a regardées toutes les trois, à tour de rôle, d’un air dédaigneux…
– Bande de grandes dégoûtantes ! Vous n’avez pas honte ? Non, mais vous n’avez pas honte ?
Et elle s’est enfuie à grandes enjambées en maugréant…
Elles ont éclaté de rire…
– Vu sa tronche à la bonne femme, c’était couru d’avance…
– On s’en fait une autre ?
– Celle-là ?
Une plus jeune… La trentaine… Toute bouclée… Décontractée…
Elle a écouté leur petit discours en souriant…
– Et pourquoi pas ? J’adore ça rendre service… Mais, par contre, me demandez pas de participer… Moi, je consomme que du mec… Exclusivement…
– Oh, mais ça, chacun ses goûts !
Et on s’est engouffrées toutes les quatre sous une porte cochère… Faufilées dans une petite cour…
– Là, on sera tranquilles…
– Eh, ben allez, Amandine, vas-y ! Qu’est-ce t’attends ? Montre-lui à la dame comment on t’a bien tanné le derrière… Plus haut ! Encore ! Là, voilà !

Elle a émis un petit sifflement la femme. Moitié admiration, moitié étonnement…
– Ah, oui, quand même ! Je m’attendais pas à ce point-là…
– Faut dire que nous, quand on fait quelque chose, on le fait à fond… C’est pas la peine sinon…
– Je vois ça, oui…
Le silence… Un bruit de baiser… Un souffle qui se fait court…
– Tu ne te retournes pas, hein, Amandine ! Défendu…
Un gémissement… Une plainte d’arrière-gorge… Une autre…
– Oh, j’aime… J’aime trop quand tu me fais ça…
– Jouis, ma chérie, jouis !
Elle s’est doucement lamentée…
À nouveau le silence…
Une main s’est posée sur ma fesse… Celle de Domitille…
– Ça t’excite tout ça, avoue !
– Oui…
– Fais voir !
Elle s’est insinuée dans le sillon entre les fesses… Plus bas… Encore…
– Oh, oui, dis donc ! Tu mouilles ! Et pas qu’un peu… Qui t’a permis ?
– Hein ? Mais…
– Tu seras punie pour ça…

Sur le trottoir, elles ont échangé leurs 06…
– Et hésitez pas ! Si vous avez encore besoin, ce sera avec plaisir…
– On vous fera signe, oui… Promis…
Elles l’ont regardée s’éloigner…
– Elle s’est régalée…
– Oui… Tu sais où elle est partie là ?
– Se donner du bon temps en repensant à tout ça…
– Je crois que si on s’était montrées un peu décidées…
– Je crois aussi… Il s’en fallait de pas grand’chose…
– Ça va être le rôle d’Amandine de la convaincre… Et je lui conseille de réussir…

mardi 23 février 2016

Mystérieuse fessée (6)

