samedi 15 juin 2019

Les fantasmes de Lucie (56)




Tableau d’Anders Zorn

Je n’arrivais pas à me décider à me mettre en route. Parce que, d’un côté, il avait sans doute raison : il était peu probable que je croise quelqu’un, là, au milieu des bois et j’en serais très vraisemblablement quitte pour parcourir les deux ou trois cents mètres qui me séparaient de la voiture dans un état d’appréhension finalement très excitant. Mais, d’un autre côté, ça ne pouvait pas être totalement exclu non plus. Avec la chance que j’avais… Et mon imagination s’emballait. J’allais croiser un groupe de jeunes en VTT. Ou bien encore tout un escadron de militaires en exercice. Et… Et quoi ? Ben, ce serait peut-être pas si désagréable que ça finalement. Non, mais et puis quoi encore ? J’avais pas d’autres idioties à me dire ?

Et si je restais là, sans bouger, à l’attendre ? Il serait bien obligé de finir par venir me chercher. Oui. Et tu passeras pour une belle dégonflée. Tu le décevras. Il prendra ses distances. Et tu pourras dire au revoir aux moments fabuleux que vous passez ensemble. Et au merveilleux avenir dont tu t’es mise à rêver secrètement avec lui.
C’est ce qui m’a déterminée. J’ai attaqué le sentier, le cœur battant. Rien. Personne. Juste le chant des oiseaux. Et, parfois, un frémissement dans les feuilles mortes. La vie de la forêt. Rien d’autre. J’avais déjà parcouru une bonne cinquantaine de mètres quand… un embranchement. Auquel, à l’aller, je n’avais pas prêté la moindre attention. Par où on était descendus ? Celui de droite ? Celui de gauche ? Je n’en avais pas la moindre idée. Plutôt à droite. Sans certitude. Sans véritable conviction. Quelques mètres. Il m’a semblé entendre des voix. Je me suis arrêtée. J’ai tendu l’oreille. Non. Rien. J’avais sûrement rêvé. J’ai poursuivi ma route, vaguement inquiète : je ne reconnaissais rien. Il allait falloir que je fasse demi-tour. Oui, il allait falloir, mais j’ai malgré tout continué. Encore un peu. Et j’ai brusquement débouché sur une clairière. Et sur un couple allongé sur des plaids devant une tente. La quarantaine. Entièrement nus, eux aussi. On s’est regardés, interloqués. C’est la femme qui a rompu le silence.
– Alors ? En promenade ?
Et on a été pris d’un immense fou rire tous les trois.
Non, j’étais pas en promenade, non. Et je leur expliqué. Par bribes. Le challenge. Le défi. La fausse route empruntée.
Ce qui les a beaucoup amusés.
Ils ont commenté. Voulu des précisions. Des détails. De plus en plus de détails.
Je me sentais en confiance avec eux. Alors j’ai fini par le leur dire. Ils auraient bien fini, de toute façon, par s’en apercevoir.
– Non, et puis, pour rajouter un peu de piment à la situation…
Et je me suis retournée.
Ça n’a été qu’un cri.
– Wouah ! Cette fessée ! Comment vous avez dû la sentir passer, celle-là !
– Oh, pour ça, oui, mais bon !
Je leur ai à nouveau fait face.
Il bandait le type. Tout ce qu’il savait. Mais alors là, la méga érection.
Elle lui a envoyé une petite pichenette dessus.
– Ah, ben ça, Luc, c’est son truc, la fessée. Ça le met dans tous ses états.

Bon, mais c’était pas tout ça, fallait que j’y aille. Fallait vraiment que j’y aille. Parce qu’il devait être mort d’inquiétude.
Le visage de la femme s’est illuminé d’un coup.
– Oh, vous savez pas ? J’ai une idée. Et si vous y reveniez tout habillée à la voiture ? Il vous largue à poil et… Cette tête qu’il ferait !
– Ah, ça, pour sûr !
Aussitôt dit, aussitôt fait.
– On est de la même taille en plus.
Et elle est allée me chercher des vêtements que j’ai pris tout mon temps pour enfiler devant la tente. Histoire que Luc puisse se régaler tout son saoul du spectacle de mes fesses cramoisies.
– Je vous les ramènerai.
– Oui, oh, il y a pas le feu. On est encore là pour une bonne semaine. Et venez avec lui. Qu’on fasse sa connaissance.

