jeudi 18 octobre 2018

Quinze ans après (28)


Elle nous a docilement suivis.
– Entre ! Et mets-toi à l’aise !
Elle m’a regardée sans comprendre.
– Ben, oui ! Désape-toi !
Ce qu’elle s’est empressée de faire.
Une fois en sous-vêtements, elle s’est arrêtée. A hésité.
– T’attends quoi ?
– Non. Rien.
Toute nue. À poil.
– Tourne-toi ! Fais voir s’il reste des traces. Oui… Si ! Un peu quand même… Là, c’est tout noirâtre. Et puis là, au milieu. Ça te fait mal quand j’appuie ?
– Un peu.
– Et là ?
– Aïe ! Oui.

On l’a fait s’installer entre nous deux, sur le canapé, et Coxan a lancé la vidéo. Une vidéo d’excellente qualité.
– Elle a les moyens, dis donc, ta patronne…
On s’est concentrés sur les images.
– Elle est pas trop à l’aise, en attendant, sur ce coup-là, la Camille !
– Oui. Comment elle se dandine d’un pied sur l’autre…
– Et toi qui la fais attendre tant et plus. Exprès, je suis sûre.
– Ben, tiens ! C’est le meilleur moment, là, juste avant que ça commence.
Je me suis tournée vers elle.
– Et toi, ma chérie, ça te plaît ?
– Oui.
– T’as pas l’air vraiment convaincue.
– J’aime que ça vous plaise.
– Ah, ça y est ! Madame Gorsalier entre en scène.
– Comment elle fait ça bien, n’empêche !
– Oui, préparation du terrain d’abord… À petites claques bien sèches et pas trop fortes. Que ça le rende sensible. Et après, on peut y aller carrément.
– Ce qu’elle fait manifestement de très bon cœur.
– Ah, ça ! Et Aglaé ! Regarde Aglaé, là, sur le côté. Elle en perd pas une miette. Non, mais cet air ravi qu’elle a !
– Et voilà… Ça a pris sa vitesse de croisière. J’adore. J’adore comment tu le trémousses ton petit popotin chaque fois que ça tombe. Pas toi, jeune fille ?
– Si !
– Ah, tu vois ! Bon, mais on approche du bouquet final, là ! Comment tu piaules ! Un véritable enchantement… Oh, fini, déjà ! Quel dommage ! Ah, oui, c’est vrai, faut encore que tu te frottes les fesses. Ça fait du bien, ça, hein ! Ça soulage…
L’écran est redevenu noir.
– En tout cas, merci, hein ! C’est un riche cadeau que tu m’as fait là… Je sens que je vais en faire un usage immodéré.
– Oh, mais elle t’en fera d’autres des cadeaux, va ! Parce que tu crois qu’une petite leçon comme ça va lui avoir suffi ? Penses-tu ! Alors là, je suis bien tranquille. Retourne faire tes achats là-bas…
– J’y compte bien.
– Et tu verras qu’il y aura rien de changé. Son comportement sera toujours aussi déplorable. Ah, il va falloir qu’elle lui en mette encore et encore des fessées, Madame Gorsalier, pour arriver enfin à un résultat. Et des bien plus sévères que celle-là… Qu’on pourrait d’ailleurs se repasser, en attendant, non ? Qu’est-ce t’en penses, Camille ?
– Je veux bien, oui.

