lundi 23 avril 2018

La demoiselle du château

Dessin de Louis Malteste


– Qu’est-ce vous faites là, Mademoiselle Lise ?
– Je regarde. Comment elles sont rouges, ses fesses à Honorine.
– Et elles vont l’être davantage encore.
– Pourquoi ? Qu’est-ce qu’elle a fait ?
– Ce qu’elle a fait ? Elle s’est comportée d’une façon absolument ignominieuse. Voilà ce qu’elle a fait…
– Elle a volé ?
– Si c’était que ça !
– C’est quoi alors ?
– C’est ça ! Gigote, toi ! Gigote !
– Ah, je sais ! Elle a couché avec ton fiancé. C’est ça, hein ? Tu veux pas le dire ? Pourquoi tu veux pas le dire ?
– Et pleurniche bien ! Si tu crois que c’est comme ça que tu vas m’amadouer.
– Tu me le feras après, Léonie ?
– Certainement non, Mademoiselle Lise…
– Ben, pourquoi ?
– Parce que ça se donne pas pour rien, une fessée. Il faut qu’il y ait une raison.
– Mais il y en a, des raisons ! Des quantités et des quantités. Si tu savais…
– Quand même ! Ce n’est pas possible.
– Pourquoi ? Parce que je suis la fille des châtelains, la fille des maîtres, c’est ça, hein ? Mais je fais ce que je veux. Je suis majeure.
– N’insistez pas ! C’est non.
– Bon, tant pis. Je vais me débrouiller autrement.
– C’est-à-dire ?
– Je trouverai quelqu’un d’autre.
– Et qui donc ?
– Basile, le jardinier. Je vais lui demander. Il me refusera pas, lui !
– Ne faites pas ça !
– Et pourquoi donc ?
– Parce que c’est un homme. Et parce que c’est Basile. Et Basile…
– Qu’est-ce qu’il a, Basile ?
– Non, rien.
– J’y vais alors. Il doit être à la serre à cette heure-ci.
– Non ! Attendez !
– Tu vas me le faire ?
– Peut-être.
– Peut-être ou sûrement ?
– Sûrement. Pas question que je vous laisse aller trouver Basile.
– Mais alors aussi fort qu’à Honorine tu vas me le faire, hein ! Plus, même.
– Comme Mademoiselle voudra…
– Allez, vite ! Finis-la ! À mon tour maintenant. J’ai trop hâte.

samedi 21 avril 2018

Un dîner presque parfait

Dessin de Kal.

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C’est à l’École hôtelière qu’on avait sympathisé tous les cinq. Et on était restés en contact une fois nos diplômes obtenus. On se voyait souvent. On passait, de temps à autre, un week-end ensemble. Curieusement, aucun d’entre nous n’avait finalement fait carrière dans l’hôtellerie ou la restauration. On souffrait, du coup, de ce qu’on appelait, entre nous, le syndrome de « la cuisine rentrée. » Et on se lançait des défis.
– Challenge Forêt noire !
Ou…
– Challenge croustade de ris de veau aux morilles.
Et chacun avait à cœur de donner le meilleur de lui-même.

C’est Benoît qui a eu l’idée. Ou peut-être Kevin. En tout cas l’un des deux garçons.
– Et si on faisait comme à la télé… L’émission, là… Un dîner presque parfait.
– Et ce serait quoi, le prix ? Pas de l’argent quand même !
– Une fessée !
– Comment, ça ?
– Le gagnant – ou la gagnante – flanquerait une fessée au perdant – ou à la perdante –.
Armelle s’est récriée.
– Ça va pas, non ? Vous êtes pas bien, il y a des jours.
J’ai, moi aussi, protesté. Du bout des lèvres.
– Vous avez de ces idées !
Mais Aurélie, elle, elle était partante.
– Parce que vous faites les malins, les mecs, mais moi je suis bien tranquille que c’est l’un de vous deux qui va y attraper. Et même, avec un peu de chance c’est moi qu’aurai le plaisir de la lui aministrer cette fessée.
Armelle a fini par donner, elle aussi, son accord. Après tout, elle n’avait guère qu’une chance sur cinq de perdre et comme c’était l’une des meilleures d’entre nous.
Quant à moi, je me suis bien fait tirer un peu l’oreille, pour la forme, mais j’ai fini par me ranger à l’avis de la majorité.

