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lundi 31 décembre 2012

Les confidences de Camille ( 19 )


Dix fois, Flavian, vingt fois, je suis repassée sur le trottoir, devant notre restaurant, sans pouvoir me décider à entrer… Jusqu’à ce qu’il relève la tête, m’aperçoive et se précipite à ma rencontre… On a été dans les bras l’un de l’autre et… « Viens ! Viens ! » Comment j’ai honte ! Aujourd’hui encore comment j’ai honte… Et pourtant… « Viens ! » Ardent… Impérieux… Il m’a entraînée… Poussée sous une porte cochère… « Toi ! Toi ! » Son souffle dans mon cou… Ses mains… Précises… Impatientes… « Là… Là… Tout de suite… » Son désir… Mon désir… Entrelacés… Mon plaisir qui s’élance… Qui m’inonde… Qui déferle… La lumière qui s’allume… Des pas… Je me dissimule dans son cou… Une voix… De femme… « Faut qu’elles viennent faire leurs cochonneries jusqu’ici maintenant ! » Et puis celle d’un homme… Jeune… « Et ça t’étonne ? T’as vu le genre que c’est ? » Je me suis enfuie…  Rhabillée à la va-vite… Et enfuie… Charlie m’a poursuivie… Rattrapée… « Attends ! Attends ! Où tu vas ? » « Non ! Laisse-moi ! Je suis humiliée… Salie… Je ne veux pas… Je ne veux plus… » Il a insisté… J’ai résisté… Un peu… Et puis cédé… Une fois de plus j’ai cédé… On a passé la nuit ensemble… Il a voulu des choses…  Et j’ai su… J’ai su que j’en passerais toujours par tout ce qu’il voudrait… Sauf si… Lui… Lui… Mon beau-père… Mon sauveur…

Je n’ai pas hésité cette fois… Pas une seule seconde… Aussitôt rentrée… « Vous pouvez passer ? » Il ne m’a pas demandé pourquoi… Il est venu… Je lui ai aussitôt tendu la ceinture… Je me suis déshabillée… Je me suis agenouillée au bord du lit… Et il a fait ce qu’il avait à faire… J’ai stoïquement supporté… Sans un cri… Sans une larme… Sans même un gémissement…

Il m’a fait relever… Il a pris mes mains entre les siennes… « Dis-moi maintenant… Raconte… » Et je l’ai fait… Sans omettre le moindre détail… Il ne m’a pas interrompue… Pas une seule fois… « Bien… T’as fini ? » J’avais fini, oui… « Tu n’y arriveras pas, c’est clair… Toute seule tu n’y arriveras pas… » « Je sais… » « À un moment ou à un autre forcément… Alors tu sais ce qu’on va faire ? Tu vas venir vivre à la maison… Jusqu’à ce que Patrice revienne… Allez, prends des affaires… Au moins l’essentiel… Pour le reste on verra plus tard… Je t’emmène…»

Et elle ? Ma belle-mère… On allait lui dire quoi ? « Que tu t’ennuies toute seule dans ce grand appartement sans Patrice… Que, du coup, je t’ai proposé de venir t’installer à la maison… Et que tu as accepté avec joie… Pas question qu’elle sache la vérité… Elle ne comprendrait pas… Elle n’accepterait pas… Et n’aurait rien de plus pressé que de mettre Patrice au courant… »

 Il m’emmenait au bureau, me ramenait… Hors de question que je sois un seul instant seule à l’extérieur… Les week end je les passais à la maison et s’il me fallait absolument sortir il m’accompagnait… Ou s’arrangeait pour que ma belle-mère le fasse…  Il vérifiait systématiquement mon portable… Exigeait d’avoir accès à ma boîte mail… Procédait à la fouille méthodique de mes affaires… J’étais en liberté étroitement surveillée… Est-ce que j’en souffrais ? Non… Au contraire… Je me sentais défendue… Protégée… Et je lui en avais infiniment de reconnaissance…

Est-ce que j’essayais de déjouer sa surveillance ? Pas davantage… À deux reprises Charlie s’est efforcé de reprendre contact, par téléphone, pendant mes heures de travail… Et j’ai eu la faiblesse de lui répondre… De laisser s’amorcer la conversation… Je l’ai aussitôt avoué… Le soir même… Et j’ai été sanctionnée, de la façon habituelle, en l’absence de ma belle-mère…

J’ai vécu chez eux plus de deux ans… Jusqu’à ce que Patrice revienne… S’engage dans une voie professionnelle radicalement différente… La vie commune tous les deux ? Un véritable fiasco… On a divorcé – ironie de l’histoire – au bout de quelques mois… J’ai voulu renouer avec Charlie… Il était marié, père de famille et m’a fait clairement comprendre que j’appartenais pour lui à un passé complètement révolu…

Voilà, Flavian… Je ne sais pas, tout compte fait, si évoquer ces souvenirs avec vous m’aura été, comme je le pensais au tout début de cette correspondance, bénéfique… Ou si plutôt… Ce qui devait être dit a, en tout cas, été dit… Alors, si vous le voulez bien, restons-en là… Et contentons-nous désormais de nous retrouver sur le forum…