– Ils sont revenus… Hier…
– Qui ça revenus ? Comment ça revenus ?
– Ben, eux ! Les trois autres, là… Ceux de l’autre jour… Et ils ont recommencé… Ils m’en ont recollé une…
– T’es sûre ?
– Ah, ben ça !
– Oui, bon, écoute ! Je vais être franche avec toi… J’en crois pas un mot… Déjà, la première fois, j’avais beaucoup de mal, mais là… C’est ton droit de fantasmer… Tant que tu veux… Mais alors, s’il te plaît, à l’avenir laisse-moi en dehors de tout ça… J’ai pas de temps à perdre… Qu’est-ce tu fais ?
– Ben, je te montre puisque soi-disant j’invente… Et ça ? C’est du flan ça peut-être ?
– Ho la la ! Attends ! Fais voir ! Oh, non, mais là ! T’as dû le sentir passer…
– Non ? Tu crois ?
– Sûr que tu vas les garder un moment les marques… Mais enfin, il y a un truc que je comprends pas quand même… Ça t’a pas vaccinée la première fois ? Moi, à ta place, je peux te dire que je m’enfermerais chez moi à double tour…
– C’est bien ce que je fais…
– Eh ben alors !
– Sauf que là j’avais oublié la fenêtre de la cuisine derrière…
– C’est malin !
– Oui, oh, de toute façon ils trouveront toujours une solution si ils veulent… Ils peuvent me tomber dessus quand je suis dans le jardin… Attendre que je rentre, planqués quelque part… Ou bien me coincer carrément ailleurs… À un endroit que je serais jamais allé imaginer…
– Mais qui ça peut être, bon sang ! Qui ça peut être ?
– Elle a parlé cette fois-ci la fille…
– Ah !
– Elle m’a demandé si j’avais réfléchi… J’ai dit que oui… À tout hasard…
– Et alors ?
– Ça l’a fait rire… « Eh, ben on dirait pas ! » Et elle a tapé de plus belle…
– Elle a rien dit d’autre ?
– Rien…
– Ça nous avance guère… Maintenant il y a peut-être une raison pour que ce soit toujours elle qui tape…
– Oui… Enfin non… C’est elle qu’a commencé… Mais ils ont pris le relais les deux autres…
– Ah… Je comprends mieux l’état de ton derrière… Ce qu’est fou quand même, c’est qu’on n’arrive pas à avoir le moindre début de commencement de certitude… Le moindre indice… Rien…
– Peut-être quand même… Parce que mardi j’ai vu Noémie… Elle m’a parlé de Magali… Et, comme par hasard, le lendemain…
– Ça lui aurait donné envie de récidiver aussi sec ? Oui, c’est possible… C’est bien ça le problème : tout est possible… Et ta collègue, là ?
– Valérie ? C’est pas exclu non plus… Parce qu’aujourd’hui elle t’avait un de ces petits airs de jubiler à l’intérieur…
– Ça peut être pour d’autres raisons…
– Je sais bien, oui… Mais quand même… J’avais vraiment l’impression qu’elle me surveillait quand je m’asseyais… Qu’elle guettait une grimace… Quelque chose… N’importe comment, au point où j’en suis arrivée, je soupçonne tout le monde… Paul aussi, hier soir, je trouvais qu’il était pas comme d’habitude… Tout guilleret… Comme quand on vient de jouer un bon tour à quelqu’un…
– Oui, et puis, si ça tombe, c’est aucun de ceux à qui on pense… C’est quelqu’un qui nous vient même pas à l’idée…
– Le seul truc qui soit sûr, quoi, finalement, c’est que ça va recommencer…
– Pas forcément !
– Oh, ben si, attends, si ! Il y a quelque chose qu’ils attendent que je fasse, c’est clair… Tant que je l’aurai pas fait… Et comme je sais pas ce que c’est ça peut durer un moment…
– C’est bien pour ça… Il faut absolument qu’on en ait le cœur net… Qu’on sache qui se cache derrière… Sinon tu vas passer ta vie à appréhender…
– C’est déjà le cas…
– Et tu vas tourner le billot à la longue… Non… J’ai pensé à un truc… Il y aurait peut-être une solution…
– C’est quoi ?
– L’immeuble au bout de ta rue… De là on a une vue imprenable sur ta grille d’entrée… Et j’y connais quelqu’un qui demanderait pas mieux que de surveiller un peu ce qui se passe devant chez toi… De contrôler les allées et venues… De noter tout ce qui lui paraîtrait suspect… De relever éventuellement un numéro d’immatriculation… Etc. On finirait bien par arriver à quelque chose à la longue…
– Oui, mais ça nous oblige à mettre quelqu’un dans la confidence…
– On n’est pas obligées de lui expliquer le pourquoi du comment… Laisse-moi faire ! Je m’occupe de tout…

jeudi 18 février 2016

Escobarines: Petite annonce (4)

En bas, elle a éclaté de rire…
– Oh, la tête du type ! T’as vu ça ? Non ? T’as pas regardé ? T’as raté quelque chose… Parce que…Ah, il est pas près de s’en remettre, lui… Faut dire… C’est pas souvent qu’il doit croiser une nana complètement à poil dans son escalier…
J’ai fait un pas dans la direction de mes vêtements…
– Qu’est-ce tu fabriques ?
– Rien… Je…
– T’allais te rhabiller…
– Non… Je vous assure…
– Tu mens ! Bon, mais pour la peine, tu sais pas ce qu’on va faire ? On va remonter là-haut… C’est pas une bonne idée, ça ? Hein ? Qu’est-ce t’en penses ?
– Que…
– Ferme-là ! Je t’ai rien demandé… Oui… On va remonter… Peut-être qu’il va repointer son nez le type du coup… Ou bien un autre… Non, et puis il y a Domitille… Et si elle apprend que je suis venue et que j’ai même pas pris la peine de passer lui dire bonjour, elle va me tirer une de ces gueules… Normal, remarque ! Elle va te plaire, tu vas voir, cette nana… Elle adore les filles… L’occasion, pour toi, de découvrir enfin ce que c’est… Non, t’as pas envie ?
– Si !
– T’as pas l’air vraiment convaincue…
– Oh, si ! Si ! J’ai envie de tout ce que vous avez envie pour moi… Et surtout que vous me gardiez…
– Ça, on verra… C’est pas gagné…

