lundi 18 mars 2019

La servante trompée (2)


– Si Madame savait…
– Quoi donc, Jeanne ?
– Comment Guillaume s’est montré passionné et empressé avec moi hier soir. Il faut dire aussi que je lui avais au préalable narré par le menu la façon dont j’en avais usé avec le postérieur de Madame. Ce qui l’a positivement enchanté et mis, à mon égard, dans les meilleures dispositions du monde. Oh, mais que Madame se rassure ! Elle n’est pas laissée pour compte pour autant. Bien au contraire. Il a hâte de voir, de ses propres yeux, ce qu’il en est. Et si Madame est libre cet après-midi…
– Mais, Jeanne…
– Si c’est par rapport à moi que Madame éprouve quelque hésitation, je puis la rassurer. Je ne suis pas exclusive et du moment que Guillaume me satisfait, il a tout loisir par ailleurs…
– Je sais bien, Jeanne, je sais bien. Seulement…
– Seulement Madame a des principes. Et une image d’elle-même à préserver. Aussi lui est-il difficile d’admettre qu’elle est prête à courir au mâle, toutes affaires cessantes, dès que l’occasion lui en est offerte.
– Je vous assure, Jeanne…
– Madame se pâme dans les bras de Guillaume. Ce dont on ne saurait lui faire reproche. C’est un amant hors pair et les performances de Monsieur dans ce domaine laissent certainement beaucoup à désirer. Alors que Madame fasse donc taire ses scrupules et qu’elle suive ses inclinations.
– Cet après-midi, dis-tu ?
– Là où Madame sait…
– J’y serai…
– Madame ne le regrettera pas. Elle sera comblée. Il ne nous reste plus dès lors qu’à la préparer. Et à raviver quelque peu les couleurs qui empanachent si joliment son fessier.
– Est-ce bien nécessaire ?
– C’est indispensable. Guillaume n’en sera que mieux disposé à l’égard de Madame si elle lui donne à contempler de superbes zébrures toutes neuves venues s’inscrire par-dessus les précédentes.
– C’est douloureux.
– Sans doute. Mais Madame en retirera dans ses bras un bénéfice incomparable. Il lui offrira un bonheur comme jamais. Et puis, par ailleurs, Madame n’est-elle pas quelque peu redevable à mon égard ? Je la laisse disposer de mon amant à son gré. J’entre dans ses intérêts. Je lui garde le secret. Cela mérite bien, me semble-t-il, quelques petites compensations. Et je dois bien reconnaître que j’éprouve à fustiger Madame…
– Trêve de discours, Jeanne ! Finissons-en ! Faites ! Faites !
– Alors que Madame veuille bien se dénuder la croupe…
– Vous ne cinglerez pas trop fort, Jeanne ?
– Et me la présenter.
– Pas trop fort. Vous me promettez ?
– Nous verrons. Prête ?
– Je suis prête, oui.

samedi 16 mars 2019

Les fantasmes de Lucie (43)


Dessin de Luc Lafnet

– Ce petit baron de Villemomble semble vous trouver très à son goût, ma chère…
– Me le reprocheriez-vous ?
– Certes non.
– Il se dit que c’est un excellent amant.
– Ce que vous êtes fort tentée d’aller vérifier par vous-même.
– On ne peut rien vous cacher.
– Eh bien faites, chère amie, faites !
– Vous viendrez nous surprendre ?
– Si tel est votre désir.
– Assurément !
– Dans ces conditions…

J’ai la chance inouïe d’avoir un mari compréhensif. Très compréhensif. Un mari dont je n’ai pas à redouter qu’il vienne se mettre en travers de mes penchants les plus secrets. Bien au contraire. Il s’en fait le complice et les sert chaque fois qu’il le peut. Avec délectation.

Je laisse donc, le soir même, pendant le bal, le marquis de Villemomble s’avancer à découvert. Je me montre froide, lointaine, indifférente. Sans vraiment le décourager tout-à-fait non plus.
Il insiste. Il cherche à briller de tous ses feux. Il fait la roue. Je garde mes distances. Il se fait pressant. De plus en plus pressant. Je me laisse un peu fléchir. Un peu plus.
Il s’engouffre dans la brèche. Il me chuchote son désir à l’oreille. Je feins de résister encore, mais je faiblis. Il s’enhardit. Il me désire. Il me veut. Comme jamais encore il n’a voulu personne, prétend-il.
Je m’abandonne. Je vais être à lui.

