lundi 21 janvier 2019

Petit matin


Dessin d’Otto Schoff

Il m’a quittée. Il est parti travailler. Je m’étire voluptueusement. Je somnole. Quelle nuit, non mais quelle nuit ! Ah, il sait y faire, le salaud, ça, on peut pas dire. Je n’étais plus que jouissance. Bloc de jouissance éperdue. Fessée. Enfilée. Tringlée. Baisée. Fouettée. Pour mon plus grand plaisir. Et le sien. Je suis repue. J’ai un brasier dans les fesses. Qui irradie partout. Dans mes cuisses. Dans ma chatte. Et jusqu’à la pointe de mes seins. Mais je suis heureuse. Rassasiée. Comblée.

La clef dans la serrure de la porte d’entrée. Sa colocataire. Il m’a prévenue.
– Elle travaille de nuit. Elle rentre vers dix heures. Mais elle est très discrète. Elle s’occupera pas de toi…
Discrète ? Voire. La porte de la chambre s’entrouvre tout doucement. Je feins un profond sommeil. Elle se referme sans bruit.
Des odeurs de pain grillé et de café entremêlées viennent me titiller les narines.
Je pense à lui… À ses bras. À ses mains. À sa bouche. À sa queue. Et dire que j’ai failli l’envoyer sur les roses quand il m’a abordée. Une belle connerie que j’aurais faite là, oui !

La porte se rouvre. Ne se referme pas. Pas tout de suite. Elle s’approche du lit. À pas de loup. Je le sais. Je le sens. Elle me regarde dormir. Longuement. Et elle repart sans bruit. Est-ce qu’il la tire, elle aussi ? Peut-être. Et puis peut-être pas. Qu’est-ce que ça peut bien me faire ? J’en ai rien à foutre. C’est leur problème. La seule chose que je lui demande, c’est qu’il m’éblouisse, moi, encore et encore de plaisir. Le reste…

Elle n’y tiendra pas. Elle va revenir. Je donnerais ma main à couper qu’elle va revenir., qu’elle en crève d’envie. Je relève une jambe. Je la replie. Ma chemise de nuit remonte, me dévoile. Tant qu’à venir voir, qu’elle ait quelque chose à voir… Dans la rue, en bas, il y a des appels, des coups de klaxon. Tout un fourmillement. Quelqu’un tape violemment sur quelque chose. Des nuages dessinent un sexe d’homme dans le ciel. Je souris. Est-ce qu’il voudra que ça continue, tous les deux ? Au moins un peu. Quelques jours. Quelques semaines. N’y pas penser. Ne pas nourrir de faux espoirs. Laisser les choses venir. À leur rythme. Comme elles l’entendent.

Et ça y est. Je l’avais dit. Je l’avais pas dit ? Elle est là, juste en face. Tout près. Elle reluque mes fesses d’un rouge endolori. Elle se gave de ma chatte entrebâillée. Me croit-elle vraiment endormie ? Est-elle persuadée, au contraire, que je fais délibérément semblant ? À moins qu’elle ne se pose la question. Que cela ne l’excite de se poser la question. Elle déglutit. À plusieurs reprises. Sa respiration s’accélère. Elle contourne silencieusement le lit, s’assied, du bout des fesses, à mes côtés. Mon souffle à moi est calme, paisible. Elle avance la main, la retire. Elle hésite. N’y tient pas. N’y tient plus. Elle m’effleure un sein, s’enhardit, en saisit délicatement la pointe entre le pouce et l’index, la fait se desser, durcir. Son autre main se pose sur mes côtes, descend en lente, très lente caresse jusqu’au pli de l’aine. Elle y séjourne, un long moment, et puis elle contourne, s’empare de ma fesse…
– Elle est brûlante.
Elle la parcourt, la polit, en éprouve inlassablement le grain et la texture.
– Il t’a pas loupée…
L’autre fesse maintenant. Les deux.
– Et toi, tu t’es laissée faire. Sans essayer de te défendre. Sans même protester. Non ? Je me trompe ?
Je ne réponds pas. Je ne réponds rien.
– Tu y as pris du plaisir, je suis sûre. Hein que tu y as pris du plaisir ? Évidemment. C’est honteux. Honteux ! Et ça mérite… Tourne-toi !
Si elle veut. Comme elle veut. Je me tourne. Sur le ventre.
Elle se penche à mon oreille.
– Tu vas voir… Par-dessus la première qu’est encore toute chaude, tu vas déguster, ma petite, alors là, tu vas déguster !

