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lundi 30 novembre 2009

Escobarines: Dimanche soir





- Tu as passé un bon week end ?
- Oui, oh, tu sais, les dimanches en famille ça n’a rien de particulièrement exaltant… Surtout quand il y a ma sœur avec son mari… Et toi ?… Qu’est-ce que tu as fait ?…
- J’ai lu… Avec le temps qu’il faisait il y avait pas grand chose d’autre à faire… J’ai dévoré même…
- C’était si passionnant que ça ?…
- Franchement il y a longtemps que j’avais pas lu quelque chose d’aussi prenant…
- Ah oui ?!… Tu me le passeras ?… Comment ça s’appelle ?…
- « Fessées et autres délices… »
- T’as fouillé dans mes affaires !… T’as pas le droit… T’avais pas le droit…
- J’ai pas fouillé dans tes affaires… J’ai fait ta chambre qui – soit dit en passant – en avait sacrément besoin… Ca traînait sur ton bureau… Au-dessus de la pile…
- C’est pas une raison…
- T’as un sacré beau brin de plume en tout cas…
- J’ai toujours aimé inventer des histoires… Depuis toute petite…
- Et pas n’importe quelles histoires apparemment !…
- Oh, mais j’écris pas que ça !… Faut pas croire…
- Mais « ça » t’éprouves manifestement beaucoup de plaisir à l’écrire… Et comment c’est transparent !… C’est toujours le même personnage… Quarante ans… Comme toi… Blond vénitien… Comme toi… Les yeux bleus… Comme toi… Toujours la même femme… Qui, à deux lettres près, porte le même prénom que toi… Qui partage son appartement, en colocation, tout comme toi, avec une fille de vingt ans… Laquelle, comme par hasard, me ressemble comme deux gouttes d’eau… Et laquelle lui flanque des fessées carabinées… Comment je dois le prendre, moi, ça ?…
- C’est une histoire… C’est juste une histoire… C’est inventé…
- Oui, j’avais compris, merci… Je suis pas complètement idiote… C’est une histoire… Une histoire pour t’exciter… Quand tu as bien imaginé – en long, en large et en travers, avec force descriptions et détails complaisants – que je te tambourinais allègrement le derrière tu t’amuses comme une petite folle avec ce que tu as entre les jambes… C’est pas vrai peut-être ?… Ne réponds pas… Ca vaut mieux… Mais est-ce que tu t’es seulement demandé ce que j’en pensais, moi, de tout ça ?… Si j’étais d’accord pour que tu m’utilises, comme ça, à mon insu, selon ton bon vouloir et ton bon plaisir… Sans m’avoir à aucun moment demandé mon avis…
- Mais…
- Il n’y a pas de « mais » qui tienne !… Tu sais ce que tu mériterais ?… Hein ?… Tu le sais ?… C’est que je t’en colle une pour la peine… Une vraie… Dont tu te souviennes longtemps… Ce que je vais d’ailleurs faire… Tu l’auras pas volée… Reconnais que tu l’auras pas volée…
Elle a soutenu mon regard…
- Non… Je l’aurai pas volée… Non…

- Viens ici !…
Elle a obéi. Sans un mot. Tête basse. Jusqu’au pied du fauteuil…
- Plus près !… Encore !…
Je l’ai attirée, jusqu’à hauteur de mon visage, par le bouton de son jean. J’ai joué avec. Je l’ai fait tourner, rouler entre mes doigts. Longtemps…
- Demande-le !… Allez, demande !… Tu en crèves d’envie…
- Déculotte-moi !…
- Pour quoi faire ?…
- Pour me donner une fessée…
- Pour quelle raison une fessée ?…
- Parce que je l’ai méritée… Que je t’ai fait vivre toutes sortes de choses monstrueuses derrière ton dos… Que j’ai voulu une colocataire uniquement pour ça… Pour avoir quelqu’un à mes côtés sur qui rêver… Que je t’ai choisie, toi, parce que tu es beaucoup plus jeune que moi… Que tu es brune… Et que tu as des expressions tellement dures quelquefois que j’en suis complètement bouleversée…
Elle s’est tue. J’ai fait sauter le bouton. Résolument descendu le pantalon sur les chevilles. Puis la culotte…
- Va là-bas… Devant la porte…
A petits pas ridiculement entravés…
- Là… A genoux !… Mets-toi à genoux !…
J’ai pris un livre et je me suis absorbée dans ma lecture sans plus me préoccuper d’elle…

- Regarde devant toi !…
- Ca fait longtemps…
- Et ça durera aussi longtemps que je le jugerai bon… Regarde devant toi, j’ai dit !… D’ailleurs, si je me souviens bien, dans l’une de tes histoires c’est une nuit entière que je te laisse comme ça en attente… On a encore de la marge…
- Oui, mais…
- Oui, mais quoi ?…
- Si ta copine…
- Valérie ?… Si elle passe ?… Ca la fera beaucoup rire… Aucun doute là-dessus… Mais il vaudrait encore mieux que ce soit Cyrille… Rappelle-toi comme tu as aimé qu’il débarque à l’improviste dans une autre de tes histoires… Comment il s’est moqué de toi… Et comment tu as adoré…
Je me suis levée. J’ai disparu un long moment à côté…

Au retour elle n’avait pas bougé. Je me suis rassise…
- A ton avis je vais me servir de quoi ?… La main ?… Un martinet ?… Une cravache ?… Une brosse à cheveux ?… Une ceinture ?… Un paddle ?… Autre chose ?
- Je sais pas…
- Tu sais pas, non… Tu peux pas savoir… Tout est possible… Parce que tout ça tu me l’as fait utiliser à un moment ou à un autre… Je n’ai que l’embarras du choix… D’après toi où vont mes préférences ?…
- Le martinet ?…
- Ca aurait pu… Mais non !… Non… Pour cette toute première fois « en vrai » ce sera la brosse à cheveux… Parce que j’aime beaucoup la façon dont tu décris la sensation de brûlure très particulière et très intense qu’elle procure quand on l’utilise à bon escient… Et puis il y a une autre raison… Tu sais très bien laquelle…
- Me la fais pas dire… S’il te plaît, m’oblige pas à la dire…
- Laquelle ?
- C’est que… C’est que ça a un manche une brosse à cheveux…
- Voilà… Et que le manche, après, quand on a le derrière tout chaud et tout griffé…