On gagne séparément, discrètement, un petit salon isolé, à l’étage. Il m’y presse contre lui, il prend mes lèvres. Son désir est tendu, vibrant, contre mon ventre. Il fait glisser ma robe. Il m’en dépouille. Je suis nue. Je passe un bras autour de son cou. Ses doigts se font conquérants. Pénétrants. Et puis sa queue. Qui m’emplit toute. Qui va et vient en moi. Qui s’y active. Qui s’y déverse. Qui me fait gémir, agrippée à lui.
– Vous ne nierez plus, cette fois, Madame !
Mon mari. Qui feint d’être furieux. Qui se jette sur moi.
Éberlué, tétanisé, le baron reste coi. Mon mari le repousse. Et l’ignore.
– Cocu ! Vous me faites cocu, Madame ! Vous me l’allez payer. Et sur le champ !
Il m’empoigne. Il me fait basculer sur son genou tendu. Et il me fesse. Vigoureusement. À toute volée. Les coups pleuvent. Crépitent. Sous les yeux ébahis de mon amant d’un soir. Je hurle. Je me débats. Je supplie. Il n’en tient pas le moindre compte.

Il me lâche enfin. Se tourne vers le baron.
– Sortez, Monsieur ! Sortez ! Hors de ma vue !
Il détale sans demander son reste.
Je me jette dans ses bras.
– Merci, mon ami, c’était parfait. Absolument parfait.
– Vous m’en voyez ravi.
– Et merci également d’avoir eu l’obligeance d’attendre, pour intervenir, que mon plaisir ait surgi.
– Vous allez me dédommager, je l’espère, de cette délicate attention.
– Sur-le-champ. Ici même. En vous donnant votre plaisir. Et en repartant, en votre compagnie, à la conquête du mien.

jeudi 14 mars 2019

Les fessées de Blanche (19)


Quand elle arrive, le matin, Flamboyant est prêt. Il ne lui reste plus qu’à se mettre en selle.
Et tout est exactement comme avant. Avant Gontran. Les chemins qu’ils empruntent, ils les ont parcourus des dizaines de fois. Des centaines de fois. Ce sont les mêmes prés, les mêmes carrefours, les mêmes sous-bois. Et Sylvain a les mêmes mots. Lui assène les mêmes récits. La guerre. Sedan. La Commune de Paris. Les morts. Les blessés. Les coups de feu.
Et c’est comme s’il n’y avait jamais rien eu. Comme si Gontran n’avait jamais existé. Ni… le reste.

Cela a pourtant eu lieu. Cela lui revient. Cela lui remonte. Par bouffées. Elle jette alors à Sylvain de discrets regards de côté. Il l’a fouettée. Il l’a vue nue. Il l’a vue jouir dans les bras de Gontran. Il l’a même fait jouir. À grands coups de cravache. Est-ce qu’il y pense de temps à autre ? Évidemment qu’il y pense. Comment pourrait-il en être autrement ? Et la honte l’anéantit.

L’après-midi, elle n’a plus la moindre raison de retourner là-bas. Elle n’y retourne pas.
Elle vaque, indifférente, à des occupations du quotidien. Elle brode. Elle coud. Elle s’ennuie. Comme elle s’ennuie !
Et cela la prend d’un coup. Elle fait atteler. Elle sort. Pour voir du monde. Pour s’étourdir.
Elle fait quelques emplettes. Parfois une rencontre. Elle prend le thé. Avec Anne Saintonge. Ou Émilie Desrouhais. Qui lui parlent, elles aussi, de la guerre. Qui va avoir lieu. Qui ne peut pas ne pas avoir lieu. Elles craignent. Pour leurs fils. Pour leurs maris. Pour leurs frères.
Et Pierre ? En cas de mobilisation générale, lui aussi il partira. Bien sûr qu’il partira. Elle n’y pense pas. Elle n’y veut pas penser. Le pire n’est jamais sûr. Et tout cela lui paraît si lointain, si irréel.

Elle rentre. Elle rentre et elle erre comme une âme en peine. Elle s’apitoie sur son sort. C’est quoi, son existence ? Des jours qui se succèdent les uns aux autres sans que jamais rien n’y survienne. De surprenant. D’exaltant. De vivant. Sa vie est morte. Et elle avec. Il lui prend des envies de pleurer.