lundi 15 octobre 2018

Un remède efficace



– Alors ?
– Attendez ! Laissez-moi le temps…
– Vous voyez quelque chose ?
– Oh, beaucoup de choses.
– Approchez-vous, si vous voulez !
– Ce n’est pas de refus, oui. Ce sera plus commode.
– C’est grave ?
– Difficile de se prononcer avec certitude. Il y a de fortes probabilités pour que ce le soit. Ou, à terme, le devienne. Parce que toutes les humeurs corporelles de Madame la duchesse sont venues se concentrer là, dans les parties charnues.
– Mais c’est affreux ! Existe-t-il un remède ?
– Laissez-moi examiner encore…
– Faites ! Faites !
– Il est indispensable de chasser ces humeurs au plus tôt.
– Comment cela ?
– La seule méthode réellement éprouvée consiste à fustiger la région concernée.
– Vous voulez dire…
– Qu’il va falloir fouetter Madame la duchesse, oui.
– N’y a-t-il point d’autre méthode ?
– Aucune qui soit réellement efficace.
– Il va donc être nécessaire…
– Qu’elle se résolve à en passer par là, oui. Si elle s’y refuse, je ne réponds plus de rien.
– Elle s’y résoudra. Avec quoi faudra-t-il opérer ?
– La cravache me semble, pour toutes sortes de raisons, l’instrument le plus approprié. Et de loin. Même si un fouet, à condition qu’il soit d’excellente qualité et manié avec dextérité, peut éventuellement faire également l’affaire.
– Je me procurerai cet ustensile. Combien faudra-t-il administrer de coups ?
– Une dizaine. Pour commencer. Mais sans doute sera-t-il indispensable de renouveler à plusieurs reprises le traitement.
– Longtemps ?
– Tout dépendra de l’évolution de la maladie. Il importe, en tout cas, si l’on veut que la guérison survienne dans les meilleurs délais, de cibler avec une extrême précision la zone concernée.
– La cibler… avec beaucoup de force ?
– Ni trop ni pas assez. Tout est question de savant dosage. Et seules l’habitude, l’expérience… Aussi serait-il sans doute infiniment préférable, dans l’intérêt même de la santé de Madame la duchesse, que je me charge moi-même de lui administrer cette indispensable médecine.
– C’est trop de bonté de votre part, mais votre temps est précieux et…
– Il n’importe… Il n’importe… Je m’en voudrais éternellement si, faute d’avoir moi-même officié, je voyais la santé de Madame la duchesse se dégrader encore et si une issue fatale…
– Une issue fatale ? Mon Dieu !
– Loin de moi l’intention de vous alarmer, mais plus tôt je commencerai le traitement et meilleures seront les chances de guérison.
– J’y vais. Je vais derechef vous quérir une cravache.

samedi 13 octobre 2018

Les fantasmes de Lucie (21)

Dessin de G. Topfer


Il ne paye pas de mine, ce gentilhomme. Bien mis. Sachant parler. Et de ces yeux ! Ils feraient fondre n’importe qui, ses yeux.
Il m’aborde, tout sourire, à la porte de la diligence.
– Vous allez à Angoulême ?
J’y vais, oui.
– J’ai des lettres à faire acheminer de toute urgence là-bas. Vous verriez un inconvénient à vous en charger ?
– Faudrait que je les remette à qui ?
– Un ami à moi. Il vous attendra à l’arrivée. Il sera vêtu d’un pourpoint rouge et vous demandera si le roi est bien à Saint-Germain. Vous vous souviendrez ?
Et il me tend une bourse pleine d’or.
Comment refuser dans ces conditions ? Et je passe la plus grande partie du voyage à imaginer avec délectation tout ce qu’une pareille somme va me permettre de m’offrir. Déjà, pour commencer, je vais renouveler en totalité ma garde-robe. Et puis j’achèterai des bijoux. Des monceaux de bijoux. Ensuite, s’il me reste suffisamment, le si joli coffre en bois vu chez l’ébéniste. Après… Eh bien après…

À l’arrivée, il n’y a pas de pourpoint rouge. Et je reste plantée là, perplexe. Quoi faire ? Attendre ? Je ne me pose pas longtemps la question. Trois types surgissent brusquement de nulle part. Me tombent dessus.
– C’est elle ! C’est sûrement elle.
Ils m’entraînent sous une porte cochère.
– Tu viens par là ! Et tu fais pas d’histoires.
Il y en a un qui fourrage dans mon corsage. Qui en extirpe les lettres. Qui y jette un coup d’œil.
– C’est bien ça !
Un autre s’empare de la bourse. Que j’essaie en vain de lui disputer. Il me donne une petite tape sur le bras.
– Allons, allons, sage !
Et me la subtilise.
Le plus grand me pose une main sur l’épaule.
– Bon, alors maintenant tu vas nous dire… Qui t’a confié ces lettres ?
– Un gentilhomme.
– Son nom ?
– J’en sais rien, moi !
– Tu comptes vraiment nous faire gober ça ?
– Mais c’est vrai !
– Ben, voyons ! Bon… Assez perdu de temps. Tu viens avec nous. On va te délier la langue, tu vas voir !