À nouveau l’escalier…
– Doucement ! Doucement ! Cours pas comme ça ! Il y a pas le feu… Qu’on en profite un max !
Sur le palier du premier, elle s’est arrêtée… A tendu l’oreille…
– Il y a quelqu’un qui regarde « Les feux de l’amour » là-dedans… On pourrait peut-être se faire inviter ? Ça nous passerait un moment… Qu’est-ce t’en dis ? Quoique « Les feux de l’amour »… Il y a sûrement mieux au-dessus…
Au deuxième, c’était les infos…
– Oui, alors là, non merci… Sans façons…
Au troisième, rien…
Au quatrième, il y avait de la musique… Quelqu’un jouait du piano…
– On lui demande où elle habite Domitille ? Allez ! Et c’est toi qui parle…
Elle a sonné… Ça s’est arrêté le piano… Quelques secondes… Et puis ça a repris… Elle a resonné… Ça a continué…
– T’as de la chance…

Domitille m’a inventoriée… De haut en bas… De bas en haut…
– Pas mal… Pas mal du tout… Tu l’as trouvée où ?
– Dans ton escalier…
– Comme ça ? À poil ?
– Comme ça, oui… Je te l’ai ramenée du coup… Tu trouveras bien moyen d’en faire quelque chose…
– Oh, oui… Sûrement… Comment elle s’appelle ? Comment tu t’appelles, toi ?
– Amandine…
– Eh bien, Amandine, tu vas me faire le plaisir d’aller revêtir une tenue décente… On ne se présente pas chez les gens comme ça…

J’ai dévalé l’escalier… Me suis rhabillée en toute hâte… Suis remontée tout essoufflée là-haut…

– Tu m’as pas dit bonjour tout-à-l’heure…
– Hein ? Ah, oui… Oui… C’est vrai… Pardon… Désolée…
– Ah, ben voilà… Tu vois quand tu veux… Allez, viens me dire bonjour…
Une bise… Sur chaque joue… Bonjour… Là… Voilà…
– C’est tout ?
Elle m’a souri… Attirée vers elle… Effleuré les lèvres…
– C’est pas mieux comme ça ?
Si, c’était mieux, si !
– Ah tu vois !
Elle y est revenue… Pressante… Insistante… A enroulé sa langue à la mienne…
– Tu as bon goût…
Elle m’a posé les mains sur les fesses… Me les a palpées à travers le pantalon… Y a jeté une petite claque…
– Et maintenant ? Il va se passer quoi maintenant ?
– Je sais pas…
– Mais si, tu sais… Tu sais même très bien… Alors ?
– Vous allez me donner une fessée…
– Ah, ben voilà… Et pourquoi ?
– Parce que j’ai été toute nue dans votre escalier ?
– Non…
– Parce que je vous ai pas dit bonjour en arrivant ?
– Non plus, non…
– Parce que je me suis laissée embrasser sans rien dire ?
– Pas davantage…
– Je vois pas alors… Non, je vois pas…
– Parce que j’en ai envie… Tout simplement…




mardi 16 février 2016

Mystérieuse fessée (5)

– Noémie ! Depuis le temps ! Ah, ça fait plaisir de te revoir… Alors raconte ! Qu’est-ce que tu deviens ?
– Oh, pas grand chose… C’est le train-train… Et toi ?
– On déjeune ensemble ? T’as le temps ? On se racontera tout ça…