Je vous embrasse…

Camille

jeudi 27 décembre 2012

Escobarines: Rescapées de la fin du monde


– Bon, ben voilà… On est toujours là…
– Oui… Leur soi-disant fin du monde…
– On s’est bien fait avoir n’empêche…
– Je préfère encore m’être fait avoir que si… couic…
– Non, mais ça va pas quand même de faire des peurs pareilles aux gens… Quand on n’est pas sûr on la ferme…
– En attendant il y en a une qui s’est bien foutue de notre gueule, c’est Chloé…
– Faut dire aussi que ça paraissait plausible son truc…
– Parce qu’on n’a pas réfléchi… Si on avait réfléchi un minimum…
– Peut-être qu’elle aussi elle s’est fait embobiner finalement… Sûrement même… Elle a l’air de savoir drôlement y faire la bonne femme...
– Et son assistante aussi…
– Oui, ben moi la seule chose que je vois dans tout ça c’est qu’à cause d’elle on s’est ramassé une fessée… Pour rien…
– Et carabinée… Elles y sont pas allées de main morte…
– Je lui en veux, les filles ! Non, mais vous pouvez pas savoir comment je lui en veux ! Me prendre une fessée ! À mon âge ! Comme une petite gamine…
– Et le plus vexant, moi, j’trouve, c’est d’avoir été prises pour des connes… De s’être fait rouler dans la farine comme on s’est fait rouler…
– Vous inquiétez pas que maintenant elles doivent bien rigoler derrière notre dos…
– Vous savez ce que je crois ? C’est qu’elles sont de mèche depuis le début… Je les imagine bien, tiens… Comme si j’y étais… « Ils sont cons, les gens, avec ces histoires de fin du monde… Tout ce qu’on veut on leur fait gober… Tout… Tu leur dirais qu’il faut qu’ils fassent Paris-Bruxelles sur les genoux pour être sauvés ils le feraient… Ou qu’ils se ramassent une bonne fessée et ils te tendraient docilement leurs derrières…  » Et la Chloé… « Oh, mais j’en connais, moi, des filles qu’elles donneraient tête baissée dans le panneau… » Et de fil en aiguille… Ça a été qui les dindes de service ? Hein ? Ça a été qui ?
– Elle va nous payer ça… Alors là… Je peux vous dire qu’elle va nous payer ça…
– Et si on lui en collait une ?
– En s’y mettant toutes… Les unes après les autres… Qu’il lui brûle un moment son petit cul…
– Oh, oui, oui…
– Alors attendez… Écoutez… Vous savez pas ce qu’on va faire ?

– Chloé ?! Je peux te parler deux minutes ?
– Bien sûr ! Qu’est-ce qu’il y a ?
– Il y a qu’elles sont sacrément remontées contre toi les autres… Elles ont pas apprécié… Mais alors là pas du tout…
– Ça… j’me doute…
– Pourquoi t’as fait ça ? Pour nous ridiculiser ?
– Hein ? Ah, mais non, non… Pas du tout, non…
– Pourquoi alors ?
– Carmen et Alice sont des amies à moi… Et ça flanquer des fessées c’est quelque chose qu’elles apprécient par-dessus tout… Alors je savais que si je leur amenais, comme ça, cinq petites nanas dont s’occuper d’un coup elles seraient aux anges… Ça a pas été si difficile que ça finalement… Je pensais que vous me donneriez beaucoup plus de fil à retordre…
– Oui, ben tout ce que t’as gagné, c’est qu’elles ont décidé de se venger…
– Ah, oui? Comment ça ?
– Elles t’ont tendu un guet-apens… Elles t’attendent, quelque part, pour te tomber dessus et t’en coller une… Une sévère… Parce que je peux te dire qu’elles sont remontées quelque chose de bien contre toi…
– J’en étais sûre… Qu’elles voudraient se venger… Sûre et certaine… Et j’espérais bien que ce serait de cette façon-là… Carmen et Alice ne sont pas mes amies par hasard…
– J’avais deviné… J’avais compris…
– Bon, mais alors en somme c’est toi qu’on a chargée de me faire tomber dans le piège… Pourquoi toi ?
– On a tiré au sort…
– Ah… Et tu as pensé que le moyen le plus simple de m’amener là où elles m’attendent, c’était encore de vendre la mèche… Tu comprends décidément beaucoup de choses… Bon, ben on y va alors… C’est par où ?
– Par là… On est presque arrivées… Mais tu leur dis pas, hein, que je t’ai prévenue…
– Bien sûr que non… Ça leur gâcherait leur plaisir… Mais surtout ça me ternirait le mien…
– Et… dis… tu pourras m’y emmener un jour chez tes deux copines ? Mais que moi… Et sans que personne le sache…
– C’est quand tu veux…
– On y est… Elles sont là… Derrière…
– Tiens, tiens, Chloé… Mais c’est qu’on fait moins la fière on dirait…

lundi 24 décembre 2012

Les confidences de Camille ( 18 )


