lundi 19 mars 2012

Souvenirs d'avant ( 38 )

38-

– Je vous attendais…
– Épargnez-moi vos sarcasmes, je vous prie…
– Vous voilà donc enfin devenue raisonnable ?
– Finissons-en ! Que faut-il que je fasse ?
– Comme si vous l’ignoriez…
– Dites ! Dites, et pour l’amour du ciel, dépêchons ! Ne faites pas de cette épreuve, déjà si difficilement supportable pour moi, un calvaire…
– À qui la faute s’il vous la faut subir ? Et croyez-vous vraiment être en situation d’imposer vos conditions ?
– Certes non, mais…
– Alors assez palabré… Dénudez-vous ! Totalement… Et en prenant tout votre temps… Rien ne nous presse… Nous avons l’après-midi entière devant nous…

– Parfait ! Vous avez un corps parfait… Tournez-vous ! Et venez ici ! Approchez ! Mettez-vous bien dans la lumière… Tournez encore… Encore… Décidément non, je ne regrette pas de m’être finalement résolu à vous apporter mon aide… J’en suis très largement dédommagé… Restez ainsi… Ne bougez plus…

– De grâce, Monsieur…
– Il vous tarde donc tant d’être punie ?
– Je suis déjà au supplice…
– Vous l’allez être bien davantage… Et sur le champ… Venez ! On va vous installer… Là… En travers de mes genoux… Le plus confortablement possible… Parce que ce sera long… Très long…

– Que faites-vous donc ? Qui vous a autorisée à vous rhabiller ? Laissez de côté, je vous prie, ces voiles importuns…
– N’en avons-nous pas terminé ?
– Certes non… Espériez-vous vous en tirer à si bon compte ? Non… Il me faut parfaire mon œuvre… Laissez-moi voir… Oui… De ce côté quelque rajout de rouge profond… Cela s’impose… Avec une touche de violet ardent… Et même de grenat mystique… Oui… Venez ! Reprenons…

– C’est mieux… Beaucoup mieux… Tenez… Venez voir… Là… Dans la psyché… Que vous en semble ?
– Ne m’imposez pas, s’il vous plaît…
– Oui… Vous avez raison… Ce n’est pas encore tout-à-fait satisfaisant… Quelques petites retouches, de ci de là, seront du plus bel effet… Qu’à cela ne tienne… Nous allons y retourner…

– Savez-vous que vous avez une très jolie voix ? Qui, si vous consentiez à la travailler un tant soit peu, donnerait très vite sa pleine mesure… Aussi bien dans les graves que dans les aigus… Voulez-vous que nous nous en occupions dès à présent ? À moins que vous ne préfériez revenir ? Demain peut-être…
– Faites comme bon vous semble, Monsieur, mais, pour l’amour du ciel, finissons-en ! Une bonne fois pour toutes…

– Vous y avez mis du vôtre… Infiniment… Je vous en sais gré… Et vous n’avez pas manqué de courage… Vous pouvez vous rhabiller… Attendez ! Juste un instant… Que je contemple une dernière fois vos fesses si joliment carminées… Voilà… Oui… Rhabillez-vous… Je garderai pour ma part un excellent souvenir de ces moments que nous venons de passer ensemble… Pas vous ?
– Je souhaite les oublier au plus tôt…
– À moins qu’au contraire vous ne puissiez vous empêcher de les évoquer avec beaucoup de nostalgie…
– Dieu m’en garde !
– Sachez que si tel était le cas – ce qui est on ne peut plus vraisemblable si j’en crois certains mouvements qui vous ont échappé – ma porte vous est grande ouverte et que je ne me ferai qu’un plaisir de vous…
– Adieu, Monsieur…
– Au revoir, Madame… À bientôt...

jeudi 15 mars 2012

Escobarines: Escob' fan club ( 2 )