Pour la forme, oui. Parce qu’en réalité je buvais du petit lait. Une fessée ! Des éternités que j’aspirais à en recevoir une. Depuis deux ans. Depuis que Jean m’avait initiée à ces plaisirs douloureux, mais si savoureux. J’allais perdre, ah, ça, sûr que j’allais perdre. J’allais faire ce qu’il fallait pour. Discrètement, pour que personne ne se doute de rien, mais j’allais perdre.
Et j’imaginais la main de Kevin s’abattant sèchement sur ma croupe, y déposant impitoyablement de brûlantes rougeurs. Ou bien celle de Benoît, sans doute moins âpre, moins percutante, mais infatigable et, au bout du compte, tout aussi efficace.

Il y a d’abord eu Kevin, puis Armelle, puis Benoît. Qui avaient, tous les trois, sorti le grand jeu. Qui nous avaient concocté des repas impeccables.
J’ai, le samedi suivant, brillé à mon tour de tous mes feux. Sauf pour le dessert. Que j’ai délibérément et lamentablement raté. Ma note allait inévitablement s’en ressentir et j’allais l’avoir, cette fessée tant désirée. J’allais l’avoir. Et devant eux tous en plus ! J’étais aux anges.

Restait quand même à venir la prestation d’Aurélie. Dont je savais que je n’avais strictement rien à craindre. Tout, quand elle cuisinait, était toujours absolument irréprochable.
Sauf que ce jour-là… La sauce de son saumon à l’oseille était en liquette. Quant à son tiramisu, il est resté dans les assiettes.
– Je suis désolée.
Oui, ben ça, elle l’était pas tant que moi.
– Je sais pas ce qui s’est passé.
Je le savais, moi, ce qui s’était passé. Je le savais même très bien. Quelle garce ! Non, mais quelle garce !

Mais, en attendant, c’est elle qui s’est retrouvée, robe relevée au-dessus de la taille, en travers des genoux de Benoît. Un Benoît qui, après quelques petites tapes-préludes, a rapidement pris sa vitesse de croisière. Comme il y allait ! À grandes claques tonitruantes qui s’abattaient dru sur son derrière. Qui l’ont très vite égayé d’un rouge flamboyant du plus bel effet.
Je l’encourageais mentalement. « Allez, vas-y, Benoît, ! Vas-y ! Elle en veut ? Donne-lui en ! Donne-lui en même tellement que ça lui en fasse passer définitivement l’envie. » Et on aurait dit qu’il m’entendait. Parce que de plus en plus fort il tapait. Et de plus en plus vite.
Quand il s’est enfin arrêté, j’ai fait remarquer…
– C’était pas une vraie fessée ! Une vraie fessée, ça se donne déculottée.
Une brève hésitation et puis il la lui a baissée, la culotte. Et il a tout repris à zéro.

jeudi 19 avril 2018

Quinze ans après (2)