Ma chère Camille,

Clara s’est assise en grimaçant… « Tu y es vraiment pas allé avec le dos de la cuiller… » « Oui, mais c’était pour que Damien… » « Je sais… Je sais… Je te reproche rien… N’empêche que tu verrais ces marques que j’ai… » « Tant que ça ? » Elle a haussé les épaules… S’est levée… « De toute façon maintenant… » A baissé la culotte de son pyjama… Du rosé… Du rougeâtre… Du violacé… Du bleuté… Du jaune… Du noir… Sur toute la surface de son derrière… « Ah, quand même ! »  « Quand même, oui… Ça marque pas tant avec Damien… Et pourtant j’ai pas vraiment l’impression que tu tapes beaucoup plus fort que lui… »

Le surlendemain elles y étaient encore… Estompées, adoucies, mais parfaitement visibles… Avec une nette dominante, cette fois, de jaune et de noir… « Je suis vraiment désolé… » «  Tu n’as pas à l’être… Et même… si j’osais… je t’avouerais bien quelque chose… » « Eh bien osez… Dites… » « C’est que… Je sais pas pourquoi… J’arrive pas à me l’expliquer… Mais ça me trouble énormément finalement que ça ait autant marqué… Et que ça persiste comme ça… Vingt fois par jour je vais me regarder devant la glace… Et je peux pas te dire ce que ça me fait au juste, mais ça me remue d’une force ! »

« Cette fois il y a plus rien… Plus rien du tout… » « Vraiment rien ? » «  Ah oui… Oui… » C’était vrai… Plus le moindre soupçon de trace de quoi que ce soit…  «  Et ça vous manque… » Elle a soutenu mon regard… « Oui… » « Ce n’est pas vraiment un problème… Si j’ai bonne mémoire il n’y a pas si longtemps vous étiez une inconditionnelle de l’auto-punition… Vous n’avez plus, puisqu’il y a urgence, qu’à reprendre vos bonnes vieilles habitudes… Et puis voilà… Ouais… Ouais… Ça n’a pas l’air de vous enthousiasmer, on dirait…  « Pas vraiment, non… » « Vous voyez une autre solution ? Parce que Damien… » « Oui, oh, Damien j’ai fait une croix dessus maintenant… » « Et vous avez bien fait… Seulement trouver rapidement, sur Internet, un autre partenaire qui vous convienne c’est très aléatoire… Et ça comporte un certain nombre de risques… Je vous proposerais bien… » « Oui ? « De vous rendre ce petit service… Mais vous avez clairement mis les choses au point… Dès le début… Je suis trop jeune… Inexpérimenté… Je n’ai pas de prestance… Pas d’autorité… Pour ce genre de choses je ne vous conviens pas… Et ce n’est pas la petite parenthèse de l’autre jour… Il s’agissait de circonstances tout à fait exceptionnelles…  Qui ne changent rien strictement rien au fond du problème… « Oh, que si ! » « Si ? » « Tu le sais très bien… Alors ne m’oblige pas à… » « À quoi ? À reconnaître que vous avez énormément apprécié ma petite prestation… Que vous en avez été la première surprise… Que vous crevez d’envie que je recommence, mais que vous êtes si orgueilleuse que vous ne voulez pas vous abaisser à vous déjuger… » « Brise-le moi mon orgueil… Brise-le ! Punis-moi pour ça… Fort… Ne me ménage pas… » Vous vous doutez bien, ma chère Camille, que je ne me suis pas fait bien longtemps prier… Et qu’elle a reçu, ce matin-là, une mémorable fessée… Brûlante… Interminable… Une fessée qui l’a laissée en larmes, pantelante et… ivre de reconnaissance… « Merci… Oh, merci… Merci… »

Une fessée suivie de beaucoup d’autres… Chaque matin nous nous livrions en effet ensemble lentement, méthodiquement à l’examen approfondi de « l’état des lieux… » Et dès que les marques laissées par la précédente fessée étaient sur le point de disparaître nous procédions à un rafraîchissement – si j’ose dire – qui redonnaient sur le champ à son postérieur les belles couleurs qui lui seyaient si bien…

Cela dura deux ans – un peu plus de deux ans – pour notre plus grande satisfaction à tous les deux… Et sans qu’Ivan ne se doute apparemment de quoi que ce soit… Je soupçonne qu’il n’y avait plus, depuis belle lurette, de relations eux et que c’est la raison pour laquelle il ne s’est jamais rendu compte de rien… C’est un sujet qu’elle détestait que j’aborde et toutes les fois que j’ai suggéré qu’il pourrait y avoir autre chose entre nous je me suis fait impitoyablement rabrouer… « Oh, non… Non… Ça gâcherait tout… » Je n’ai pas insisté…

Et puis un beau matin… J’avais terminé mes études… Obtenu mes diplômes… Décroché un premier poste à 400 kilomètres de là… Une dernière fessée… On s’est promis de se donner des nouvelles… De ne pas se perdre de vue… On l’a fait… Quelque temps… On s’est même revus… Deux fois… Et puis les années passant…

Voilà, ma chère Camille, voilà… Merci de m’avoir permis d’évoquer ces souvenirs… Je l’ai fait avec beaucoup de plaisir, un peu de tristesse et un brin de nostalgie…

