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lundi 31 janvier 2011

Belle-soeur, beau-frère ( 4 )





- C’est fou ce que ça donne envie…
Elle finissait de déjeuner, sur le balcon, en regardant la mer…
- Quoi donc ?…
- La petite île au large là-bas… Il y a peut-être rien du tout dessus… Sauf les quelques arbres qu’on voit d’ici… Probable d’ailleurs… Mais ça fait rien… Tu peux pas t’empêcher de penser que ça doit être d’une beauté fabuleuse… Avec plein de trucs extraordinaires dont t’as même pas idée… Et du coup tu te dis qu’il faut absolument que tu y ailles… Que tu vas louper quelque chose de grandiose sinon… Ca te fait pas ça à toi aussi ?…
- S’il y a que ça pour te faire plaisir c’est pas bien compliqué de nager jusque là-bas…
- Pas compliqué… Pas compliqué… Ca fait quand même un sacré bout…
- Et ça te fait peur ?…
- Oh, que non !… Toi non plus ?…
- Quand j’arriverai là-bas t’auras à peine quitté la plage… On parie ?…
- Prétentieux, va !…

- Je t’ai laissée gagner…
- Mais oui !… C’est ça… C’est ça… En attendant c’est tout petit… Encore plus petit qu’on aurait dit du balcon de l’appart…
- Et ça casse pas trois pattes à un canard…
- L’avantage c’est que comme on est tout seuls – et qu’on peut pas nous voir de là-bas – on va pouvoir faire comme on fait sur la plage naturiste…
Et elle a joint le geste à la parole…
- Mais l’inconvénient, pour toi, c’est qu’à part moi t’auras personne à mater… C’est con, hein ?… Tant pis !… Va falloir que tu fasses contre mauvaise fortune bon cœur… Et dire que t’as même pas ton bouquin pour te consoler !…
Elle a fermé les yeux.. L’ombre d’une branche de pin, au gré du vent léger, lui caressait amoureusement le ventre, s’aventurait plus bas, semblait prise d’un remords, renonçait. Elle a brusquement éclaté de rire…
- Tu sais à quoi je pense ?… A la tête des deux Dorlandier là-bas si on leur racontait notre après-midi tout à l’heure au téléphone… T’imagines ?… « - A poil… Tous les deux, oui… Sur une plage déserte… Ben oui, oui… Pourquoi ?… »… Ils s’en remettent pas… C’est sûr qu’ils s’en remettent pas…

- Allo ?!… Tu m’entends ?… Mais bouge un peu… Déplace-toi !… Là… Oui… Ca va mieux… Je dis qu’on devrait plus trop tarder maintenant… C’est l’affaire d’un jour ou deux… Le temps que Paul finisse de mettre son projet au point avec Philippe… Ils sont sur quelque chose, là, tous les deux… Quelque chose d’important… Et si ça marche… Je t’en dis pas plus… Pour le moment c’est top secret… Bon, mais… et toi ?… Ca va ?… Elle te saoule pas trop ?… La laisse pas t’encombrer, hein ?!… Parce que ça elle sait faire… Hésite pas à la remettre à sa place s’il le faut… Chaque fois qu’il le faut… Elle deviendrait vite insupportable sinon… Je me demande vraiment ce qui est passé par la tête de Paul pour aller s’enticher d’une fille pareille… On en parlait encore tous ensemble hier soir… Mais ça c’est un sujet qu’il est hors de question d’aborder avec lui… Tu es sûre de le mettre dans une colère noire… Bon, mais toi prends ton mal en patience en attendant… Il y en a plus pour longtemps…

- Qu’est-ce que tu fais ?…
- Ben, tu vois, je nous prépare à dîner…
- Laisse tomber !… Tu veux pas qu’on aille au restaurant plus tôt ?… Parce que, à mon avis, quand ils seront revenus, on n’aura plus l’occasion d’y aller aussi souvent…

- Alors ?… J’avais pas raison ?… On n’est pas bien là ?… Le serveur nous a repérés en plus… Il nous a à la bonne… Il est aux petits soins pour nous… Comment c’est bon, ça !… Tiens, goûte !… Et toi ?… Fais voir !… Oui, c’est pas mal non plus… Mais je préfère quand même le mien…
Elle a consciencieusement saucé son assiette, l’a repoussée sur le côté…
- Finalement, si on y réfléchit bien, on est dans la même situation tous les deux…
- Dans la même situation ?… C’est-à-dire ?…
- C’est-à-dire avec nos conjoints… Moi avec Paul il se passe rien… Et toi avec Emilie pas grand chose si je t’ai bien compris l’autre jour… Tu te débrouilles comment si c’est pas indiscret ?…
- Ben…
- Je veux dire… En dehors de tout seul… Parce que ça ça compte pas… Presque tout le monde le fait… Non, mais… t’as d’autres nanas des fois ?… Oui… Forcément… Quelle question !… Beaucoup ?… Beaucoup ou pas de toute façon ça y change rien… Le problème, c’est que ça t’oblige à prendre des risques… Et qu’un jour ou l’autre tu finiras par te faire gauler… Et si ça se passe avec elle comme Paul m’a dit que ça se passerait avec lui si un jour je le trompais eh bien je te la souhaite bonne… Non… Tu sais ce que ce serait la solution ?… Aussi bien pour toi que pour moi ?… Ce serait qu’on se fasse du bien ensemble tous les deux… Ils y verraient que du feu… On est beau-frère et belle-sœur… Normal qu’on se voit… Qu’on soit ensemble… Souvent… La preuve : on l’est en ce moment… Et c’est même eux qu’ont tout fait pour ça… On le sera encore quand on sera rentrés… On aura mille prétextes… Et personne n’y trouvera rien à redire… On jouerait sur du velours… Pratiquement sans courir le moindre risque… Un truc pareil ça pourrait seulement pas leur venir à l’idée… Suffirait juste qu’on soit suffisamment prudents pour pas se laisser prendre sur le fait… C’est tout…

jeudi 27 janvier 2011

Escobarines: Contrôle fiscal





15 Septembre 2048

Ca y est !… C’est arrivé… Contrôle fiscal inopiné… Au moins je n’aurai plus à le redouter… J’ai joué… J’ai perdu… J’avais pris des risques… De très gros risques… Je sais ce qui m’attend… Non, en fait je ne sais pas… Tout va dépendre du juge… Mais avec les lois qui ont été votées en juin dernier il ne faut pas que je me fasse trop d’illusions…