samedi 19 janvier 2019

Les fantasmes de Lucie (35)


Dessin de Flogger (Luc Lafnet)

Au boulot, il nous est arrivé un jeune stagiaire. D’une vingtaine d’années. Pas mal du tout. L’allure un peu poète maudit. Pierrot lunaire. Mystérieux à souhait. Et c’est nous, Cordelia et moi, qu’on a chargées de le mettre au courant. Ce qu’on a bien évidemment accepté avec empressement. Elle, elle a tout de suite pris une option dessus…
– J’en ferais bien mon quatre heures…
Moi aussi, oui, bien sûr, si je sentais qu’il y avait mèche, je me ferais sûrement pas prier, mais j’ai une autre idée derrière la tête. À cause de ses mains. Blanches. Fines. Aux doigts démesurément longs. Je me trompe peut-être, mais, à mon avis, quand il te crépite le fessier avec des mains comme ça, tu dois le sentir passer. Et moi, j’adore ça, le sentir passer. Sauf qu’encore faudrait-il qu’il soit branché là-dessus. Ce qu’est pas gagné.
Bref, toujours est-il qu’on s’est sérieusement investies, toutes les deux, pour rendre son intégration, à ce Baptiste, la plus aisée possible. Au point même de l’emmener déjeuner avec nous à midi. Il s’est montré un convive charmant. Plein d’humour. Et doué d’un esprit d’à-propos hors du commun. On a passé un excellent moment. Jusqu’à ce que son portable sonne… « Excusez-moi ! ». Et il est allé faire les cent pas avec sur le trottoir.
Cordelia a soupiré…
– Bon, ben voilà, il a une copine. Une fois de plus, c’est râpé. Non, mais tu peux m’expliquer pourquoi, chaque fois qu’un mec me plaît, il est déjà en mains ?
– Parce qu’il a plu à une autre avant.
– Ah, c’est malin ! Bon, mais faut peut-être pas partir battue non plus. Si ça tombe, elle compte pas vraiment pour lui.
– Ça t’arrangerait bien, hein !
– Oui, oh, et puis en même temps, ça n’a pas vraiment d’importance. Au contraire, même. Ça me stimule, moi, la concurrence.
Et, quand il est revenu, elle l’a gratifié d’un sourire enjôleur. Et, tout le reste du repas, elle lui a fait du rentre-dedans comme c’est pas permis. L’après-midi aussi… Pendant que moi, je focalisais sur ses mains. Elles me fascinent, ses mains.