Je vous embrasse…

FLAVIAN         

jeudi 20 décembre 2012

Escobarines: Fin du monde


– Bon, ben ça y est... Demain...
– C'est la fin du monde... Oui, bon, ça va... On sait...
– Comment j'ai la trouille, les filles, vous pouvez pas savoir ! Non, mais comment j'ai la trouille...
– Oh, mais peut-être que c'est des histoires tout ça! Que si ça tombe il se passera rien du tout...
– Ben alors là t'as qu'à y croire...
– Mais oui que c'est la fin du monde, oui... Sûr... Sûr et certain... D'abord parce qu'il y a le calendrier maya... Qu'est très clair là-dessus...
– Et puis Bugarach...
– Et Nostradamus...
– Pas seulement... Plein d'autres trucs il y a encore... Quinze en tout à ce qu'il paraît... Ça fait des siècles et des siècles qu'on le sait que le 21 Décembre 2012 tout va définitivement s'arrêter... Seulement on a fait l'autruche... La tête dans le sable... Et maintenant...
– Non, mais attendez, les filles... Attendez... Vous vous rendez compte? Demain c'est la fin du monde... On n'a plus que quelques heures à vivre et on est là à discutailler comme si de rien n'était...
– T'as une autre idée ?
– Ben oui... Oui... Aller s'éclater... Se faire des mecs... N'importe lesquels... Tous ceux qu'on trouve...
– Oui, oh...
– Rien qu'à penser que c'est la dernière fois, moi, ça me couperait tous mes moyens... Et si c'est pour chialer tout du long merci bien...

– V'là Chloé...
– Manquait plus qu'elle, tiens !
– Eh ben les filles... Vous en tirez une tronche ! Vous avez enterré toute votre famille ?
– C'est ça... Fais de l'humour... C'est le moment...
– Mais enfin qu'est-ce qu'il y a ? Qu'est-ce qui se passe ?
–  C’est la fin du monde demain… T’es quand même au courant, non ?
– Et c'est ça qui vous met dans un état pareil ? Oui, ben alors là, moi, c'est pas vraiment ça qui me tracasse...
– T'y crois pas?
– Ah, si! Et comment! Si! Des millions et des millions de morts va y avoir...
– Et ça te fait pas peur ?
– Non… Enfin si, dans un sens, mais pas dans l’autre… Parce que… je sais des trucs pour demain… Des trucs qu’il y a pas grand monde qui les sait… Et qu’il faut qu’il y ait pas grand monde qui les sache…
– C’est quoi ?
– Mais alors vous me promettez de rien dire… À personne… Vous le jurez ?
– Évidemment qu’on le jure… Allez, vas-y, on t’écoute…
– C’est des conneries que l’eau va monter et tout submerger… Jusqu’à la moitié des Alpes… Ou que les extra-terrestres vont débarquer… C’est pas du tout comme ça que ça va se passer, mais alors là pas du tout… Non… En fait les secrets des Mayas une poignée de survivants de la grande catastrophe les ont emportés avec eux, jalousement conservés et transmis de génération en génération… Jusqu’à maintenant… Maintenant le moment, prédit depuis si longtemps par le grand prêtre, est arrivé… Demain ce n’est pas la fin du monde, non… C’est la fin d’un monde… Seuls les purs, les initiés vont survivre pour en façonner, de toutes pièces, un nouveau… Un monde d’amour et de fraternité… Un monde où la justice et la paix…
– Comment tu le sais ? Comment tu sais tout ça ?
– Je l’ai été… Initiée… Je le suis…
– Et pourquoi toi ? On pourrait pas, nous ?
– Peut-être, si… Parce que vous êtes des femmes… Et que vous êtes jeunes… La plupart des initiés sont des hommes… Il va bien falloir assurer le renouvellement des générations… D’autant qu’on sera pas beaucoup à être sauvés…
– Et faudrait qu’on fasse quoi ?
– Il y a une petite cérémonie… La prêtresse commence par vous mettre une fessée…
– Une fessée ?
– Ben oui… Oui… Pour vous purifier… Vous désincarcérer de votre ancien Moi et de ses miasmes… Solder le passé… Après seulement elle vous initie…
– Et nous, elle pourrait, tu crois ?
– Faut que je lui demande… Faut que j’aille lui demander… J’y vais… Attendez-moi là…

– Et si c’était pas vrai ? Si elle avait tout inventé…
– Pourquoi elle aurait fait ça ?
– Je sais pas… Avec elle on peut s’attendre à tout…
– Je crois pas… Qu’elle ait inventé… Je crois pas… Elle avait l’air vraiment sincère…
– Oui, oh, de toute façon… il y aurait seulement qu’une chance sur un million que ça marche ça vaudrait le coup de la tenter… C’est pas pour une fessée…
– Ben oui… Oui… Évidemment… Ça se discute même pas…

– Bon, allez, vous y êtes ? On y va… Elle est d'accord... Elle nous attend…

lundi 17 décembre 2012

Les confidences de Camille ( 17 )


Le lendemain matin, à la première heure, mon beau-père était là… « Bien… J’ai réfléchi… Pas question de te laisser te complaire dans l’oisiveté… On a vu ce que ça donnait… Alors j’ai appelé hier soir mon ami Boissier, ton directeur, auquel j’ai exposé en toute franchise la situation… Tu vas reprendre, dès aujourd’hui, normalement ton travail… Quant à l’individu avec lequel tu as entretenu cette relation coupable il est muté, avec son plein accord, dans l’une des filiales du groupe… Et je te conseille vivement, dans ton propre intérêt, de ne chercher à savoir ni laquelle ni où… »