On a d’abord parlé des mecs…
– Nous, les nanas, c’est toujours par là qu’on commence…
– Et par là qu’on finit…
Oui, oh, ben de ce côté-là, elle, elle galérait pas mal…
– Ça dure jamais plus de six mois… Il y a toujours quelque chose qui finit par clocher… À un moment ou à un autre… À croire que je suis programmée pour tomber sur des cas… Ou bien alors qu’il y a que ça des cas…
– Faut reconnaître… Il y en a pas mal…
– T’as quand même fini par trouver, toi ! Tu t’es mariée…
Je m’étais mariée, oui… Mais c’était pas forcément ce que j’avais fait de mieux…
– Tu regrettes ?
– Oui et non… Il est pas pire qu’un autre… Il bosse… Il me prend pas la tête… Il me laisse les coudées franches… Par contre, côté cul, c’est pas ça qu’est ça… Il est vraiment pas doué le pauvre…
– Ho la la ! Je pourrais pas, moi ! Si je m’éclate pas un minimum…
– Oui, ben ça, moi non plus…
– Et tu vas voir ailleurs…
– Quand le mec il assure pas, il y a que ça à faire…
– C’est ce qu’elle dit aussi Margaux… Et elle laisse pas sa part aux chiens…
– Comment elle va, elle ?
– Oh, bien… Toujours identique à elle-même… Toujours une connerie à raconter… Ou une bonne blague à faire…
De Margaux on est passées à Chrystelle… Qui, elle, n’avait jamais eu le moindre sens de l’humour… À Thera qui fondait en larmes pour un rien… À Ivane qui se sentait agressée dès qu’on lui adressait la parole…
– Finalement il y a pas grand’chose qu’a changé depuis que je suis partie, hein…
– Rien du tout tu veux dire, oui… C’en est déprimant d’une force…

J’ai fini par entrer dans le vif du sujet…
– Et Thibaud ?
– Oh, lui… Métamorphosé…
– Comment ça ?
– Il est tombé sous le charme d’une Irlandaise qui le mène en laisse comme un petit toutou… Il y a déjà deux gamins… Et un troisième en route…
– Eh ben, dis donc ! Quand je pense… Je pouvais pas le voir, lui à l’époque… Il pouvait pas me croiser sans me menacer aussi sec d’une fessée…
– Je me souviens, oui…
– Tu sais que longtemps je me suis demandé s’il allait pas finir par me coincer pour m’en coller vraiment une…
– Oui, oh, il a beaucoup de gueule Thibaud, mais de là à faire un truc pareil… Il aurait fallu qu’il ait une sacrée dent contre toi… Non… Lui, il avait pas vraiment de raison de t’en vouloir… Pour quoi que ce soit…
– Lui ? Ce qui veut dire… Il y a quelqu’un d’autre qui m’en veut ?
– Qui t’en a voulu en tout cas… Et pas qu’un peu…
– C’est qui ?
– T’as la mémoire courte…
– Non, je vois pas, je t’assure…
– Magali…
– Magali… Oh, la la, oui… Quand j’y repense… Ça m’était complètement sorti de la tête cette histoire…
– T’avais fait fort, faut dire…
– Je sais pas ce qui m’avait pris… On fait de ces conneries des fois…
– En attendant, elle avait perdu sa place… Passage de marchandises en caisse sans enregistrer, ça pardonne pas, ça…
– Oh, la la, j’m’en veux, tu peux pas savoir ce que j’m’en veux…
– Oui, oh, ben ça tu peux… Parce que plus de deux ans elle a mis pour en retrouver du boulot… Ça marque au fer rouge un truc comme ça…
– Il y avait de quoi me prendre en grippe…
– Je te le fais pas dire… Elle était remontée d’une force contre toi… T’es partie au bon moment… Parce que, à mon avis, elle aurait cherché à te faire payer… D’une façon ou d’une autre… Et ça aurait mal fini…
– Et elle m’en veut toujours, tu crois ?
– Ça, je sais pas trop… J’ai plus vraiment de contacts avec elle… Mais il y a des chances, oui… Mets-toi à sa place…

jeudi 11 février 2016

Escobarines: Petite annonce (3)

– Non, mais qu’est-ce c’était cette façon de garder tout du long la tête tournée derrière ?
– C’est parce que… Même que je crie pas, ça s’entend le bruit des claques…
– Oui… Et alors ?
– Alors il y a des gens dehors qui pouvaient s’apercevoir de ce qui se passait du coup…
– Et venir sous la fenêtre voir à quoi ressemblait ta petite frimousse…
– Voilà, oui…
– En somme t’assumes pas…
– Si ! Si ! C’est pas ça…
– Bien sûr que si que c’est ça… Bon, mais tu sais pas, le mieux c’est qu’on en reste là… Elle a raison Anna… T’as pas la moëlle pour ce genre de choses… Absolument pas… Allez, rentre fantasmer chez toi…
– Oh, non… Non… Je vous en supplie… Non… Tout ce que vous voudrez je ferai… Tout…
J’ai eu beau promettre… Supplier… Elle s’est montrée inflexible…

Je me suis jetée sur mon lit en larmes, la mort dans l’âme… Quelle idiote ! Non, mais quelle idiote j’étais ! Gâcher une occasion pareille ! Mais fallait vraiment être la dernière des dernières…