(à suivre)

jeudi 13 juin 2019

Fessées punitives (7)


À peine le pas d’Océane s’était-il estompé dans l’escalier que Bérengère s’est, elle aussi, éclipsée. Comme une voleuse. Sans dire au revoir à personne.
Valentin a hoché la tête.
– Ça l’a secouée, on dirait…
Ça avait l’air, oui.
– Vous voulez boire quelque chose ?
Non, non, merci. Une autre fois. On allait y aller. Il y aurait d’autres occasions.

Sur le trottoir, Émilie m’a proposé de me ramener.
– C’est sur ma route.
On a roulé quelques instants en silence. Et puis elle m’a coulé un regard de côté.
– Ça a pas fait semblant, hein !
– Oh, pour ça, non !
– Mais quand même… Je suis pas convaincue. Que, dans son cas, ce sera réellement efficace, je suis pas vraiment convaincue.
– Elle y croit pourtant.
– Et c’est tant mieux. N’y aurait-il qu’une toute petite chance… Mais il y a longtemps que je la connais, Océane. On a été cinq ans voisines. Elle est vraiment très très accro.
– On est toutes accro. On en serait pas réduites à ça sinon…
– Toi, c’est le jeu, elle m’a dit…
– C’est le jeu, oui. Et je ne souhaite à personne de tomber là-dedans. On vit l’enfer. Heureusement, j’ai Julien. Qui, dans ce domaine, ne me laisse rien passer.
– Et ça marche ?
– Il y a encore des rechutes. De moins en moins souvent. J’ai bon espoir d’être un jour définitivement guérie.
– C’est tout le mal que je te souhaite.

Et elle ? Si elle me parlait un peu d’elle ?
– Oh, moi, c’est une longue histoire. Une très longue histoire.
– Dis quand même…
– J’ai eu une scolarité chaotique, c’est le moins qu’on puisse dire. En fait, j’en avais strictement rien à foutre des études. Je sortais, je m’amusais, je baisais. Rien d’autre n’avait d’importance. Et, en plus, j’avais un poil dans la main long comme ça. Tant et si bien qu’à l’arrivée je me suis retrouvée sans le moindre diplôme. Même pas le brevet. Sauf qu’il a bien fallu que, bon gré mal gré, je me mette à bosser. J’ai enchaîné les boulots. Deux mois ici. Trois mois là. Quinze jours ailleurs. Je démissionnais à tour de bras. Rien ne me convenait. Tout m’ennuyait à mourir. J’ai sombré dans la déprime. Ça allait être ça, ma vie ? Cinquante ans durant ? Mieux valait en finir au plus vite. J’allais mal. De plus en plus mal. J’ai consulté. On m’a bourrée de cachets. Ce qui ne m’a pas empêchée d’avoir des angoisses. En pagaille. Des angoisses terrifiantes. Si terrifiantes qu’une nuit, à deux heures du matin, je suis sortie de chez moi. Il fallait que je voie quelqu’un. Que je parle à quelqu’un. Absolument. N’importe qui. Il y avait de la lumière sous une porte. J’ai sonné. Il m’a ouvert. Un type d’une cinquantaine d’années. Qui vivait au milieu des bouquins et des instruments de musique. Il était rassurant. Très. Il m’a parlé. Il m’a apaisée. Je ne l’ai quitté qu’au petit matin. Et je suis revenue le voir. Souvent. Je me suis confiée. J’ai vidé mon sac. Et, à force de discuter avec lui, j’ai fini par arriver à la conclusion que, si je voulais exercer un métier qui réponde à mes aspirations, il me fallait absolument reprendre mes études. Seulement… Seulement je me connaissais : j’étais d’une incorrigible paresse.
– Et pour te guérir de ta paresse…
– Oh, ça a pas été tout de suite. C’est tout doucement, petit à petit, qu’il m’a amenée à reconnaître et à accepter que, dans mon cas…
– Une bonne fessée, c’était encore la meilleure solution.
– Pas la meilleure, non. La seule. J’ai passé mon bac. En candidate libre. Je l’ai eu. Avec mention. Et maintenant, en parallèle avec un boulot de serveuse, je poursuis mes études. Ça se passe pas trop mal. Bien, même. En grande partie grâce à lui qui n’hésite pas, chaque fois que nécessaire, à me remettre dans les clous.
– Ce qui arrive souvent ?
– De moins en moins. Mais quand même. La paresse, ça a toujours été–  et ça reste – mon plus grand défaut.