– Bon, alors aujourd’hui… Oh, vous m’écoutez, les filles ? Aujourd’hui je propose qu’on tire au sort un de ses dessins à Jean-Philippe et qu’on voie s’il y a des volontaires pour le mettre en scène…
– Et on gagne quoi ?
– Le droit d’aller lui annoncer là-haut, chez lui, qu’on lui a monté son fan club…
– Ça me plairait bien, moi, ça !
– Et moi donc !
– Allez… Vous y êtes ? Il me faut une main innocente… Oui… Ludivine, tiens !
– Ludivine… innocente ? On aura tout vu…
– Mélange bien ! Là… Oui… Et vas-y maintenant ! Sors-en un ! Donne ! Merci… C’est le 3048949650…
– Ça nous dit rien du tout ça…
– C’est l’un des derniers… Celui où la fille elle s’est fait une pancarte en anglais, posée à côté d’elle, dans la rue, qui dit qu’elle a besoin d’une fessée cul nu…
– Très peu pour moi…
– Sur ce coup-là moi non plus je suis pas joueuse…
– Ni moi… Faudrait être folle…
– Moi… je veux bien…
– Toi, Célia ? T’es complètement ravagée…
– Ben pourquoi ? Non… Ça me tente bien… Surtout qu’en plus, du coup, si je le fais, je vais être toute seule à monter le voir Jean-Philippe pour lui annoncer…
– Non, mais tu te rends pas compte ! Et si ça tourne mal ?! Avec tous les cinglés qui traînent un peu partout…
– Oh, tout de suite !
– Déjà faut choisir un endroit pas trop passant… Et s’éparpiller toutes dans le coin… Comme ça si elle a le moindre problème on peut tout de suite rappliquer… Et on est quand même près de quarante…

– Au bar du Carrousel elles ont dit qu’il fallait qu’on s’installe…
– C’est là…
– Oh, la tronche des mecs là-dedans ! Ça promet !
– Mesdemoiselles ?
– Trois cocas, s’il vous plaît…

– Eh, Roger, vise voir un peu ce qui s’installe sur le trottoir en face de chez toi !
– Encore une qui vient faire la manche ! Mais qu’est-ce qu’elle fout ? Elle va pas se dépoiler là quand même ?
– Ben si ! Oh, dommage ! Elle la tombe pas la culotte…
– Encore une pub pour une connerie quelconque…
– Qu’est-ce qu’il y a d’écrit sur le panneau ? T’arrives à lire, toi ? C’est de l’anglais, non ? Lulu, toi qu’as travaillé à Londres ?
– Ça dit qu’elle veut se ramasser une fessée…
– J’y vais ! Et elle va pas être déçue du voyage… Je vais te lui foutre le cul dans un état !
– Moi, à ta place, je bougerais pas de là… Ça sent l’embrouille à plein nez ce truc…
– Oh, tu parles ! Qu’est-ce tu veux qu’il y ait ?
– On sait pas… Et c’est justement quand on sait pas que ça craint… Parce que si ça te retombe sur le coin de la figure t’as tout gagné…

– Ils sont trop les gens ! Parce qu’attends ! T’as une nana en petite culotte sur le trottoir… Et il y en a pas un qui s’arrête…
– Ils sont blasés… On en voit tellement au jour d’aujourd’hui…
– Oui… Et puis comme je disais il y a deux minutes ils veulent pas d’histoires…

– Ah, les deux vieilles, là, par contre !
– Oh, vieilles… Pas tant que ça !
– Elles l’engueulent on dirait…
– Et pas qu’un peu… Qu’est-ce qu’elles lui disent ? À votre avis ?
– Qu’elle devrait avoir honte… Sûrement… Ce qu’est pas faux d’ailleurs…
– Elle dit rien… Elle répond pas…
– Manquerait plus que ça…
– Holà ! Pas contente, la mamie ! Ça dépote…
– Tu vas voir qu’elles vont lui en mettre une…
– Oh, quand même pas !
– Tiens… Regardez ! Regardez ! Elles lui baissent la culotte…
– Oh, la vache !
– Elle a un beau petit cul en tout cas…
– Ça y est ! Elles attaquent…
– Une fesse chacune…
– Et elles font pas semblant…
– Allez, les mamies, allez ! On tient le rythme, hein ! Et on baisse pas les bras… Elles y vont… Non, mais comment elles y vont…