17 Septembre 2048

C’est aussi l’avis de mon avocat… « - Vous y aurez droit… C’est évident… La nouvelle législation non seulement l’autorise, mais le préconise… C’est dans l’air du temps… On estime aujourd’hui, à tort ou à raison, sur la foi des travaux scientifiques les plus récents, que la fessée est hautement dissuasive… Ce que je vais essayer de vous obtenir, c’est qu’elle ne vous soit pas administrée en public… Mais je ne vous promets rien… Vous avez quand même poussé le bouchon loin… Très très loin…


18 Novembre 2048

C’est pour la fin du mois… Le 30… Je suis morte de trouille…


30 Novembre 2048

A la chaîne on est passés… Il y avait de tout… Des cambrioleurs… Des maniaques sexuels… Des trafiquants de drogue… On n’était que quatre femmes perdues au milieu de dizaines d’hommes… Et ça tombait… Amendes… Peines de prison… Avec ou sans sursis… Travaux d’intérêt général… Et fessée… Fessée… Fessée… Presque systématiquement fessée… Quand ça a été mon tour la juge m’a à peine regardée… « Eh ben dites donc !… Vous avez fait fort, vous !… »… Et elle m’a condamnée à tout rembourser jusqu’au dernier centime. Elle a ajouté une forte amende… « - Et une fessée, bien entendu !… Publique… »

Publique, c’est-à-dire, à ce que m’a expliqué mon avocat, en « compagnie » de tous ceux qui ont été condamnés aujourd’hui à la même peine… « - Même les hommes ?… »… Il a confirmé… « - Même les hommes, oui… Sauf si le juge d’application des peines accepte la non-mixité… C’est à son bon vouloir… - Et on le saura quand ?… - Le jour même… Il ne prend sa décision qu’au dernier moment… »… C’est fait exprès évidemment…


2 Décembre 2048

J’ai la convocation entre les mains : « Vous voudrez bien vous présenter le lundi 14 Décembre prochain, à 9 heures 30 précises, au Palais de Justice, pour vous soumettre au châtiment auquel vous avez été condamnée. »


14 Décembre 2048

Trente-neuf hommes. Je les ai comptés. Et nous quatre. D’instinct nous nous sommes aussitôt regroupées, serrées les unes contre les autres. Trente-neuf hommes qui, pour la plupart, nous dévisageaient avec curiosité et, pour certains d’entre eux, avec – il faut bien le dire – gourmandise… L’un d’eux nous a même menacées du plat de la main d’un air rigolard… Pauvre type !… Il allait bien lui arriver la même chose à lui aussi… Pas de quoi faire le fier… Ca allait… Ca venait… Des magistrats… Des avocats… Des policiers… Ca se lançait des grands bonjours… Ca discutait… Ca riait… Sans s’occuper le moins du monde de nous…

Ils sont arrivés à onze heures. A deux. Habillés tout en noir. Et tout le monde a tout de suite compris. La fille à côté de moi a frissonné… « - Bien… Ne perdons pas de temps… Au premier de ces messieurs… Sylvère Accroge… »… Quelqu’un s’est levé… « - C’est vous ?… Allez !… »… Une femme a passé la tête par la porte… « - Par ici !… Venez avec moi !… »…

Dans une petite pièce à l’écart… « - Vous avez de la chance… Beaucoup de chance… Le juge était dans un bon jour… Et vous êtes des primodélinquantes… Mais en cas de récidive ne vous faites pas d’illusions… Il se montrera beaucoup moins indulgent… Bon… Mais par laquelle de ces demoiselles on va commencer ?… Il y a une volontaire ?… Non ?… De toute façon vous allez toutes y passer, vous savez !… Allez, toi !… Oui, toi, la petite blonde !… Viens par ici !… Baisse-moi tout ça !… Mets-toi en position… Là, oui, comme ça… Et quand j’en aurai fini avec toi t’iras te mettre contre le mur là-bas… Sans te reculotter… Parce qu’on va venir vérifier que la punition a bien eu lieu… Et a été suffisante… Tu es prête ?… Alors on y va…

lundi 24 janvier 2011

Belle-soeur, beau-frère ( 3 )





- Allo ?!… Ben oui, c’est moi, oui !… Qui veux-tu que ce soit ?… Ca va ?… Elle est pas trop désagréable ?…
- Qui ça ?…
- Zélia… Je suis sûre qu’elle lève pas une rame de terre et que tu te tapes tout le boulot… Elle est feignante comme une couleuvre… Mais la laisse pas faire, hein !… Mets-la aux fourneaux… Colle-lui l’aspirateur entre les mains… Qu’elle s’apprenne un peu !… C’est le meilleur service que tu puisses lui rendre… Bon, mais à part ça, toi, tu fais quoi ?…
- Je lis… Et je mets de l’ordre dans mes notes… Si je veux pouvoir enfin terminer mon bouquin…
- Tu sors quand même ?… Tu restes pas enfermé ?… Tu vas sur la plage ?… Ce serait dommage… Avec un appartement qui y a directement accès… Elle y est fourrée toute la journée, elle, je parie…
- Je sais pas… Je passe pas mon temps à la surveiller… Et vous ?… Ca se passe comment ?…
- Bien… Comme d’habitude… Il y a aucune espèce de raison que ça se passe mal…
- Vous arrivez quand ?…
- D’ici trois quatre jours… Je sais pas au juste… Je te dirai…