Toute la nuit j’ai revécu la scène… Je l’ai remaniée… Refondue… Elle tapait et je regardais droit devant moi… Je criais… Il y avait des gens… Un pépé qui promenait son chien… Qui a levé la tête… Cherché mon regard… Je n’ai pas détourné le mien… Une femme s’est arrêtée à ses côtés… Ils se sont dit quelque chose que je n’ai pas entendu… Et ils ont ri… Deux jeunes ouvriers, en bleus de travail, y sont allés de leurs commentaires… « Oh, putain ! Mais c’est qu’elle se prend une fessée carabinée la poulette… » « Ben alors ! On n’a pas été sage, ma chérie ? » J’avais honte… Terriblement honte… Et tellement envie d’avoir honte… Encore plus…

Et, le lendemain matin, je suis retournée là-bas… J’ai pas pu m’empêcher… Sous sa fenêtre… Vers laquelle j’ai levé la tête… Les passants aussi… Pour voir ce que je regardais… Ce que je regardais ? Moi ! Moi en train, en imagination, de recevoir la fessée… Et ils voyaient aussi… Et ils…

– Qu’est-ce tu fiches là, toi ? Hein ? Qu’est-ce tu fiches là ? Eh bien, réponds !
Je ne l’avais pas entendue arriver…
– Rien… Rien… Je passais dans le coin, alors…
– Ben, voyons ! Je t’avais dit que je voulais plus rien avoir à faire avec toi… Rien… Je te l’avais pas dit ?
– Si, mais…
– Mais quoi ?
– Je vous en supplie, reprenez-moi ! Essayez au moins… Donnez-moi encore une chance… Une dernière… Vous le regretterez pas, vous verrez… Je ferai tout pour être très exactement celle que vous voudrez que je sois…
Elle n’a pas répondu… Elle m’a saisie par une oreille… Tirée… Fait remonter la rue en me traînant comme ça… Par l’oreille… On croisait des gens qui souriaient, goguenards… Deux filles se sont esclaffées… « Wouah ! Comment elle se fait ramener à la baraque l’autre ! » On a tourné à droite… À gauche… Encore… Il y a eu de plus en plus de monde… Des coups de klaxon… Des sifflets… Elle m’a fait passer sous une porte cochère…
– Déshabille-toi !
J’ai obéi… Le pull… Le pantalon… Je me suis arrêtée, indécise…
– Tout ! T’enlèves tout…
Le string… Le soutien-gorge…
– Laisse tout ça là…
Elle m’a reprise… Par la peau du cou cette fois…
– Au sixième on va… Et, avec un peu de chance, on croisera quelqu’un… Allez ! En route !

Au deuxième, une porte a claqué… À l’étage juste au-dessus… Plus haut, quelqu’un a crié… « T’as encore oublié le pain… Combien de fois faudra te le dire ? » Au cinquième un chien a aboyé… Le sixième enfin…
– Tu vas faire la connaissance de Domitille… Elle va beaucoup te plaire Domitille, tu verras…
Au moment de sonner, elle s’est ravisée…
– Et puis, non, tiens ! Une autre fois… On reviendra…
L’escalier… Dans l’autre sens…

mardi 9 février 2016

Mystérieuse fessée (4)