Elles sont quatre. Quatre femmes. Entre les mains desquelles ils me remettent.
– Vous nous la faites causer ?
– Avec plaisir.
Celle assise dans le fauteuil me contemple d’un petit air gourmand.
– Alors, comme ça, on veut faire sa mauvaise tête…
– Je sais pas. Je vous assure que je sais pas.
– Mais si, tu sais, tu vas voir ! Bon, les filles, vous nous la mettez en position ?
Elles ne se le font pas répéter deux fois. Elles m’empoignent. Malgré mes protestations. Il y en a deux qui me forcent à m’allonger sur un banc. Sur le ventre. Qui m’y maintiennent solidement tandis qu’une troisième me lie les jambes. Au niveau des chevilles et des genoux. Je résiste. Je me débats. Mais elles sont plus fortes. Et elles sont trois.
– Alors ? On t’écoute…
Elles m’écoutent… Mais qu’est-ce qu’elles veulent que je leur dise ? J’ai rien à leur dire, moi…
– Commencez-la aux orties…
Elles me troussent. Ça s’abat sur mes fesses en milliers d’aiguilles portées à incandescence. En haut. En bas. Au milieu. Partout. Ça recouvre petit à petit toute la surface. Ça s’y éparpille. Et puis ça revient. Aux mêmes endroits. Ça s’y incruste. Ça s’y installe. Douloureux. Tellement.
On me dit quelque chose. De loin. De si loin. Je n’écoute pas. Je n’entends pas.
Ça fait mal. Comme ça fait mal ! De plus en plus mal. Mais en même temps… Oh, oui ! Oh, oui ! Comment j’ai bien fait d’aller cueillir cette brassée d’orties finalement…

jeudi 11 octobre 2018

Quinze ans après (27)


On était, Coxan et moi, tranquillement installés à une terrasse de café.
– Tiens, regarde qui c’est qu’arrive ! Ben alors, Camille, on dit plus bonjour !
Elle s’est arrêtée net.
– Je vous avais pas vus.
– Fais la bise à Coxan au moins.
– Ah, oui, pardon…
Elle s’est penchée. Lui a tendu la joue.
– Qu’est-ce tu fais dans le coin ? Tu travailles pas aujourd’hui ?
– C’est mon jour de repos.
– Ben, assieds-toi ! T’as bien deux minutes.
Elle l’a fait. Du bout des fesses.
– C’est pas vrai que ça te cuit encore !
– Ça me cuit plus, non. Mais c’est sensible.
– Beaucoup ?
– Pas mal.
– Tant mieux. Parce que t’avais mérité, avoue !
– Oui.
– Et s’il n’avait tenu qu’à moi, je peux te dire que tu t’en serais pas tirée à si bon compte. Traiter les clients avec une telle désinvolture ! Non, mais cette fois, on aura tout vu.
Elle a baissé la tête.
Je la lui ai fait relever. Du bout du doigt.
– D’ailleurs, moi, je crois bien que tu lui dois encore une petite compensation à Coxan. Vu la façon inqualifiable dont tu t’es comportée avec lui. Non ? T’es pas de cet avis ?
– Si !
– Et quoi comme compensation ?
– Je sais pas.
– Eh bien moi, je sais ! Il y a une caméra de surveillance dans le bureau de Madame Gorsalier. Une caméra qui a tout filmé l’autre jour quand t’as reçu ta fessée. Alors ce que tu vas faire… Tu vas aller lui demander la bande à ta patronne. Et tu vas bien gentiment venir l’offrir à Coxan.
– Oui.
– Eh bien, vas-y ! Qu’est-ce t’attends ?
Elle s’est levée.
– Et n’oublie pas de faire faire un paquet cadeau.