Elle se réfugie dans sa chambre. Elle ne veut pas qu’on l’y dérange. Sous aucun prétexte.
Elle s’allonge sur son lit. Elle ferme les yeux. Quelqu’un s’approche. C’est Gontran. Pas Gontran, non. Elle ne veut pas. Elle ne veut plus. Il insiste. Elle le repousse. Il s’éloigne.
Un autre surgit. Qu’elle ne connaît pas. Il est jeune. Il est beau. Il lui sourit. Elle lui tend les bras. Elle lui tend les lèvres. Elle se réfugie contre lui. Elle s’y blottit. Ses baisers sont doux. Ses baisers sont passionnés. Il glisse une main dans son corsage. Elle la lui emprisonne.
– Il ne faut pas. Non. Il ne faut pas.
– Mais pourquoi ?
– Parce que…
Mais il a envie. Tellement ! Elle s’abandonne. Sa main est sur son sein. Elle le parcourt. Elle le redessine. Elle en fait dresser la pointe. C’est si bon ! C’est si doux ! C’est si ardent !
Elle va aussi en bas, sa main. Sous sa robe. Sous son jupon. Elle s’aventure. Elle découvre. Elle fouille.
Il y a son désir contre sa cuisse. Elle est dure. Gorgée de sève. Elle s’approche. Elle est tout près. Elle la fait attendre. Elle ne peut pas. Elle ne peut plus. Elle s’en empare. Elle l’enfouit en elle. Elle l’y enfonce. Oh, que c’est bon !
– Mademoiselle est incorrigible.
C’est Sylvain. La voix de Sylvain.
– Mais non !
– Mais si ! La queue ! Pour Madame plus rien d’autre ne compte désormais que la queue.
– Je ne vous permets pas.
Mais il n’écoute pas. Il n’écoute rien. Il brandit la cravache.
Elle se retourne. Elle lui offre ses fesses. Elle lui offre son cul.
– Tapez, Sylvain ! Tapez ! Ne me ménagez pas !
Il ne la ménage pas. Il cingle. Il fouette. À tour de bras.
Et elle jouit. Et elle mord furieusement l’oreiller pour étouffer ses cris.

lundi 11 mars 2019

La servante trompée


Dessin de Helga Bode

– Madame est satisfaite ?
– Satisfaite ? Et de quoi donc devrais-je être satisfaite, Jeanne ?
– Des services de Guillaume. Qui est un excellent amant. Non ? Madame ne trouve pas ?
– Qu’est-ce que vous racontez ? Vous perdez la tête, Jeanne.
– Faut dire que monté comme il est !
– Sortez ! Sortez immédiatement !
– Ah, ça, quand il pilonne, lui, on met pas trois jours à venir. Madame en sait quelque chose, à ce qu’il m’a dit. Même qu’elle criait comme une perdue. Qu’elle lui a griffé le dos. Et qu’elle l’a supplié de le lui renfiler, son truc. Trois fois.
– Écoutez, Jeanne…
– Madame compte aller y remettre le nez, j’imagine ? Oh, mais qu’elle se rassure ! Je suis partageuse. Et puis Guillaume trouve l’idée de se taper sa maîtresse extrêmement savoureuse. C’est un plaisir dont, vous en serez bien d’accord avec moi, il serait cruel d’envisager de le priver. Monsieur, lui, par contre, prendrait certainement fort mal d’apprendre que son épouse…
– Il ne la saura pas. Jurez-le moi, Jeanne ! Jurez-moi qu’il ne le saura pas.
– Cela ne dépend que de Madame…
– Que voulez-vous dire ?
– Que toute faute mérite châtiment. Et que celle que Madame a commise – et s’apprête à commettre à nouveau – est l’une des plus graves qui se puisse rencontrer. Alors un châtiment…
– Un châtiment !
– Un châtiment, oui. Et le plus approprié serait assurément une bonne correction administrée à Madame, à la badine, sur ses fesses dénudées.
– Vous n’y pensez pas !
– J’y pense d’autant plus qu’il me faut bien avouer que j’y prendrais incontestablement, pour ma part, j’en suis convaincue, un incomparable plaisir.
– C’est hors de question.
– Si je puis me permettre, il est dans l’intérêt de Madame de se montrer raisonnable.
– Pas à n’importe quel prix.
– Que Madame réfléchisse ! Je l’engage à réfléchir.