– Ça y est ! Elles arrêtent… Dommage…
– Les meilleures choses ont une fin…
– Comment elle l’a rouge ! C’est de la folie…
– Oui, elle va le sentir un moment…
– Elle se rhabille… Elle se casse… Bon, allez, Roger, sers-moi un demi… Ça m’a donné soif tout ça…

– Eh ben nous, maintenant, on n’a plus qu’à rejoindre les autres…
– Vous avez vu, les filles ?
– Quoi ? Le type, là, derrière, à la table tout seul… Il a tout filmé en douce…
– Il va en faire quoi ?
– Alors ça !

lundi 12 mars 2012

Souvenirs d'avant ( 37 )

37-

– Si je me suis résolue à venir vous trouver, Monsieur…
– C’est que ?
– C’est que je suis dans une situation inextricable… Et qu’un ami m’a affirmé que vous pourriez sans doute, me venir en aide…
– Tout dépend… De quoi s’agit-il ?
– Je peux compter sur votre entière discrétion ?
– Il va de soi...
– Mon mari est un personnage très en vue… Un proche du ministre Achille Fould… Il nourrit de grandes ambitions politiques…
– C’est tout à son honneur…
– En effet… Mais… mais j’ai commis un acte qui pourrait nuire gravement à son avenir… Et provoquer un épouvantable scandale…
– De quel ordre ?
– Monsieur…
– Si vous voulez que je puisse vous aider…
– Il me faut impérativement restituer, avant mercredi, un importante somme d’argent…
– Qu’entendez-vous par importante ?
– Tenez… J’ai tout ici… Les papiers… Voyez…
– Fichtre ! Vous n’y êtes pas allée de main morte… C’est énorme…
– Et vous ne pouvez rien pour moi…
– Si… Peut-être… Mais que proposez-vous en contrepartie ?
– En contrepartie ?
– En contrepartie des centaines de milliers de francs qui vous sont nécessaires, oui… Vous n’espérez tout de même pas que je vous en fasse simplement don ?
– Je rembourserai… Je vous rembourserai… Tout… Jusqu’au dernier centime…
– Comment ? Vous n’avez pas de revenus propres…
– Je trouverai des solutions… J’économiserai… Je…
– Vagues promesses dont vous savez parfaitement que vous ne les tiendrez pas… Que vous ne serez pas en mesure de les tenir… Qu’avez-vous d’autre à proposer ?
– Je suis une femme d’honneur, Monsieur… Et vertueuse… Et je ne souffrirai pas que vous insinuiiez…
– Je n’insinue rien du tout, Madame… Je me contente de vous demander quels gages vous avez à m’offrir autres que quelques chimériques engagements…
– Si vous ne m’aidez pas, je suis une femme perdue… Je vous en conjure… Je vous en supplie à genoux… Aidez-moi !
– Je ne demande pas mieux… À condition que, de votre côté, vous y mettiez aussi du vôtre…
– Mais comment ? Que puis-je ? Que voulez-vous ?
– Commencez par me dire à quoi vous avez utilisé au juste cet argent…
– Je ne puis…
– Dans ces conditions, brisons là, Madame… Je ne veux rien avoir à faire, ni de près ni de loin, avec des agissements que je suis en droit de supposer contraires aux intérêts de l’Etat ou, en tout cas, hautement répréhensibles…
– Je vous jure qu’il n’en est rien…
– Pourquoi dès lors vous refuser à révéler à quoi a servi cet argent ?
– Une femme…
– Se prend parfois de passion irrationnelle… Au point de tout sacrifier à celui qu’elle aime… Au point de tout oublier de ce qu’elle se doit à elle-même… De ce qu’elle doit à son mari et à ses enfants… Vous ne dites rien ?
– Que pourrais-je dire ?
– Qu’un jeune bellâtre vous a séduite… Avant de vous abandonner… Et que vous êtes prête à tout pour éviter un scandale qui éclabousserait votre mari, mais qui vous éclabousserait, vous, bien davantage…
– Je suis entre vos mains…
– En effet… Vous vous êtes comportée – convenez-en – de façon tout à fait irresponsable… Particulièrement immature… Et bien immorale… Non ?
– Monsieur…
– Et avouez que ce serait sans doute vous rendre le plus grand des services que de vous punir comme vous le méritez…
– Me punir ? Qu’entendez-vous par là ?
– Ce qu’on entend généralement…
– Vous n’y pensez pas !
– Ah, si ! Et très sérieusement… C’est même la condition sine qua non que je mets à vous rendre le service que vous êtes venue me demander…
– Il ne saurait en être question…
– Je gage que vous ne sauriez tarder à changer d’avis… Et que vous reviendrez très vite à de bien meilleurs sentiments…
– Certainement non… je vous salue, Monsieur…
– Moi aussi, Madame…