lundi 10 juin 2019

Après-midi d'été (2)

Edmund Tarbell. Rêverie (1913)

Merci, ma Violaine. Merci, merci et encore merci. Ce portrait de toi que tu m’as fait apporter est absolument magnifique. Je ne me lasse pas de le contempler. Je reste plantée des heures durant devant. Le peintre a parfaitement su restituer l’une des expressions de toi que je préfère. Quand tu te perds dans tes pensées. Qu’elles t’emmènent je ne sais où. À moins que je ne sache trop bien où au contraire. Et c’est un peu comme si tu étais là, en permanence, à mes côtés. Si seulement c’était vrai !

En ce qui concerne ma lettre de la semaine dernière, je suis sûre que tu brûles de savoir si Marthe l’a lue. Ça ne fait pas, pour moi, l’ombre d’un doute. Pourquoi ? Écoute ! Après l’avoir cachetée et confiée à Célestin, j’ai voulu rester encore un peu avec toi. Je suis donc descendue jusqu’à l’orangerie où nous avons, cet été, fait tant de folies toutes les deux. J’y étais presque parvenue quand il m’a semblé entendre des gémissements. Je me suis arrêtée. J’ai dressé l’oreille. Non, je n’avais pas rêvé. Quelqu’un gémissait. Une femme. Une femme qu’on frappait, à intervalles réguliers, à grands coups de lanière. Avec une ceinture. Ou un martinet. Je me suis discrètement approchée. C’était Marthe. Elle s’était dénudé le dos et les fesses et se fouettait à tout va. Je suis restée là à la regarder faire, fascinée jusqu’à ce que, dans un dernier cri, elle s’affaisse au sol et y reste longuement prostrée. J’ai fini par m’éclipser. Tu imagines dans quel état d’esprit. Marthe ! Marthe ! Si je m’étais attendue…
Elle a fait sa réapparition, au petit salon, une bonne demi-heure plus tard. Tranquille. Sereine. Exactement comme si de rien n’était.

Tu vois bien qu’il est plus que probable qu’elle ait lu ma lettre. Une lettre qui a suscité en elle des désirs qu’il lui a fallu aller assouvir sur-le-champ. Mais pourquoi à l’orangerie ? Je l’évoque certes dans ma missive. Ce qui a pu lui en donner l’idée. Mais il y a peut-être une autre explication. Et si, cet été, elle nous avait espionnées ? Sans que, n’étant occupées que de nous-mêmes, nous nous en soyons aperçues ? C’est plausible après tout. Si elle allait désormais régulièrement nous retrouver là-bas ? Nourrir les coups qu’elle s’octroie généreusement de ceux dont elle t’a vue presque quotidiennement me gratifier ?

Je t’imagine, là, en ce moment, en train de me lire. Tu as dans les yeux cette petite lueur sombre si caractéristique des moments où tu te fais rapace. Tu salives. Les pointes de tes seins se dressent. Tu as des fourmillements dans les mains. Tu nous vois, Marthe et moi, agenouillées côte à côte à tes pieds, le derrière pointant en l’air, prêtes à recevoir de concert la correction que tu as décidé de nous infliger. Et tu nous claques. Tu nous fouettes. Avec ferveur. Avec jubilation. Nos cris t’excitent. Nos plaintes t’enflamment. Tu nous veux. Toutes les deux. Tu veux notre plaisir. Tu veux le tien. Tu nous abreuves de tes caresses. L’une comme l’autre. Autant l’une que l’autre. Tu me jettes, de temps à autre, un regard de côté. Non, Violaine, non, ma chérie, je ne suis pas jalouse. Je suis heureuse de ton bonheur. Quel qu’il soit. D’où qu’il vienne.