Je me tourne et me retourne dans mon lit sans parvenir à trouver le sommeil. Je pense à lui, je pense à Cordelia. Est-ce qu’elle va parvenir à ses fins ? J’ai envie que oui. Et, en même temps, j’ai envie que non. Je somnole un peu. Mais il y a ses mains. Qui s’agitent devant mes yeux. Mon imagination s’envole. On sonne. Je vais ouvrir.
– Baptiste, mais qu’est-ce que…
Il me repousse. Il a l’air furieux.
– C’est ignoble ce que vous faites toutes les deux… Vouloir briser mon couple comme ça… C’est révoltant…
Je me défile. Je me défausse.
– C’est pas moi ! C’est elle…
Il éclate de rire.
– C’est pas vous, non ! Vous, vous jouez pas cartes sur table. Vous fomentez vos petits coups en douce. Vous êtes pire qu’elle, vous ! Vous êtes fausse. Et sournoise.
Je me débats comme je peux.
– Mais non… Je ne suis pas… Je suis… C’est-à-dire…
Il me coupe la parole.
– Vous vous enfoncez. Bon, mais assez discutaillé. Je ne suis pas venu pour ça. Je suis venu pour vous remettre de l’ordre dans les idées et vous flanquer une bonne fessée et, faites-moi confiance que vous allez vous en souvenir.
Je proteste avec conviction.
– Non, mais ça va pas ? Vous êtes vraiment pas bien, vous, hein !
Mais, en réalité, tout au fond de moi, je suis aux anges. Une fessée ! Il va me donner la fessée !
– Déculottez-vous !
– Que je… ! Non, mais alors là, sûrement pas !
Pourvu qu’il insiste ! Pourvu qu’il insiste !
– Vous feriez mieux de vous y résoudre – et rapidement – parce que plus vous allez me faire attendre et plus je vais me montrer intraitable.
Je m’y résouds en rechignant. Avec ravissement. Avec jubilation.
Et il y a ses mains. Qui prennent possession de mon derrière. Qui s’y installent. Qui caressent et pinçotent. Et qui claquent. D’un coup. Sans prévenir. En pluie. En grêle. En cataracte. Elles font mal, ses mains. Terriblement mal. Mais c’est bon. Si bon. Terriblement bon. Et ça ne s’arrête pas. Il est infatigable. Ça cuit. Ça brûle. C’est insupportable. Mais qu’il continue ! Qu’il continue !
Il continue. Longtemps. Et puis il passe une main entre ses cuisses. Et il constate…
– Tu es trempée.
Il parcourt. Il s’introduit. Il fouille. Je gémis doucement. J’ondule. Je m’ouvre. Je le veux.
Il vient. Il pousse sa queue, lentement, très lentement, jusqu’au fond de moi. Il la retire. Il revient. Il me rend folle.
Je crie mon plaisir. Une première fois. Une deuxième. Et puis lui. Il m’inonde. Il me quitte. Je me blottis contre lui. Il me caresse doucement les cheveux.
– Ah, oui, à propos, je voulais te dire… J’en ai pas de copine. J’ai personne.
Hein ? Non, mais quel salaud ! Ah, il s’est bien fichu de moi ! Et il en a bien profité…
– Toi, par contre, c’est pas bien joli ce que tu viens de faire. Derrière le dos de Cordelia. Et tu te prétends sa copine ! Ah, ben bravo ! Bravo ! Mais tu vas être punie pour ça. Et au fouet, cette fois.

jeudi 17 janvier 2019

Les fessées de Blanche (11)