* *
*

– Vous êtes où, Jeanne ? Ah, vous êtes là ! Écoutez ! Est-ce qu’il ne serait pas possible de…
– Il n’est pas possible, non. Ou Madame se résout à accepter d’être punie ou tout-à-l’heure, dès le retour de Monsieur…
– C’est ignoble !
– Que Madame se décide ! Et rapidement.
– Je n’ai pas le choix.
– Vous ne l’avez guère, en effet !
– Que voulez-vous que je fasse ?
– Que vous vous installiez là, face au miroir. Vous y serez aux premières loges pour vous regarder grimacer sous les coups. Comme ça, oui. Vous êtes bien installée ? Alors on va vous mettre les fesses à l’air. Allons ! Allons ! Laissez-vous faire ! C’est juste un mauvais moment à passer. Et un très bon pour moi. Là ! Vous êtes prête ? Alors feu ! À volonté.
– C’est horrible, Jeanne ! Horrible !
– Madame n’a encore rien vu. Ce sont juste quelques premiers préliminaires.
– Pas si fort, Jeanne ! Pas si fort, je vous en supplie…
– Le cul de Madame commence déjà à s’orner de magnifiques rougeurs. Mais oui ! Piaulez, Madame, piaulez ! J’adore… Et remuez-le bien, votre popotin. Le spectacle que vous m’offrez là est absolument exquis et – dois-je vous l’avouer ? – me met singulièrement en appétit. Mais c’est quelque chose dont Guillaume, que je vais m’empresser d’aller retrouver dès que j’en aurai terminé avec vous, saura tirer le meilleur des partis. Pour son plaisir et pour le mien.
– Par pitié, Jeanne !
– Que Madame prenne patience ! On va tirer un joli petit bouquet final et c’en sera fini. Pour cette fois…

samedi 9 mars 2019

Les fantasmes de Lucie (42)


Dessin de Georges Topfer.

Quand elle faisait ses études, au couvent…
– Ben oui, qu’est-ce tu veux ! Personne n’est parfait…
Cordelia avait pour voisine, au dortoir, une Virginie Pontieux de La Harpe.
– Et alors là, je peux te dire… Aristo jusqu’au bout des ongles. Qu’elle en était puante.
– Et pourquoi tu me parles d’elle ?
– Parce qu’elle a des nostalgies, qu’elle m’a contactée, qu’elle voudrait évoquer le bon vieux temps avec moi et que j’ai pas envie d’y aller toute seule.
– C’est gentil de penser à moi pour les corvées…
– À mon avis, on va plutôt bien rigoler.

Et nous voilà parties.
C’était un château. Un petit château, mais un château quand même. Le genre qui fait tout pour avoir l’air, mais qui y arrive pas. Quant à la Virginie Pontieux de machin-chose, elle croyait manifestement de bon ton de se comporter comme elle s’imaginait que le faisaient les grandes dames du XVIIIème siècle.
Mais la cerise sur le gâteau, c’était quand même sa fille Clarisse, une gamine de vingt ans qui prenait tout le monde de haut et affichait un souverain mépris pour tout ce qui n’était pas sa petite personne. Le genre d’egocentrée insupportable à l’égard duquel j’avoue éprouver néanmoins une certaine fascination. Pour des raisons que je connais trop bien.

Ce fut quand, en servant le thé, Mélanie, la domestique, en fit tomber quelques gouttes sur sa robe que cette Clarisse se mit à briller de tous ses feux.
– Vous ne pouvez pas faire attention, espèce de buse !
– Je suis désolée, Mademoiselle.
Et tandis que la pauvre femme, mortifiée, continuait vaille que vaille son service, elle y est allée, en sa présence, de son petit commentaire.
– On ne peut plus, malheureusement, punir aujourd’hui ses serviteurs comme ils le méritent. Une bonne fouettée lui aurait remis les idées en place. Parce qu’elle en prend vraiment très à son aise depuis quelque temps. Vous ne trouvez pas, mère ?
La mère trouvait. Si ! Oui. Mais hésitait à la remplacer.
– En prendre une autre ? On serait face aux mêmes problèmes. À la même incompétence. Et sans doute en pire.


