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mardi 24 novembre 2015

Fessées croisées2 (15)

13 août


– Il y aura pas de prochaine fois, Gilles…
– Hein ? Mais pourquoi ça ?
– Parce que… Tiens, écoute ! C’est un texto d’Enzo… « Désolé pour hier… J’espère pour toi que ça va… Mieux vaut s’en tenir là… C’est trop dangereux… Je garderai un excellent souvenir de toi… De nous… Je t’embrasse… Enzo… »
– Et t’as répondu quoi à ça ?
– Rien encore…
– En tout cas te voilà fixée sur les sentiments de ce monsieur à ton égard…
– Il y a longtemps que je l’étais…
– Et sur sa façon d’affronter les situations…
– Je ne me faisais aucune illusion là-dessus non plus…
– Et donc… maintenant ?
– Ben, t’as entendu… Il veut plus…
– Oui, mais… Et toi ? C’est toi qui comptes…
– Il y a cru hier… Il a pensé que tu me punissais vraiment…
– Ce qui était effectivement le cas…
– Oui… Enfin non… Oui et non… Je le savais… On était d’accord… Sauf que lui, il y a vu que du feu…
– Ce qui t’a ravie…
– Tu sais bien…
– Et tu te faisais une fête de remettre ça…
– Et pas qu’un peu…
– Eh ben alors ! Fais-le changer d’avis !
– Tu crois ?
– Je crois que quoi ? Que tu vas y arriver ? Évidemment que tu vas y arriver ! Vas-y ! Appelle ! Mets le haut-parleur et appelle-le !
– Je vais le faire, oui… Mais d’abord je vais aller prendre un bain…



10 heures


– Allô… Enzo ? C’est moi… J’ai eu ton texto…
– Oui… C’est mieux comme ça, je crois… Pour tout le monde…
– Je vois pas en quoi…
– Ah, ben si ! Si ! Maintenant que ton mari est au courant…
– Ça change quoi ?
– Mais tout enfin !
– Pour moi, ça change pas mal de choses, oui… Mais c’est mon problème… Ça te concerne pas…
– Quand même un peu, non ?
– Est-ce qu’il t’a dit quelque chose ? Est-ce qu’il t’a fait la moindre réflexion ?
– Non, mais…
– Mais quoi ? T’as peur qu’il vienne te foutre sur la gueule, c’est ça ?
– Non… Non, mais j’ai pas envie de te faire courir le risque, à toi, d’en ramasser une autre…
– Parce que tu t’imagines que… Non, mais attends ! Je suis pas idiote… Ça m’a servi de leçon… C’est de ma faute aussi… J’aurais bien dû me douter que retourner là-bas, c’était la dernière des choses à faire… Il y a bien trop de monde qui sait que c’est là qu’on se retrouvait… Mais c’est pas une raison non plus pour mettre un terme… Suffira de faire attention à l’avenir… De prendre des précautions… De se voir ailleurs… Et tout se passera bien, tu verras…
– Oui… Enfin… Il va se méfier maintenant… Te surveiller…
– Oh, alors ça, j’en fais mon affaire…Gilles, dans deux jours je l’aurai rassuré… D’autant qu’il demande que ça…
– Il y aura quand même toujours un risque…
– Ah, ben ça, oui… Forcément… Il peut toujours y avoir un impondérable… On peut commettre une maladresse… Une imprudence… N’importe quoi il peut se passer… On ferait plus jamais rien si on attendait d’être sûr à cent pour cent…
– Je sais bien, mais…
– Eh, ben alors ! Le tout, c’est de faire en sorte qu’il y en ait le moins possible des risques… Tu crois que j’ai envie de me refaire tanner le cul, moi ? N’empêche que le risque je suis quand même prête à le prendre… Pour le bonheur d’être dans tes bras… De me serrer contre toi… De sentir ton désir se dresser contre mon ventre… Venir y éclater… Maintenant si toi, de ton côté, t’en as plus rien à foutre de moi… Si t’es prêt à te jeter sur n’importe quel prétexte pour me larguer…
– Mais jamais de la vie, enfin !
– Eh, ben alors ! Bon, mais laisse-moi faire… Je m’occupe de tout… Je nous trouve un endroit et je te rappelle demain… Sans faute… D’accord ?
– Si tu veux, oui…
– À demain alors… Je t’embrasse…
Gilles s’est penché sur moi…
– Tu as été absolument parfaite, ma chérie…

vendredi 20 novembre 2015

Escobarines: BTS (5)