Sylvain chevauche à ses côtés. Et il parle. Des châtaignes dont il y a profusion cette année. Du vin qui ne devrait pas être aussi mauvais que redouté, tout compte fait. Du nouveau vétérinaire qui est jeune, si jeune, mais qui semble néanmoins connaître son affaire.
Elle écoute et elle n’écoute pas. Elle est ailleurs. Encore dans son rêve de la nuit. Et déjà dans son après-midi avec Gontran.
Sylvain parle. Il parle inlassablement. De la Commune. Des exploits qu’il aurait alors soi-disant accomplis.
– La barricade de la rue Lepic, je l’ai tenue, à moi tout seul, près d’une heure durant.
Et puis de la guerre. De la guerre qui approche, hélas, à grands pas. De la guerre dont personne ne veut, mais que les dirigeants finiront malgré tout par faire advenir.
Elle frissonne.
La guerre. Gontran. Son Gontran. Elle ne veut pas.
Elle l’interrompt.
– Sylvain…
Il se tourne vers elle.
– Mademoiselle ?
– Je ne pourrai pas. Je ne pourrai jamais…
– Vous ne pourrez pas quoi ?
Il a parfaitement compris, mais il veut qu’elle le dise. Il veut le lui faire dire.
Elle baisse la tête.
– Le quitter. Quitter Gontran.
Il saute à terre. Il lui tend la main.
– Que Madame descende de cheval !
Elle obéit.
Ils sont au milieu des bois. Pas âme qui vive à des kilomètres à la ronde. Il attache les chevaux. Il brandit la cravache.
Elle sait ce qu’il lui reste à faire. Elle n’attend pas qu’il le lui demande. Elle se détourne et elle se dénude. Les fesses. Et le dos.
L’ordre claque, sec, impérieux.
– À genoux !
À même le sol. C’est froid. Des brindilles lui picotent la peau. Et elle a honte. Tellement honte. Mais c’est pour lui. Pour Gontran. Il va tellement aimer voir sa peau striée, en suivre les boursouflures du bout des doigts. Gontran…
Et Sylvain frappe. Des coups appuyés. À intervalles réguliers. De la base du cou au haut des cuisses. Méthodiquement. Sur toute la surface. Elle serre les dents pour ne pas crier. Les larmes lui montent aux yeux. Tu vas aimer, Gontran… Oh, comme tu vas aimer !
Et ça repart. Dans l’autre sens. Insupportable, mais bon. Si ! Oui. Tellement bon. De plus en plus. Elle tombe face contre terre. Et le plaisir la prend. Toute. La fulgure. Un plaisir fou. Elle enfouit sa tête dans les feuilles pour ne pas le crier. Pour qu’il ne l’entende pas le crier.
Il s’arrête. Elle se relève. Elle n’est plu que brûlure. Elle se rhabille. Le frottement des vêtements sur sa peau est un véritable supplice, mais…
Elle remonte à cheval. Ils chevauchent en silence.

Gontran passe les mains sous sa robe.
– T’en as reçu une ! Ah, si, si ! T’en as encore reçu une.
Ses yeux brillent. Il est tout dur contre elle. Il veut voir.
Il va voir.
– Oh, là là, oui ! Et quelque chose de bien. C’est qui ? Ton mari, hein ?
Non. Elle fait signe que non.
– Qui alors ? Dis-moi !
Elle lui met un doigt sur les lèvres.
Il n’insiste pas. Il la couvre de baisers. Et il est en elle. Impatient. Impérieux. Il y éclate son plaisir. Et fait surgir le sien.

lundi 14 janvier 2019

À l'hôtel


Dessin de Fredillo


C’est Georges qui choisit l’hôtel. Toujours. Jamais le même. Et loin. Le plus loin possible. Que personne ne nous connaisse. Un hôtel qui réponde à un certain nombre de critères. Et qui, d’abord et avant tout, soit très mal insonorisé. Qu’on entende absolument tout d’une chambre à l’autre.

On y arrive, généralement, sur le coup de six heures du soir. On s’installe et on écoute. À droite, à gauche, au-dessus, en-dessous, on se prépare pour descendre au restaurant. Il y a des bruits de pas, des voix, des ruissellements d’eau. Tout un fourmillement.
On se fait signe. Allez ! Et il attaque. D’une voix forte. Furieuse.
– Tu as recommencé…
– Non, je te jure.
– Et tu mens. En plus !
– Je le ferai plus. Je te promets.
– J’ai déjà entendu ça dix-huit mille fois.
– Oui, mais cette fois, c’est vrai. Je t’assure, Georges ! Si, je t’assure !
– Tu sais ce qu’on avait dit…
– Oh, non ! Je t’en prie… Pas ça ! Je t’en supplie…
– Allez ! En position…
J’ai beau chouiner, implorer, promettre encore et encore de ne pas recommencer, rien n’ y fait. Il se montre intraitable.
– Tu te dépêches, oui !
Et j’en passe par où il veut. En pleurnichant.
Je m’agenouille au bord du lit. Je relève ma robe jusqu’à la taille. Je me déculotte. Et j’attends. Jamais bien longtemps.
Il tape. Avec la main d’abord. De grandes claques retentissantes qui m’arrachent quelques gémissements, puis, quand la douleur se fait plus vive, de véritables plaintes.
Il marque une pause. Aux alentours le silence s’est fait. Un silence d’attente. Un silence d’écoute.
Et alors… À la ceinture cette fois. Une dizaine de cinglées âpres, brûlantes qui m’arrachent des cris déchirants.
– Là ! Et tiens-le toi pour dit…
Je me relève lentement. En reniflant. Il me sourit. Je lui souris. Je suis trempée.
Tout autour on se remet lentement en mouvement. Il y a des rires quelque part. Quelqu’un, au-dessus, se met à crier : « Ouille ! Hou là là ! Ouille ! Ouille ! Ouille ! ». Des portes s’ouvrent. Il y a des pas dans le couloir. Des voix. Les gens descendent dîner.
Nous, on attend qu’en bas la salle se soit remplie.