- Tu dors pas ?…
- J’y arrive pas… Avec cette chaleur !…
- Moi non plus… C’est de la folie ce soir… Encore pire que les autres jours…
Elle s’est laissé tomber à côté de moi sur le sofa, y a replié les jambes…
- On s’en fout de toute façon… On est en Vacances… On n’a qu’à discuter… Jusqu’à ce que ça nous tombe… Surtout que je voudrais te demander un truc… Ca fait un moment que j’y pense, mais j’ai pas encore trop osé parce que c’est quand même vachement personnel… D’un autre côté à part toi je vois vraiment pas à qui je pourrais en parler…
- Eh bien vas-y !… Foin de tous ces préambules… Je t’écoute…
- Jusqu’à quand ça peut un homme ?…
- Houla !… Longtemps !… De moins en moins souvent au fil des années, mais longtemps !… A quatre-vingts ans t’en as certains il faut pas leur en promettre…
- C’est bien ce que je pensais… Bon, mais t’as le même âge que Paul, toi… A quelque chose près… Tous les combien tu peux ?…
- Tous les jours… Ou peu s’en faut… Ce qui ne veut pas dire que ça se fasse tous les jours… Parce que, avec le temps, Emilie est devenue beaucoup moins demandeuse…
- Oui, ben Paul il est loin du compte là, lui…
- C’est-à-dire ?…
- C’est-à-dire qu’il y a eu un peu au début, mais qu’après…
- Il y a pourtant pas bien longtemps que vous êtes ensemble… Ca devrait le stimuler…
- Oui, oh, tu parles !… Non… Il y aura trois mois après-demain qu’il s’est rien passé…
- Ah !…
- C’est pas qu’il essaie pas… Il essaie bien… Mais ça débouche pas sur grand chose… Sur rien du tout le plus souvent…
- Il faut qu’il consulte… Il a consulté ?…
- Si tu veux le mettre en colère… Il se met pas souvent en colère… Mais alors ça c’est un sujet…
- Dans ce cas il y a vraiment pas grand chose à faire…
- C’est gai pour moi, avoue !… Tu me conseillerais quoi, toi ?…
- Ben…
- Ben… Comme tu dis, oui… Ben il y en a pas des milliers des solutions… Parce que ça va sûrement pas aller en s’arrangeant avec le temps… Alors ou je reste avec lui ou je vais faire ma vie ailleurs… Avec quelqu’un d’autre… Bon, mais je suis très au clair là-dessus… J’ai pas du tout envie de le quitter… Pour toutes sortes de raisons… Donc faut que je fasse avec… Sauf qu’à 25 ans – à peine, je les aurai qu’en novembre – j’ai des besoins, moi !… Et pas qu’un peu… Et que si je les assouvis pas… Il y a toute seule, oui, évidemment… Je te choque pas au moins ?…
- Bien sûr que non…
- Sauf que toute seule… Ca dépanne, oui !… Et ça peut être très agréable… Mais ça fait pas tout… Ca remplace pas un homme qui te désire comme un fou et qui crève d’envie d’avoir son plaisir avec toi… Plus jamais ça ?… C’est au-dessus de mes forces…Je me connais… Je pourrai pas… Alors il va se passer quoi ?… Je vais craquer… Un jour ou l’autre je vais forcément craquer… Avec tous les risques que ça comporte… Parce que tu les connais aussi bien que moi… Ils sont pas du tout du genre à passer là-dessus dans cette famille… Ce qui est quand même un comble si on y réfléchit bien… Parce que voilà des gens qui ne sont pas en mesure de te donner ton dû, mais qui n’accepteraient pour rien au monde que tu ailles le chercher ailleurs… Moi je sais pas, mais il me semble qu’un type, quand il est aussi insuffisant que l’est Paul, quand il est incapable d’assurer un minimum, la moindre des choses ce serait qu’il fasse profil bas et qu’il ferme les yeux sur ce que sa femme fait à l’extérieur… Surtout si elle reste discrète… Si elle ne s’affiche pas… Ce qui serait bien évidemment mon cas… Mais non !… Ils veulent rien savoir…
- Tu lui en as parlé ?…
- C’est un bien grand mot… Disons que j’ai tenté d’effleurer le sujet… Avec le résultat que tu peux imaginer… Il me reste plus qu’à faire la nonne… Aussi longtemps que je pourrai… Jusqu’au jour où…

jeudi 20 janvier 2011

Escobarines: Déserteuse





- Désertion… C’est le mot… Il n’y en a pas d’autre… Désertion… Qu’as-tu à dire pour ta défense ?…
- Je suis coupable, ma centurionne… Toutefois… J’ai quitté mon unité à peine une heure… Juste le temps de passer embrasser ma famille qui habite à proximité du cantonnement… La tentation était trop forte…
- Nous serions en temps de guerre…
- Nous ne le sommes heureusement pas…
- Il s’agit, quoi qu’il en soit, d’un manquement caractérisé à la discipline… Tu en as bien conscience ?…
- Oui, ma centurionne…
- Les articles 873B, 871G, 877A et 915J du code des armées, révisé en janvier 2061, prévoient un certain nombre de sanctions applicables dans un tel cas… Parmi lesquelles il m’appartient de choisir la mieux appropriée… Or, il règne dans cette unité, depuis maintenant plusieurs mois, un état d’esprit détestable… Il est grand temps d’y mettre bon ordre… Et de faire un exemple…
- Ma centurionne…
- Tu es un excellent élément… Un des meilleurs, je sais… La leçon n’en sera que plus profitable… Pour tout le monde… La décurionne responsable de ta section t’appliquera donc demain, devant l’ensemble des troupes, le châtiment réglementaire…
- A vos ordres…
- Je vais toutefois te laisser une chance de t’y soustraire… Tu n’étais, à ce que je me suis laissé dire, pas seule dans cette équipée…
- Je ne sais pas, ma centurionne…
- Eh bien moi, je sais… Deux de tes camarades t’accompagnaient… Au moins au début… Deux camarades qui ont ensuite préféré voler de leurs propres ailes… Si on peut dire… Et qui ne se sont pas contentées, elles, de rendre visite à leur famille… Elles se sont comportées de façon inqualifiable… J’attends leurs noms… Ou tu me les livres et je lève la sanction te concernant ou tu t’y refuses et je la double… Tu as la nuit pour réfléchir…