Je me suis lentement approchée. Ses fesses se sont crispées. Durcies…
- Détends-toi !… Ca fait beaucoup plus mal sinon…
- Je sais…
J’ai lancé le premier coup. Elle y a répondu par un sanglot de bonheur…

jeudi 26 novembre 2009

Escobarines: les campeuses





- Tiens !… Je vois que tu rames… Prends le mien si tu veux…
Son liquide vaisselle…
- Merci… C’est gentil… On vient que d’arriver… On n’a pas encore eu le temps d’aller faire les grosses courses…
- Oui… J’ai vu… Juste à droite de nous vous vous êtes installées… C’est qui qu’est avec toi ?… Ta mère ?…
- Non… Ma tante…
- Moi, je suis avec ma sœur… Et son mec… Ils ont absolument voulu m’emmener… Pour que je profite un peu de la mer… C’est gentil, mais bon… Je me fais un peu chier… Beaucoup même… Mais maintenant que t’es là peut-être que ça va aller mieux… Qu’on va pouvoir faire des trucs ensemble…
- Si tu veux, oui… Parce que ma tante elle est pas trop marrante non plus…

On a remonté l’allée côte à côte, nos cuvettes sous le bras…
- Ceux-là, là, les deux vieux assis devant leur tente à droite de la tienne ils quittent jamais le camping… Ils restent là toute la journée à rien faire… Enfin, si !… A boire je sais pas quoi en surveillant ce qui se passe… T’as intérêt à te méfier d’eux comme de la peste… Ils sont au courant de tout… Absolument tout… Le mieux, c’est de les ignorer… Sinon t’as pas fini… Ils vont te harponner chaque fois que tu vas passer pour te tirer les vers du nez… Par contre les deux canadiennes qu’on a juste en face, là, de l’autre côté de l’allée, alors ceux-là si t’arrives à engager la conversation t’hésites surtout pas… Parce que c’est quatre mecs, des jeunes – ils sont pas là pour le moment… ils ont dû filer à la plage – dont il y en a deux je te dis pas comment ils sont mignons…

Ils l’étaient…
- Chiche qu’on va leur parler ?…
- Pour leur dire quoi ?… Ca craint…
- N’importe… Leur demander s’ils connaissent pas une boîte de nuit dans le coin… Par exemple…

Ils connaissaient…
- Ca fait trois ans qu’on vient en vacances ici… Alors vous pensez !…
- Oui, oui… Il y a ce qu’il faut… Avec un DJ qui tient la route…
- C’est loin ?… Parce qu’on a de bagnole ni l’une ni l’autre…
- Encore assez… Mais ça c’est pas un problème… On vous y emmène si vous voulez…

- Estelle ?!…
- Oui ?!… Quoi encore ?…
- Tu rentres pas trop tard, hein ?!… Tu sais ce que je t’ai dit…
- Mais oui, oh !…
- Deux heures… Pas plus…
- Deux heures ?!… Mais c’est nul !… Il commence à peine à y avoir de l’ambiance à deux heures…
- Ne commence pas à discuter… Tu sais que j’ai horreur de ça… J’ai dit deux heures… Ce sera deux heures… C’est compris ?…
- Ouais !… Ouais !…

- Eh ben dis donc !… Quelle chieuse ça a l’air d’être ta tante !…
- C’est rien de le dire…
- Mais quel âge t’as ?…
- 18… Presque 19…
- Ben alors !… T’as bien le droit de faire ce que tu veux… Envoie-la promener…
- Je vais me gêner…

Ca n’a pas été celui que j’aurais vraiment voulu, mais, au petit matin, Bertrand, le grand brun qui riait tout le temps… Qui m’a entraînée à l’écart, sérieux brusquement, presque grave… Qui m’a déshabillée avec mille précautions… Pénétrée avec impatience… Qui a voulu presque aussitôt recommencer… Et puis encore un peu plus tard… Et encore…

Quand on est rentrés, tous les six, le camping avait déjà commencé à reprendre vie… Dans les allées on allait vers les sanitaires, la serviette sur l’épaule. On en revenait. Ca sentait le café et le pain grillé…

- Tu sais ce qui t’attend ?…
Je savais, oui !…
- Quand on veut jouer les petites désobéissantes…
Et je me suis retrouvée le derrière à l’air, solidement maintenue, sa cuisse coincée entre les miennes…
- Pas trop fort, hein !… Qu’on n’entende pas !…
- Je me fiche pas mal qu’on entende ou pas…
Et on a entendu. Les claques tambourinées sur mon derrière…
- Ah, tu veux le prendre comme ça !… Ah, tu veux le prendre comme ça !…
Mes gémissements. Mes plaintes. Mes cris. Mes supplications…

- Eh ben voilà !… Ca y est !… C’est fait… Depuis le temps que tu en rêvais que je te donne la fessée sur un camping…
- Wouah !… Et la porte de la tente !… Elle était pas complètement fermée…
- Je sais, oui…
- Il y a peut-être des gens qui sont passés…
- Oh, sûrement !…
Une femme a arpégé son plaisir en sourdine… L’a étouffé…
- C’est à côté… C’est la sœur de Mathilde…
- Ca l’a mise en appétit on dirait… Et maintenant ?… Tu vas faire quoi ?…
- Ce que j’ai toujours dit que je ferais si ça arrivait… Ca va être maintenant le meilleur moment…
Et je suis sortie…

Les deux vieux étaient déjà attablés devant leur tente…
- Eh ben dis donc, ma fifille, comment tu l’as chantée la chanson !… Voilà ce que c’est que de pas être sage et de pas vouloir écouter les grandes personnes…
Sa femme a surenchéri aussi fort qu’elle l’a pu…
- De toute façon avec ce genre de petite dévergondée il y a pas trente-six solutions… Il y a que ça qu’elles comprennent…

On m’a suivie des yeux jusqu’à l’entrée des sanitaires. Sur mon passage les gestes se suspendaient, les conversations s’arrêtaient, les sourires s’épanouissaient, ironiques, sur les figures… Un type d’une quarantaine d’années m’a menacée, en riant, du plat de la main…
- Panpan cucul…

Quand j’ai été sous la douche on est venu tambouriner contre la porte de la cabine…
- Comment ça doit être rouge !… On veut voir… Allez, ouvre, quoi !… Montre-nous ça !…
Ca a insisté. Ca a fini par s’éloigner avec des grands « Aïe ! » et des grands « Ouille ! » moqueurs qui ont résonné à travers tout le camping…

Au retour Mathilde et Bertrand discutaient tous les deux, avec animation, devant les tentes des garçons. Je me suis dirigée résolument vers eux…

mardi 24 novembre 2009

Escobarines





Bonjour à tous,

On m’a suggéré, à plusieurs reprises, d’agrémenter mes textes de dessins qui les illustreraient… Mais pourquoi, en fin de compte, ne pas prendre les choses « dans l’autre sens » et ne pas imaginer des textes qui, à l’inverse, illustreraient, si l’on peut dire, des dessins ?