Le soir, au retour, dans mon lit, c’est moi la servante. Qui renverse du thé sur la robe de la péronnelle.
Elle se lève d’un bond, furieuse.
– Vous ne pouvez pas faire attention, non ?
Je baisse la tête, coupable.
– Je vous prie de bien vouloir m’excuser, Mademoiselle !
– Des excuses ! C’est facile, des excuses. J’en ai assez, figurez-vous ! Plus qu’assez. Vous faites tout en dépit du bon sens.
Sa mère approuve.
– Clarisse a raison. Vous n’êtes pas, ces derniers temps, à ce que vous faites.
– J’en demande pardon à Madame.
J’hésite, mais je m’y résous malgré tout.
– Et à Mademoiselle.
Elle ricane.
– Parce que vous comptez vous en sortir comme ça ?
– Je…
– Sûrement pas, non. Venez !
J’obéis. Je la suis.
– Vous l’avez amplement mérité. Vous allez être punie. Agenouillez-vous là !
Sur une chaise, devant la porte du cellier.
– Mademoiselle…
– Et on se dépêche. On perd pas de temps. J’ai pas que ça à faire. Allez ! Allez !
Je m’exécute de mauvaise grâce.
– Déculottez-vous !
– Hein ? Mais…
– Vous m’agacez ! Vous arrêtez de discuter et vous vous déculottez.
J’obéis, la mort dans l’âme.
– Là ! Parfait ! Et maintenant une bonne petite correction, largement méritée, pour faire circuler le sang.
Elle fait claquer le fouet en l’air. Deux fois. Trois fois. Je me crispe, dans l’attente du premier coup.
Elle rit.
– Oh, et puis non. Non. Pas tout de suite. Tout à l’heure… Ce soir… Vous allez rester comme ça, en attendant, les fesses à l’air. Vous êtes très bien comme ça.
– Mais…
– Mais quoi ? Il va passer du monde ? Bien sûr qu’il va passer du monde ! La cuisinière. Le chauffeur. Le jardinier. D’autres encore. Et alors ? C’est un spectacle qu’ils apprécieront, j’en suis sûre, à sa juste valeur et qui leur donnera très certainement l’envie d’assister à la magistrale fouettée qui ponctuera cette journée. Pour leur plus grand plaisir. Et pour le mien…

jeudi 7 mars 2019

Les fessées de Blanche (18)


Le beau temps aidant, on se presse en foule autour des bacs.
L’abbé Maurel se démène comme un beau diable.
Il se frotte les mains. Il les joint.
– C’est un succès ! Un véritable succès. Qui va nous permettre de porter secours à nos déshérités.

Elle, elle sourit. Elle emballe. Elle tend. Elle sourit encore. Elle encaisse.
Ses fesses lui font mal. Une douleur sourde. Pénétrante. Continue. Mais qui, tout compte fait, n’est pas vraiment désagréable. Qui s’avère même, par moments, – allons, ne te voile pas une fois de plus la face – particulièrement agréable.

Il y a des femmes. Qui vont. Qui viennent. Beaucoup de femmes. Surtout des femmes. Qu’elle connaît, pour la plupart. Qui la saluent. Avec lesquelles elle échange quelques mots. Des femmes qui ignorent que son cocher la fouette, qu’elle en porte les marques, profondément ancrées, et qu’elle jouit éperdument sous ses coups. Des femmes qui sont à cent mille lieues de se douter. Et elle en éprouve une intense jubilation.

– Je suis moulue, mon ami. Ce bruit… Cette chaleur… Dînez sans moi !
Et elle regagne sa chambre.
Elle se dévêt, se jette, au passage, un regard dans la glace. Les marques sont toujours là. En longues traînées parallèles. Violacées. Boursouflées.
Elle soupire. Elle sourit. Elle les parcourt, du bout du doigt.

Et puis, elle s’étend. Elle glisse ses mains sous ses fesses, s’endort.
Et les femmes sont à nouveau là. Avec elle. Devant elle. Sous le soleil. Anne Saintonge. Claire Delalande. Émilie Deshouraies. D’autres encore. Beaucoup d’autres.
– C’est un scandale !
Elle a surgi d’un coup. Alice Maurepas, la mère de Gontran.
– Un scandale, oui ! Cette traînée a couché avec mon fils.
Le silence. Tous les regards convergent vers elle. Réprobateurs. Haineux. Le silence s’éternise. Un silence qu’elles finissent par rompre. Toutes en même temps.
– Avec un gamin. Vous n’avez pas honte ?
– Oh, mais avec elle, on peut s’attendre à tout.
– Dévergondée !
– Catin !
Une gifle part. Une autre.
Elle s’efforce, tant bien que mal, de se protéger le visage de son bras replié.
Anne Saintonge suggère.
– On devrait la fouetter.
Les autres font chorus.
– Oh, oui ! Oui. Que ça lui en fasse passer l’envie. Une bonne fois pour toutes.
Et il y a leurs mains sur elle. Des dizaines de mains. Qui la dépouillent de ses vêtements. Qui les lui arrachent.
Elle est nue. Entièrement nue. Sous les yeux des hommes. Qui ne bougent pas. Qui ne la défendent pas. Qui regardent.
Quelqu’un constate.
– Il y a son cocher, là-bas.
On l’appelle. On la fait mettre à genoux. On la maintient solidement. On pèse, de chaque côté, sur ses épaules.
Et Sylvain cingle.