– Le dossier Vourain, Gaëtane… Ah, ils sont pas simples cee gens-là… Vous essayez de nous débrouiller tout ça ?
– Oui, Monsieur…
Bénédicte le regarde s’éloigner… Se penche vers moi…
– Heureusement que j’avais oublié mon portable hier soir… Jamais j’aurais su sinon… Jamais je me serais doutée…

Il est au téléphone… Il est furieux…
– Vous m’emmerdez !
Il raccroche… Vient droit sur moi…
– Laissez tomber ! Quand on a affaire à des cons… Tenez, occupez-vous de ça plutôt…

Midi… Bénédicte enfile son manteau…
– On déjeune ensemble ?
– Je sais pas… Je…
– Mais si, allez ! Viens ! Je t’invite…

Un petit restaurant dans un dédale de rues derrière…
– Elles le connaissent pas celui-là les collègues… On sera tranquilles pour parler… Non, parce que si je m’étais attendue à ça hier soir ! Jamais je serais allée m’imaginer que c’était lui… En douce que t’aurais pu me le dire quand même… Tu me connais : c’est pas moi qui aurais raconté quoi que ce soit à qui que ce soit… Sauf Martial… Mais Martial, c’est autre chose… C’est mon mari… Qui, soit dit en passant, n’a pas cessé de me harceler de questions toute la soirée… Il était vraiment si rouge que ça ton derrière ? Et pourquoi il te la donnait la fessée ? Et ça t’arrivait souvent ? Qu’est-ce que tu voulais que je lui réponde ? À part que pour l’avoir rouge, ça, oui, tu l’avais rouge… Et, pour qu’il me laisse dormir, j’ai dû lui promettre que je te ferais raconter… Tout… Bien en détail… Mais j’ai une bien meilleure idée finalement… Parce que c’est quand qu’il va t’en redonner une ?
– Ça, j’en sais rien du tout…
– Je verrai bien n’importe comment… S’il te fait rester le soir, c’est que tu vas y attraper… Forcément… Et je trouverai un prétexte… Je reviendrai… Et je rentrerai… Au bon moment… Il sera content Martial… Et puis, j’avoue, je suis curieuse de voir ça… Oh, mais t’inquiète pas, hein ! Je dirai rien… Elles sauront pas les autres… Motus et bouche cousue…

Il est préoccupé… Ailleurs… Il va… Il vient… Il sort… Il rentre… Il passe un temps fou dans le couloir… Il y hurle au téléphone…
Bénédicte me jette des regards apitoyés…
– Ma pauvre ! Si tu y attrapes ce soir, tu vas morfler quelque chose de rare…

Il ne veut pas… Il n’y pense pas… La salle se vide… Je reste la dernière… Il ne me voit pas… Il m’ignore…

Devant la glace de ma chambre je relève ma robe… Elles sont toujours là les marques… Le rouge a viré… Plus sombre… Plus profond… S’y sont surajoutés des violets… Des jaunes… Des noirs… C’est sensible… Douloureux par endroits…

Je ferme les yeux… Je le fais venir… Il arpente toujours le bureau comme un furieux… Jette des dossiers contre les murs… En précipite des piles entières par terre…

Et puis il m’aperçoit…
– Qu’est-ce tu fous encore là, toi ?
– Rien… Rien… Je…
– Tu m’espionnes, c’est ça ? Tu vas me le payer, ma petite ! Je peux te dire que tu vas me le payer…
S’il veut… Comme il veut… Si ça peut le soulager… L’apaiser…
Il m’empoigne… M’entraîne… Me fait pencher à l’équerre sur son bureau… Et il cingle… Je cingle… Les lanières du martinet s’abattent… Sans relâche… Ça brûle… Ça mord… Ça déchire… Il ne s’interrompt pas… Je ne m’interromps pas… Au contraire… Plus vite… Plus fort…

Je reprends mon souffle… Et mes esprits… Il me sourit…
– Merci, Gaëtane…
– Ça vous a fait du bien ? Ça va mieux ?
Il acquiesce… Sourit encore…
– Va vite au coin maintenant… Là… Et relève ta robe…
J’obéis… Je sais que je vais y passer la nuit…