Perspective d’autant plus tentante que je me sens, depuis que je les ai découvertes, en étroite familiarité avec les œuvres d’Escobar, artiste foisonnant, dont les dessins, pour la plupart consacrés à la fessée, mettent le feu à mon imagination. Chacun d’entre eux me suscite une histoire avec ses ramifications, son avant et son après… Ce n’est à coup sûr pas celle que lui a ( ou aurait ) imaginée, mais c’est précisément là sa force : ouvrir des portes et donner à chacun la possibilité de broder à son gré sur la situation qu’il propose… Suggérer…

Donc… Eh bien donc dans les semaines qui viennent ( et dès jeudi prochain ) ce sont, avec son accord bien entendu, les histoires que m’ont inspirées un certain nombre de ses dessins que je vais vous proposer…

Bonne lecture à tous…
Si vous voulez rendre visite à Escobar c'est ou dans mes liens ci-contre ou ici:

lundi 23 novembre 2009

Colocataires ( 26 )

- Ca gênera pas s’il revient dormir ici ce soir Peter ?… Mais vous inquiétez pas, hein !… Il va pas s’éterniser… De toute façon il a trouvé quelque chose… C’est pratiquement fait… Un toubib, vous pensez bien que le proprio il va pas faire la fine bouche… Il est sûr d’être payé… Le truc pas mal du tout en plus… Il m’a emmené voir… La petite résidence sympa au milieu des arbres… Avec des grandes baies vitrées… Et un balcon… Si je m’y prends bien – parce que c’est clair que c’est fini maintenant avec Alexandra… Il y a des choses qu’elle aurait jamais dû lui dire… il reviendra pas en arrière – si je m’y prends bien dans trois mois je suis installée là-bas… Le tout, c’est de savoir doser… De surtout pas avoir l’air de chercher à s’incruster… Au contraire… Faut se faire prier… Supplier même… « - Reste ce soir !… - Je peux pas… - S’il te plaît, reste !… Oh, s’il te plaît!… »… Il en crève d’envie, c’est clair… Tu cèdes surtout pas… Même si ça te fait chier… Ca recommence le lendemain… Ou le surlendemain… Tu finis par dire oui… Il est ravi… Il a eu gain de cause… Tu le laisses triompher… Pas à chaque fois… Mais de plus en plus souvent… Et puis toujours… Tu es dans la place… Et maintenant pour t’en déloger !…

- Ah oui, c’est ce qu’elle dit Mélianne ?… Eh bien moi je pense exactement le contraire… Je pense qu’un mec pour que ça dure il faut surtout pas vivre avec… Chacun chez soi… Parce que c’est quoi vivre ensemble ?… C’est partager les emmerdes, les galères de fric, les matins de mauvais poil, les gastros et tout ce qui va de travers dans la vie… Alors comment vous voulez qu’au bout d’un moment on n’ait pas envie d’aller voir si c’est pas mieux ailleurs ?… Et on va forcément trouver… Et ça va être idyllique… Petites auberges de campagne enamourées… Parties de jambes en l’air débridées… Promenades main dans la main… Pas un nuage à l’horizon… Les nuages ils sont restés à la maison… Comment on finirait pas par avoir envie de refaire sa vie sur ces bases toutes neuves ?… Divorce… Nouvelle vie de couple… Et… Les mêmes causes produisant les mêmes effets…
- Tu as une vision des choses d’un optimisme ravageur !…
- Elle est si fausse que ça ?…
- Pas complètement, non, mais…
- Mais c’est comme ça que ça se passe neuf fois sur dix… Et tout le monde continue à foncer là-dedans tête baissée… Ben pas moi !… Et c’est pas demain la veille qu’un type il réussira à me convaincre de venir habiter avec lui… Vous encore moins que les autres… Je sais… Je sais… Vous me le demandez pas… Et il y a pas de risque que vous le fassiez… Déjà que vous avez peur de m’abîmer en me laissant être amoureuse de vous… Mais vous me le demanderiez que vous seriez le dernier avec lequel j’aurais l’idée d’aller m’enroutiner… Ah non alors !… Je tiens beaucoup trop à vous pour ça… Je vous aime trop… Oui… Oui… Je sais… Je sais ce que vous allez dire… Mais peut-être que vous êtes pas obligé de décider à ma place ce qui est bon ou non pour moi ?… Je suis grande, vous savez !… Et je vous demande rien… J’attends rien de vous… Juste que vous ayez envie d’être avec moi de temps en temps… Que vous ayez envie de moi de temps en temps… Parce que de toute façon si c’est pas vous il y aura personne… Avec personne d’autre j’ai envie en ce moment…
Et elle est venue se nicher au creux de mes bras…

- Qu’est-ce qui se passe ?… C’est quoi ce chantier ?…
- Ben, vous voyez bien !… J’me casse !…
- Tu pars ?… Mais où ça ?…
- Il est libre finalement l’appartement… On peut l’avoir tout de suite si on veut avec Peter… Et on veut… Demain on aura les clés…
- Mais je croyais que tu voulais prendre ton temps… Doser…
- Oui, oui… Mais il m’a proposé… J’ai sauté sur l’occasion, tu parles !… Il y a des moments où il faut pas réfléchir… Faut foncer…
- C’est pas un peu prématuré ?… Tant que le divorce n’est pas prononcé…
- Il sait ce qu’il fait Peter… Si il pense qu’on peut le faire, c’est qu’on peut le faire… En tout cas vous avez loupé quelque chose tout à l’heure… Où vous étiez encore passé ?… Oui… Il y a eu du spectacle… Parce qu’il est venu… Les filles aussi… Emilie elle avait même amené son Benoît… Comment elle en fait tout ce qu’elle veut !… C’est hallucinant… Peut-être que j’aurais réussi à faire pareil avec vous à la longue ?… Mais enfin de toute façon maintenant la question se pose plus… Et vous savez qu’ils l’ont fait ?…
- Qui ?… Quoi ?…
- Ben Peter et Benoît, tiens !… Tous les deux… Ensemble… Devant toutes les filles… Et ils faisaient pas semblant… Ah non alors !… Je peux vous dire que ça donnait… Tout… On a eu droit à tout… Dans la bouche… Queue contre queue… L’un dans l’autre… A tour de rôle… Et ils y ont trouvé sacrément leur compte… Nous aussi d’ailleurs… Parce que comment ça nous avait mises !… Une nana qui te dit que ça lui fait rien du tout de voir ça ou c’est une fieffée menteuse ou elle est pas normale… C’est obligé que ça t’excite… Pire que d’habitude même… Une qu’ira pas prétendre le contraire en tout cas c’est Pauline… Elle s’était mis le cul à l’air pour être plus à l’aise et je te sais pas trop combien de fois elle a joui en les regardant faire et en beuglant pire que si elle avait été avec un mec… Impressionnant !… Les autres c’était pas mal non plus… Ah, ça vous aurait plu !… Sauf que si vous aviez été là elles vous auraient sûrement pas laissé assister… Parce qu’elles ont quand même une sacrée dent contre vous maintenant qu’elles savent que vous matez dans les douches…