jeudi 8 mars 2012

Escobarines: Escob' fan club
























– Domitille ? C’est moi, Marjo… Tu te souviens ? J’étais là aux peintures chez Escobar…(1)
– Si je me souviens ! Cette fessée que tu t’es ramassée le dernier soir !… Ça s’oublie pas un truc comme ça !… Un grand moment… Un très grand moment…
– Je t’appelle parce qu’on est plusieurs à avoir pensé à un truc… Si on montait un fan club ? Un fan club Escobar…
– V’là une idée qu’elle est bonne ! J’en suis… Si ça se fait, j’en suis…

– Bon… Oh, les filles ! Si on parle toutes à la fois on n’y arrivera jamais…
– C’est qu’on est tout excitées…
– Mais alors finalement il va venir Escobar aujourd’hui ou il va pas venir ?
– Il a intérêt ! Parce que c’est pas la peine qu’on se crève à lui faire un fan club s’il se pointe même pas…
– Il va pas venir, non… Il est pas au courant… C’est bien mieux de tout mettre en place et qu’il ait la surprise…
– Oui, mais alors ça va consister en quoi exactement ce club ?
– C’est justement pour y réfléchir qu’on est là… Et pour décider…
– La première chose, ce serait peut-être de se débrouiller pour les faire connaître le plus possible ses dessins…
– Mais ils le sont déjà !
– Pas par tout le monde…
– Et tu veux t’y prendre comment ? Moi, je me vois franchement pas débarquer au boulot avec tout ça sous le bras… « – Les filles, je veux vous montrer un truc… Vous allez voir, c’est génial ! » Qu’est-ce que j’entendrais pas !
– Tu te prendrais une fessée…
– Ça doit être super une fessée au boulot… Comment j’aimerais ça, moi !
– Moi aussi ! Et je sais déjà qui j’aurais envie qui me la donne…
– Bon, les filles ! On n’avance pas, là…

– Ce qu’on pourrait peut-être, c’est lui donner des idées…
– Ça va le vexer… Ça a l’air de dire qu’il en a pas…
– Mais non ! C’est pas ça… Mais si on lui raconte des trucs qui nous sont arrivés ça peut lui donner envie de faire des dessins dessus…
– Ça me plairait bien, ça, à moi aussi ! Mais alors faudrait pas qu’on me reconnaisse… Qu’il change ma figure…
– Un autre truc aussi qu’on pourrait faire, ce serait de les mettre en scène ses dessins… Pas tous, mais certains… D’imaginer une histoire dessus et de se distribuer les rôles…
– À quoi ça l’avancerait, lui ?
– On irait lui jouer… Il aimerait bien… Je suis sûre qu’il aimerait bien…
– Et en plus ça nous donnerait un prétexte pour aller le voir…
– Oui, mais alors pour ça, pour se partager les rôles, faudrait d’abord qu’on sache qui aime quoi…
– C’est facile… Celles qui préfèrent la donner la fessée, à droite… Celles qui préfèrent la recevoir, à gauche…
– Et celles qu’aiment les deux ?
– Au milieu… Bougez plus, je note…