Deux heures plus tard je savais… Là-bas on ne parlait que de ça… En me jetant des petits coups d’œil par en-dessous… En me demandant innocemment si je savais pourquoi Charlie était aussi brusquement parti… En chuchotant derrière mon dos… J’ai ignoré… Fait semblant d’ignorer…

Et puis, à nouveau, la routine… Les journées de travail, à perte de vue, les unes derrière les autres, monotones, insipides… Les longues soirées gaspillées à regarder défiler, avachie sur mon canapé, des images que je ne voyais pas… Les samedis passés à errer, par les rues, au hasard, sans but et sans plaisir… Les dimanches interminablement étirés chez eux à l’écouter, elle, – lui il disparaissait aussitôt la dernière bouchée avalée – parler des après-midi entiéres, en long, en large et en travers de Patrice… Patrice qui avait écrit… Patrice dont le navire mouillait dans le détroit d’Ormuz… Patrice qui, à quatre ans, savait lire… Qui, à huit ans, connaissait sur le bout des doigts la chronologie des rois de France… Qui, à douze ans, pouvait citer, sans jamais se tromper, les capitales de tous les pays du monde… Patrice… Patrice… Patrice…

Et Charlie ? Il ne se manifestait pas… Pas un mot… Pas un appel… Rien… Est-ce qu’il m’avait déjà oubliée ? Est-ce que j’avais si peu compté pour lui ? J’avais été juste une passade alors ? Un amusement ? Je ne pouvais pas y croire… Ou bien… Est-ce qu’il avait été meurtri, humilié par l’intervention du directeur ? Qui lui avait dit quoi au juste pour le convaincre d’accepter sa mutation ? Est-ce qu’on m’avait mise en avant ? Est-ce qu’il m’en avait voulu ? Est-ce qu’il m’en voulait toujours ? Oui, sûrement… C’était pour ça qu’il ne se manifestait pas… Évidemment que c’était pour ça… Et je n’aurais plus jamais de nouvelles… À moins que… Il y avait une autre explication possible… Il ne voulait pas me forcer la main… Si je ne me manifestais pas, moi, il ne se manifesterait pas, lui… Par respect… Par délicatesse… Par… Oui… Ça pouvait être ça… Mais que c’était donc exaspérant de ne pas savoir !

De toute façon quelle importance ça pouvait bien avoir maintenant ? Aucune… Rigoureusement aucune… Quand bien même il m’aurait contactée ç’aurait été non… Non, non et non… Jamais plus il n’y aurait quoi que ce soit entre nous… S’il y avait une chose dont j’étais certaine c’était bien celle-là…

Certaine ? De moins en moins… Parce que… il me manquait… Je pensais constamment à lui… J’avais beau le chasser… Il revenait… Il s’installait… Il me hantait… Je m’endormais en pensant à lui… Je me réveillais en pensant à lui… Il ne me quittait pas… Il ne me quittait plus…

C’est arrivé un samedi… Toute la nuit j’avais rêvé de lui… Que j’étais dans ses bras… Qu’il me faisait l’amour… Avec une infinie tendresse… Je ne m’étais pas levée… J’étais restée blottie dans la chaleur des draps… À y repenser… À le revivre... À faire courir mes doigts… À le laisser me redonner du plaisir… Aussi longtemps qu’il a voulu… Comme il a voulu…

Mon portable était sur ma table de nuit… J’ai bien tenté de m’empêcher… De résister… Je n’ai pas pu… Deux coups… « Allo… Oui ? » « Charlie ? C’est Camille… » « Camille ! Toi ! C’est pas vrai ! Ce que je suis content ! » On a parlé… parlé… parlé… Et fini par se donner rendez-vous dans le restaurant de nos débuts… Celui du concert de Georges Lama… « Ce soir… Sept heures… Je suis heureux… Si tu savais… »

Moi aussi… J’étais folle de joie… Et mangée de scrupules… Dévorée de remords… Patrice… Tant pis Patrice… J’irais… Oui, j’irais…

Il était là… À « notre » table… Je suis passée… Je ne suis pas entrée… Non… Il fallait pas… Non… Au feu rouge je suis revenue sur mes pas…

Je vous embrasse, Flavian…

À bientôt

Camille 

jeudi 13 décembre 2012

Escobarines: Cadeau


Ma chère Akina,

Je crois t’entendre… « Alors c’est comme ça que tu tiens tes promesses ? » Je sais… Je sais… Je suis impardonnable… Trois mois que je suis en Europe et… trois mois que je te laisse sans nouvelles… Mais tout ici est tellement différent aussi ! Il y a tant de choses à découvrir, à voir, à admirer que je ne sais plus où donner de la tête… Et plus un moment à moi…

Bon… Mais que je te raconte… Donc je suis à Bruxelles… Hébergée à titre gratuit par un couple d’enseignants belges… La seule chose qu’ils me demandent, en contrepartie, c’est de consacrer au moins une heure par jour à parler japonais avec leur fille Emma qui étudie notre langue… C’est pas une heure que j’y consacre, c’est trois ou quatre… Sinon plus… Parce qu’à un mois près on a le même âge toutes les deux, et qu’on s’entend super bien… Mais alors là vraiment bien… Et comme, en plus, on partage la même chambre… Tu verrais ces délires qu’on se fait !