- Bon, ben voilà !… C’est notre dernière nuit… Demain je vous aurai plus pour me réchauffer les pieds… Ca va me manquer… Si, c’est vrai, hein !… Mais ce qui va me faire drôle surtout c’est de plus pouvoir parler aussi longtemps que j’ai envie le soir… Parce que de ce côté-là Peter à peine il a posé la tête sur l’oreiller qu’il s’est déjà endormi… Faut dire qu’avec le boulot qu’il fait aussi !… Alors les coquineries avec lui il y a plutôt intérêt à les caser dans la journée parce que sinon t’es bonne pour t’amuser tous les soirs toute seule… Sauf que maintenant plus question que j’aille le retrouver au cabinet… Parce que les gens ils vont forcément savoir qui je suis et que si je déboule là-bas pour m’enfermer avec lui !… C’est même pas envisageable… Vous savez qu’il y a des moments où je me demande si je suis pas en train de faire une énorme connerie ?… C’est bizarre quand même comment on est faits nous les humains… Parce que je suis heureuse… Je suis follement heureuse de ce qui est en train de se passer… Je l’attends depuis toujours… Mais en même temps ça me fout une trouille monumentale… J’ai envie de me sauver en courant et d’aller me cacher dans un trou de souris là où personne pourrait jamais me retrouver… Comment vous expliquez ça, vous ?… Vous croyez que je sais pas ce que je veux ?… C’est ce qu’elle dit Emilie… Ou qu’au fond de moi j’ai pas vraiment envie d’être heureuse ?… C’est ce qu’elle pense Pauline… Et Cynthia que tout le monde, absolument tout le monde, ressent ça au moment de se lancer… Et vous ?… Non… Non… Me dites pas… Me dites rien… Je préfère… Ca va m’embrouiller encore plus sinon…

Elle s’est tue… Elle s’est lovée contre moi… Il m’a semblé qu’elle pleurait…



FIN ( toute provisoire )

jeudi 19 novembre 2009

Colocataires ( 25 )

- Non, mais attendez, pour qui elle se prend l’Alexandra ?!… J’ai beau être plus jeune qu’elle, c’est pas une raison pour me traiter comme elle l’a fait… Surtout que moi j’y allais gentiment pour essayer de lui arranger les choses avec Peter si je pouvais… Comment je me suis fait recevoir !… Est-ce que c’est ma faute à moi s’il jure plus que par moi… Soi-disant que j’ai pas arrêté de manœuvrer, depuis qu’ils me reçoivent chez eux, pour le détacher d’elle… J’ai rien manœuvré du tout… Elle était là… Et d’accord pour tout… C’est même elle qui m’a fait venir… Qu’est-ce que j’y peux, moi, si elle est même pas fichue de faire un noeud comme il faut et s’il veut toujours que ce soit moi qui le ligote ?… Et il y a pas que ça… Il y a pas que le cul et tout ce qui tourne autour… Ce que je lui apporte, moi, dans plein de domaines, elle sera toujours incapable de lui en apporter ne fût-ce que le dixième… Et c’est bien ce qui la met en rage… Vous l’auriez vue tout à l’heure !… En tout cas une chose est sûre c’est que maintenant je vais faire tout ce que je peux pour pas qu’ils retournent ensemble… Dans son intérêt le pauvre… Parce qu’avec une bonne femme pareille comment voulez-vous qu’un homme il soit heureux ?… C’est pas possible… Et même… Il va absolument falloir que je lui retire Baptiste d’entre les pattes… J’ai beau en avoir plus rien à foutre de lui, c’est quand même pas une raison pour lui laisser courir des risques pareils…

- Vous savez où je suis ?… En Guyane… Depuis ce matin… Ben oui, oui… C’est mes adieux que j’étais venue vous faire… Sans vous le dire… Bien trop triste ç’aurait été… A chialer sans arrêt… Alors j’ai fait comme si… Comme si je partais pas… Comme ça au moins tout ce qu’on a vécu ensemble ce dernier jour je vais pouvoir le garder avec bonheur au fond de mon cœur… Il me suffira de fermer les yeux pour revoir chacun de nos moments à nous… De vos regards… De vos expressions… Jusqu’au jour où… Parce qu’on se retrouvera, ça, j’en suis sûre… Je sais pas quand ni où, mais on se retrouvera… Peut-être même qu’on vivra encore ensemble dans une maison quelque part… Il y a des choses comme ça on sait pas pourquoi, mais c’est sûr qu’elles arriveront… En attendant je sais pas trop ce que je vais devenir, moi, ici… C’est pas que j’appréhende, non… Je m’entends pas trop mal avec lui… Il me fait vivre des choses fortes… Il gagne largement assez pour que j’aie aucun problème de ce côté-là, mais je sens, d’instinct, que je suis pas à ma vraie place… Qu’il y a quelque chose qui va pas… Sans que j’arrive à déterminer quoi… J’ai pas du tout l’intention de me prendre la tête avec ça… Ca finira bien par s’éclaircir de soi-même à la longue… En attendant je vais vivre le plus possible au jour le jour… Je vous écrirai… Si je peux… Si ça me fait pas trop de mal… Je penserai à vous… A là-bas… Je penserai que peut-être vous pensez un peu à moi… J’essaierai de croire que c’est vrai… A bientôt ?… Je sais pas… Je vous embrasse… Merci pour tout…

- Gigotez pas comme ça, merde !… Mais non, ça serre pas !… Me racontez pas d’histoires !… J’ai l’habitude quand même depuis le temps… Si c’était mieux expliqué aussi sur ce bouquin !… On comprend rien… Faire passer la boucle A sous la boucle C… J’aimerais bien qu’ils viennent me montrer s’ils sont si malins… Faut absolument que j’y arrive pourtant !… Et avant ce soir… Parce que si je réussis à le nouer comme ça Peter quel feu d’artifice ça va être !… Je le connais maintenant… Je sais ce qu’il aime… Il m’en dira des nouvelles de ce ligotage-là… A condition que… Mais si vous m’aidiez aussi !… Au lieu de… C’est vrai qu’avec les yeux bandés !…
Un long coup de sonnette a retenti…
- Ca, c’est Peter !… Il avait dit qu’il passerait…
Elle s’est précipitée…
- Eh !… Tu vas pas me laisser là comme ça !…
- Je reviens tout de suite… Ce sera pas long… J’en ai pour deux minutes…