Marthe vient d’arriver derrière moi. À pas de loup. De se pencher par-dessus mon épaule. D’y poser une main. Elle lit ce que je t’ai écrit. Je ne l’en empêche pas. Ses cheveux me chatouillent la joue. Elle se penche à mon oreille.
– On va là-bas ?
Tant de supplication dans sa voix.
On va y emporter ton portrait.


(à suivre)

dimanche 9 juin 2019

Les fantasmes de Lucie (55)



Tableau d’Anders Zorn

Quand je me suis réveillée, j’étais dans ses bras. Il me regardait dormir.
Il m’a caressé la joue. Souri.
– Alors ? Notre petite promenade d’hier ?
Je me suis blottie contre lui. J’ai caché ma tête dans son cou.
– Tu as aimé ?
– Tu sais bien que oui.
– Non, tu n’as pas aimé. Tu as adoré.
Je me suis pressée plus fort contre lui.
Tu sais qu’il y a encore plein de choses qu’on pourrait faire ?
– Quoi ? Dis-moi !
– Tu t’habilles ? Je t’emmène.
– Où ça ?
– C’est une surprise.
– Un truc comme hier ?
– En pire.
– En pire ? Hou là là ! Qu’est-ce que c’est ?
Il y a pas eu moyen de le lui faire dire. Il s’est montré inflexible.

On a roulé. Toute la matinée.
À midi, on a déjeuné dans une petite auberge, sous la glycine.
Et puis on a repris la route.
Quelques kilomètres encore et il a garé la voiture, un peu à l’écart, dans un chemin de terre.
On a pris un sentier. On a marché une dizaine de minutes. Jusqu’à un petit ruisseau.
On s’est baignés. Tout nus.
– On peut. Il y a personne.
On s’est étendus au soleil. On s’est encore baignés. J’étais bien. J’ai un peu somnolé à ses côtés.
Il s’est redressé sur un coude.
– Bien ! Il est temps de passer aux choses sérieuses.
Aux choses sérieuses ? Quelles choses sérieuses ?
– Tourne-toi ! Fais voir !
– Quoi, donc ?
– Ta fessée.
Je la lui ai docilement montrée.
– Mouais ! Faudrait peut-être commencer par la raviver un peu.
Il s’y est employé. À grandes claques de ses larges mains qu’il a laissé puissamment retomber sur ma croupe, à une douzaine de reprises. J’ai gémi. Et un peu crié vers la fin.
– Là ! C’est mieux !
Il s’est rhabillé.
– On s’en va ?
– Non, non ! Moi, je m’en vais. Toi, tu restes là. Pour le moment.
Et il s’est mis à rassembler mes vêtements. Il en a fait un paquet. Qu’il a glissé sous son bras.
– Mais qu’est-ce que ?
– Tu laisses passer un petit bout de temps. Disons… Un bon quart d’heure. Et puis tu me rejoins.
– Comme ça ?
– Ben oui, comme ça ! Une petite promenade dans les bois, toute nue, avec le derrière en feu. T’imagines la montée d’adrénaline ? Me dis pas que ça te tente pas. Que tu n’y as jamais pensé. Que tu n’as jamais fantasmé là-dessus.
– Si ! Bien sûr que si ! Seulement…
– Seulement quoi ?
– Si je rencontre quelqu’un ?
– Il y a peu de chances.
– Oui, mais quand même ! On sait jamais.
– Tu lui expliqueras que t’étais avec des copines au bord de l’eau, que tu t’es endormie et que, quand tu t’es réveillée, tes affaires avaient disparu. Qu’elles ont voulu te faire une blague, sûrement.
– Oui, oh, mais la honte ! Dans l’état où j’ai les fesses…
– T’auras qu’à pas te retourner.
– Pour qu’il… Ben, voyons !
Il m’a enlacée.
– T’en crèves d’envie, avoue !
– Ça me tente, oui. Évidemment que ça me tente. Seulement…
– Alors faut pas réfléchir.
Et il m’a plantée là.
Je l’ai regardé s’éloigner.
Il s’est retourné, avant de disparaître, avec un petit signe de la main.