Un rire soudain… Celui de Bénédicte…
– Eh, ben dis donc, quand je vais lui raconter ça à Martial…

Ma main hésite… Descend… Se reprend… S’immobilise… Repart à l’aventure… Je vais leur offrir mon plaisir…

mardi 17 novembre 2015

Fessées croisées2 (14)

15 heures


Il a voulu se lancer aussitôt dans tout un tas d’explications… De justifications à n’en plus finir…
– Non, parce que tu comprends… Nathalie…
– Écoute, Enzo, ce que t’as vécu avec Nathalie… Ce que tu vis peut-être encore avec elle…
– Il n’y a plus rien, je t’assure…
– Ça ne me regarde pas… Je m’en fous… Et j’ai pas du tout l’intention de passer des heures et des heures à t’écouter m’en parler… Alors ou bien, quand t’es avec moi, il y a que moi qui compte… Il y a que nous… On prend du bon temps et on oublie tout le reste… Comme on faisait avant… Ou bien alors on s’en tient là… Chacun sa route… Ça vaudra mieux… Pour tout le monde…
Il m’a attirée contre lui…
– Excuse-moi ! Je suis idiot il y a des moments…
Serrée dans ses bras… Et il y a eu le goût de ses lèvres… Ses yeux en chavire… Son désir pressé contre mon bas-ventre…
Je lui ai pris la main…
– Viens ! Là-bas…
Il a souri…
– Notre petit chez-nous… Oh, mais il y a eu des squatteurs, on dirait… Et de vrais forcenés… L’herbe en est encore toute traumatisée…
On s’est allongés… On s’est enlacés… Il a glissé une main sous mon tee-shirt… Est remonté… S’est emparé d’un sein…

Enzo… Sa douceur… Son ardeur… Et Gilles… Quelque part… Déjà… Sûrement… À attendre son heure…
– Tu m’as manqué… Tellement…
– Toi aussi, Enzo… Toi aussi… Si tu savais…
Sa bouche… Ses mains… Sur moi… Partout… Son désir… Mon désir… Sa queue…
– Viens ! Oh, s’il te plaît, viens !
J’ai refermé les jambes autour de lui…
Pas tout de suite, Gilles ! Ne viens pas ! Pas tout de suite… Pas encore… Je t’en supplie, attends ! Laisse-moi le temps ! Laisse-moi jouir…
– Oh, Enzo, mon amour ! Je jouis… Je vais jouir… Oh, c’est bon ! Que c’est bon !

On est restés blottis l’un contre l’autre… Des martinets dessinaient de grands cercles dans le ciel… Sa queue a repris consistance contre ma cuisse… J’ai ri…
– Mais c’est que tu serais insatiable…
– Il y avait si longtemps… Non, mais qu’est-ce qu’on a pu être cons !
– Qu’est-ce que TU as pu être con…
– Il y a quelqu’un…
Il a tendu la main vers ses vêtements… Qu’il a ramenés vers lui…
– Quoi ?
– Il y a quelqu’un… Un bonhomme… Il vient vers nous…
Dont il s’est maladroitement efforcé de se faire un rempart…
– Où ça ? Oh, merde ! C’est mon mari…
– Ton mari ? Mais qu’est-ce qu’il fait là ?
– Pose pas de questions idiotes, je t’en prie… C’est pas le moment…
Gilles nous a tenus un long moment sous son regard… Tous les deux… L’un après l’autre…
– Eh, bien, ma chérie, tu ne me présentes pas ce charmant jeune homme ?
– Enzo… C’est Enzo…
– Enchanté de faire votre connaissance, Enzo… Vous avez sympathisé avec ma femme, à ce qu’il semble… Vous m’en voyez ravi…
– Écoute, Gilles…
– Que j’écoute ? Que j’écoute quoi ? Qu’est-ce que tu vas essayer de m’expliquer ?
– Rien… Non, rien…
– J’aime mieux ça… Bon, mais tu sais ce qui t’attend ?
– Maintenant ? Pas maintenant… S’il te plaît, Gilles, pas maintenant…
– Maintenant, si ! On paie cash chez moi… La maison ne fait pas crédit… Donne-moi ta ceinture, toi, le Don Juan… Qu’elle serve à quelque chose… Et toi, ma chérie, mets-toi sur le ventre… Là… Comme ça… Parfait… Allez, tu es prête ? On y va…