C’était un type d’à peu près mon âge. Jovial. Chaleureux. Au regard clair. À l’abord franc. Qui, d’entrée de jeu, m’a fait claquer la bise.
– Depuis le temps que Philibert me parle de vous !
Et a absolument tenu à nous offrir le restaurant. Gastronomique le restaurant. Avec atmosphère feutrée et serveurs pingouins.
Il a attaqué d’emblée, avant même que les hors d’œuvre nous aient été servis.
– Philibert vous a expliqué…
– En gros. En très gros.
– Oui. Ce que je voudrais, c’est que ce soit des femmes de tous les jours. Des employées. Des institutrices. Des dirigeantes d’entreprise. N’importe. Mais pas des modèles. J’en ai soupé des modèles. Non. Des femmes au foyer. Des mères de famille. Des femmes mariées. Des célibataires. Des divorcées. De ces femmes qui ont des fantasmes plein la tête, qui les caressent à longueur de nuit, mais qui n’ont jamais osé passer à l’acte. Votre rôle, à vous, consistera à les convaincre de le faire.
– S’il s’agit, pour moi, d’aller écumer les bars ou les boîtes de nuit…
– C’est hors de question. Ce n’est de toute façon pas là que les femmes qui nous intéressent se trouvent. Ou très rarement. Non. Ce que nous allons faire… Passer des annonces. Pas forcément, d’ailleurs, sur des sites spécialisés. Au contraire même. J’ai ma petite idée. Des annonces dans le registre : « Jeune femme aimerait discuter fessée avec d’autres femmes » C’est tout. Pas la peine, dans un premier temps, d’en dire davantage. Discuter, c’est rassurant, ça, discuter. Uniquement discuter. Et avec une femme, qui plus est. Elles vont se sentir en parfaite sécurité. Et je suis convaincu que nous serons extrêmement surpris du nombre de réponses que nous allons recevoir. À vous ensuite de dialoguer. De prendre votre temps. De faire le tri. Et de ne conserver que celles qui vous sembleront susceptibles d’entrer dans le jeu et d’accepter, à terme, que vous leur claquiez le derrière. Il vous suffira ensuite d’user de patience, de vous montrer rassurante et persuasive, de les amener, pas à pas, là où nous souhaitons qu’elles se rendent.
– Ça paraît simple comme ça, mais…
– Ce le sera. Je suis absolument convaincu que vous vous en sortirez haut la main. Et que ce sera un moment particulièrement exaltant.
– Peut-être le plus exaltant finalement.
– Il y a toutes les chances en effet. Peut-être n’arriverons-nous à nos fins qu’avec un très petit nombre d’entre elles. Une sur cinq. Une sur dix. Mais quel bonheur ce sera, pour vous comme pour moi, quand vous réussirez à la coucher enfin en travers de vos genoux, pour lui infliger une éclatante première fessée.
– À laquelle il vaudra mieux que vous n’assistiez pas.
– Non. Bien sûr que non. Ça flanquerait tout par terre. Après, plus tard, quand vous aurez pris votre vitesse de croisière toutes les deux, c’est quelque chose que vous lui suggérerez, si vous sentez que c’est une proposition susceptible d’éveiller des échos en elle. Que je puisse enfin entrer à mon tour en scène.
– Uniquement comme spectateur ?
– Cela va de soi. Jamais il ne sera question de rien d’autre.
– Il me faudra sans doute néanmoins vaincre bien des réticences.
– Vous les vaincrez. Ça prendra le temps que ça prendra, mais vous les vaincrez. Et, une fois que je serai dans la place, à moi alors, avec votre aide, de faire en sorte qu’elle accepte de se laisser filmer.
– J’aurai bien entendu droit à une copie ?
– Cela va sans dire… Tout vous paraît clair ?
– Parfaitement.
– Et… vous êtes partante ?
– Je le suis.
– Si vous avez la moindre question, le moindre doute, vous n’hésitez pas. Vous m’appelez ou vous me laissez un mail. Ou même vous passez. Toutes mes coordonnées sont là. Et… ah, oui… je vais lancer les annonces dès ce soir. Ça peut aller vite. Très vite. On ne peut pas savoir.

lundi 16 avril 2018

Entre elles.