(à suivre)




jeudi 6 juin 2019

Fessées punitives (6)



J’étais la première.
– Alors ? T’appréhendes pas trop ?
Oh, si, qu’elle appréhendait, Océane.
– Si ! À un point que vous imaginez même pas.
– Il y aura que nous. Et nous aussi, on s’en prend.
– Oui, mais quand même ! Entre savoir qu’on en reçoit et voir la donner, il y a une sacrée marge. Non, et puis ce qu’il y a, vous savez, Lucile, c’est que je suis pas courageuse. Quand il me flanque une fessée, Valentin, je crie, je pleure, je gigote dans tous les sens. Je peux pas m’empêcher. Et là, je suis sûre que, devant vous, il va taper encore plus fort que d’habitude. Pour que je me donne, malgré moi, en spectacle. Pour que j’aie honte d’être incapable de me maîtriser.
– Peut-être alors que du coup, cette fois, la leçon va réellement porter. Que tu ne te mettras jamais plus, tellement tu auras eu honte, en situation d’en recevoir. Que tu seras définitivement guérie. Et c’est ce qui peut t’arriver de mieux, non ?
– Je sais bien, oui ! Seulement…

Est arrivée Bérengère.
– Je sais pas comment tu fais. Moi, je serais allée me cacher dans un trou de souris.
Et puis Émilie.
– Salut !
Avec un grand sourire.
Elle est venue s’asseoir à mes côtés.

Valentin a presque aussitôt surgi.
– Bon. Je vois que tout le monde est là.
Il a tiré une chaise, s’est assis.
C’était un grand brun aux yeux clairs, bien bâti, tout en muscles. Effectivement, une fessée, de sa main, on devait la sentir passer.
– Et donc, puisque tout le monde est là, on peut commencer. Viens ici, Océane !
Elle s’est empressée de le faire.
Il lui a passé un bras autour de la taille.
– Tu vas tout d’abord, avant toute chose, expliquer à tes petites camarades pour quelle raison je vais te punir.
– Je… J’ai bu.
– Tu as bu, oui. Tu t’es même saoulée. En dépit de toutes les belles promesses que tu m’avais faites. Et en profitant de mon absence.
– Je le ferai plus. Je te promets.
– C’est une promesse que tu m’as faite des dizaines de fois. Et que, sur la durée, tu n’as jamais vraiment tenue.
– Oui, mais cette fois…
– Peut-être en effet… On n’est plus dans le même cas de figure. Espérons-le en tout cas. Parce que ma patience a des limites. Et tu sais ce qu’on a dit.
– Je sais, Valentin, je sais. Mais je veux pas. Je veux pas te perdre.
– Dans ces conditions…
Et il a passé ses main sous sa robe. Des deux côtés. Il a descendu la culotte. Il l’a accompagnée jusqu’en bas, sur les chevilles. Elle a levé un pied, puis l’autre, pour en sortir.
Il l’a attirée à lui, couchée en travers de ses genoux, bien calée. Il a relevé la robe. Haut. Très haut. Bien au-dessus des reins. Et il a pris possession de son postérieur. Il y a posé sa main. L’y a laissée.
– Mais quand est-ce que tu vas enfin te montrer raisonnable ? Hein ? Quand ?
Et il a tapé. En pluie. En grêle. Un véritable raz-de-marée de claques. À pleines fesses. Ça a rosi. Ça a rougi. Et Océane a crié. Et Océane a gigoté. Et Océane a essayé de se protéger de sa main, une main que Valentin lui a fermement ramenée dans le dos. Qu’il y a maintenue. Et ça a repris de plus belle.
Les yeux exorbités, le visage crispé, Bérengère s’agitait sur sa chaise.
– Oh, la vache ! Oh, la vache ! Oh, la vache !
Quant à Émilie, à mes côtés, les mains sur les genoux, le regard fixé, droit devant elle, sur le derrière d’Océane, elle restait absolument impassible.
Encore quelques claques. Lancées à pleine puissance. Qui ont fait hurler Océane.
– Pardon, Valentin ! Pardon ! Je le ferai plus.
Ça s’est arrêté.
– File dans ta chambre !

lundi 3 juin 2019

Après-midi d'été.