19 heures


– Trop génial ton idée de te servir de sa ceinture…
– Tu as aimé ?
– Tu parles si j’ai aimé… Qu’est-ce qu’il faisait, lui ?
– Il regardait, tiens ! Qu’est-ce tu voulais qu’il fasse ?
– Et ça lui plaisait ?
– Il le montrait pas… Il montrait rien…
– Dommage… J’aurais bien aimé savoir…
– Peut-être la prochaine fois…
– La proch…
– Ça te dit pas ?
– Oh, si ! Bien sûr que si !

samedi 14 novembre 2015

Écœurement…

De tout cœur avec les proches des victimes du fanatisme et de la barbarie…


mardi 10 novembre 2015

Fessées croisées2 (13)

12 Août


– Deux heures au téléphone… Et vous vous voyez cet après-midi… C’est plus de l’amour, c’est de la rage…
– Non, Gilles, non… C’est pas ça… C’était pas lui…
– Ah, oui ? C’était qui alors ? Attends ! Laisse-moi deviner ! Un type qui voulait te vendre des panneaux solaires… C’est ça, hein ?
– Te moque pas ! C’est déjà assez compliqué comme ça…
– On peut savoir ?
– Qu’est-ce que je peux être conne quand je m’y mets… J’aurais dû lui raccrocher au nez… Et puis voilà…
– C’était Enzo, hein ?
– Comment tu le sais ?
– Enzo que sa Nathalie vient de plaquer…
– Pour de bon cette fois…
– Oui, oh, alors ça !
– Je voulais pas, hein, mais comment il sait y faire ce salaud ! Il m’a complètement entortillée…
– Et comme t’adores te laisser entortiller…
– Mais non, mais… Je sais pas comment je me débrouille, mais à l’arrivée tout tourne toujours comme je voudrais pas…
– Comme t’essaies de te faire croire que tu voudrais pas… Et donc, vous allez vous revoir…
– Je lui ai pas dit oui…
– Tu lui as pas dit non non plus…
– Je crois pas que j’irai finalement…
– Parce que ?
– Parce qu’il se fout de moi… S’il croit qu’il va lui suffire de claquer des doigts… C’est pas parce que sa chieuse l’a plaquée…
– Vas-y ! Vas-y ! Casse-lui du sucre sur le dos… Défoule-toi ! Ça te fera du bien… T’iras le retrouver, après, dans de bien meilleures dispositions…
– Je t’assure, Gilles…
– Te voile pas la face… T’en crèves d’envie… Par contre, tu vas organiser ton emploi du temps comment ? Enzo le matin et le petit nouveau l’après-midi ? Il va plus te rester beaucoup de place pour moi, dis donc !
– Tu sais bien que si ! C’est toi l’essentiel… C’est avec toi que j’ai envie d’être… C’est vers toi que je reviens… Toujours…

– Eh ben dis donc !
– Oui… Hou la la… Comment c’était bon… C’est de la folie… Pour toi aussi, Gilles ?
– Ça se voyait pas ?
– Si ! Si ! Bien sûr… Et pas qu’un peu… N’empêche qu’il y a des trucs, j’ai du mal à les comprendre…
– Quoi, par exemple ?
– Ben, les autres nanas, quand elles vont voir ailleurs, c’est parce que ça va plus avec leur mari… Parce qu’il les néglige… Qu’elles sont devenues transparentes… Et moi, c’est exactement le contraire… Plus ça va bien avec toi et plus j’ai envie de vivre aussi quelque chose avec d’autres… Plus j’en rencontre d’autres et plus ça me rapproche de toi… Et donc plus… C’est sans fin… Comment t’expliques ça ?
– Est-ce qu’il faut forcément chercher à expliquer ? T’es bien comme ça… Je suis bien comme ça…
– Toi aussi ? C’est vrai ? Je me demande des fois, tu sais…
– Je suis bien… Parce que je vois que tu es bien…
– N’importe comment c’est ta faute, dans un sens, tout ça…
– Ben, voyons !
– Si ! Parce que tu sais ce que je me disais tout-à-l’heure quand je parlais avec Enzo au téléphone ? C’est que c’était vilain ce que j’étais en train de faire… Que t’allais me flanquer une fessée pour la peine… Sauf que c’était exactement l’effet inverse que ça faisait… Plus j’y pensais et plus j’avais envie que tu me la flanques… Plus j’en rêvais… Et plus je le laissais dire Enzo… Et plus j’entrais dans son jeu… Je faisais même carrément ma petite allumeuse…
– Si c’est pas un appel du pied, ça !
– Ben oui… Si ! Tu vas me la donner ?
– Je vais te la donner, oui…
– Quand ?
– C’est là-bas que tu vas le retrouver ? À l’endroit habituel… Là où l’autre jour, toi et moi…
– Sûrement, oui…
– Alors c’est là-bas que j’irai vous surprendre… Et c’est là-bas que je te la donnerai… Devant lui…
– Génial ! Trop génial ! Je lui envoie un SMS… On se voit tout-à-l’heure…
– Et l’autre ? Ton amoureux transi ?
– Il attendra… Il est pas à un jour près…