Deux minutes qui en ont été vingt. Puis trente. Un nouveau coup de sonnette. Elle a crié depuis la chambre…
- Entrez, les filles !… Entrez !… Installez-vous !… J’arrive…
Le râclement des chaises sur le carrelage de la cuisine. Leurs voix. Leurs rires. Leurs fous rires. Et puis des chuchotements. Des pas dans le couloir…
- Oui… Ca baise…
- Avec le vieux ?…
- Sûrement pas !… T’es pas folle ?!…
- Avec qui alors ?…
Ca a parlé tout bas. Ca s’est approché de la porte de ma chambre…
- Il est là, oui !… Ligoté… Comme l’autre jour…
- Fais voir !…
Ca a pouffé. Ca s’est approché…
- Il dort…
- Il fait semblant plutôt, oui !…
- Non, non… Il dort vraiment… Ca alors là, moi, c’est un truc… Je distingue du premier coup d’œil…
- Il est pas mal foutu quand même pour dire qu’il a son âge !…
- Ca donnerait presque envie d’en faire un tour !…
- Oui, ben pas moi, alors là !…
- Oh, mais juste une fois, comme ça, pour voir… Il doit être hypercâlin en plus, je suis sûre !… J’adore quand les types ils sont câlins…
- T’aurais au moins ça… Parce que qu’est-ce tu paries que ça fait des années qu’il bande plus ?…
- Mauvaise langue !…
- Non, mais attends !… Tu crois vraiment que s’il pouvait encore Mélianne elle aurait laissé passer l’occasion ?… Elle qui saute sur tout ce qui bouge…
- Je sais pas s’il bande, mais en tout cas les coucougnettes elles font sacrément la maille…
- Vous voulez que j’essaie ?
- Que t’essaies quoi ?
- De le faire bander…
- Déconne pas !… Tu vas le réveiller…
- Je suis sceptique quand même sur ce qu’elle nous a raconté Mélianne… Qu’il se planquait pour nous regarder sous la douche… Tu parles qu’un type comme ça il sait comment c’est fait une nana depuis le temps et qu’il va pas aller perdre son temps à les étudier à la loupe… Au risque de se faire choper… En plus…
- Je dis pas comme toi… Il y en a ils en ont jamais assez… Ils ont beau en avoir vu des milliers… Pour rien au monde ils laisseraient passer une occasion… Je sais pas à quoi ils s’attendent… Le truc exceptionnel… Fabuleux… Du jamais vu… Comment ils doivent être déçus !… Mais ça les empêche pas de recommencer… Pour les comprendre les mecs… Moi en tout cas, il y a longtemps que j’ai renoncé…
- Oui, mais celui-là…

- Ecoutez-moi ça !… Non, mais vous l’entendez ?
Mélianne sanglotait éperdûment son bonheur…
- Elle va nous le réveiller cette idiote…
Elles ont dérivé toutes les quatre vers la porte…
- Eh, les filles !… En attendant il bande !… Et pas qu’un peu !…

lundi 16 novembre 2009

Colocataires ( 24 )

- Je prendrai le train suivant… Je reste encore un peu… Je suis trop bien, là, dans vos bras…
Un rai de lumière ensoleillée lui caressait la cuisse, venait mourir à la lisière de son fessier meurtri…
- Et j’ai toujours pas pris de décision… Enfin si !… Si !… Je partirai pas… Je pourrai jamais… Non, mais vous imaginez qu’on puisse plus se voir à cause de tout un tas de kilomètres entre nous ?… Jamais je pourrai supporter un truc pareil, moi !… Non, je vais rester… Qu’il parte tout seul si il veut… Il le fera pas de toute façon… Je crois pas qu’il le fasse… Ca m’étonnerait… Mais alors je pourrai venir vous retrouver autant que je voudrai, hein ?… Chaque fois que je voudrai… Que j’aurai besoin…Vous me promettez ?… Merci… Vous êtes un amour… Et merci de pas avoir essayé cette nuit…
Elle m’a déposé un rapide baiser sur la joue…
- Bon, mais cette fois faut que j’y aille… Faut vraiment que j’y aille…
Elle a laissé la porte de la salle de bains ouverte tout le temps qu’elle s’est préparée, m’a lancé un baiser du bout des doigts…
- Je file… A bientôt…

- Alors comme ça vous découchez maintenant !… Carrément !… Et sans prévenir en plus !… C’est sympa !… Drôlement sympa de me laisser toute seule sans défense dans cette grande maison, à la merci de n’importe quel rôdeur qui pourrait avoir envie de me violer… Ah, vous auriez bonne mine si vous m’aviez retrouvée égorgée baignant dans mon sang !… Vous auriez même pas versé une larme, je suis sûre… Alors que moi j’étais aux quatre cents coups de pas vous voir rentrer… Que j’ai fait le tour de tous les hôpitaux de la région pour voir s’il vous était rien arrivé… Vous avez dormi où du coup ?… Pas chez Mélissa… Je l’ai appelée… Ou alors elle m’a menti… Elle en est bien capable… Bon, mais je m’en fous !… Quand vous aurez fini tous de faire tout un tas de mystères avec moi… Mais je m’en souviendrai… Vous inquiétez pas que je m’en souviendrai… Le moment venu… En attendant vous savez quoi ?… Ils divorcent…
- Hein ?… Qui ça ?…
- Ben, Peter et Alexandra, tiens !… Qui vous voulez d’autre ?… Ca s’est engueulé grave… J’en suis tombée de cul… Jamais j’aurais cru ça… Pas eux… Ben si !… Ce serait pas la première fois qu’ils s’embrouillent, mais cette fois ils ont atteint le point de non-retour à ce qu’il paraît… Enfin c’est ce qu’il dit, lui… J’ai pas sa version à elle… Mais je l’aurai… Il est resté à dormir au cabinet du coup… Et je lui ai proposé… Je pense pas que vous y verrez d’inconvénient… Je lui ai proposé de venir ici si ça pouvait le dépanner… Au moins quelques jours… Le temps qu’il puisse se retourner… Il a pas dit oui… Mais il a pas dit non non plus… Il verra…