- Qu’est-ce tu vas faire ?…
- Je suis pas une balance…
- Oui, non, mais attends !… Tu crois que dans l’autre sens elles auraient ces scupules les deux autres ?…
- C’est leur faute en plus… Si elles avaient pas fait n’importe quoi en ville personne se serait plaint et on se serait jamais rendu compte de ton absence…
- Je sais bien, mais…
- Rappelle-toi comment elles les ont enfoncées Claudia et Ludivine la fois du défilé en Valponie…
- C’est les deux pires garces de la légion… Nous, à ta place, on leur ferait pas de cadeau alors là !…
- J’ai jamais pu dénoncer qui que ce soit… C’est sûrement pas aujourd’hui que je vais commencer…

- C’est pas vrai ce qui se raconte ?!… C’est pas vrai que tu vas les couvrir les deux autres et que c’est toi qui vas prendre ?!…
- Je sais pas…
- T’es complètement folle… Surtout que c’est Zaline ta décurionne… Et elle fait pas de cadeaux Zaline… Tu vas le sentir passer…
- Je suis au courant, merci…
- Tu te rappelles pas la fois de Sylvaine ?… Elle l’avait pas loupée…
- Oui, bon, ben ça va !… Ca va !…
- D’autant que réglementairement c’est sur le front des troupes que ça se passe maintenant… Légions féminines et légions masculines face à face… Et toi le cul à l’air entre les deux… Je voudrais pas être à ta place…
- Personne te le demande…
- Et à toi personne te demande de jouer les héros… Ni les modèles de vertu… Qu’est-ce tu vas y gagner ?… Rien…
- Oui… Parce qu’en prime tu vas passer pour une idiote à principes éculés…
- C’est déjà commencé… T’entends pas ce qui se raconte derrière ton dos…
- Nous, ce qu’on en dit, hein !… Maintenant tu fais bien ce que tu veux… T’es assez grande…

- Alors ?… Tu as réfléchi ?…
- Oui, ma centurionne…
- Très bien… Qui t’accompagnait ?…
- Personne, ma centurionne… J’étais seule…

lundi 17 janvier 2011

Belle-soeur, beau-frère ( 2 )





- Tu vois les deux gamines, là, juste en-dessous ?… Elles ont quoi ?… 16-17 ans… Eh bien je te parie ce que tu veux que tout le temps qu’on va rester là tu verras pas un mec venir les emmerder… Alors que sur une plage textile ce serait un défilé permanent… Tous les gros lourds de base viendraient tenter leur chance… Chez les naturistes on te respecte d’emblée, toi et ta tranquillité… Et ça ça n’a pas de prix… Sans compter tout le reste : le soleil partout sur la peau… l’eau partout quand tu te baignes… Tu te sens bien… En harmonie… Non ?… Ca te fait pas ça à toi ?…
- Si !…
- On a intérêt à en profiter à fond avant qu’ils arrivent… Parce que une fois qu’ils vont être là… J’imagine la tête de Paul si je lui proposais un truc pareil… Il me prendrait pour une folle, oui !… Tout nu ?… Sur une plage ?… Mon Dieu !… Quelle horreur !… Non, mais ça va pas !… Et je suppose que de ton côté Emilie…
- C’est pas pour rien qu’ils sont frère et sœur… La seule fois où j’ai réussi à l’entraîner sur une plage mixte – elle ne s’y est d’ailleurs pas complètement déshabillée – j’ai eu la gueule pendant un mois : je ne pouvais l’avoir emmenée là que pour me rincer l’œil…
- Et quand bien même !… Faut reconnaître qu’on est tombés dans une drôle de famille, hein !… Et ça me fait peur… Je dois bien avouer que ça me fait peur… Je tiens beaucoup à Paul, mais si je dois en permanence me priver de tout ce que j’aime et de tout ce qui est important pour moi… Oh, mais on verra bien… J’ai pas du tout l’intention de me prendre la tête avec ça maintenant…

- T’es où ?… Ah, là… Ca y est !… J’ai eu des nouvelles… Vite fait… Soi-disant que ça passe très mal le portable là-bas… Ils en ont encore pour deux ou trois jours… Au moins… Tout le monde est ravi, il paraît… Tant mieux pour eux… Ils ont escaladé je ne sais quelle montagne et demain ils vont en pèlerinage je me rappelle plus trop où…
- A Notre-Dame de La Châtaigneraie…
- C’est ça, oui !…
- Tous les ans ils vont tous en chœur à Notre-Dame de La Châtaigneraie… Depuis la mort de Léon, l’ancêtre, il y a plus de quatre-vingts ans ils n’y ont pas dérogé une seule fois…
- Grand bien leur fasse !… Et tu sais quoi ?… Eh bien plus ça va et plus je me dis qu’on est nettement mieux ici…
- Ca, ça se discute même pas…
- En tout cas comment ça se passe, nous, ici, on peut pas dire que ça les tracasse vraiment… Ils s’en foutent, oui !… Pas une seule fois il m’a demandé ce qu’on faisait, si ça allait… Rien… A part me parler de leur truc… Dont j’ai strictement rien à battre… Bon… Mais qu’est-ce qu’on fait ?… On retourne au resto ?… C’est moi qui te l’offre ce soir…