Félix Vallotton. Die Ruhe der Modelle

– Je comprends pas.
– Il y a rien à comprendre. Je te quitte. Voilà. c’est tout.
– Mais pourquoi ?
– Parce que… Ça a été une belle histoire, nous deux. Une très belle histoire. Mais même les plus belles histoires ne peuvent pas durer éternellement.
– Tu m’aimes plus, quoi ! C’est ça, hein ?
– Moins.
– Mais pourquoi ? Qu’est-ce que j’ai fait ? Qu’est-ce qui te plaît plus en moi ?
– Mais rien du tout. C’est pas la question.
– C’est quoi, alors, la question ? T’as rencontré quelqu’un ?
– Oui.
– Ah, nous y voilà ! Qui c’est ?
– Ça n’a pas d’importance qui c’est.
– Ah, si, ça en a, si ! Beaucoup. Elle a quel âge ?
– Vingt-huit.
– Elle est mieux que moi ?
– Elle est différente.
– Blonde ? Brune ?
– Qu’est-ce que ça peut faire ?
– Si, ça fait. Elle te lèche bien ?
– Écoute, Flora…
– Oui, forcément. Ça te fait complètement grimper aux rideaux, ça. Tu l’as rencontrée où ?
– Sur Internet.
– Ah, ben d’accord ! Ce qui veut dire que, même en étant avec moi, tu cherchais déjà ailleurs. Qu’est-ce c’était comme site ? Tu cherchais quoi ?
– Quelque chose qui t’a jamais branchée.
– Mais quoi ? Dis ! C’est agaçant à la fin.
– J’ai trop besoin de flanquer des fessées à quelqu’un.
– Mais pourquoi tu m’as pas demandé à moi ?
– On en a parlé. À plusieurs reprises. T’as jamais réagi.
– Parce qu’on évoquait ça comme ça. En l’air. T’étais pas explicite.
– Parce que t’étais pas réceptive.
– Que tu dis !
– Tu le cachais bien alors !
– C’est vrai qu’a priori c’était pas le genre de choses qui m’attiraient, mais j’aurais su quelle importance ça avait pour toi…
– Tu m’aurais fait la charité.
– Mais pas du tout enfin ! J’aurais été heureuse de te faire plaisir. Tu sais bien comment ça m’excite de te sentir excitée.
– Mais pas pour ça !
– T’en sais rien du tout. On a jamais essayé. Essaie ! Vas-y ! Essaie !

– Effectivement !
– Ah, tu vois !
– D’autant que je t’ai pas ménagée.
– Et j’ai pas fait semblant, hein ! À aucun moment j’ai fait semblant.
– Je sais, oui. J’ai vu. Mais, Flora…
– Oui. Quoi ?
– Faut que je te dise quelque chose. Il y a jamais eu d’autre nana. Et j’ai jamais eu l’intention de te quitter.
– Hein ! Mais pourquoi t’es allée inventer une histoire pareille ?
– Parce que sinon, tu ne te serais offerte que du bout des fesses, tandis que là !
– Oh, la garce ! Non, mais quelle petite saloperie tu fais ! C’est toi qu’en mérites une, oui ! Et je peux te dire que tu vas prendre cher.

samedi 14 avril 2018

Preuves à l'appui

Dessin de Kal "Ce petit bout de tissu"

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Ma vieille copine Bénédicte trouvait que j’avais beaucoup de chance.
– T’as ton appart. T’es indépendant. Tandis que moi, chez les parents… C’est pas l’enfer non plus, non, faut rien exagérer, mais quand même, t’es pas à ta main. Bon gré mal gré, faut que tu t’adaptes à leur rythme à eux. Que tu fasses tout un tas de concessions. Et puis ce qu’il y a surtout, c’est que, les rares fois où Baptiste peut venir passer la nuit, ben, on en profite pas. On est complètement bloqués. Parce que les savoir là, de l’autre côté de la cloison…
– Je vous proposerais bien de venir vous réfugier ici, mais moi aussi je serais de l’autre côté de la cloison.
– Ça n’a rien à voir, attends ! Rien du tout ! Les parents, c’est une chose et les amis, c’en est une autre. Sans compter que ce serait même pas une première pour toi, en plus ! Parce que, rappelle-toi, quand on campait, à Étretat, il y a deux ans, on entendait tout d’une tente à l’autre. J’étais avec Sylvain, à l’époque, et avec Sylvain, ça donnait !
– Ah, ça, c’est le moins qu’on puisse dire… Bon, mais tu fais comme tu veux. Moi, si je te propose, c’est de bon cœur. Après, c’est toi qui vois…