- Ce que je vous aime !… Jamais j’aurais pensé pouvoir aimer un jour comme ça…
- Ecoute, Melissa…
- Hou là !… J’aime pas du tout quand vous prenez ce ton-là… Ni cet air-là… C’est jamais bon signe…
- Ecoute… Vaut mieux qu’on arrête tous les deux… Là… Maintenant… Tout de suite… Comme tu l’avais toi-même envisagé…
- C’était une connerie… Et une belle !…
- Non… La connerie, c’est de t’attacher à moi… Ca te mènera nulle part… Ca peut pas… C’est une impasse… Un piège… Ca va t’empêcher de regarder autour de toi… D’y voir des jeunes gens de ton âge dont tu pourrais t’éprendre… Avec lesquels tu pourrais vivre des choses fabuleuses…
- Vous êtes vraiment nul à chier quand vous vous y mettez… Je vous aime… Vous pouvez le comprendre, ça ?…
- Et moi ?… Tu crois que je réagirais comme ça si je n’éprouvais pas pour toi…
- Quoi ?…
- Beaucoup d’affection… Et de tendresse…
- Il y a des jours vous êtes vraiment beaucoup beaucoup plus con que la moyenne…

- Vous y venez pas au hand ?…
- Non… Pas aujourd’hui… Ca me tente pas…
- C’est à cause des filles, hein ?… Et de l’autre soir… De quoi vous avez peur ?… Qu’elles se moquent de vous ?… Je vous ai dit que non… Vous croyez qu’elles ont que ça à faire de s’occuper de votre petite personne ?… Et quand bien même ça les ferait encore un peu rigoler… Et alors ?… La belle affaire !… Vous en avez pas marre d’être susceptible à propos de tout comme ça sans arrêt ?… C’est fatigant à force… Ca arrive à tout le monde, vous savez, de se faire moquer de soi un jour ou l’autre… Et si vous êtes pas capable de supporter ça eh ben vous êtes plutôt mal barré dans la vie… Parce que ça vous arrivera forcément d’autres fois… Et puis de toute façon c’est reculer pour mieux sauter… Parce que j’ai pas l’intention – mais alors là pas du tout l’intention – de me brouiller avec elles pour vos beaux yeux… Et donc vous serez amené à les revoir… Un jour ou l’autre… Autant que ce soit tout de suite… Comme ça au moins vous serez rassuré… Une bonne fois pour toutes…

Elles sont venues s’asseoir à côté de moi dans les gradins. Pauline à droite et Gaëlle à gauche…
- Salut !…
- Salut !… On voudrait vous demander un truc… C’est que vous arrivez pas à la quitter d’une semelle Mélianne que vous l’accompagnez à chaque fois ?…
- Oh non, non !… Elle a sa vie et je voudrais surtout pas qu’elle pense…
- C’est pour quoi que vous venez ici alors ?…
- Comme ça… Pour l’ambiance… J’ai joué au hand, moi aussi, quand j’étais jeune…
- Ah oui ?!… C’est quoi une roucoulette ?… Vous savez pas ?… Et un chabala ?… Non plus ?… Drôle de hand que vous avez dû faire… Vous nous demandez pas pourquoi on joue pas, nous, aujourd’hui ?…
- Si…
- Parce que quand on joue on transpire… Et qu’après on n’a pas d’autre solution que d’aller à la douche… Seulement à ce qu’il paraît qu’il y a un vieux cochon qui se planque quelque part pour nous mater quand on est dessous… C’est vraiment dégueulasse, non, vous trouvez pas ?…
- Oh, mais on va le choper !… Vous pouvez être tranquille qu’on va le choper…
- Vous avez pas idée de qui ça peut être, vous ?…
- Ni de là où il se met ?… Non ?…
- Vous pourriez pas nous aider à le trouver, vous qu’avez les yeux qui traînent toujours un peu partout ?…
- Surtout que ça doit pas être bien sorcier… Il y en a pas tant que ça des bonshommes qui viennent nous voir à l’entraînement…
- Et encore moins des vieux…

- Ah oui ?!… Pauline ?!… Et Gaëlle ?!… Elles vous ont dit ça comme ça…
- Tu crois qu’elles se doutent de quelque chose ?… Qu’elles pensent que c’est moi ?…
- La question se pose même pas… Elles sont SURES que c’est vous…
- Comment elles ont pu savoir ?… T’en as parlé à quelqu’un ?…
- Non, mais ça va pas ?… Vous me prenez pour qui ?…
- Mais alors ?!…
- Mais alors faut croire que vous avez réussi à attirer l’attention… Rien que quand on vous voit filer, comme un dératé, quand vous sentez que l’entraînement va être fini, il y a de quoi se demander où vous pouvez bien aller…

jeudi 12 novembre 2009

Colocataires ( 23 )

- Allo ?!… C’est moi, Victorine… Vous savez pas où je suis ?… Juste en bas de chez vous…
- Victorine !… Quelle bonne surprise !… Eh bien monte !… Qu’est-ce que t’attends ?…
- J’ai pas trop envie… Vous êtes tout seul ?… J’ai pas trop envie quand même… Ca va me faire trop mal au cœur de tout revoir avec plein d’affaires partout qui sont pas les miennes… Vous voudriez pas descendre plutôt ?…

- Tu as encore embelli… Et moi qui étais persuadé que c’était impossible… Qu’on pouvait pas être plus belle que tu l’étais… Alors ?!… Raconte !… Qu’est-ce que tu deviens ?… Tu es là pour longtemps ?…
- Juste pour la journée… J’avais envie de vous voir un peu… De parler avec vous… Vous pouvez ?… Vous aurez un peu de temps pour moi ?…
- Tout le temps que tu voudras… Et si le cœur t’en dit toute la journée…
- Merci…
Elle m’a attrapé la main, l’a portée à ses lèvres, l’a gardée, en marchant, emphalangée à la sienne… Et on a cheminé, par les rues, au hasard…