– Allez, on y va ?
Il me donne le bras. Et on fait notre entrée. Toutes les conversations s’arrêtent d’un coup. Tous les regards convergent vers nous. Notre table est à l’autre bout, là-bas. On traverse. Dans un silence absolu. Je baisse pudiquement les yeux. Je frissonne. Un serveur me tire ma chaise.
– Merci.
Autour de nous, les conversations reprennent, hésitent, trouvent leur vitesse de croisière. Je ne regarde rien. Ni personne.
Le maître d’hôtel vient prendre la commande, impassible. S’éloigne.
Georges se penche vers moi.
– On nous regarde. Tu es l’attraction de la soirée, ma chère.
Sous la table je croise les jambes, les décroise, les recroise encore. Je lève brièvement les yeux. Une femme se moque ouvertement de moi. Je les rebaisse aussitôt. Mais j’y retourne. C’est plus fort que moi. Elle rit de plus belle. D’autres aussi. Des quantités de regards convergent vers moi.
Georges pose une main sur mon bras. Me chuchote à l’oreille.
– Tu as honte. Et ça se voit. Mais tu aimes tellement ça !
Je serre les cuisses. J’aime, oui.
Il insiste.
– Qu’est-ce que ce sera tout-à-l’heure !
Tout-à-l’heure, quand il en aura remis une couche et que mes cris de jouissance retentiront dans tout l’hôtel.

samedi 12 janvier 2019

Les fantasmes de Lucie (34)