- Tu tiens à rentrer tout de suite ?…
- Pas spécialement, non…
- On peut se promener un peu alors… Ca nous fera digérer… Et puis il fait tellement doux ce soir…
On a lentement arpenté la jetée. Longé des terrasses bondées. Croisé des promeneurs. Des couples par dizaines. Un groupe de très jeunes ados nous a dépassés en courant, s’est retourné sur nous…
- Oh, les amoureux !… Oh, les amoureux !…
- Faut croire qu’on a l’air d’être faits pour aller ensemble…
Elle a ri, m’a jeté un coup d’œil en coin…
- T’aurais été avec Emilie que, si ça tombe, ça leur serait même pas venu à l’idée… Faut dire que quand on vous voit comme ça tous les deux, c’est vraiment le jour et la nuit… Le prends pas mal, mais on se demande vraiment ce que vous faites ensemble… Elle, elle est coincée, pleine de préjugés. D’une banalité !… Tu passes un quart d’heure avec et tu peux être sûre que tu vas avoir droit à tous les lieux communs du moment… Tu t’ennuies jamais ?… Remarque… Je suis pas forcément la mieux placée pour parler… Parce que je suppose que Paul et moi on doit vraiment apparaître aussi comme un couple bizarre à tout un tas de gens… Mes copines me l’envoient pas dire… Ma sœur non plus… Et même moi, des fois, je me demande ce que je fais avec… Tu la connais, toi, la vraie raison pour quoi t’es avec Emilie ?… Moi non avec Paul… Enfin si !… J’ai cru à un moment, mais non !… J’ai cru que c’était parce qu’il était beaucoup plus vieux que moi et que j’avais besoin de me sentir protégée… En sécurité… Mais c’est un peu facile comme explication… Et puis ça colle pas du tout avec lui… Il est tellement inquiet et angoissé – en permanence – que tu te demandes comment il pourrait rassurer qui que ce soit… Non… Je tiens à lui, ça c’est sûr… Je tiens à lui et j’arrive pas à savoir pourquoi… Mais c’est peut-être pas forcément la peine de chercher… Je tiens à lui – pas qu’un peu ! – et pourtant il y a des moments où je le supporte pas… Où je me dis que je vais le quitter… Et rien que d’y penser tu peux pas savoir comment je me sens soulagée… Je suis compliquée, hein ?!… On est compliqués, nous, les humains…

- Il est intéressant ton bouquin ?…
- Sans plus… Pourquoi ?…
- Parce que ça fait une heure qu’on est là et c’est tout juste si t’en as lu deux pages… Elle avait raison finalement Emilie : tu penses qu’à te rincer l’œil…
- Hein ?!… Mais non, non, pas du tout !…
- Tu parles !… Tu crois que je te vois pas ?… T’es vraiment pas discret en plus !… Oh, mais fais pas cette tête-là !… Qu’est-ce que j’en ai à foutre, moi ?… Et puis t’as bien raison : t’as des yeux, c’est pour s’en servir… Surtout qu’il y en a des vraiment pas mal des filles autour…

jeudi 13 janvier 2011

Escobarines: Noces





- Allons, cessez de faire l’enfant, voulez-vous !… Votre père, auquel vous devez obéissance, a décidé que vous épouseriez Monsieur de la Futaille… Vous épouserez Monsieur de la Futaille…
- Jamais, ma sœur !… Jamais !… Plutôt mourir…
- Nous saurons bien vous ramener à la raison… Mais pour l’heure je vous laisse méditer tout à loisir… Et prier…

- Alors, ma fille, est-on revenue à de meilleures dispositions ?…
- Si vous entendez par là, ma sœur, que ma détermination a faibli il ne saurait en être question…
- Mission nous a été confiée d’obtenir votre assentiment… Par quelque moyen que ce soit… Nous avons carte blanche… Vous plierez… Je vous jure que vous plierez…
- Dussé-je mourir sous les coups je n’épouserai jamais monsieur de la Futaille…
- Nous en avons maté de beaucoup plus entêtées que vous…

- Vous avez tort, mon enfant… Vous avez grand tort de prendre ainsi sœur Véronique de front… Si en effet votre obstination la contraint à vous appliquer la discipline elle vous ménagera d’autant moins que vous lui aurez plus résolument tenu tête…
- Peu m’importe… On peut bien en user avec moi comme on veut… Je n’épouserai pas Monsieur de la Futaille…
- Qui constitue pourtant un excellent parti…
- Il devrait dès lors pouvoir sans difficulté en trouver une autre avec qui convoler…
- Vous semblez fort prévenue contre lui… Quel en est donc le motif ?…
- Je ne nourris à l’égard de Monsieur de la Futaille – que je n’ai fait qu’entrevoir – ni ressentiment ni sentiment quel qu’il soit…
- Que viendraient donc faire les sentiments ici ?… Vous savez bien qu’ils sont chose fluctuante… Et inconstante… Qu’ils mènent aux pires égarements… Le mariage, lui, est chose sérieuse – et sacrée – qui vous engage pour la vie…
- Raison de plus, ma mère, pour ne pas le contracter à la légère…
- Quelle écervelée vous faites !… Et quelle raisonneuse !… Vous croyez-vous vraiment en état de décider ce qui est bon pour vous ?… Vous n’avez ni la maturité ni les capacités nécessaires… Et vous seriez beaucoup mieux avisée de laisser votre père vous établir comme il le juge bon… C’est un homme de sens rassis qui a toujours pris vos intérêts à cœur…
- Certes, ma mère, certes…
- Eh bien alors !… Laissez-le donc vous guider sur la voie qu’il juge, avec raison, la meilleure pour vous…
- Je n’épouserai pas Monsieur de la Futaille…
- Fort bien… Sœur Véronique saura, le moment venu, vous en convaincre…

- Finissons-en !… Dites-moi la vérité…
- Quelle vérité ?…
- Quelque bellâtre vous aura envoûtée et détournée du droit chemin…
- Je ne comprends pas ce que vous voulez dire, ma sœur…
- Vous ne le comprenez que trop bien… Et nous saurons vous le faire dire… Ou l’apprendre… Nous avons tout notre temps…