Le cri qu’elle pousse la réveille en sursaut. Elle est en nage.
Et c’est trempé entre ses cuisses.

lundi 4 mars 2019

Entre voisines.


Dessin de Louis Malteste.

Louise a bien fait un peu semblant d’hésiter. Pour la forme.
– On peut pas faire une chose pareille, enfin, Lionel !
Mais elle a tout de même fini par se laisser fléchir.
– Bon, mais alors tu ne sors pas de ta cachette, hein, tu me promets ! Tu me jures qu’elles se rendront pas compte que t’es là…
– Mais oui !
– Sûr ?
– Mais oui, j’te dis !

Et elle est allée les appeler, dans la cage d’escalier.
– Marthe ! Alice !
Elles ont presque aussitôt surgi et sont allées, d’emblée, s’accouder à la fenêtre.
– Un logement qui donne sur la rue ! Quelle chance tu as ! Tu peux te distraire au moins…
– Oui, parce que nous, derrière, c’est vue sur la cour. Et, au-delà, sur des terrains vagues. C’est d’un ennui !
Elles se sont absorbées dans leur contemplation.
Et moi dans la mienne. Avec ravissement. Parce que la mode des jupes-culottes… Surtout quand elles sont en tissu léger, qu’elles épousent les formes au plus près et que celles qui les portent n’ont pas pris la peine – ou le temps – de revêtir quelque chose dessous… Une aubaine… Un véritable régal…

– Pas mal, celui-là !
– Où donc ?
– À droite, là-bas !
– Ah, oui, oui !
– Et le petit jeune, là !
– Je suis sûre qu’il est monté comme un taureau…
– Marthe !
– Ben, quoi !
– Faudrait pouvoir aller vérifier.
– Ne rêvons pas !
– Ben si, justement, rêvons !
– En tout cas, moi, si un jour je devais tromper Albert…
– Tromper Albert ! Mais tu n’y penses pas, Marthe, enfin !
– Non. Enfin, si ! Quelquefois. Ça vous arrive jamais à vous ?
– Jamais ! Et toi, Louise ?
– Moi non plus.
– Tu sais que c’est très vilain d’avoir des pensées comme ça ?
– Elle a raison. Tu mériterais…
– Quoi ?
– Une bonne fessée.
– Qu’on va te donner.
Et elles se sont mises à lui lancer, comme par jeu, de petites claques sur les fesses.
Elle a tenté de leur échapper en riant. Elles l’ont rattrapée. Alice l’a maintenue. Et Louise a continué à taper. De bon cœur. Avec conviction. De plus en plus de conviction. De grandes claques sonores qui tombaient de haut, qui tombaient dru. De plus en plus rapprochées.
Marthe ne disait rien, ne protestait pas. Elle n’a pas crié. Pas une seule fois. Même pas gémi.

* *
*

Louise les a raccompagnées sur le pas de la porte.
– À bientôt !
Je suis sorti de ma cachette.
– Eh ben dis donc ! C’était prémédité ?
– Pas du tout, non.
– Elle aime être corrigée ?
– Je sais pas. J’ai pas réussi à savoir. Peut-être que oui. Et puis peut-être que non. Qu’elle estimait qu’elle méritait d’être punie. Parce qu’elle rêve très fort de tromper son mari justement. Ou parce qu’elle l’a vraiment fait.
– Toi, en tout cas, tu as apprécié de la fesser. Comment ils brillent tes yeux !
J’ai glissé une main dans sa jupe-culotte.
– Et t’es trempée.
Elle a jeté ses bras autour de mon cou, pressé ses seins contre moi, chuchoté…
– La prochaine fois, je la déculotterai.
Et elle s’est abandonnée.