– Je suis désolée, Patrice… Vraiment désolée…
– C’est pas grave…
– Ah, ben si, c’est grave, si, attends ! On est en pleine action et moi, je trouve rien de mieux à faire que de te hurler le prénom d’un autre comme une possédée…
– Faut bien reconnaître que c’est pas très motivant…
– Et pas seulement ça… Parce que qu’est-ce tu vas aller t’imaginer ? Qu’il y a un Thibaud dans ma vie ? Tu serais en droit de le penser…
– C’est toi que ça regarde… T’as pas de comptes à me rendre…
– Je sais bien, oui, mais quand même… Non… Ce qu’il y a, c’est que ça m’est venu comme ça… D’un coup… Sans prévenir… Thibaud ! Bien sûr, Thibaud ! Ça peut être que Thibaud…
– Mais de quoi tu me parles ?
– Ben, tu sais bien… Les trois autres, là, qui me sont tombés dessus l’autre jour… C’est Thibaud derrière tout ça… Forcément…
– Et c’est qui Thibaud ?
– Un type que j’ai connu, quand je faisais mon stage à la grande surface, à Mâcon… Manutentionnaire il était… Il arrêtait pas avec ça… Qu’il allait me mettre une fessée… Tous les jours c’était… Ou presque… Et seulement moi… Jamais les autres filles… « Parce que t’as un cul fait pour ça… Qui l’attire la fessée… On te l’a jamais dit ? » On me l’avait jamais dit, non… « Et en plus tu mérites… C’est pas vrai peut-être ? » Je haussais furieusement les épaules… « Mais si, tu mérites… Pour plein de raisons… Et tu le sais très bien… » Il devenait lourd à force, mais lourd !
– Et il a jamais essayé ?
– De m’en mettre vraiment une ? Oui, ben alors là, il aurait pas eu intérêt… Non… Il se contentait de mimer… De loin…
– Et ça remonte à combien de temps tout ça ?
– Huit ans…
– Et tu crois qu’au bout de huit ans…
– Oui… Oui… Parce qu’il y a ce qu’il m’a dit le dernier jour… Quand je suis partie… « Tu perds rien pour attendre, tu sais… Parce que je t’en collerai une… Et carabinée… Dans quinze jours… Dans six mois… Dans six ans… Ou dans douze… Mais tu l’auras… Je te jure que tu l’auras… » Et puis alors sur un ton… Et en me regardant d’une de ces façons ! Je lui ai pas répondu sur le coup… Je lui ai tourné le dos… Et ça m’est complètement sorti de la tête tout ça… J’avais autre chose à penser… Jusqu’à tout-à-l’heure… Que ça m’est brusquement revenu…
– Mouais…
– T’as pas l’air convaincu…
– Je sais pas… Je sais pas quoi te dire… Il serait venu te la donner lui-même encore… Mais là ! Te le faire faire pas d’autres… Sans même assister… Je vois pas bien l’intérêt pour lui…
– Oui, ben justement… Ce que je me demande, c’est s’il y a pas assisté quand même finalement… Parce qu’il y avait un des deux types qui me tenait… Ça, c’est sûr… Et c’est la fille qui me l’a donnée la fessée… C’est sûr aussi… Mais l’autre type ? Qu’est-ce qu’il fabriquait derrière moi ? Je le voyais pas… Et la question que je me pose, c’est s’il était pas en train de tout filmer avec son portable… Il y a quelque chose qui me dit que si…
– Ah ! Oui, ça, évidemment, ça changerait complètement la donne…
– Faut que je sache… Faut absolument que je sache…
– C’est bien aussi mon avis… Que ce soit lui ou qui que ce soit d’autre faut vraiment que t’en aies le cœur net… Et le plus vite possible… Parce que ça devient une véritable obsession ton histoire… Tu parles plus que de ça… Tu penses plus qu’à ça… T’en sors pas… Même pendant qu’on baise maintenant ! Alors t’as qu’à voir…
– Je sais, Patrice, oui, je sais… Mais tu te rends pas compte de ce que c’est, toi, de vivre avec cette épée de Damoclès suspendue en permanence au-dessus de la tête… De se dire qu’ils peuvent resurgir n’importe quand et recommencer… De pas savoir pourquoi… Ni ce qu’ils te veulent au juste… De te mettre à soupçonner tout le monde autour de toi… Et pourquoi pas celui-ci ? Et pourquoi pas celle-là ? C’est à devenir folle par moments…
– C’est bien pour ça… Je me répète, mais, d’une façon ou d’une autre, faut que tu crèves l’abcès…
– Oui, oh, mais là, il y a toutes les chances qu’il le soit… Parce que tu sais ce que je vais faire ? Je vais y aller à Mâcon… Demain… Et cuisiner Noémie… Une ancienne collègue… Elle est toujours à l’affût de tout Noémie… Au courant de tout…
– C’est peut-être pas le genre de choses qu’ il est allé raconter à ses collègues…
– Oui, oh, alors ça, avec lui, on peut s’attendre à tout…
– Sans qu’il y en ait une qu’ait eu l’idée d’aller le dénoncer ?
– Elles l’auront pas cru… Il est pas à une vantardise près… Quoi qu’il en soit, elle va forcément me mettre sur des pistes Noémie, je la connais… Me permettre de faire le point… Et c’est une chance que je vais sûrement pas laisser passer…

jeudi 4 février 2016

Escobarines: Petite annonce (2)