C’était tout vu. Ils sont venus le vendredi suivant. Le lendemain aussi. Et puis le week-end d’après. D’autres encore.
– C’est drôlement sympa de ta part. Et on te doit une fière chandelle. Parce qu’on était en train de se perdre tous les deux, là-bas. Quand on peut pas s’éclater niveau cul, petit à petit, il y a plus rien qui va…
Pour s’éclater, ils s’éclataient, c’était clair. Et pas qu’un peu…
– J’espère quand même qu’on perturbe pas trop ton sommeil ?
– Moi, tu sais, quand je dors, je dors.
C’était à la fois vrai et pas vrai. Ses gémissements de plaisir ne me parvenaient parfois qu’en arrière-fond, ne me réveillaient pas vraiment. Et je me rendormais avant même qu’elle ait jeté ses derniers feux. Mais il arrivait aussi qu’ils m’extirpent résolument des bras de Morphée. Les yeux grand ouverts, je suivais alors le déroulé des opérations d’une oreille attentive. Jusqu’à l’emballement final. Et il m’était ensuite extrêmement difficile de retrouver le sommeil.

Et puis il y a eu ce vendredi-là. Où le ton est monté. Où il s’est mis à lui faire des reproches. Des reproches auxquels elle ne répondait que par des « oui » et des « non » contrits. D’une toute petite voix. « Oh, mais je vais t’en faire passer l’envie, moi, tu vas voir » Et… une fessée. Retentissante. Indéfiniment prolongée. Une fessée qui lui a arraché cris et supplications. S’en sont suivis des mots murmurés doux. Des reniflements. Et elle a eu un plaisir comme jamais.

Le lendemain matin, au petit déjeuner – que nous étions en train de prendre seuls, elle et moi, en tête à tête – je n’ai pas pu résister…
– Je comprends mieux pourquoi tu préfères rencontrer Baptiste ici plutôt que chez tes parents. Ils en feraient une attaque, les pauvres…
Elle a légèrement rougi. Souri.
– Tu nous gardes le secret, hein ?
– Ben, évidemment, ça coule de source. Pour qui tu me prends ?

Ils ont recommencé. Souvent. De plus en plus souvent.
Au matin, je l’interrogeais.
– C’est si agréable que ça ?
– Tu peux pas savoir…
– Mais qu’est-ce qu’on ressent au juste ?
– Ça s’explique pas. Ça se sent.
Je l’assaillais de questions. Auxquelles elle répondait. Ou pas. C’était selon… Je m’interrogeais – et je l’interrogeais – surtout sur les marques que les fessées pouvaient laisser. Ça restait longtemps ? C’était très rouge ? Rouge comment ? Plutôt vermillon ou plutôt fuchsia ? Et elles changeaient les couleurs, non ? Ça donnait quoi le lendemain ? Et le surlendemain ? Je revenais sans cesse là-dessus. Obstinément. Tant et si bien qu’un beau matin…
– Écoute, tu sais pas ? Le plus simple…
Elle s’est levée, elle m’a tourné le dos, elle a laissé tomber la chemise de nuit, baissé la culotte.
– Que tu puisses juger sur pièces.
Ce que j’ai fait. Ce que je ne me suis pas privé de faire.
– Là ! Satisfait ?
Oh, oui, oui, satisfait. Et même comblé.
– Bon, mais tu dis rien à Baptiste, hein ? Il m’en mettrait une autre.
– Ah, ben justement, raison de plus !
Elle s’est retournée – la tête, juste la tête –, elle m’a tiré la langue et elle s’est éclipsée.

jeudi 12 avril 2018

Quinze ans après (1)