- Tu te rappelles ce restaurant ?… C’était pour ton anniversaire…
- Si je me rappelle !…
- On y retourne ?… Ca te dit ?…
- Un peu que ça me dit…
On a eu la même table…
- Et tu reprends la même chose… Bon, mais allez !… Vide ton sac… Qu’est-ce qui se passe ?… C’est grave ?…
- Oh non, non !… Pas grave, non !… Mais important, oui…
- C’est ton patron, hein ?…
- Ben oui… Oui… Parce qu’on s’est pas contentés seulement des fessées… C’est allé beaucoup plus loin… Et il veut que ça aille encore plus loin…
- C’est-à-dire ?…
- C’est-à-dire qu’on foute le camp… Tous les deux… A l’autre bout du monde… Là où personne nous connaîtrait… Il veut demander sa mutation… A La Réunion… Ou à Mayotte… Ou à Nouméa… Ca lui est égal… Pourvu que ce soit loin… Le plus loin possible… Et qu’il m’emmène avec lui… Et ça me fout la trouille… Vous pouvez pas savoir comment ça me fout la trouille…
- Tu l’aimes ?…
- Je sais pas… J’aime qu’il me donne la fessée… Il le fait bien… Très bien même… J’aime qu’il me fasse l’amour… Ca aussi… Mais si je l’aime lui ?… Je sais pas… Il y a des jours je me dis que oui et il y a des jours je me dis que non… Mais en réalité je sais pas… Il est trop compliqué… Du coup ça me complique moi !…
- Qu’est-ce qu’il tient tant à fuir ?…
- Ses nanas… Elles arrêtent pas de le relancer depuis qu’on se connaît… De lui rendre la vie impossible… Et c’est vrai… C’est vrai, mais…
- Mais ?…
- Mais je suis pas sûre que ça y changerait quoi que ce soit de partir… Au début, oui, peut-être, mais après…
- Mais après ?…
- Il y en aurait autant à lui tourner autour… Il a besoin de ça… Il peut pas s’en passer… Et si c’est pour que je me retrouve larguée à l’autre bout du monde…
- Essaie de transiger… Propose une destination plus proche…
- J’y ai bien pensé, mais… ça réglera pas le problème de fond…
- La seule solution…
- Je sais…
- Mais tu peux pas te passer de lui…
- Non… Je peux pas me passer d’être celle qu’il préfère…

- On va où maintenant ?
- Où tu veux…
Elle m’a repris la main…
- Alors on va là-bas…
Là-bas. Sur le banc. Derrière la maison de retraite…
- Là aussi vous vous rappelez ?
- Oh, que oui !… Tu t’étais conduite d’une façon inqualifiable ce jour-là… Une véritable petite peste… Et tu t’étais montrée d’une indécence, là, sous les fenêtres de ces pauvres petits vieux… Une honte… Une véritable honte… Tu aurais mérité que je te flanque une bonne fessée déculottée devant eux pour te faire passer à tout jamais l’envie de recommencer…
- Mais je l’ai eue !…
- Pas pour ça !… Et pas devant eux… Mais il n’est pas forcément trop tard…
- Vous comprenez tout…
J’ai posé un index sous son menton, l’ai obligée à le tourner vers moi…
- Tu vas être punie…
- Oui…
- Et pourquoi tu vas être punie ?…
- Parce que j’ai fait ma dévergondée…
- Et pour quoi d’autre ?…
- Je sais pas…
- Bien sûr que si tu sais !…
- Parce que j’ai fait ma jalouse…
- Parce que tu as fait ta jalouse, oui… Et de qui ?
- De Mélianne…

Je l’ai fait lever, pivoter dos aux fenêtres. Un bras passé autour de sa taille, j’ai relevé la robe…
- Et tu n’as pas de culotte !… En plus !…
J’ai tapé. Une pluie, une grêle de claques à pleines fesses…

- Ca l’agace !… Vous pouvez pas savoir ce que ça l’agace Olivier…
- Quoi donc ?
- Que je supporte, quand il me la donne, sans pleurer, sans crier, sans gigoter, sans rien… Mais c’est comme ça que j’aime, moi !… En montrant rien du tout de comment ça me fait mal… Je sais pas pourquoi… Par contre ce qu’il faut après c’est qu’on me mette au coin… Il me manque quelque chose sinon…
- S’il y a que ça pour te faire plaisir…
- Mais alors pas là-bas, hein !… On retourne à notre resto à nous… Ils font hôtel… On prend une chambre… Et je repars que demain matin…
- Et Olivier ?
- Oh, Olivier, il trouvera bien à s’occuper sans moi, va !… Vous inquiétez pas pour lui…

- Comment j’ai aimé !… Et encore plus après quand vous m’avez regardée de tout près comme on faisait avant… J’avais peur que vous ayez plus envie… Que vous préfériez le faire avec d’autres maintenant…
- Te voilà rassurée…
- Oh oui !… Deux heures vous y avez passé !… Comment ça me manquait à moi aussi depuis le temps !…
- Ca, j’ai vu…
- Et je vais dormir avec vous en plus… C’est la première fois… Mais… je voudrais vous demander un truc… Mélianne… vous avez redormi d’autres fois avec elle après le soir de la fiesta ?…
- Si tu recommences à faire ta jalouse…
- Je me reprends une fessée… Bon… Je me tais… Je me tais… Quoique…

lundi 9 novembre 2009

Colocataires ( 22 )

- Vous n’allez quand même pas faire tout un fromage avec ça !… Ce serait la meilleure !… Parce que qui c’est qui passe tous ses mardis après-midi à aller les zieuter sous la douche les filles ?… Hein ?… Vous les avez pas toutes examinées les unes après les autres sous toutes les coutures peut-être ?… Seulement ça c’est normal !… Ca va de soi… Mais le contraire, ah non alors !… Pas question d’inverser les rôles !…
- Mais c’est pas ça, c’est…
- Si, c’est ça, si !… Qu’est-ce que vous voulez que ce soit d’autre !… C’est ça et que ça les ait fait rigoler… Faut dire qu’il y avait de quoi aussi !… A vous voir faire le scarabée sur le dos… Ca aurait fait rire n’importe qui… Mais c’était pas méchant… Elles sont pas méchantes… Elles vous aiment bien au fond…
- Je suppose que maintenant je vais être la risée de tout ton club de hand ?… Pour commencer… Dans un premier temps… Et qu’ensuite…
- Mais non !… Elles diront rien… Enfin si !… Peut-être… J’en sais rien en fait… Mais qu’est-ce que vous en avez à foutre !… Vous bossez pas… Ca peut pas vous nuire dans votre travail… Alors laissez-les parler les gens si ils parlent… Si c’est pas ça ce sera autre chose… N’importe quoi… Ils trouveront toujours quelque chose à dire sur votre compte s’ils veulent…

- Toi, Mélissa, toi !…
- J’ai pas pu résister… C’était trop dur… C’est trop dur…
On est restés un long moment face à face, immobiles, les yeux dans les yeux. Les siens se sont embués. Elle s’est suspendue à mon cou…
- Fais-moi l’amour !… S’il te plaît !… J’ai trop envie…