– Ce qu’il nous faudrait aussi, c’est un signe de ralliement… Un insigne… Quelque chose…
– Pour que tout le monde nous reconnaisse dans la rue ? Merci bien…
– Non, mais de discret… Qui se voit pas comme ça… Mais que nous on sache…
– Là-dessus, moi, j’ai une idée… Vous allez voir…
– Qu’est-ce qu’elle fait ?
– Apparemment elle montre ses fesses…
– C’est quoi qu’elle se peint dessus ?
– La signature d’Escobar… Tu reconnais pas ?
– Ah, oui ! Si ! Même qu’elle l’imite drôlement bien…
– Oui, mais le problème, c’est que ça va s’effacer…
– Et vite fait…
– Pas si on se la fait tatouer…
– Tatouer ?! Non, mais alors là t’imagines ? Ça va rester…
– Justement ! Raison de plus !
– Oui, mais non… Parce que les mecs, quand tu seras avec, ils vont se demander ce que c’est… Ils vont te poser des questions…
– Les mecs ? Ben de deux choses l’une… Ou ils sauront pas ce que c’est et c’est facile de leur raconter n’importe quoi ou ils sauront et alors là pour toi ça peut avoir plein d’avantages… Mais vraiment plein… Faut pas que je te fasse un dessin quand même ?
– Ouais… C’est pas con, ça…
– Et puis même… Même… Sans parler de ça… Comment ça me plairait, moi, de me dire que j’ai la signature d’Escobar tatouée là… Et que quand j’en prendrai une de fessée c’est par-dessus qu’elle viendra s’imprimer…
– Et moi donc !
– Moi aussi ! Alors ça… moi aussi !
– Bon, ben déjà on pourrait décider qu’on peut en faire partie de son fan club que si on l’a le tatouage…
– Bonne idée… Allez, on vote… À main levée… Qui est pour ? Adopté… À l’unanimité…

( à suivre )

( 1 ) voir Escobarines : Peintures

lundi 5 mars 2012

Souvenirs d'avant ( 36 )

36-

Un type, juché sur un tonneau… Une cocarde tricolore fichée dans son tricorne…
– Eh bien, citoyens, qu’entends-je dire ? Paris se révolte contre le tyran… La France se dresse contre les nobles qui la saignent… Et vous ? Que faites-vous ? Rien… Vous ôtez votre chapeau devant les puissants… Vous ployez le dos sous les coups de vos maîtres… Qu’attendez-vous pour leur faire rendre gorge ? Leurs greniers sont pleins et ils vous affament… Combien de temps encore le supporterez-vous ?

– Il a raison…
– Là-haut ! Tout le monde là-haut !
Armée de fourches et de bâtons notre petite troupe s’ébranle…
De tous côtés on nous encourage… De tous côtés on se joint à nous…
La clameur enfle…
– Sus aux affameurs !

Les grilles cèdent sous la poussée…
– Par ici ! Par ici !
Les portes ont été verrouillées… Elles volent en éclats…
Deux valets – ceux-là mêmes qui m’ont fouetté – veulent nous barrer la route… On les repousse… On les immobilise…
– Elles sont où vos maîtresses ?
Ils ne savent pas… Prétendent ne pas savoir…
– Fouillez ! Fouillez partout !
C’est la ruée… Dans le salon d’apparat… Dans les cuisines… Dans les chambres… On abat des cloisons… On arrache des parquets…

– Les voilà ! On les a !
Les deux damoiselles… Apeurées et tremblantes…
– Ah, on fait moins les fières…
– Qu’on les pende ! Qu’on les pende haut et court…
Elles se jettent à genoux…
– Pitié ! Non… Pitié…
Une femme hurle…
– De la pitié ?! De la pitié, dites-vous ?! En avez-vous jamais éprouvé, vous, de la pitié, quand mes enfants tremblaient de faim et de froid ? Quand je suis venue vous supplier de ne pas les laisser mourir ? En avez-vous éprouvé quand, pour une brouette de bois, vous avez fait fouetter mon mari ?
– Ce n’est pas nous… Nous…
– Vous ? Vous vous réjouissiez tant et plus du spectacle…
– Qu’on les fouette ! À notre tour de nous amuser ! Qu’on les fouette !