Dessin de Fredillo

Cordelia a poussé un profond soupir.
– Il me gonfle ce dossier, mais alors là, tu peux pas savoir ce qu’il me gonfle. On se fait un petit break ?
– Toi, je te vois venir… Tu veux savoir où les pérégrinations de notre gode l’ont mené. C’est ça, hein ?
– Pas vraiment, non ! Mais puisque tu le proposes si gentiment… Allez, vas-y ! Je t’écoute.
– Donc… Donc on l’avait laissé chez la femme d’un capitaine au long cours, notre petit gode adoré.
– Et même… entre ses cuisses.
– Où sa belle-mère a fini par aller le débusquer.
– Oh, cette volée qu’elle lui a flanquée, n’empêche…
– Avant de le lui subtiliser.
– Quelle garce ! Et elle en a fait quoi ?
– On sait pas. On en a longtemps perdu la trace. Avant de finalement le retrouver chez la petite protégée d’un homme immensément riche. Une certaine Olga.
– Une actrice, j’parie.
– Oui, oh, une prétentieuse qui s’imaginait, à tort, bourrée de talent. Qui, les rares fois où elle est montée sur scène, s’est attiré moqueries et huées. Elle en a tenu pour seul et unique responsable son protecteur de baron. Auquel elle a reproché de ne pas faire jouer à fond ses relations. De ne lui obtenir que de petits rôles. Qui ne lui permettaient pas de donner sa pleine mesure. Et elle est, peu à peu, devenue vindicative, exigeante, ergoteuse. Bref, invivable.
– Je vois ça d’ici.
– Du coup, lui, il s’est lassé. Il est venu moins souvent. Presque plus. Plus du tout. Et il lui a coupé les vivres. Elle s’est claquemurée chez elle, désespérée, en la seule et unique compagnie de ses joujoux dont elle s’est mise à faire un usage immodéré. Elle passait ses journées à se donner du plaisir.
– Ça me plairait bien, à moi, ça, comme mode de vie…
Sauf qu’il fallait bien manger. Et qu’elle a vendu, petit à petit, la mort dans l’âme, ses bijoux, ses bibelots, ses meubles, et jusqu’à la plupart de ses vêtements. Tant et si bien que, quand, un beau matin, les huissiers se sont présentés à sa porte, il ne lui restait plus que son lit, un bidet pour faire sa toilette, deux paires de chaussures et sa collection d’indéfectibles compagnons.
– Comme ça, au moins, l’inventaire a été vite fait.
– Le lit, ils étaient tenus de le lui laisser. Le bidet, ils se sont bien fait tirer un peu l’oreille, mais bon, ils ont finalement consenti à ne pas le saisir, mais pour les godes, par contre, ils ont estimé qu’il ne s’agissait pas de produits de première nécessité, qu’elle pouvait parfaitement s’en passer.
– Hein ? Mais c’est dégueulasse ! Comment tu veux vivre sans ça ?
– C’est bien ce qu’elle leur a dit. Mais elle a eu beau argumenter, supplier, tempêter, ils se sont montrés intraitables. Et ils les ont emportés. À son grand désespoir.
– Je comprends ça !
– Elle venait à peine de se jeter en larmes sur son lit quand ils sont revenus.
– Les salauds ! Ah, ils aiment ça, se repaître du malheur des gens !
– Oui. Non. Mais là, ils avaient une proposition à lui faire. Ils voulaient bien les lui restituer, mais à la condition qu’elle les utilise devant eux…
– Tous ?
– Quand même pas, non ! Il y en avait six.
– Six ! Eh ben, dis donc ! Et elle l’a fait ?
– Tu penses bien que oui ! Elle était prête à tout pour les récupérer.
– Et c’est le nôtre qu’elle a utilisé, j’parie !
– Bingo !
– Pendant que les trois vieux cochons, ils se paluchaient à qui mieux mieux.
– Forcément, ça !
– Tu l’as sur toi ?
– Non.
– Et zut ! Toujours tu devrais l’avoir. Au cas où…
– T’as tes doigts.
– Oui, mais bon ! Elle a joui ? Ben oui, forcément qu’elle a joui… Moi, j’aurais trois mecs en train de me regarder faire en se branlant, même que ce soit des vieux, je peux te dire qu’il m’en fumerait, le clito…
Sa main a disparu sous le bureau.
– Et eux ?
– Eux aussi ils ont joui, tu penses bien ! Un mec, quand il s’empoigne la queue, il la lâche pas avant de l’avoir amenée là où il voulait. Même que c’est tous les trois ensemble qu’ils ont dégorgé quand elle s’est mise à piauler et à racler par terre avec les pieds.
– Oh, la vache ! Oh, la vache !
– Comme toi, là, en ce moment.
– J’en peux plus…
Ça a fait trois belles gerbes blanches qui se sont élancées toutes en chœur dans sa direction. Qui ont fini leur course à ses pieds.
Son bras s’est frénétiquement agité.
– Et après, Lucie ? Et après ?
– Après, ils lui ont flanqué une fessée magistrale pour la punir d’avoir tenté de suborner des fonctionnaires dans l’exercice de leurs fonctions.
– J’en étais sûre…
– Et je peux te dire qu’ils ont pas fait semblant. Il a dû lui cuire un moment son joufflu.
– Et les godes ?
– Ils sont partis avec.
– Ça vient, Lucie, ça vient. Je vais jouir. Oh, que c’est bon ! Que c’est bon !

jeudi 10 janvier 2019

Les fessées de Blanche (10)