– Eh bien ? J’attends !
Des raisons pour qu’elle m’en donne une de fessée ? Oh, mais plein il y en avait… Plein… Ça pouvait être… D’abord… Oui… J’étais dépensière… Beaucoup trop dépensière…
Elle a éclaté de rire…
– L’excellente raison que voilà ! T’en as beaucoup des comme ça ? Qu’est-ce tu vas me sortir d’autre ? Que tu te donnes pas à plein dans ton boulot ? Que t’as pas rangé ta chambre ? Qu’est-ce que j’en ai à foutre de tout ça… De ta petite vie étriquée… Non… Des vraies raisons je veux… Des raisons que j’aurais de te punir, moi… Personnellement…
Elle ? Je voyais pas… Je voyais vraiment pas…
– Ben, pourtant ! Ça fait un quart d’heure que t’es là et j’en ai déjà trois…
– Trois !
– D’abord tu m’as menti… Tu n’es pas docile… Tu rêves de l’être, oui, mais tu n’as pas la moindre expérience en la matière… C’est pourtant ce que tu t’es efforcée de me laisser croire…
– Mais…
– Tais-toi ! Ensuite il a suffi que je te siffle pour que tu te précipites ici… Sans savoir au juste où tu mettais les pieds… C’est complètement irresponsable… Tu aurais pu tomber dans n’importe quel traquenard…
– Ben oui, mais…
– Je t’ai dit de te taire… Et enfin tu n’arrêtes pas de lever les yeux sur moi… Ce que je t’ai formellement interdit… Ça fait beaucoup…
– Je savais pas… Je pensais…
– C’est bien là tout le problème… Tu ne sais pas…
Et elle a quitté la pièce en haussant les épaules…

J’ai attendu… Longtemps… Une heure… Deux heures… Plus… Sans oser bouger… Sans oser rien faire… Ni m’asseoir… Ni me rhabiller… Ni m’en aller… Rien… À côté il y a eu des voix… De femmes… Des rires… Et puis il y en a une qui est entrée… Une jeune… À peu près mon âge… Un peu moins… D’instinct j’ai ramené mes bras sur mes seins… Et mes mains en bas…
– Ah, ben ça promet…
Elle s’est approchée, narquoise…
– Allez, fais-moi voir tout ça… Eh, mais c’est qu’elle avait pas tort Anna… T’es pas mal fichue du tout…
Elle m’a longuement examinée… Détaillée… De haut en bas… De bas en haut… M’a effleuré les lèvres… Du bout des doigts…
– Tu l’as déjà fait avec une femme ? Non, hein ? Décidément t’as tout à apprendre… Dans tous les domaines… Oh, mais ça va s’arranger… Je vais te prendre en mains… Non, parce qu’elle veut pas de toi Anna… Pas pour le moment en tout cas… « Ce genre de petite oie blanche, ça me fatigue… Vois si, toi, tu peux en tirer quelque chose… Mais j’en doute… » Elle en doute ? Elle me connaît mal… Parce que quand je me fixe un objectif, moi, je l’atteins… Et quelqu’un de bien docile, de bien formaté, je vais faire de toi… Elle va pas en revenir… Ni toi non plus… Bon, mais pour commencer… À ton avis par quoi on va commencer ?
– Une fessée ?
– Une fessée, oui, ça s’impose… Et pourquoi ?
– À cause de tout-à-l’heure… Quand vous êtes arrivée… Que je me suis dissimulée avec mes mains…
– Bien ! Tu vois que tu peux être très perspicace quand tu veux… T’en as jamais eu, hein ? C’est la première fois…
– Si ! Enfin, non…
– Faudrait savoir… C’est oui ou c’est non ?
– C’est les deux… Parce que j’en ai jamais reçu par quelqu’un… Mais toute seule…
– Ça vaut pas, ça… Ça compte pas… On tape pas à fond toute seule… Tiens, viens ! Mets-toi là…
– Là ? À la fenêtre ?
– On verra que ta tête…
– Ben oui, mais…
– Mais si tu cries, on entendra, ça, c’est sûr… À toi de faire en sorte de pas ameuter tout le quartier… Allez, prête ? On y va…


(à suivre)

mardi 2 février 2016

Mystérieuse fessée (3)