Et elles se jettent sur elles… À dix… À douze… À quinze… Elles les dépouillent de leurs vêtements… Les leur arrachent…
Nues… Nues comme au premier jour…
– Pour danser vous allez danser, vous aussi !
– Et chanter…
Des ceintures se tendent…

– Là… C’est bien… Mais plus haut ! Encore plus haut ! Faites un effort quand même ! Tout le monde vous regarde… C’est mieux, oui ! Beaucoup mieux…

– Qu’est-ce qu’il y a ? Ça fait mal ? Rien de plus naturel… C’est fait pour ça…
– S’il vous plaît ! Par pitié…
– Quoi donc ? Arrêter ? Vous n’y pensez pas ! Juste quand ça commence à devenir réjouissant… Allons ! Allons ! Soyez sages… Sinon…

– Cessez ! Cessez immédiatement ! C’est un ordre…
Elle… La maîtresse… En haut de l’escalier…
– Un ordre, dis-tu ? Les ordres maintenant ici, c’est nous qui les donnons…
– Laissez-les !
– À une condition… Que tu te dénudes et que tu viennes prendre leur place…
Ce qu’elle fait… Aussitôt… Sans l’ombre d’une hésitation…
Le silence…
On s’écarte pour la laisser passer…
– À genoux ! À genoux, j’ai dit… Là… Et ce sont tes valets qui vont te fouetter… Approchez, vous deux ! Allez !

jeudi 1 mars 2012

Escobarines. Casting
























– Vous savez quoi, les filles ? Je vous le donne en mille… Daphné…
– Eh ben quoi « Daphné » ?
– Elle est en train de tourner dans un film…
– Daphné ? Un film ? Dans ses rêves, oui !
– Non, non… J’ai vu le contrat…
– C’est un film de cul alors…
– Pas vraiment…
– Ça veut rien dire « pas vraiment »… Ou c’en est un… Ou c’en est pas un…
– Il y a pas de sexe… C’est juste qu’elle y reçoit la fessée…
– Grand bien lui fasse !
– N’empêche que pour rapporter ça rapporte… Gras…
– Ça peut bien rapporter tant que ça veut… Faut vraiment pas être bien dans sa tête pour accepter des trucs pareils …

– On voulait te voir, Daphné…
– Paraît que tu tournerais dans un film à ce qui se dit…
– C’est vrai, oui…
– Même que ça te rapporterait gros… Sauf qu’il faut… Ça doit faire drôlement mal, non ?
– Ah, ça ! On te ménage pas… Mais faut pas exagérer non plus… C’est quand même très supportable…
– Et… tu sais pas s’ils en chercheraient pas d’autres des actrices des fois ?
– Il y a régulièrement des castings pour en recruter…
– Qui se passent comment ?
– Comme des castings… On te fait jouer un bout de quelque chose et puis après on vérifie que tu les supportes bien les coups de martinet… Parce que si c’est pour les planter en plein tournage ça les intéresse pas… Ce qu’on peut comprendre…

– Ça fait quand même une sacrée masse de pognon… D’un côté ça me tenterait bien…
– Moi aussi…
– Mais de l’autre j’ai pas franchement envie…
– Moi non plus…
– Ni moi…
– Si on était sûres qu’ils te tapent pas trop fort encore…
– Oui, mais ça !
– Elle a dit que c’était supportable Daphné…
– Pour elle ! Mais moi, j’en sais rien du tout… Jamais j’en ai reçu du martinet, moi ! Jamais…
– Vous me faites rire, les filles… Vous me faites vraiment rire toutes les trois à discuter dans le vide comme ça depuis huit jours… Parce que le seul moyen de savoir, c’est d’essayer…
– Peut-être, oui… À condition d’y aller doucement…
– C’est vrai que sinon on va continuer à tourner en rond comme ça pendant un bon moment…
– Seulement qui c’est qui nous le ferait ?
– Ben moi, si vous voulez…
– Oui, mais alors t’arrêterais dès qu’on te le demande, hein ?!
– Ça… Évidemment ! Ça coule de source…
– Et puis ce qu’il faudrait aussi, c’est qu’elle soit là Daphné… Qu’elle puisse nous dire ce qu’elle en pense… Si ça vaut le coup qu’on y aille au casting… Tout ça…