Edmund Tarbell, 1908, Joséphine and Mercie

Ma Violaine, ma petite Violaine chérie,

Tu me manques. Si tu savais ! Pas une heure de la journée où je ne pense à toi. Pas une heure de la journée que je ne passe avec toi. Nous nous promenons ensemble sous les frondaisons. Nous nous donnons le bras. Ou la main. Nous nous murmurons, complices, nos secrets à l’oreille. Nous sommes pris d’interminables fous rires.

Pas une heure de la nuit non plus. Malgré la présence de Charles à mes côtés. Tu me rejoins silencieusement. Nous échangeons des baisers. Nous nous couvrons de caresses. Nos lèvres se cherchent. Les pointes de mes seins se dressent contre les tiennes. Mes fesses sont toutes chaudes encore, et toutes endolories, de la fessée que tu m’as donnée dans la matinée. Nous haletons. Nous nous fouillons d’une langue impatiente. Nous sommes l’une à l’autre. Nous nous épuisons de plaisir. Au risque qu’il se réveille et qu’il nous surprenne. Mais non. Non. Il ne se rend compte de rien. Il ne se doute de rien. Il dort. Je suis toutefois constamment sous la menace. Avec toi. Pour toi. Et ça me rend profondément heureuse.

C’est toi qui m’a appris à jouer avec le feu, ici, dans le parc, cet été. À mourir de la peur d’être découverte et, en même temps, à m’enivrer de cette peur. À éprouver, à la ressentir, un plaisir insensé. Incomparable. Quels risques inconsidérés nous avons pris toutes les deux ! Rappelle-toi nos après-midis près de la volière. Mes cris quand les claques dont tu me martelais le derrière me rendaient toute pantelante de désir. N’importe qui aurait pu surgir à n’importe quel moment. Charles. Ou sa sœur. Voire même un domestique. Cela ne nous dissuadait en rien. Bien au contraire. Notre plaisir n’en était que plus intense encore. Et l’orangerie ! Quelles folies nous y avons faites ! Quels bonheurs nous y avons éprouvés. Quels délices tu m’y as fait découvrir !

Jouer avec le feu. Je continue. On continue. Installée à mon secrétaire, je t’écris. De temps à autre, je contemple discrètement ton portrait. Ou bien je serre contre mon cœur la mèche de cheveux que tu m’as laissée te dérober. Marthe, la sœur de Charles est là, tout près, absorbée dans sa lecture. Tout-à-l’heure, elle s’est inopinément levée. Elle est passée derrière moi. Dans un sens, puis dans l’autre. J’ai paré, avec succès, au plus pressé. Mais, à tout moment, il peut lui prendre la fantaisie de recommencer sans que j’aie, cette fois, le temps de réagir. Et sans, surtout, que je le puisse : ce serait admettre que j’ai quelque chose à dissimuler. Qu’elle jette alors, au passage, un coup d’œil par-dessus mon épaule, qu’elle saisisse un mot, une bribe de phrase et elle risquerait d’éventer notre secret. C’est une perspective qui m’effraie, mais qui m’excite aussi terriblement. Comme avant. Comme cet été. À tel point que je suis maintenant tout inondée des liqueurs de Vénus. Quelle vilaine femme je fais, n’est-ce pas ? Tu serais là, tu me punirais. Je te vois. Je t’imagine. Tu prendrais cet air sévère que j’aime tant. Tu m’ordonnerais de me déshabiller et je t’obéirais. Sans la moindre hésitation. Je serais nue pour toi. Je m’abandonnerais à tes mains qui m’offriraient ces si délicieuses souffrances. Qui me rendraient heureuse.
Marthe vient de se lever. Elle s’est dirigée vers moi avant de se raviser et d’aller se pencher à la fenêtre. De revenir s’asseoir. « Quelle belle journée ! On a tort de rester enfermées. » Comment réagirait-elle si elle surprenait notre secret ? Je n’en ai pas la moindre idée. Elle est si secrète, Marthe. Et si imprévisible. Est-ce qu’elle irait-elle tout révéler à Charles ? Est-ce qu’elle feindrait de ne s’être aperçue de rien ? Est-ce qu’elle viendrait m’en parler ? Oh, mais on va savoir. Parce que tu sais ce que je vais faire ? Je vais disparaître quelques instants en laissant ma lettre bien en vue sur mon secrétaire. Lira ? Lira pas ? Je suis folle, hein ? À cause de toi. Grâce à toi.