Ça lui paraissait plausible à Daphné…
– Oui, c’est pas idiot du tout l’idée de la collègue… Mais alors si c’est ça, j’te plains… T’as pas fini de t’en voir, ma pauvre…
– Comment ça ?
– Ben, elle va s’acharner…
– T’es encourageante, toi !
– Ça paraît logique, non ? V’là quelqu’un qui t’en veut à mort… Au point de dépenser une somme sûrement rondelette pour te faire flanquer une fessée… À la suite de quoi, qu’est-ce qui se passe ? Rien… Tu réagis pas… Tu portes pas plainte…
– Mais je pouvais pas !
– Je sais bien, oui… On en a suffisamment parlé… Et t’as eu raison… Bien sûr que t’as eu raison… Si tu veux pas voir toute ta vie privée étalée sur la place publique… Avec les conséquences que ça manquerait pas d’avoir… Seulement elle, de son côté, elle va en conclure quoi ? Qu’elle peut en remettre impunément une couche… Que tu bougeras pas… Alors tu penses bien qu’elle va pas se priver… Qu’elle va s’en donner à cœur joie… Non… Attends-toi à les voir revenir… Et sans tarder si ça se trouve…
– C’est gai ! Mais qu’est-ce que je peux faire ?
– À mon avis, malheureusement, pas grand chose… À moins qu’on arrive à être certaines que c’est elle… À disposer de preuves irréfutables… Auquel cas tu pourrais porter plainte nommément contre elle… Sans avoir alors à en passer par la redoutable épreuve d’une enquête tous azimuts… Mais sinon…
– Oui… Il y a pas de solution, quoi !
– Sauf si elle commet une erreur… Ou si, suite à un concours de circonstances imprévu, on la prend la main dans le sac… On peut aussi la mettre discrètement sous surveillance… Et voir ce que ça donne…
– Faut pas non plus focaliser complètement sur elle… Ça reste une hypothèse…
– Ah, ça, c’est sûr…
– D’autant qu’il m’a pas vraiment convaincue Patrice par rapport à Estelle… Pas du tout même… Il a beau dire ce qu’il veut : pour moi, il y a quand même de fortes chances que ce soit elle… Parce que qu’est-ce qu’il peut en savoir, en fait, de la façon dont elle réagirait si elle apprenait qu’il la trompe ? C’est jamais arrivé… Du moins à ce qu’il dit… Et, de ce côté-là, je le crois… Non… Ce qu’il y a, c’est qu’il a pas du tout envie d’imaginer qu’elle puisse être au courant pour nous… Ça remettrait beaucoup trop de choses en question… Ça dérangerait sa petite tranquillité… Alors il préfère nier… Se convaincre qu’elle est insoupçonnable… Ça le rassure…
– Un peu comme toi avec Paul finalement…
– Hein ? Mais c’est pas pareil enfin ! Ça n’a rien à voir…
– Ah, bon…
– Paul ? Non, mais attends ! Paul alors là je suis bien tranquille… Ça peut pas être lui… Je lis dedans à livre ouvert Paul… Il y a pas plus prévisible que lui…
– Ben, justement… Il en a peut-être assez d’être prévisible… Il est peut-être tenté de s’aventurer sur des chemins de traverse…
– Pourquoi tu dis ça ? Tu sais quelque chose ? Si tu sais quelque chose…
– Rien de concret, non… Rien de précis… Mais…
– Mais quoi ?
– Tu vas le prendre mal…
– Je te jure que non…
– Suppose qu’il te dise qu’il est au courant de tout Paul… Tu vas réagir comment ?
– Je vais nier… Il y a que ça à faire…
– Et si c’est impossible ? S’il a des preuves irréfutables ?
– Je vais me défendre…
– C’est-à-dire que tu vas lui faire porter l’entière responsabilité de la situation… Tu n’es pas heureuse avec lui… Tu n’es pas satisfaite… Alors oui… Oui, tu as éprouvé le besoin d’aller voir ailleurs… Patrice, lui au moins il est viril… Rassurant… C’est quelqu’un sur qui tu peux t’appuyer… Avec qui tu te sens pleinement en sécurité… Et même, puisqu’il faut lui mettre les points sur les i, quelqu’un avec qui, au lit, tu prends un pied pas possible… Ça n’a rien à voir avec les petites giclées anémiques dont il te gratifie de temps à autre… Etc. Non ? Ce serait pas ça ?
– À peu près, si…
– Et il le sait Paul… Il sait, d’expérience, qu’il n’aura jamais le dernier mot avec toi… Que tu trouveras toujours moyen de retourner n’importe quelle situation à ton avantage…
– Ouais… Ce que tu es en train d’essayer de me dire en fait, c’est que, comme Paul est trop lâche pour m’affronter ouvertement et me reprocher mon infidélité, il m’a envoyé des émissaires qu’il a chargés de me présenter la note…
– Et pourquoi pas ?
– J’ai du mal à l’imaginer en train d’échafauder quelque chose d’aussi tordu… Mais en même temps il y a quelque chose, tout au fond de moi, qui me dit que c’est pas aussi impossible que ça…