Et puis… Et puis surtout – et alors là je te le donne en mille – tu sais pas ce qu’on s’est découvert comme passion commune ? Réfléchis ! Ben oui… Ça… La même chose que nous, toi et moi… Non, mais tu te rends compte ? Comment je m’en suis aperçue ? Un jour que j’étais rentrée très en avance de la fac… Elle m’avait pas entendue arriver et elle a voulu précipitamment cacher ce qu’elle était en train de dessiner… Tellement vite que toutes les feuilles – et il y en avait un sacré paquet – lui ont échappé et se sont éparpillées dans tous les sens par terre… J’ai voulu l’aider à les ramasser… Que des dessins de filles qui venaient de s’en prendre une c’était… Ou qu’étaient en train de s’en prendre une… Ou qu’allaient s’en prendre une… Et il y en avait ! Mais il y en avait ! Du coup comment elle était mal… Elle a balbutié quelque chose et puis elle s’est tue, au bord des larmes… « Viens voir… » Et j’ai ouvert, sur mon ordi, le dossier de dessins que tu connais… Elle m’a regardée, incrédule, les yeux exorbités, et puis on est parties, toutes les deux, d’un interminable fou rire…

Et on a discuté… Elle… elle en avait déjà eu ? Oui… Enfin non… C’est-à-dire… Pas par quelqu’un… « Ah, oui ? Toute seule ? Oh, mais c’est pas pareil… Pas du tout… » « Je sais bien… Je me doute… Mais… » « Mais t’as personne pour te la donner… » « Voilà… Oui… Et toi ? » Oh, moi, oui… J’avais une amie là-bas au Japon on n’arrêtait pas… Chaque fois qu’on avait l’occasion… Et on s’arrangeait pour que ce soit souvent… Le plus souvent possible… « Qu’est-ce que t’as de la chance ! » « Qu’est-ce j’en avais… Parce que maintenant… j’ai personne pour ça ici… » « Ben si ! Si ! Il y a moi… »

Elle y a mis tout son cœur… Ça a été très maladroit, désordonné, tout fou, mais, malgré tout, terriblement efficace… À mon tour je n’ai pas été en reste… Tu sais ce dont je suis capable… Elle a hurlé… Rué… M’a suppliée d’arrêter… Suppliée de continuer… « Je sais pas… Je sais plus… Ça fait trop mal… Ça fait trop de bien… » Quand ça a été fini elle m’a entraînée dans la chambre de ses parents… Dans la grande glace de l’armoire elle a regardé ses fesses… Et puis les miennes… Encore les siennes… « Jamais elles ont été comme ça… C’est que je tapais pas assez fort aussi… J’osais pas… Mais maintenant… On recommencera, hein ? »

On a recommencé… On recommence… Dès qu’on est toutes seules à la maison toutes les deux on remet ça… À peine une fessée s’est-elle estompée qu’on en ravive les couleurs… Nos derrières sont, en permanence, du plus bel écarlate…

Quand on a envie, mais qu’on peut pas, parce que ses parents sont là, qu’ils pourraient nous entendre, Emma recopie les dessins d’un type, Escobar… « Je suis fan… Je suis vraiment fan... Tu sais qu’il habite dans le coin en plus ? » « Pourquoi tu inventes pas plutôt ? » « Parce que… je suis pas très douée pour ça… Non… Et puis j’aime bien… Pendant tout le temps que je fais ça j’imagine une histoire… Je me mets dans la tête de la fille… Je brode… Ça part dans tous les sens… Alors je prends tout mon temps… Je traîne tant que je peux… Pour rester avec… »

« C’est quoi, ça ? » « Ben, mon billet d’avion… » « C’est pas vrai ! Tu repars ? » « Pas tout de suite… Mais j’irai passer les Fêtes de fin d’année là-bas, oui… » « T’y resteras longtemps ? » « Trois semaines… » « Trois semaines ! Mais c’est horrible… Qu’est-ce que je vais devenir, moi,  pendant tout ce temps-là ? » « Tu dessineras… » « Oui, mais je t’aurai pas… Je t’aurai pas, toi… » Et les larmes lui sont montées aux yeux…

Elle m’avait pas, moi ? Qu’à cela ne tienne… Trouver son adresse à cet Escobar ça a été un jeu d’enfant… Et j’ai tenté le tout pour le tout… J’y suis allée… Juste après une fessée qu’elle m’avait donnée… Une fessée retentissante plus appuyée, plus délivrée que d’habitude… Elle se vengeait… De mon départ… De mon absence… J’ai mis mon uniforme d’avant – celui qu’elle aime tant – et j’y suis allée… Il m’a ouvert… « Mademoiselle ? » Fait entrer… Je lui ai expliqué, en deux mots, ce que je voulais... Je n’ai pas attendu sa réponse… J’ai filé au coin, remonté ma robe que j’ai coincée pour qu’elle ne retombe pas, baissé ma culotte… Et j’ai attendu… « Ben vous, vous y allez pas par quatre chemins, on peut pas dire… » Mais il l’a fait… Je n’ai pas bougé jusqu’à ce qu’il ait fini… « Là… Tenez… Mais la prochaine fois laissez-moi vous la donner moi-même la fessée… Ce sera avec un réel plaisir… »

Elle va avoir un VRAI dessin de lui, Emma… Et c’est un dessin de moi…

À bientôt..