Philibert a voulu savoir.
– Mais alors, finalement, il y a combien de temps que t’en as pas donné de fessées ?
– Ça dépend de ce que t’entends par là… Si c’est des fessées tape-cul, il y a pas longtemps. Un mois. À peu près. Une désillusion. Une de plus. Je commence à avoir l’habitude. Mais une vraie fessée investie, bouleversante, pleine de sens, il y a une éternité.
– Quinze ans en fait, hein !
– J’aurais jamais dû…
– Quoi donc ?
– Couper les ponts, comme je l’ai fait, avec Hélène et Marie-Clémence. Mais bon… J’étais amoureuse. On fait n’importe quoi quand on est amoureuse. Et quand on s’en rend compte, il est trop tard.
– Je peux te parler franchement ?
– Tu sais bien que oui.
– Tu les idéalises trop toutes les deux. Tu te calfeutres dans l’espoir de retrouver très exactement ce que tu as vécu avec elles. Et, sous prétexte qu’elles n’en sont pas la copie conforme, tu passes sûrement, du coup, à côté de relations qui, une fois approfondies, pourraient se révéler très gratifiantes pour toi.
– Peut-être. Je sais pas.
– Oh, que si ! Et j’ai bien envie de te faire faire la connaissance de Coxan. Histoire que t’arrêtes de tourner obstinément en rond dans ton passé.
– C’est qui, ce Coxan ?
Un ami à moi. Un passionné de vidéos de fessées. De fessées administrées par des mains féminines sur des croupes féminines. Uniquement.
– Tu m’en diras tant !
– Seulement, il n’y trouve pas vraiment son compte. Et il est le plus souvent déçu. Parce que les modèles simulent. La douleur, la honte ou le plaisir. C’est selon. Et ça se voit. Comme le nez au milieu de la figure.
– Ben oui. Forcément. Pour elles, c’est un boulot comme un autre. Ni plus ni moins. Un boulot pour lequel elles sont payées.
– C’est pourquoi il voudrait se constituer sa petite collection personnelle. N’y trouveraient place que des femmes prenant vraiment du plaisir à être fessées et à être vues, et filmées, en train de l’être.
– Et comment il sera sûr qu’elles ne friment pas ?
– Parce qu’il ne retiendra que celles qui accepteront de jouer le jeu sans la moindre contrepartie financière.
– Et qui courront gratuitement le risque de voir leur cul rougi se balader partout sur Internet ? Il rêve ton ami, non ?
– Il a prévu des garde-fous. Un contrat en bonne et due forme. Qui stipulerait qu’il s’engage à ne faire, de ces vidéos, qu’un usage strictement privé. Sous peine de devoir verser à ses victimes, s’il ne tient pas ses engagements, de très lourdes indemnités.
– Mouais… Et il compte les trouver où, ces heureuses élues ?
– D’abord, avant tout, ce qu’il voudrait, c’est se trouver une fesseuse-recruteuse. Quelqu’un de fiable, de déterminé, en qui il pourrait avoir la confiance la plus absolue.
– Et, évidemment, t’as pensé à moi.
– J’ai eu tort ?
– Pas forcément. Ça dépend. Il consisterait en quoi, au juste, mon rôle ?
– Tu te doutes bien un peu, non ?
– En gros, oui. Mais pratiquement, concrètement, il s’agirait de procéder comment ?
– Le mieux, si t’es d’accord sur le principe, ce serait que t’en discutes avec lui.
– À condition que ça ne m’engage à rien.
– C’est bien comme ça que je l’entendais.


lundi 9 avril 2018

La passion secrète de la baronne

Dessin de Gaston Smit (1933)