- Connaissez-vous un certain Raphaël ?…
- Moi ?… Non point, ma mère…
- A ce nom vous vous êtes pourtant troublée…
- Ce n’aura été qu’apparence… Je ne le connais point…
- Il se serait trouvé sur lui, paraît-il, des missives que vous lui auriez adressées…
- On se sera trompé…
- Et qui seraient fort compromettantes…
- J’ignore de quoi vous voulez parler, ma mère…
- Il apparaîtrait même que votre refus d’acquiescer à une union avec Monsieur de la Futaille lui serait imputable…
- Comment cela se pourrait-il ?… J’ignore qui il est…
- On en semble pourtant convaincu…
- A tort… Assurément à tort…
- Il se prétend que, dans ces conditions, il pourrait lui survenir tout prochainement malheur… Grand malheur… Ce qui serait – avouez-le ! – extrêmement fâcheux…
- On lui ferait pour lors grande injustice…
- Epouserez-vous monsieur de la Futaille ?…
- Je ne m’y suis jamais refusée…
- Vous voilà redevenue raisonnable…
- Je n’ai jamais cessé de l’être…
- Ce n’est pas l’avis de sœur Véronique qui estime, pour sa part, que vous n’avez au contraire cessé, depuis votre arrivée ici, de vous montrer frondeuse… Et rebelle… Ce qui ne sied pas à une demoiselle de votre condition… Vous conviendrez comme nous qu’il est nécessaire, dans votre intérêt, de vous corriger de comportements qui, s’ils perduraient, ne pourraient manquer de vous nuire à l’avenir gravement…
- J’en conviens…
- Fort bien… Troussez-vous !… Elle arrive…

lundi 10 janvier 2011

Belle-soeur, beau-frère ( 1 )





- Je sais pas ce que t’en penses, mais moi je trouve quand même ça un peu fort de café… Je suis furieuse en fait…
- On est en ville… C’est limité à 50…
- Et je suis à combien ?… Oh oui, zut… Non, ça passe pas… Ca passe vraiment pas… Comment tu ressens ça, toi ?…
- Il y a à peine dix mois que t’es mariée avec Paul… Moi, ça fait quinze ans avec Emilie… Alors leur traditionnelle réunion de famille annuelle « sans pièces rapportées » j’ai eu le temps de m’y habituer…
- Je crois pas que j’y arriverai, moi !… Ca te nie d’une force un truc pareil…
- Ils n’y pensent même pas… Ca coule de source pour eux… Ils ont toujours connu ça… Ils ont toujours vu faire comme ça… Depuis tout gamins… C’est une tradition qu’il ne leur viendrait seulement pas à l’idée de remettre en question…
- Il va bien falloir… Il y aura explication avec Paul…
- J’ai pas de conseil à te donner, mais à ta place j’éviterais de soulever ce lièvre… Tu vas y laisser des plumes… La famille, pour eux, ça passe avant tout le reste…
- Et nous ?… On n’en fait pas partie de la famille peut-être ?
- Ce n’est pas la même chose… Du moins à leurs yeux…
- Oui… Il y a eux… L’élite… Ceux qui ont eu la chance inouïe d’être nés Dorlandier… Et puis les autres... Nous… Le menu fretin…
- Ce n’est pas tout à fait ça…
- Non, mais presque… Et c’est insupportable…
- Tu l’aimes Paul ?…
- Evidemment que je l’aime…
- Alors essaie de faire abstraction du reste…
- C’est facile à dire…
- Je sais, oui…
- Et ça dure combien de temps en général leur petite cérémonie-comédie ?
- C’est très variable… Et parfaitement imprévisible… En général trois quatre jours… Quelquefois une semaine… Il y a cinq ans ils ont battu tous les records : 17 jours…
- Ben ça promet !… On n’est pas près de les voir rappliquer… Et comme par hasard faut que ça tombe juste pour les vacances…
- Ils pouvaient pas prévoir… Leur cousin du Pérou ils le prennent quand il arrive… Et le cousin du Pérou pour eux c’est…
- Le bon Dieu !… Ca, je m’en suis rendu compte… En attendant t’as vu comment ils se sont dépêchés de nous expédier ?… Tous les deux… Le frère et la sœur… On aurait dit que ça leur faisait plaisir de se débarrasser de nous… « - Partez !… Mais si, partez !… Nous attendez pas… C’est payé… Ca a coûté assez cher… Alors partez !… On vous rejoindra là-bas… »… En tout cas je sais pas toi, mais moi, tant qu’à être en vacances j’ai bien l’intention d’en profiter à fond…

- C’est pas mal, dis donc !… C’est clair… C’est spacieux… Avec un grand balcon… Qui donne directement sur la mer…
- Et la plage à nos pieds… Il y aura pas loin à aller…
- Parce que tu comptes t’installer là ?… Juste en-dessous ?…
- Pas toi ?…
- Pas trop, non… Ca doit être noir de monde la journée… Et puis moi, les marques de maillot… Non… Il y a une plage naturiste pas loin… J’ai vérifié sur Internet… Mais si t’es pas fan je peux y aller toute seule…
- Oh non, non… Si tu préfères là-bas… on ira là-bas…