Je t’embrasse…

CHIZUE  

   

lundi 10 décembre 2012

Les confidences de Camille ( 16 )


Ma chère Camille,

Clara tournait en rond comme une lionne en cage… « Mais qu’est-ce qu’il fout ? Qu’est-ce qu’ils foutent ? Presque trois semaines ça fait… Et pas un signe… Rien… Tu vas voir que ça va leur être complètement passé d’idée… Qu’on va plus jamais entendre parler d’eux… Si seulement j’avais ses coordonnées à elle… Que je sache au moins ce qui se passe… Si je peux garder espoir… Mais non ! Tu crois que j’ai pensé à les lui demander ? Je suis en-dessous de tout… Il y a des fois je suis vraiment en dessous de tout… »

Ça a pourtant fini par arriver… Près de six semaines plus tard… « Je t’attends dimanche… On VOUS attend dimanche… À l’endroit habituel… Damien… » Elle était folle de joie… « Et c’est lui qu’a écrit… C’est lui ! Pas elle… Lui… Tu te rends compte ? Je suis heureuse… Tu peux pas savoir ce que je suis heureuse… Je vais le revoir… Il va me donner une fessée… J’ai envie… Oh, comment j’ai envie… »

« Ça y est ? T’es prêt ? On y va ? » « Hein ? Mais midi il est… Il a dit quatre heures… » « Oui, mais on sait jamais… On peut tomber en panne… Avoir un accident… N’importe quoi… Je peux pas courir ce risque… Je veux pas… » Et on a fait le pied de grue… Deux heures au café en bas… Et une demi heure dans la chambre… « Pourvu que ça se passe bien… » « Il y a pas de raison… » « Oh, si, il y en a des raisons… Si ! Parce que ce que je veux, ce que je voudrais, c’est lui donner envie que tout soit comme avant… Lui et moi… Sans elle… »

Oui, ben ça c’était mal parti parce que… elle était toute seule la fille… « Il est pas là Damien ? Il va arriver ? » Elle a haussé les épaules… « Oh, alors ça ! C’est pas gagné… Il y a une heure encore il savait pas ce qu’il allait faire… Peut-être qu’il viendra… Et puis peut-être qu’il viendra pas… » « Mais c’est pas possible ça enfin ! » « Ah, ben si, c’est possible ! Si ! La preuve ! » « Il se fiche de moi… Non… Mais alors là cette fois il se fiche de moi… » « Non, mais dis donc ! Qu’est-ce tu crois ! Pour qui tu te prends ? C’est toi qu’es demandeuse… C’est pas lui… Alors si ça te convient pas… » « Hein ? Ah, mais si ! Si ! Très bien… Si… Je m’excuse… »

Et on a attendu… Un quart d’heure… Une demi-heure…  Le portable de la fille a sonné… « C’est lui !... Allo… Oui… On est là, oui… Tous les trois… Ah bon ? Comme tu voudras… Il viendra pas… Pas aujourd’hui… » Clara a tendu la main… « Passe-le moi ! » La fille a fait signe que non… Non… « Il veut pas te parler… Il dit qu’il a rien à te dire… Et que pour te donner la fessée le petit jeune que t’as amené fera très bien l’affaire… Aussi bien que lui… » « Hein ? mais ça va pas, non ! Il est pas bien ! Ah, non ! Non ! Alors ça non il n’en est pas question… » « Il rigole… Il dit que c’est ce qu’on va voir… Qu’il veut entendre ça… Et qu’il va l’entendre… Parce que sinon tu le reverras jamais… Jamais… « Et si ? » « Alors oui… Peut-être… Sûrement… » « Quand ? » «  Il verra quand… Il te dira… Mais sinon… »

Elle ne m’a pas regardé… Elle a relevé sa robe… S’est approchée… C’est la fille qui l’a poussée… Fait pencher en avant… « Bon… Ben vas-y, toi ! Qu’est-ce t’attends ? Mais déculotte-la d’abord ! Non, mais quel empoté tu fais ! Là… Et tape maintenant ! Tape ! » Elle a approché le portable… Tout près… « Mais tape, bon sang ! Tu fais semblant, là… Tape ! Qu’il entende ! » Il a entendu… Claquer… Gémir… Se plaindre… Crier… Et elle nous a plantés là… « À bientôt… Peut-être… » Et elle a éclaté de rire…