Elle le lui a tendu. À bout de bras.
– Ah, non, pas comme ça, non ! À genoux tu vas te mettre.
Elle a jeté un rapide coup d’œil autour d’elle.
– Ben oui, il y a du monde, oui ! Mais ça fait rien ! Qu’est-ce ça peut faire ?
Elle s’est agenouillée.
Coxan n’a pas pris tout de suite le paquet. Il l’a d’abord longuement sermonnée. Il lui a fait promettre de faire des efforts – tous les efforts qu’elle pourrait – pour mieux se comporter à l’avenir.
– C’est dans ton intérêt à toi. Tu en as bien conscience, j’espère ?
Oui. Oui. De la tête.
Des gens passaient. Ralentissaient. Arboraient parfois de petits sourires moqueurs. Certains s’arrêtaient. Commentaient.
Il s’est bien écoulé une bonne dizaine de minutes avant qu’il consente enfin à accepter son présent.
– C’est quoi ?
– Vous savez bien.
– Pas du tout, non.
– Ma fessée.
– Ah, oui ? C’est gentil. Ça me touche beaucoup. Ben, tu sais pas ? On va aller regarder ça ensemble alors. Tous les trois. Ah, si, si, j’y tiens…

lundi 8 octobre 2018

Initiation


Dessin de P.Silex

– Oh, mais on se fait toute belle ! C’est bon signe, ça, non ?
– Tu parles si c’est bon signe ! Je te vis un de ces trucs, moi, là !
– C’est l’homme de ta vie, quoi !
– Dis pas ça ! Dis pas ça ! Ça porte malheur. Il n’empêche. Je suis sur un petit nuage.
– Eh bien, raconte !
– Il y a rien à raconter. Qu’est-ce tu veux que je raconte ? Je suis bien avec lui. Je suis bien dans ses bras. Et puis voilà ! Ah, si, quand même il y a un truc. Tu devineras jamais. Tu sais pas ce qu’il m’a demandé ? De me donner une fessée.
– C’est pas vrai !
– Si ! Enfin pas vraiment dans ces termes-là. Disons qu’il a mis le sujet sur le tapis. Qu’il a fait à plusieurs reprises des allusions. Qu’il pose des jalons. Mais tu vois gros comme une maison où il veut en venir.
– Et alors ?
– Et alors quoi ?
– Tu vas donner suite ?
– Ben, évidemment ! Tu me connais.
– Oh, ça, oui ! Je suis bien placée pour.
– Sauf que je vais le faire attendre un bon petit moment. Je suis pas idiote. Je vais avoir des tas de réticences. De toute sorte. Qu’il aille pas s’imaginer…
– Que t’en as déjà reçu.
– Voilà, oui.
– Et que t’aimes ça. Ce que tu peux être retorse quand tu t’y mets.
– Mais non ! Je suis très généreuse au contraire. Regarde ! Je vais lui laisser le plaisir de m’initier, de me faire découvrir, petit à petit, les arcanes d’un univers dont je suis censée ignorer absolument tout.
– Ben, voyons !
– Ils adorent ça, les hommes, être les premiers. Nous déflorer notre innocence. Dans quelque domaine que ce soit. Ce qui est d’ailleurs le meilleur moyen de se les attacher.
– Si je me retenais pas…
– Tu m’en flanquerais une.
– Et carabinée.
– Oui ben alors ça, pas question. Pas pour le moment en tout cas. Pas question que j’arrive là-bas tout à l’heure les fesses rouges. Ça flanquerait tout par terre.

samedi 6 octobre 2018

Les fantasmes de Lucie (20)