C’est le moment qu’elle préfère. Quand elle passe la porte. Qu’elle croise leurs regards. Que leurs sourires se font mi-narquois mi-complices.
Helga s’avance vers elle, faussement obséquieuse.
– Madame la baronne est en manque ? Nous allons remédier rapidement à cet état de choses.
Elle soulève un pan du grand rideau grenat.
– Si Madame veut se donner la peine de passer dans le petit salon, derrière.
Elle la laisse seule.
– Je reviens. J’en ai pour une minute.
Dix minutes. Vingt minutes. Parfois davantage. Des minutes voluptueusement insupportables. Il y a, à côté, le bruissement feutré du magasin. Les voix des vendeuses qui vaquent à leur tâche, vont et viennent. De temps à autre, l’une d’elles passe la tête. Suzon. Ou Alice.
– Tout va comme Madame le désire ?
Ou Margaux. Qui la fixe longuement d’un petit air moqueur.
– On va encore bien s’amuser.
Et elle éclate d’un rire insolent.

Elles ferment. Juste le temps de s’occuper d’elle. Elles ferment. Elle inspire. Profondément. Son cœur s’emballe. C’est le moment. C’est enfin le moment.
Elles sont là, toutes les quatre. Elles l’entourent.
– Alors, à nous !
Helga avance une chaise.
– Prenez place ! À genoux, allez !
Elle obéit.
– Là ! Et maintenant tu vas nous montrer ton cul.
Les mots. Leurs mots. Elle adore. Elle en frissonne toute.
– Ben, alors ! Qu’est-ce t’attends ?
– Peut-être qu’elle est sourde ?
– Non, mais c’est qu’on a ses petites pudeurs dans la haute…
Et il y en a une – elle ne sait pas laquelle – qui la trousse. Qui la déculotte sèchement.
Elle pousse un petit cri de surprise effarouchée. Qui déclenche leurs rires.
– T’en verras d’autres, va !
– Et pas plus tard que tout de suite.
Une main l’effleure.
– Comment il est blanc, son petit popotin d’aristo !
– Ce qui va pas durer.
– À quoi on lui fait aujourd’hui ?
Suzon propose…
– Au fouet-fagot. Il y a longtemps. Ça changera.
Le fouet-fagot. Elle frémit. C’est épouvantablement éprouvant, le fouet-fagot. Ce sont des milliers de mini-brûlures qui s’incrustent, en même temps, sur toute la surface. Au bout de cinq ou six cinglées on est littéralement en feu.
Les autres approuvent.
– Oh, oui, oui ! Le fouet-fagot !
Suzon lui susurre à l’oreille…
– Comment tu vas te trémousser, baronne !
Margaux la contourne, lui fait face.
– Que je voie ta petite frimousse quand ça va tomber.
Et ça tombe.
Elle sursaute. Elle se cabre. Il y en a une, derrière, qui rit. De bon cœur.
Les coups se succèdent, méthodiques, réguliers. Ils lui arrachent des soubresauts. Des gémissements.
Suzon encourage Helga.
– Plus fort ! Plus fort ! Tu te relâches, là.
La douleur se fait plus vive. Plus intense. Elle crie. Elle supplie.
– Encore ! Encore !
Margaux l’oblige à relever la tête, plonge ses yeux dans les siens.
– Elle va jouir, les filles !
Elle jouit. À petits sanglots émerveillés. Elle jouit sous les coups. Et sous leurs rires.
Tout retombe. Elle aussi, satisfaite, épuisée.

À côté, elles ont rouvert. Des clientes entrent, achètent, ressortent. Il y a la voix de Suzon, paisible, sereine…
– Si Madame veut m’en croire, ce parme lui va très bien au teint.
Celle d’Alice, plus forte, plus déterminée.
– Il suffira d’une petite retouche, je vous assure.
Margaux passe la tête. Son petit rire offensant.
– T’as toujours le cul à l’air, toi ? Eh ben, dis donc !
Elle l’a toujours. Elle est bien. Ça brûle. Ça irradie dans tous les sens. Si bien.

Elle finit par se redresser. À regret. Par se rajuster. Par soulever le rideau grenat.
Helga la raccompagne jusqu'à la porte, s’incline cérémonieusement.
– Que Madame la baronne revienne ! Quand elle voudra. Ce sera toujours avec plaisir.