Clara s’est relevée… « Ouche… T’as pas fait semblant, dis donc… » Rhabillée… « Je suis désolé, mais il fallait… Si on voulait que Damien… » « Oui, oh, Damien… Tu sais ce que je me demande ? C’est s’il était vraiment au bout du fil… Si elle a pas inventé ça de toutes pièces… » « Je me suis aussi posé la question… Mais pourquoi elle aurait fait ça ? » « Parce que pour Damien, quoi qu’elle en dise, quoi qu’elle ait tenté, ce serait définitivement niet… Il voudrait plus me voir… Mais elle, elle aurait envie de continuer à s’amuser à mes dépens… »  « On peut pas vraiment savoir… » « On peut pas, non… Et dans le doute… Même s’il ne me restait qu’une infime petite chance je ne pouvais pas ne pas la saisir… Tu comprends ? » Je crois bien qu’il va falloir que vous finissiez, malheureusement, par vous faire une raison… » Elle n’a pas répondu… Elle a marché vers la porte… Elle avait les larmes aux yeux…

À bientôt…

Je vous embrasse, Camille…

FLAVIAN    

jeudi 6 décembre 2012

Escobarines: Défaite


Pour se faire avoir on s’était fait avoir… Et en beauté… Parce qu’on était sûres de le gagner ce match… Sûres et certaines… Une chance sur dix mille il y avait de le perdre… Elles étaient pas au niveau les autres… Chaque fois qu’on les avait rencontrées on les avait complètement enfoncées… Alors…
– Alors on va gagner ça haut la main…
Pour Fabienne, notre capitaine, ça coulait de source…
– Sinon…
– Sinon ?
– Je vous flanque une fessée à toutes… Toutes autant que vous êtes…
On a éclaté de rire...
– Et puis quoi encore ?
– Rigolez bien ! Je suis capable… Vous me croyez pas capable ?
Si… Non… On savait pas… De toute façon il se posait pas le problème… Avec la raclée qu’on allait leur mettre…
– Oh, alors ça ! C’est jamais joué à l’avance un match…
– Oui… Bien sûr ! Oui… Mais là quand même…
– Là… Si on perd… Alors là si on perd moi, je veux bien que tu m’en mettes une de fessée… Et une carabinée !
– Moi aussi !
– Et moi…
– Faites gaffe que je vous prenne pas au mot…
– Oh, tu peux… Alors là on court pas grand risque… Tu peux…
– Eh bien topez là alors… Marché conclu… Topez…
Et on l’a toutes fait…

Charline, au-dehors, en remontant, avait son petit sourire en coin…
– Qu’est-ce qu’il y a ?
– Rien… Rien…
– Mais si ! Dis…
– Vous faites une connerie les filles…
– Comment ça ? Mais dis ! Ce que t’es agaçante quand tu t’y mets…
– Qui c’est qui sera dans les buts ?
– Ben Camille… Elle s’est tordu la cheville Léa…
– Camille, oui…
– Et alors ?
– Vous verrez bien… Moi, j’m’en fous, hein… Aujourd’hui je suis sur le banc n’importe comment…

Et on a vu… Ça, pour voir, on a vu… Il y avait pas cinq minutes qu’on jouait qu’elle s’en était pris un…
– Putain ! Mais tu pouvais l’arrêter celui-là, merde !
– J’ai rien vu… Vous me masquiez…
Et un deuxième… En toute fin de première mi-temps…
– Mais qu’est-ce qu’elle a aujourd’hui ? Une vraie passoire…
Et on s’est épuisées tout le reste du match à courir après le score… Pour rien… Elles s’étaient toutes regroupées en défense les autres et elles défendaient bec et ongles leurs deux buts d’avance…

Elle était folle Fabienne, après, aux vestiaires… Folle…
– En-dessous de tout vous avez été… En-dessous de tout… Il y avait pas d’enjeu, je sais… On était qualifiées, oui… Mais c’est pas une raison… Ah, un beau spectacle que vous nous avez offert là ! Un beau spectacle ! Bon… Mais vous aimez ça vous donner en spectacle ? Eh bien vous allez être servies… Alors vous me retirez vos shorts et vous grimpez sur le banc, là… Exécution…
Estelle a mollement protesté…
– Non, mais attends… Tu vas pas…
– Pardon ? Vous vous y étiez engagées, non ? Si vous perdiez…
– Ben oui, mais…
– Il y a pas de mais qui tienne… Vous vous y étiez engagées, oui ou non ?
– Oui…
Elle a voulu l’entendre de notre bouche à toutes… Les unes après les autres…
– Oui…
– Eh bien alors ! Et un conseil : À votre place, moi, je la ramènerais pas trop… Parce que vous avez vraiment pas de quoi être fières…
Personne n’a plus rien dit… On s’est déculottées… On est montées sur le banc… Et… Oh, la vache ! Elle a pas fait semblant…


Elles nous attendaient dehors, devant leur car, les filles de l’autre équipe…
– Ouille ! Ouille ! Ouille !
– Aïe ! Aïe ! Aïe !
– Elles ont pris panpan cucul les vilaines…
– Et merde ! Elles ont entendu en plus ces connes…
– Elles ont même vu à la fin… Elles avaient carrément ouvert la porte…

– Les deux buts… Camille… Vous croyez qu’elle l’a fait exprès ?
– C’est ce qu’elle avait l’air de laisser entendre Charline…
– Pourquoi elle aurait fait ça ?
– Pour nous la faire avoir la fessée, tiens…
– Ça l’a avancée à quoi ? Elle aussi elle l’a eue…
– Oui, mais peut-être que elle, elle aime ça…
– La garce ! Non, mais quelle garce !