Pierre lit. Son journal. En mangeant. Pousse, de temps à autre, une exclamation. Commente à mi-voix…
– Et ils comptent nous faire croire ça !
Il ne la voit pas. Elle n’existe pas.
Elle n’existe pas et c’est une envie soudaine en elle, violente, de lancer un grand coup de pied dans la fourmilière, de lui jeter à la figure qu’elle a un amant. Un amant, oui ! T’es cocu. Hein, qu’est-ce que tu dis de ça ? Il lèverait les yeux sur elle. Il soupirerait. Peiné ? Malheureux ? Furieux ? Jaloux ? Même pas, non. Ennuyé. Seulement ennuyé. De voir dérangée sa petite routine. De devoir prendre en considération, d’une façon ou d’une autre, un problème qu’il n’avait pas prévu.
Il replie son journal. Il se lève, va jusqu’à la fenêtre, écarte le rideau.
– Décidément, la nuit tombe de plus en plus tôt.
Il s’étire. Bâille.
– Je monte me coucher, chère amie. Je vous souhaite le bonsoir.

Les marques sont toujours là. Marques qui se sont estompées. Dont les couleurs se sont altérées. Toujours du rouge, mais aussi par endroits, par petites touches, du grenat, du noir, du jaune, du bleuté.
Elle appuie. Elle enfonce ses doigts. La douleur n’est plus la même. Moins vive. Moins intense. Mais plus sourde. Plus ancrée.
Elle sourit. Il a aimé, Gontran, que ses fesses soient zébrées. Tellement. Avec quelle ardeur il les a caressées, redessinées, pétries. ! Avec quelle passion il l’a prise  ! Il l’a comblée. Il l’a rendue folle. Elle l’aime.
Sa chemise retombe.
Elles s’effaceront, les marques. Non. Ah, non, non ! Elles ne partiront pas. Elle ne veut pas. Il y en aura d’autres. Beaucoup d’autres. Avant même que celles-ci aient disparu. Des marques incrustées dans sa peau plus profondément encore. Des marques qui le raviront. Qui lui donneront éperdument envie d’elle. Le fouet la cuira, la brûlera, la mordra, lui fera infiniment mal. Oui, elle sait. Tant pis. Ou tant mieux. Elle veut souffrir pour lui. Pour que son désir s’affole. Pour qu’elle s’en enivre. Et elle est prête à en payer le prix. Dès demain. Demain Sylvain la punira.

Elle se laisse doucement descendre à proximité du sommeil. Ses doigts font rouler les boursouflures sur ses fesses. Elle sourit. Elle est heureuse. Elle pense à lui. Elle est dans la grange avec lui. Elle est dans ses yeux.
Et elle s’endort tout contre lui.
Il est dans ses rêves. Des rêves doux et brûlants dont elle se refuse à sortir. Dans lesquels elle se pelotonne voluptueusement.
Et puis il y a quelqu’un dans son rêve. Quelqu’un qu’elle ne connaît pas. Qui brandit une cravache. Qui veut la fouetter. Elle s’affole. S’enfuir… Courir… Mais ses jambes refusent de lui obéir. On la saisit par un bras. Se débattre… Crier… Hurler… Elle n’y parvient pas.
– Faudrait savoir ce que vous voulez !
C’est alors qu’elle le reconnaît. Sylvain ! Elle pousse un immense soupir de soulagement. C’est Sylvain.
– Êtes-vous décidée à quitter ce jeune homme ?
Le quitter ? Ah, mais non ! Non ! Jamais de la vie. Il n’en est pas question.
– Alors Mademoiselle va être punie.
Elle ne proteste pas. Elle ne se dérobe pas. Elle s’agenouille, tend sa croupe vers lui. Elle s’abandonne.
Un premier coup tombe. Sèchement appliqué. Elle sursaute. Elle ferme les yeux. C’est pour lui. C’est pour Gontran. Elle est heureuse.
Les coups se succèdent. À toute volée. De plus en plus rapprochés.
Elle gémit. De plus en plus fort. Elle ondule.
Il s’arrête. Il est furieux.
– Ah mais non, non ! C’est une punition. Une punition !
Elle se réveille. En sursaut. C’est trempé entre ses cuisses.