vendredi 6 novembre 2015

Escobarines: BTS (4)

– Eh bien, Gaëtane, on s’est oubliée ce matin ?
Tout haut… Tout fort… Devant tout le monde…
– Je suis désolée…
– Ah, vous pouvez… Deux heures de retard…
– Le réveil a pas sonné…
– Achetez-en un autre… Un qui marche…
Les collègues ricanent… Toutes…

Il va d’un poste à l’autre…
– C’était bien vous le dossier Clairins, Solange ? Ils ont répondu… Je vous ai transféré le mail…
– Encore là-dessus, Bénédicte ? Laissez tomber… Passez à autre chose…
Et puis il est derrière moi…
– Il y a ça pour l’Allemagne, Gaëtane… C’est urgent… Et… Ah, oui… J’oubliais… Pour les deux heures de tout-à-l’heure vous resterez les récupérer ce soir…
Je rougis…
– Bien, monsieur…

– Gaëtane !
Je sursaute…
– Hein ? Quoi ?
– La nuit a été épuisante, à ce qu’on dirait…
Les collègues éclatent de rire…
– Mais non, mais…
– Oh, si, si ! Vous avez une mine ! Et vous tombez de sommeil… Tenez, descendez donc ça à l’accueil… Ça vous réveillera… Et vous évitera de piquer du nez sur votre écran…

Et ça recommence… Comme l’autre fois… Monter… Descendre… Porter ceci… Ramener cela… Il prend un malin plaisir, chaque fois, à me laisser me rasseoir… À me regarder me rasseoir… Avec mille précautions… En réprimant une grimace… Et à me faire presque aussitôt relever… À m’envoyer ici… À m’expédier là…

Bénédicte vient m’emprunter mon agrafeuse…
– T’en as pris une, hein ?
En chuchotement… D’un air entendu…
– Une ? Une quoi ?
– Oh, tu peux bien me le dire… Ça se voit n’importe comment… C’est qui ? Ton petit copain ?
Je ne réponds pas… Je fixe obstinément mon écran…

Elles s’en vont… Les unes après les autres… Je ne bouge pas… Je reste à ma place…
– Bon courage ! À demain…
Leurs rires dans le couloir…
Deux heures… Il a dit deux heures…

Il s’en est écoulé une entière quand il s’extirpe enfin de son bureau…
– Vous faites voir ?
Que je fasse voir ? Mais quoi ?
– Jouez bien les imbéciles !
Il me regarde me mettre les fesses à l'air… Me fait pivoter sur moi-même…
– Magnifique ! Le rouge vous va décidément à ravir…
Un portable sonne… Celui de Bénédicte… Resté sur son bureau…
Il épouse les contours de sa fessée… Du bout du doigt… Avec des arrêts… Des retours en arrière… Il appuie par endroits… Insiste…
Je me crispe…
– Ça fait mal ?
– Un peu…
– Il faudrait pourtant bien en rajouter une couche… Deux heures de retard… Ce serait amplement mérité, non, vous croyez pas ?
– Si !
– Seulement il va se passer quoi si on remet ça ? Vous allez encore vous contorsionner toute la nuit, avec délectation, devant la glace… Et demain matin, ce n’est pas deux heures de retard que vous aurez, mais quatre…
– Je sais pas…
– Eh bien, moi, je sais… Alors le plus judicieux, ça va être de la mettre en réserve cette fessée… De vous la garder pour plus tard… Bien au chaud…
S’il veut… Comme il veut…
– Et, pour le moment, on va se contenter de vous envoyer méditer dans cette tenue une petite heure au coin…