- Les Vacances à la mer, pour moi, c’est comme ça qu’il faut qu’elles commencent… Par un restaurant de fruits de mer, le premier soir, à tombée de la nuit, sur le port… A déguster des huîtres et des coquillages en regardant les bateaux se balancer et s’entrechoquer doucement, serrés les uns contre les autres… Il me manque quelque chose sinon… C’est comme si elles avaient pas vraiment démarré… C’aurait pu être avec Paul… Ca aurait dû même… Mais bon… On va pas revenir là-dessus… T’as eu des nouvelles, toi ?…
- Je te l’aurais dit… Le portable d’Emilie est éteint…
- Celui de Paul aussi… Ca a au moins le mérite d’être clair… Mais ça m’agace… Tu peux pas savoir ce que ça m’agace…
Elle a consciencieusement citronné ses huîtres, une à une, avalé une gorgée de Riesling…
- Ca va me gâcher ma soirée… Ca me la gâche… Ils m’aiment pas, hein ?… Sa famille, je veux dire… Ils peuvent pas me voir ?…
- C’est pas parce que…
- Non, non, mais en dehors de cette sacro-sainte réunion… Le reste du temps… Ils m’ont dans le nez… Tu vois, tu réponds pas… De toute façon même que tu me dirais le contraire je te croirais pas… Parce que je sais ce qu’ils pensent de moi… Sa mère à Paul, derrière mon dos, elle ne m’appelle que « la petite dinde » et elle proclame haut et fort à qui veut bien l’entendre que j’ai ensorcelé son fils… Que c’était franchement pas bien difficile vu que ce pauvre garçon on lui fait gober tout ce qu’on veut… Et que de toute façon une gamine de vingt ans, quand elle jette son dévolu sur un homme de quarante, elle est sûre de toucher le jackpot… Mais que je fasse bien attention, paraît-il… Parce qu’elle ne me laissera pas mettre la main sur la fortune des Dorlandier… S’ils savaient ce que j’en ai à battre de leurs millions !… J’ai un boulot… Je gagne bien ma vie… Et j’ai pas la folie des grandeurs… Alors !… Non… Non… Ce qu’il y a surtout, c’est qu’elle était persuadée que Paul était définitivement à elle, qu’à 45 ans il ne se marierait plus… Elle s’y est assez employée… Et elle le lui a assez répété… « - Si ça avait dû se faire il y a longtemps que ça se serait fait… » Seulement je suis passée par là… Et ça, c’est quelque chose qu’elle ne me pardonnera jamais…

vendredi 7 janvier 2011

Des "Colocataires" à "Belle-soeur et beau-frère"

« Les « Colocataires », c’est fini… Du moins pour le moment. Peut-être reviendront-ils…
En temps voulu…
Pour l’instant nous allons nous pencher, dès lundi prochain, sur l’histoire d’une belle-sœur et d’un beau-frère, histoire qu’Emma dont j’apprécie infiniment les dessins a très gentiment accepté d’illustrer… Qu’elle en soit remerciée…

Si vous voulez aller lui rendre visite sur son blog, c’est ici :

http://emmapage.canalblog.com

jeudi 6 janvier 2011

Escobarines: Cadeau de Noël






- Allo… Valentin ?!… C’est moi… Joyeux Noël !… Ca va ?… Non… Ca a pas l’air, dis donc… Qu’est-ce qui se passe ?…
- Clarisse m’a plaqué…
- Ah !… Ben elle a choisi son jour celle-là… Bon… J’arrive…
- Non… Non… Te dérange pas… Je veux pas… C’est Noël… T’es avec tes parents…
- Je leur expliquerai… Ils comprendront… J’arrive, j’te dis… Ca sert à ça une amie… A être là quand on a besoin d’elle… C’est pas la peine sinon…

- Ca peut peut-être s’arranger…
- Je crois pas, non… Sur le ton qu’elle m’a annoncé ça…
- Elle te reproche quoi au juste ?…
- Rien… C’est ça le pire… Absolument rien… Elle m’aime pas… C’est tout… Elle m’a jamais aimé il paraît… C’est dur à entendre, ça, tu sais…
- Et c’est sûrement pas vrai…
- Oui, hein ?!… Toi aussi tu crois ?!…
- Il y a toutes les chances… C’est le genre de choses dont on essaie de se persuader après… Quand c’est fini… Elle a quelqu’un d’autre, non ?…
- Elle m’a pas dit… Comment elle était froide !… Et lointaine !… Jamais je l’avais vue comme ça…
- Alors oui… Elle doit avoir quelqu’un d’autre… Sûrement…
- Depuis quand ?…
- Qu’est-ce que tu veux que j’en sache, mon pauvre Valentin !… Je la connais à peine… Elle me fait pas ses confidences…
- Oui, c’est vrai, je suis idiot… Bon… Mais allez !… Assez parlé d’elle…
- Si ça peut te faire du bien… je t’écoute…
- Je sais pas… Je sais plus… Ni quoi penser… Ni quoi faire… Je suis complètement perdu…
- Laisse passer un peu de temps… Tu y verras plus clair…
- Oui… Tu as raison… Bon… Mais… Et toi ?… Avec Martial ?…
- Oh, avec lui !… Il y a rien de changé… Et rien ne changera jamais… Faut que j’en prenne mon parti… Une bonne fois pour toutes… C’est pas qu’il se fiche de moi… C’est pas qu’il me mène en bateau… C’est qu’il peut pas se décider… Et si c’est pas moi qui la prends la décision dans vingt ans on en sera toujours au même point… Il sera toujours avec sa femme… Et moi j’aurai que les miettes… Comme aujourd’hui… Seulement je la prendrai pas la décision… Je la prendrai pas parce que j’en ai pas envie… Parce que je peux pas me passer de lui… Et que je préfère encore le voir comme ça, en coup de vent, entre deux portes que de pas le voir du tout… Même si j’en crève, certains soirs, de l’imaginer heureux avec sa femme et ses gosses pendant que moi j’écrase mes sanglots dans mon oreiller toute seule dans mon lit… Si tu savais comme je les ai enviés les gens dans les magasins ces derniers jours… Ils préparaient le réveillon… Un réveillon qu’ils allaient passer avec la personne qu’ils aiment… Tandis que moi… Il a fallu que je le supplie pour l’avoir un peu à moi ce matin… Un tout petit peu… Il a fini par s’y résoudre… A contre-cœur… Il avait la tête ailleurs… J’ai eu droit à quelques caresses de politesse… Et à une fessée… si… quand même… une fessée bien claquante… bien vigoureuse… Comme je les aime… Avant de retourner habiter ma solitude… C’est comme ça…