– Oh, quand même ! Elle a pas tapé bien fort…
– Ah, parce que tu trouves, toi ?!
– C’était rien ça… Vous verrez au casting…
– Oui, ben il y a pas de risque que je m’y pointe, moi, alors…
– Moi non plus ! Ça fait un mal de chien… Et si j’avais su que ce soit ça…
– Et toi, Cynthia ?
– Moi, j’ai pas trouvé que c’était si épouvantable finalement…
– Je sais pas ce qu’il lui faut…
– En tout cas il y a que toi qu’as pas demandé qu’on arrête…
– Les dix-quinze premiers coups, oui, c’est pas évident… Mais après… Ça s’engourdit… Ça t’arrive comme à travers un filtre… Et ça en devient presque agréable à la longue…
– Agréable ?! Elle est folle !… Elle est complètement folle…
– Si, c’est vrai, hein !

– Si elles savaient !
– Qu’il y a jamais eu de film…
– Ni de casting…
– Et qu’il y en aura jamais…
– Je t’avais dit… Je t’avais que j’y arriverais… Je te l’avais pas dit ?
– Je t’adore…
– Tu as aimé ?
– Je serais difficile…
– Tout ce que tu veux je ferai toujours pour toi, ma Daphné… Tout… Tout ce qui te fera plaisir… Tout ce que tu voudras… Demande… Demande et tu auras…

lundi 27 février 2012

Souvenirs d'avant ( 35 )

35-

– Que fais-tu donc là, bougre ?
– Voilà deux jours que je n’ai rien mangé, messeigneurs… Je cherchais si par hasard…
– Il n’y aurait rien à voler… C’est bien ça, hein ?
– Non point… Mais si quelqu’un ne voudrait pas, par bonté…
– Tu ne pouvais tomber mieux… Notre maîtresse fait toujours montre d’une insigne bonté envers les vagabonds de ton espèce… Nous t’allons conduire à elle…

– Encore un ?
– Qui tournait autour du cellier… Avec l’intention, pour sûr, notre maîtresse, de vous dérober quelque chose...
– On va lui en ôter à tout jamais l’envie…
Les deux belles damoiselles, à ses côtés, battent des mains…
– Oh, oui ! Oh, oui !
– Qu’on le dévête !
– Par pitié… Non, par pitié…
– Et qu’on le fasse danser…

Deux fouets – deux – qui s’abattent en cadence…
– Aïe ! Non… Par pitié… Je vous jure…
Elles reste sourde… Impassible…
Les deux damoiselles rient… De bon cœur…
– Vois comme il saute !
– Et comme il tourne…
– C’est un bon danseur…
– Et un excellent chanteur…
– Dommage qu’il grimace autant…
– Oui… À l’évidence il manque de tenue…

Sur un signe de leur maîtresse, ils s’arrêtent enfin…
Elles protestent…
– Oh, pas déjà !
– Juste quand ça commençait à devenir amusant !
– Oh, s’il vous plaît, encore un peu…
Elle les couve d’un regard attendri…
Et l’ordre tombe…
– Poursuivez !
Longtemps…

On me jette dehors… On me lance mes vêtements…
– Et reviens traîner par ici pour voir… Tu sais désormais ce qu’il en coûte…

La charrette s’arrête à ma hauteur…
– C’est à la ville que tu vas comme ça ? Oui ? Eh ben monte !
Je m’agrippe au siège en serrant les dents…
– Eh oui… Ça fait mal, hein ! Surtout qu’ils n’y vont pas de main morte…
Je le regarde, stupéfait… Comment sait-il ?
– Ils sont très bavards…
Et il fouette son cheval…
– Ma femme a crèmes et plantes qui en ont soulagé d’autres… Qui te soulageront toi aussi…

– Laisse-toi faire… Détends-toi… C’est affaire de deux ou trois jours et il n’y paraîtra plus…
– Je me vengerai…
– Prends garde ! Elles sont toutes puissantes… D’autres avant toi s’y sont brûlé les ailes… Et leur plaisir à elles, c’est d’humilier, chaque fois qu’elles en trouvent l’occasion, les pauvres hères que nous sommes…
– Les temps changent… Elles n’en auront plus bien longtemps l’occasion…