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lundi 3 décembre 2012

Les confidences de Camille ( 15 )


Je voulais, Flavian… Je vous jure que je voulais… Lui dire à mon beau-père… Tout lui avouer… Et qu’il mette fin à tout ça… Je voulais… De tout mon cœur… De tout mon être… Mais pas tout de suite… Pas encore… J’allais le lui dire, oui… Bientôt… Mais encore une fois avec Charlie… Juste une fois… Et je le dirais… Promis… Juré… Une fois, oui… Mais il m’en fallait encore une autre… Puis une autre… Puis… À l’infini…

J’oubliais tout dans les bras de Charlie… Tout ce qui n’était pas lui… J’étais désir pur… Sensualité brute… J’osais avec lui des choses dont je ne me serais jamais crue capable… Je m’abandonnais… Je me découvrais… J’étais femelle… Comblée… J’étais plaisir…  

Et culpabilité… Intense… Exacerbée… Écrire à Patrice – et je lui avais donné l’habitude de le faire trois fois par semaine – constituait désormais pour moi une redoutable épreuve… Je me faisais enjouée, primesautière… J’inventais des anecdotes dont je pensais qu’elles l’amuseraient… Mon existence, je la lui dépeignais comme, sans lui, terriblement routinière… Je lui laissais entendre qu’il me manquait… Prétendais compter les jours jusqu’à son retour… Et je me sentais fausse… Sale… Indigne de l’amour sans partage qu’il éprouvait pour moi…

Je m’ouvrais de mon mal être, quand il était vraiment trop insupportable, à Charlie… Qui me faisait taire d’un baiser… « Tu coupes les cheveux en quatre… Tu es beaucoup trop compliquée… » « Mais non, c’est pas ça, non… Tu comprends pas… » « Oh, si que c’est ça ! Si ! Et ton éducation… Tu as été formatée pour te reprocher indéfiniment le moindre plaisir que tu t’octroies… » Et il me prenait dans ses bras… Et il me caressait… Je hurlais mon plaisir, agrippée à lui… Et, quand il était endormi, je pleurais… Je me jurais d’aller trouver mon beau-père… Le lendemain matin… Sans faute…

C’est lui qui est venu… Chez moi… Un soir… « Tu n’as rien à me dire ? » « Moi ? Non…
Pourquoi ? » « Non ? Vraiment ? » Oh, si ! Si, j’avais quelque chose à lui dire… Si ! Et j’ai éclaté en sanglots… D’irrépressibles, d’interminables sanglots hoquetés… Je n’ai rien dit… J’en étais incapable… Incapable de proférer le moindre mot… Mais vous savez ce que j’ai fait, Flavian, vous savez ? Eh bien je me suis déshabillée… Sans qu’il m’ait rien demandé… Sans qu’il l’ait ordonné… Je me suis déshabillée et je me suis agenouillée au pied de mon lit… Là… J’avouais… Je reconnaissais… J’acceptais… Qu’il me punisse ! Comme il voudrait… Aussi longtemps qu’il voudrait… Je l’avais amplement mérité…

Il ne l’a pas fait tout de suite… Il a attendu… Le temps qu’il a fallu… « Là… Ça y est ? T’es calmée ? » J’ai ravalé un dernier sanglot et j’ai fait signe que oui… Oui… « Bien… Alors maintenant je t’écoute… » Hein ? Mais je… Il s’est montré impitoyable… Inflexible… J’ai dû tout dire… Tout avouer… Jusque dans les moindres détails… Morte de honte… Quand j’éludais, quand je cherchais à emprunter des chemins de traverse il me ramenait d’une question, exigeait des précisions que je finissais toujours par lui donner, rouge de confusion, les yeux baissés… Des yeux qu’il m’obligeait à relever… « Regarde-moi ! Regarde-moi, j’ai dit… Aie au moins le courage de… » Et je le faisais… 

« Tu étais habillée comment la première fois que tu l’as fait avec lui au bureau ? » « J’avais… mon pull anthracite… Et puis une jupe… Une jupe grise… Toute simple… » « Une ceinture ? » « Ma ceinture de fines lanières de cuir tressées, oui… » « Va la chercher… »

Je la lui ai tendue… Ai repris ma place au pied du lit… Il a passé son index dans la boucle, a enroulé – trois ou quatre tours – autour de son poignet, fait claquer et siffler en l’air… Et il l’a abattue… À rythme très lent… Irrégulier… Avec d’interminables pauses entre chaque coup… C’était douloureux, oui, mais tellement apaisant… Il ne s’était rien passé – jamais – avec Charlie… C’était gommé… Effacé…

Il m’a fait relever… « Tu ne quitteras pas ton appartement jusqu’à nouvel ordre… Jusqu’à ce que j’aie pris une décision à ton sujet… Ton patron sera prévenu… Et aucun contact, d’aucune sorte, avec ce Charlie… »

Mon portable a sonné toute la soirée… Je n’ai pas décroché…

À bientôt, Flavian

Je vous embrasse…

CAMILLE    

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