Des pas dans le couloir… Des pas précipités… Des pas de femme… La porte…
– Quelle idiote je fais ! J’ai oublié mon… Ah, ben alors ça ! Ah, ben d’accord !
(à suivre)

mardi 3 novembre 2015

Fessées croisées2 (12)

15 heures 30


– Tu m’as manqué…
Le tutoiement… D’emblée…
– Comment j’aurais pu vous manquer ? On se connaît à peine…
– N’empêche que c’est comme ça… Tu éclaires mes journées… Tu les habites…
– Je suis un trompe-l’ennui en somme… Que ce soit moi ou une autre, ça n’a pas la moindre espèce d’importance… Du moment qu’il y a quelqu’un à vos côtés pour vous distraire…
– Tu sais bien que c’est pas ça…
– Non, justement… Je sais pas…
– Promets-moi !
– Que je vous promette ? Mais que je vous promette quoi ?
– De ne pas me laisser, comme ça, des semaines entières sans ta présence… Sans la moindre nouvelle…
J’ai ri… De bon cœur…
– Des semaines entières ? Ça fait trois jours…
– Une éternité… Promets-moi !
– Si tu veux…
– Merci…
Il m’a posé la main sur le genou… Je l’y ai laissée… Trois secondes… Dix secondes… Et puis je l’ai doucement – tout doucement – repoussée…
– Chuuut…
– Ça vous ennuierait qu’on aille marcher un peu ? Non, parce qu’à force de vous attendre, comme ça, pendant des heures et des heures, j’ai fini par attraper des fourmis dans les jambes, moi !
Ça m’ennuyait pas, non…
Il s’est levé… Je me suis levée…

– Vous m’emmenez où comme ça ?
– Nulle part… N’importe… Où ça voudra…
Ça a voulu dans tout un tas de petites rues… Où il m’a très doucement pris le bras… Je ne le lui ai pas retiré… Ça nous a amenés dans un square… Déposés sur un banc, bien à l’abri, dans un petit réduit de verdure…
– On est bien là, hein ?
On était bien, oui…
Il s’est penché vers moi… A plongé ses yeux dans les miens…
– Tu sais quoi ? J’ai une envie folle de t’embrasser…
Il a attendu une réponse… Qui n’est pas venue…
Il a approché ses lèvres… Plus près… Encore plus près… A effleuré les miennes… S’en est éloigné… Est revenu… A recommencé… Et c’est moi… Moi qui ai jeté les bras autour de son cou… Qui l’ai attiré… Retenu… Pour un interminable baiser…
Il s’est détaché… M’a caressé la joue… Le cou…
– Si tu savais comme je l’ai attendu ce moment-là ! Comme j’en ai rêvé…
– Et moi donc !
On s’est souri… Encore embrassés…
– Et maintenant ?
J’ai haussé les épaules…
– On le sait bien ce qui va se passer…
– Tu as envie ?
– Très… Mais j’ai encore plus envie qu’on se fasse un peu attendre… Le temps d’avoir un peu plus envie encore…



19 heures


– Le temps que les marques se soient estompées… C’est ça, hein ?
– Je sais pas… Peut-être… J’ai du mal à savoir…
– À savoir quoi ?
– Ce qu’il en penserait… Comment il réagirait…
– Ça va l’exciter… Il y a toutes les chances… Et toi avec, par la même occasion…
– Et si ça le choque ?
– Oui, oh, alors là, tu sais ! L’immense majorité des hommes dans un cas comme celui-là… Non… Ce qu’il y a… Il va vouloir savoir, ça, c’est sûr… Connaître les tenants et les aboutissants… Il va te poser des tas de questions…
– Qu’est-ce que je vais lui dire ?
– Ben, la vérité… Qu’est-ce tu veux lui dire d’autre ?
– Rien… Rien… Seulement…
– Seulement il va savoir que tu es très très complice avec ton petit mari… Ça t’ennuie ?
– Oh, non… Non… Bien sûr que non…
– Eh bien alors ! Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes…