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lundi 31 décembre 2012

Les confidences de Camille ( 19 )


Dix fois, Flavian, vingt fois, je suis repassée sur le trottoir, devant notre restaurant, sans pouvoir me décider à entrer… Jusqu’à ce qu’il relève la tête, m’aperçoive et se précipite à ma rencontre… On a été dans les bras l’un de l’autre et… « Viens ! Viens ! » Comment j’ai honte ! Aujourd’hui encore comment j’ai honte… Et pourtant… « Viens ! » Ardent… Impérieux… Il m’a entraînée… Poussée sous une porte cochère… « Toi ! Toi ! » Son souffle dans mon cou… Ses mains… Précises… Impatientes… « Là… Là… Tout de suite… » Son désir… Mon désir… Entrelacés… Mon plaisir qui s’élance… Qui m’inonde… Qui déferle… La lumière qui s’allume… Des pas… Je me dissimule dans son cou… Une voix… De femme… « Faut qu’elles viennent faire leurs cochonneries jusqu’ici maintenant ! » Et puis celle d’un homme… Jeune… « Et ça t’étonne ? T’as vu le genre que c’est ? » Je me suis enfuie…  Rhabillée à la va-vite… Et enfuie… Charlie m’a poursuivie… Rattrapée… « Attends ! Attends ! Où tu vas ? » « Non ! Laisse-moi ! Je suis humiliée… Salie… Je ne veux pas… Je ne veux plus… » Il a insisté… J’ai résisté… Un peu… Et puis cédé… Une fois de plus j’ai cédé… On a passé la nuit ensemble… Il a voulu des choses…  Et j’ai su… J’ai su que j’en passerais toujours par tout ce qu’il voudrait… Sauf si… Lui… Lui… Mon beau-père… Mon sauveur…

Je n’ai pas hésité cette fois… Pas une seule seconde… Aussitôt rentrée… « Vous pouvez passer ? » Il ne m’a pas demandé pourquoi… Il est venu… Je lui ai aussitôt tendu la ceinture… Je me suis déshabillée… Je me suis agenouillée au bord du lit… Et il a fait ce qu’il avait à faire… J’ai stoïquement supporté… Sans un cri… Sans une larme… Sans même un gémissement…

Il m’a fait relever… Il a pris mes mains entre les siennes… « Dis-moi maintenant… Raconte… » Et je l’ai fait… Sans omettre le moindre détail… Il ne m’a pas interrompue… Pas une seule fois… « Bien… T’as fini ? » J’avais fini, oui… « Tu n’y arriveras pas, c’est clair… Toute seule tu n’y arriveras pas… » « Je sais… » « À un moment ou à un autre forcément… Alors tu sais ce qu’on va faire ? Tu vas venir vivre à la maison… Jusqu’à ce que Patrice revienne… Allez, prends des affaires… Au moins l’essentiel… Pour le reste on verra plus tard… Je t’emmène…»

Et elle ? Ma belle-mère… On allait lui dire quoi ? « Que tu t’ennuies toute seule dans ce grand appartement sans Patrice… Que, du coup, je t’ai proposé de venir t’installer à la maison… Et que tu as accepté avec joie… Pas question qu’elle sache la vérité… Elle ne comprendrait pas… Elle n’accepterait pas… Et n’aurait rien de plus pressé que de mettre Patrice au courant… »

 Il m’emmenait au bureau, me ramenait… Hors de question que je sois un seul instant seule à l’extérieur… Les week end je les passais à la maison et s’il me fallait absolument sortir il m’accompagnait… Ou s’arrangeait pour que ma belle-mère le fasse…  Il vérifiait systématiquement mon portable… Exigeait d’avoir accès à ma boîte mail… Procédait à la fouille méthodique de mes affaires… J’étais en liberté étroitement surveillée… Est-ce que j’en souffrais ? Non… Au contraire… Je me sentais défendue… Protégée… Et je lui en avais infiniment de reconnaissance…

Est-ce que j’essayais de déjouer sa surveillance ? Pas davantage… À deux reprises Charlie s’est efforcé de reprendre contact, par téléphone, pendant mes heures de travail… Et j’ai eu la faiblesse de lui répondre… De laisser s’amorcer la conversation… Je l’ai aussitôt avoué… Le soir même… Et j’ai été sanctionnée, de la façon habituelle, en l’absence de ma belle-mère…

J’ai vécu chez eux plus de deux ans… Jusqu’à ce que Patrice revienne… S’engage dans une voie professionnelle radicalement différente… La vie commune tous les deux ? Un véritable fiasco… On a divorcé – ironie de l’histoire – au bout de quelques mois… J’ai voulu renouer avec Charlie… Il était marié, père de famille et m’a fait clairement comprendre que j’appartenais pour lui à un passé complètement révolu…

Voilà, Flavian… Je ne sais pas, tout compte fait, si évoquer ces souvenirs avec vous m’aura été, comme je le pensais au tout début de cette correspondance, bénéfique… Ou si plutôt… Ce qui devait être dit a, en tout cas, été dit… Alors, si vous le voulez bien, restons-en là… Et contentons-nous désormais de nous retrouver sur le forum…

Je vous embrasse…

Camille

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