(à suivre)

samedi 1 juin 2019

Les fantasmes de Lucie (54)


Tableau de Anton Heinsl

J’ai dormi. Une heure. Peut-être deux. Les fesses brûlantes. Repue du plaisir que je venais de me donner. Qu’il m’avait regardée me donner.
Au réveil, il était là. Tout près. Il me souriait.
Il s’est approché. Il m’a caressé la joue, du bout des doigts. Il m’a prise dans ses yeux.
– Et maintenant ?
– Maintenant ?
Tout ce qu’il voulait maintenant. Tout. Absolument tout. Qu’il me fouette ! Qu’il recommence ! S’il voulait… S’il avait envie… Ou qu’il me prenne ! Que je sois dans ses bras ! Que j’aie sa queue ! Que je sente son plaisir se répandre en moi !
Il s’est penché. Il m’a effleuré les lèvres. J’ai frissonné.
– Lève-toi !
Je l’ai fait.
– Habille-toi !
Là. Voilà.
– Viens !
– Où ça ?
– Te promener, les fesses ardentes, au milieu des gens. Te dire qu’ils ne savent pas. Qu’ils sont à cent mille lieues de se douter… Ça ne te tente pas ?
Si ! Bien sûr que si ! Souvent j’y avais pensé. Mais comment il savait ?
Il a souri. Il s’est contenté de sourire.
Et on est sortis.

Il y avait du monde. Beaucoup de monde. Des couples. Des jeunes en bandes. Des femmes seules. Des hommes seuls.
Il se penchait à mon oreille.
– Regarde-le, celui-là ! Regarde-le !
Un petit vieux à la mine austère, revêche.
– T’imagines si on lui disait ? Il s’en remettrait pas, le pauvre ! On pourrait, hein !
J’ai gardé le silence.
– Tu aurais honte ?
– Je serais morte de honte.
– Il faut qu’on le fasse alors ! Il faut absolument qu’on le fasse. On va le faire.
Mais comment il savait ? Comment il pouvait savoir ?

– Celui-là, là-bas ? Oui, celui-là !
Mon cœur s’accélérait. Mon souffle se faisait court. Mes paumes devenaient moites.
Il venait à notre rencontre. Il approchait. Il arrivait. Il était à notre hauteur.
– Non, finalement…
On le laissait passer.
Et il recommençait un peu plus loin.
Deux fois. Cinq fois. Dix fois. Jusqu’à ce que…
– Monsieur ! Eh, monsieur !
C’était un petit bonhomme rougeaud, court sur pattes, qui marchait à grands pas, tête baissée. Il a levé sur nous un regard éberlué.
– On voudrait votre avis. Ma copine, là, elle est très mal élevée. C’est souvent que je suis obligé de lui donner la fessée. J’ai raison, vous croyez ?
Il s’est enfui à toutes jambes.
On a ri. De bon cœur.
– Allez, à ton tour !
– Je pourrai jamais.
– Bien sûr que si !
Il proposait.
– Lui, allez, lui ! Non ? Elle, alors ! Non plus ?
Mais impossible de me décider. Je n’y arrivais pas. Je différais toujours.
– Bon, je vais t’aider.
Il a arrêté deux jeunes, d’une vingtaine d’années, qui venaient à notre rencontre.
– Elle a quelque chose à vous dire, ma copine.
Leurs regards sur moi. Leur attente.
J’ai balbutié. Bredouillé.
– Je… Il… C’est-à-dire que je…
J’ai pris ma respiration, un grand coup, et je me suis bravement lancée.
– Il m’a donné une fessée.
Ils se sont esclaffés.
– Il a bien fait.
– S’il a besoin d’un coup de main, la prochaine fois, qu’il nous fasse signe. Ce sera avec plaisir.
Et ils se sont éloignés.
– Ben, tu vois, c’était pas si difficile. Tu as aimé ?
– Un peu.
– Seulement un peu ?
Il s’est arrêté. Je me suis arrêtée. Il m’a prise contre lui.
Nos lèvres se sont jointes.
On est rentrés.
On n’a pas eu le temps d’arriver au lit. Ça a été là, dans l’entrée, sur le tapis.