Dessin de Pierre Carrier-Belleuse

J’ai vu Julien. Vendredi. Ça faisait quatre mois. Pas loin. Est-ce que j’en avais vraiment envie ? Oui et non. Il est gentil, Julien. Il est tout ce qu’on veut. Mais bon, on est d’accord sur rien. Alors on évite de discuter. On se prendrait la tête. Reste quoi ? Ben, la baise. C’est ni bien ni mal avec lui. C’est de la baise, un point c’est tout. C’est pas qu’il sache pas s’y prendre, non. Il serait même plutôt doué dans son genre, mais c’est moi qui suis pas très réceptive. Parce que les mecs, faut bien reconnaître qu’on prend nettement moins son pied avec que quand on se fait ça toute seule. Avec ses images. Ses fantasmes. À son rythme. Moi, en tout cas, c’est comme ça que je fonctionne. Et les types, du coup, il y a belle lurette que je cours plus après. Pour ce que ça apporte ! Et c’est des complications à n’en plus finir. En plus ! Bon, mais enfin là, c’était Julien. Et avec Julien, ça fait près de dix ans qu’on se connaît. Et qu’on le fait. Épisodiquement. Plus par habitude qu’autre chose. Alors que je lui refuse, il comprendrait pas. Faudrait que j’entre dans des explications à la mords-moi-le-nœud. Et ça, j’ai pas envie. J’ai vraiment pas envie. Donc, on s’est vus. À l’hôtel. On a fait notre petite affaire. Il m’a un peu parlé de sa copine. Qu’il se demande s’il va rester avec. Il sait pas. Il sait vraiment pas. On a encore refait notre petite affaire. Et on s’est endormis. Au matin, il est descendu chercher son journal. Depuis que je le connais, il est toujours descendu chercher son journal le matin. C’est une habitude à laquelle il ne dérogerait pour rien au monde.
Je me suis étirée. Nue sur le lit, j’ai laissé les premiers rayons du soleil me caresser langoureusement la peau. Dans les chambres voisines, on a commencé à remuer. Des conversations étouffées. Des ruissellements d’eau. Des rideaux se sont tirés. Des fenêtres se sont ouvertes.
On a frappé. J’ai cru que c’était Julien.
– Ben, entre ! Qu’est-ce tu fous ? T’as pas besoin de frapper.
Ce n’était pas Julien. C’était un jeune serveur, d’une vingtaine d’années, qui apportait le petit déjeuner.
Il n’a pas cillé.
– Je vous mets le plateau où ?
Impossible de précipitamment ramener draps et couverture. J’étais allongée de tout mon long dessus.
Je me suis tournée sur le ventre.
– Désolée… Je pensais… Mon ami… Il est descendu… Le journal…
Il a eu un petit sourire. Il n’en croyait manifestement pas un mot.
– Je vous mets le plateau où ?
– Là-bas… Sur la petite table… Près de la fenêtre… Merci.
Je l’ai entendu le poser derrière moi. Il s’est passé du temps. Beaucoup de temps. Beaucoup trop de temps. Il me matait les fesses. J’en étais sûre. Je le sentais.
Il s’est enfin décidé à quitter la chambre. En passant à ma hauteur, il m’a jeté un petit regard complice en coin.
– Bon appétit !
– Merci.

Je n’arrête pas, depuis, de le convoquer dans mes rêveries. Je revois la scène. Son sourire au début. Son regard à la fin. Cet interminable temps de latence entre les deux. Et j’imagine. J’imagine qu’il n’a rien de plus pressé, au sortir de la chambre, que d’aller s’isoler pour se donner du plaisir. Frénétiquement. Sauvagement. À cause de moi. Grâce à moi. Pour moi. Et je l’accompagne. Je me pianote, les yeux fermés, en le regardant faire.
Il y a aussi des fois où je me figure que, la veille, je me suis offert une vigoureuse et retentissante fessée. Il entre. Avec son plateau. Me retourner ? Impossible. Pour qu’il voie mes fesses cramoisies ? Ah, non ! Non ! Merci bien. Je préfère encore lui abandonner le spectacle de ma nudité de devant qu’il ne se prive pas, dès lors, de contempler avec gourmandise. Avec tant de gourmandise et d’avidité que je finis, d’instinct, par faire ce que j’étais décidée à ne pas faire. Je me retourne sur le ventre. Il pousse un long sifflement stupéfait.
– Eh, ben dis donc ! Comment on vous a arrangée !
Et il reste là, derrière moi, à examiner tranquillement l’étendue des dégâts. À s’en repaître. Longtemps. Son souffle s’accélère. Il y a comme un bruit de succion. Il le fait. Il se le fait. Et ça m’excite. Non, mais comment ça m’excite. Je glisse par en-dessous ma main entre mes cuisses. Mes lèvres. Mon bouton. Que je brandille. Que je tortionne. Que je tourbillonne tant et plus. Que c’est bon ! Mais que c’est bon ! C’est quand je sens sa semence se répandre toute chaude sur mes fesses que mon plaisir me crucifie dans un grand râle.