- Qu’est-ce qu’il y a ?… Tu pleures ?… Mais si !… Si, tu pleures !… Pourquoi tu pleures ?… A cause de ce que j’ai dit ?… Faut pas pleurer pour ça… Ca en vaut pas la peine… A cause de Clarisse ?… Aussi… Oui, hein ?!… Je veux pas… Je veux pas que tu sois malheureux… Allez, chut !… C’est tout… C’est fini… Qu’est-ce tu veux ?… Qu’est-ce qui te ferait plaisir ?… Que je te raconte ma fessée de ce matin ?… Tu aimerais ?… Oui… Evidemment que tu aimerais… Mais non… Tu sais pas ?… On va faire encore mieux… Mais alors juste pour aujourd’hui… Parce que c’est Noël… Et parce que t’es malheureux… On recommencera pas… Jamais… Et tu bouges pas de là… Tu restes assis… Promets !… Et ferme les yeux… Attends que je te dise de les rouvrir... Là... Voilà... Tu peux...

lundi 3 janvier 2011

Colocataires3 ( 28 )

- Je suis à découvert… Et pas qu’un peu !… Ils sont pas contents à la banque…
- Comment ça t’es à découvert ?… Qu’est-ce que c’est que cette histoire ?…
- Je suis à découvert, oui… De mille euros et quelque…
- Non, mais attends !… Comment tu fais ton compte ?… Tu es nourrie… Logée… Je t’achète des fringues comme des fringues… Et tu trouves le moyen d’avoir des problèmes d’argent… Tu le fais exprès… C’est pas possible autrement…
- Ben oui je le fais exprès… Oui… Pour vous faire réagir… Parce que ça fait combien de temps que je vous demande de vous occuper de moi ?… Pour tout… Et pas seulement pour les mecs… Seulement vous vous en fichez… Vous faites celui-là qu’entend pas… Je cause à un mur… Alors j’ai décidé de me foutre dans la merde… Exprès, oui… Vous pourrez pas me laisser comme ça… Vous serez bien obligé de me dépatouiller…
- Oh, alors ça… C’est pas sûr…
- Mais si, c’est sûr… Je vous connais… Maintenant vous avez aussi une autre solution… C’est de m’empêcher de faire n’importe quoi… De me surveiller comme le lait sur le feu… D’éplucher mes relevés de banque… Et de pas hésiter à me punir si j’exagère… Et comme il faut… Pour m’ôter l’envie de recommencer… Parce que… attendez !… On n’est plus que tous les deux… Et vous avez que ça à foutre de vous occuper de moi… Surtout qu’il y a plein de trucs qui vont pas… Rien que pour la maison… Vous trouvez ça normal, vous, d’être obligé de tout faire ?… La cuisine… Les courses… Le ménage… La lessive… Le repassage… Pendant que moi je suis affalée devant la télé à grignoter des cochonneries… Il y a longtemps que vous auriez dû me flanquer une bonne fessée déculottée et me coller l’aspirateur entre les mains… Ou la casserole… C’est comme… Vous croyez pas qu’à mon âge je pourrais avoir un peu plus d’ambition ?… Me prendre en mains ?… Parce que c’est quoi mon avenir si il y a rien qui bouge ?… Faire un boulot qu’est nul à chier jusqu’à la retraite ?… Autant me foutre tout de suite à l’eau… Non… Ce qu’il faudrait c’est que je me remette le nez dans les bouquins… Que je passe des concours… Que j’obtienne des diplômes… Abstraitement, dans ma tête, je le sais… Seulement je remets à plus tard… Toujours à plus tard… Et s’il y a pas quelqu’un qui me pousse au cul il se passera jamais rien… Et ce quelqu’un ça peut être que vous… Et personne d’autre… Vous pouvez pas savoir ce que je vous en veux des fois quand je pense à tout ça… Quand je me dis que vous êtes la seule personne qui pourrait faire quelque chose pour moi et que vous faites rien du tout…
- Vaut mieux entendre ça que d’être sourd…
- Enfin, si !… Vous en faites des choses, si !… Mais pas le plus important… Mais pas l’essentiel… Vous aussi vous allez au plus facile… Parce que héberger une petite nana qu’a la moitié de votre âge et qu’est pas trop mal foutue c’est agréable… C’est gratifiant… Ca a tout plein d’avantages… Seulement la prendre à rebrousse-poils, au quotidien, mener contre elle une bataille de tous les instants, dans son intérêt, c’est une autre paire de manches… Vous vous défilez… Il y a plus personne…
- Si c’est vraiment ce que tu veux…
- Evidemment que c’est ce que je veux… Je me tue à vous le répéter… Mais s’agit pas juste de me flanquer une petite fessée comme ça de temps en temps… C’est tout qu’il faut reprendre… De A jusqu’à Z…

- C’est quoi ça ?…
- Un emploi du temps…
- Oh, là !… Mais il va pas m’en rester beaucoup du temps, justement, si j’ai tout ça à faire…
- Et tu as rendez-vous pour un bilan de compétences… Mardi en huit… En fonction des résultats que tu obtiendras on prendra les décisions qui s’imposent…
- Ca rigole plus… Mais tant mieux !… Tant mieux !… Depuis le temps que j’attendais ça… Et vous savez pas ce que j’aimerais ?… C’est qu’on recommence vraiment tout… Comme si il y avait jamais rien eu avant… Que je vienne vous redemander si vous prenez pas une colocataire… Comme la toute première fois… Vous voudriez pas ?…
- S’il y a que ça pour te faire plaisir…
- Alors, allez !… Bon, j’y vais… Je reviens…

Elle a sonné… Un long coup de sonnette…
- Salut !… C’est ici que vous cherchez une colocataire ?…
FIN

samedi 1 janvier 2011

Bonne Année

A toutes et à tous je souhaite la meilleure des années...

Que 2011 vienne combler tous vos voeux...