lundi 7 janvier 2019

Une arrivée prématurée


Dessin de N.Carman

J’ai sonné. Une première fois. Une deuxième fois. Une troisième.
Elle a enfin ouvert.
– Eh bien, Ninette, aviez-vous donc résolu de me laisser dehors ?
Elle était écarlate, échevelée, la coiffe de travers. Et l’allure fautive.
– Oh, non ! Mais Madame n’attendait pas Mademoiselle si tôt. Elle est sortie.
– Et vous en profitiez pour recevoir quelque amoureux.
Elle a pris un air horrifié.
– Oh, non ! Non ! Je puis jurer à Mademoiselle…
– Vous mentez mal, Ninette. Très mal. Tout, dans votre tenue et dans votre attitude proclame haut et fort que j’ai interrompu vos ébats. Oh, mais nous l’allons trouver, ce galant. Nous l’allons trouver. Prenez mon bagage et suivez-moi !

J’ai parcouru les pièces, une à une.
C’est dans la chambre de ma sœur que la joute avait eu lieu. Le lit était défait, la fenêtre ouverte. À l’évidence, le maraud venait de s’enfuir par là en oubliant, dans sa précipitation, sa casquette sur une chaise.
Je la lui ai lancée au visage.
– Eh bien, aurez-vous encore le front de nier ?
Elle a gardé le silence, tête basse, les yeux rivés au sol.
– Que va faire Mademoiselle ?
– Et que voulez-vous donc que je fasse ? Prévenir bien évidemment ma sœur qu’en son absence vous batifolez dans son lit avec vos amants.
– Mais elle va me renvoyer !
– Assurément…
– Je supplie Mademoiselle de n’en rien faire.
– Je ne saurais y consentir. La faute que vous avez commise est d’une extrême gravité.
– Alors punissez-moi ! Punissez-moi, je vous en conjure. Mais gardez-moi le secret.
– Vous punir, Ninette ? Et comment donc ?
– Comme vous voudrez. Comme il vous plaira.
– Une fessée alors…
– Si Mademoiselle estime que je l’ai méritée…
– Vous l’avez amplement méritée. Reconnaissez-le au moins !
– Oui.
– Très bien. Alors venez là ! Là… Près de la table. Et penchez-vous !
Elle l’a fait. De bonne grâce. J’ai relevé la robe, baissé la culotte. Et poussé un long grognement de satisfaction.
– Hum ! Que voilà une croupe comme je les aime ! Dodue à souhait. Rebondie que c’en est un plaisir. Et d’une blancheur d’albâtre. Ah, il doit se régaler, votre amoureux !
Et j’ai lancé une première claque. Qui l’a fait sursauter.
– Ah, c’est excitant, hein, de forniquer dans le lit de sa maîtresse !
Une deuxième. Une troisième.
– On y éprouve des sensations d’une intensité ! C’est l’extase. Le bonheur absolu. Non ?
Une dizaine. En pluie. En rafale.
– Mais si ! Bien sûr que si ! Vous avez planté furieusement vos ongles, de plaisir, dans les chairs de votre partenaire. Et crié comme une perdue. Ce que vous allez recommencer à faire. Et sans tarder.
Et j’ai tapé. Fort. Débondé. Libéré. À plein régime.
Elle a hululé. Piaillé.
– Ah, ben voilà ! J’aime. Beaucoup. Infiniment. Encore ? Allez, encore !
Feulé. Beuglé.
– Vous savez que avez une voix ravissante quand vous la laissez pleinement s’exprimer. Et que votre croupe est maintenant d’un rouge profond du plus bel effet. Comme sans doute votre petite frimousse. Faites voir… Ah, si, si ! Faites voir ! Effectivement, oui. C’est ravissant. Ah, on a passé un excellent moment toutes les deux, hein ! Oh, mais on recommencera. Bientôt. Très bientôt. Je vous le promets. En attendant, allez vite changer les draps de son lit avant que ma sœur ne rentre…