jeudi 4 octobre 2018

Quinze ans après (26)


Andrea a passé la tête par la fenêtre ouverte.
– Coucou ! C’est moi !
– Ben, entre !
– Je l’ai !
Le martinet. Qu’elle a déposé, avec un grand sourire, sur la petite table de la salle de séjour, devant la télé.
– Ah, alors ça y est ! Tu t’es enfin décidée !
– Je l’ai toujours été. Depuis le début.
– Seulement c’est tellement bon d’attendre. D’imaginer encore et encore les choses avant qu’elles n’arrivent. D’en profiter à l’avance. C’est pas ça ?
– Si ! Bien sûr que si !
– Bon, ben reste plus qu’à passer à l’acte. J’appelle Coxan.
– Il est peut-être pas libre.
– Oui, oh, ben alors, pour ça, pas besoin de t’en faire qu’il va l’être. Il va accourir toutes affaires cessantes.

– Et voilà… Ça y est ! On est opérationnels.
– Si tu nous expliquais un peu ? C’est quoi tout ce fourbi ?
– Alors cette caméra, là, c’est le direct. Grâce à elle, Andrea va pouvoir suivre, comme si elle y était, si j’ose dire, le déroulé des opérations. Elle verra tomber les cinglées au moment même où elles la mordront. Et où elle les sentira passer.
– Et celle-là ?
– Celle-là, elle va nous offrir un joli petit plan d’ensemble. On l’y verra tout à la fois en train de se faire travailler le derrière et en train de suivre tout ça, les yeux rivés à l’écran, de très très près.
– Il y en a une troisième…
– Oui, oh, alors celle-là… Ce que j’aimerais, si tu en es d’accord, bien sûr, Andrea… Celle-là, ce serait pour un gros plan sur ta petite frimousse. Pour voir s’y inscrire… tout ce qui va s’y inscrire au cours de cette séance. Étant bien entendu que, comme je m’y suis formellement engagé, ça restera à usage strictement personnel.
Elle a esquissé un petit sourire mutin.
– Je pourrai quand même en avoir une copie ?
– Douze, si tu veux.
J’ai constaté.
– Bon, ben il y a plus qu’à, alors…
Il y avait plus qu’à, oui…
– Tu te déshabilles ?
Il l’a filmée en train de le faire. De replier soigneusement ses vêtements et de les déposer sur la chaise, près de la cheminée, l’un après l’autre, au fur et à mesure qu’elle les retirait.
Elle est restée nue, quelques secondes, à regarder intensément la caméra et puis elle est allée s’allonger de tout son long sur le canapé, a fixé l’écran de l’ordinateur droit dans les yeux.
– Je suis prête.
J’ai levé le martinet, fait mine de l’abattre. À deux reprises. À trois reprises. Elle s’est, chaque fois, crispée des fesses.
Je l’ai vraiment abattu. Pour de bon. À pleine croupe.
– Aïe ! Hou, la vache !
Un second coup. Plus énergique. J’ai pris tout mon temps. Un troisième. Un quatrième que je lui ai fait interminablement attendre.
– Plus vite ! Plus vite !
Plus vite. En rafale.
Elle ne quittait pas l’écran des yeux.
– Et plus fort ! Plus fort !
Ça s’est enfoncé, au cœur des fesses, en longues traînées boursouflantes. Ça a débordé sur les cuisses.
Elle s’est légèrement hissée sur les genoux. Avec un grand râle.
– Je vais jouir ! Je vais jouir ! Je jouis…