- Des heures j’y resterais comme ça dans vos bras !… Sans penser à rien… Juste à me sentir bien…
Elle a soupiré, s’est redressée sur un coude…
- J’ai quand même pas un tout petit bout de petit bout de chance ?…
Le pouce et l’index rapprochés presque à se toucher…
- Juste un petit bout ?… Que vous m’aimiez ?… Qu’on s’aime tous les deux ?…
- Ecoute !… Tu sais quelle différence d’âge il y a entre nous ?… Exactement ?… Tu le sais ?… Combien ?…
- Evidemment que je le sais !… J’étais sûre que j’allais y avoir droit à ce couplet-là… Mais qu’est-ce que j’en ai à foutre ?!… Ca compte pas pour moi ça !…
- Pour moi, si !… Aujourd’hui je suis en bonne santé… Aujourd’hui… Mais demain ?!… Mais dans un an ?… Mais dans trois ans ?!… Tu n’auras pas trente ans… Tu imagines s’il faut que tu passes tes plus belles années à faire la garde-malade auprès d’un vieux machin tout délabré ?…
- Et alors ?… Je le ferai… Je vous aime… Mais vous, vous m’avez pas répondu là-dessus… Si vous m’aimiez… Enfin, si, finalement !… Si, vous m’avez répondu… Et vous vous en êtes même pas rendu compte…

- Cette crise de fou rire que je me suis payée cet après-midi avec Peter !… Au cabinet c’était… Puisque l’autre elle veut jouer, moi aussi je vais jouer… Elle voit Baptiste en douce… Je revois Peter en douce… C’est de bonne guerre… Il s’y attendait vraiment pas… Et encore moins que je me pointe avec des cordes… Que j’avais planquées dans un grand sac de voyage… Il voulait pas au début… « - Non, mais tu vas quand même pas m’attacher ici !… - Bien sûr que si !… »… Ca a pas été trop dur de le décider… Il adore tellement ça !… Le truc que j’avais répété hier soir avec vous je lui ai fait… Et j’avais à peine fini de le ficeler que le téléphone s’est mis à sonner… Il a fallu que je décroche et que je lui tienne à l’oreille du coup… Et en même temps je m’amusais à lui faire faire le cheval à bascule… Une fois sur le dos… Une fois tendu vers l’avant… Une fois sur le dos… Une fois tendu vers l’avant… Sans arrêt… Fallait voir comment il réussissait à garder son sérieux… Imperturbable, comme si de rien n’était, il lui expliquait je sais pas trop quoi à la bonne femme au téléphone… Son air… Non, mais son air… Si j’avais pu le filmer !… « - Bon, allez, tu me détaches maintenant ?!… Il y a mes patients qu’attendent… - Ils attendront… Il y a pas le feu… »… J’ai pris sa place derrière son bureau, dans son fauteuil… J’ai joué, comme il le fait systématiquement quand il vous reçoit, avec son grand coupe-papier doré… « - Parce que ce sont toujours les cordonniers les plus mal chaussés… Il y a combien de temps que vous avez pas eu de toucher rectal ?… Une éternité, je parie !… A votre âge !… C’est totalement irresponsable… Ah, quand il s’agit de faire la morale à vos patients on est sûr de vous trouver… Mais dès qu’il s’agit de mettre vos beaux principes vous-même en action il y a plus personne… Bon, mais on va remédier à ça… Et sur le champ… De toute façon vous n’êtes pas en état de vous soustraire à quoi que ce soit… »… Il m’a regardée approcher avec inquiétude… « - Non, non, n’ayez pas peur !… J’ai amené ce qu’il faut… Ca va glisser tout seul… »… Un doigt… Deux doigts… Qui sont allés et venus… Il a fermé les yeux… Il s’est tortillé… « - Eh, mais c’est qu’on apprécierait, on dirait… »… C’était rien de le dire… Vous l’auriez vu !… Ah, il en était !… Ah, il en voulait, le bougre !… Plus question que je le détache pour qu’il reprenne ses consultations… Il avait bien mieux à faire… Deux heures j’y suis restée là-dedans avec lui… Vous auriez vu les têtes quand je suis sortie… Il y en a s’ils avaient pu me bouffer… J’adore…

- Vous êtes où ?… Ben venez !… Vous savez bien que j’ai horreur de ça d’être dans la salle de bains toute seule… Et restez pas planté là !… Montez dans la baignoire avec moi… Qu’est-ce vous regardez ?… Oui, oui, je sais… Ca repousse… Faudra s’en occuper… Mais pas ce soir… On n’a pas le temps… Ce soir faut que je continue à m’entraîner pour les nœuds… Que je sois opérationnelle à fond avec Peter… C’est le moment ou jamais… Oh, mais faites pas cette tête-là !… C’est pas sûr qu’elles reviennent… Et puis même !… Si elles reviennent elles reviennent… Et alors ?… La belle affaire !… Vous êtes trop, vous, dans votre genre… Ce serait Emilie à ma place je peux vous dire qu’elle vous secouerait et qu’elle vous laisserait sûrement pas faire toutes ces simagrées… Elle arrête pas de me le répéter, sur tous les tons, que je sais pas m’y prendre avec vous… Que je vous ai complètement dans la poche et que j’en profite même pas… « - T’en obtiens tout ce que tu veux si tu veux… Quand tu veux… T’as juste à claquer des doigts… Qu’est-ce que t’attends ?… Vas-y !… Fonce !… Quand t’as un type qu’est prêt à te manger comme ça dans la main t’hésites pas… Tu cherches pas à comprendre… Tu t’en empares… Complètement… Tu crois qu’ils se gênent, eux, quand c’est le contraire ?… Quand on est folles dingues d’eux et qu’ils se servent de nous juste comme de vide-couilles… C’est pour ça : quand il y en a un qui te tombe entre les pattes faut surtout pas le laisser filer… Faut le mener jusqu’au bout de là où il est capable d’aller… Tu peux pas savoir quel pied tu prends en plus !… »… Elle exagère, non ?… Vous trouvez pas qu’elle exagère ?… Parce que moi, je trouve quand même que nous deux… Mais pas elle !… « - Non, mais tu plaisantes !… Tu me verrais, moi, avec Benoît !… Mais je te montrerai… Je te l’amènerai… »…
Elle s’est relevée…
- Je suis quand même curieuse de voir ça… Mais frottez-moi le dos en attendant…

jeudi 5 novembre 2009

Colocataires ( 21 )

Le bonheur d’être en avance. De l’attendre. De l’imaginer qui surgit au détour de l’allée, qui lève la tête vers la fenêtre, sourit, esquisse un petit geste de la main, accélère l’allure. Son pas dans l’escalier. La porte. Elle se jette dans mes bras. On se couvre de baisers. On roule sur le lit. Mélissa…

Elle va arriver. Question de secondes. De minutes tout au plus. Douce Mélissa. Ardente Mélissa… Mélissa-bonheur…

Mais qu’est-ce qu’elle fait ?… Elle devrait être là maintenant. Depuis un bon moment. Pourvu qu’il lui soit rien arrivé… Que… Mais non !… Non !… Pas se mettre des idées comme ça en tête. Non. Elle a été retardée. Indépendant de sa volonté. Elle va être là. D’un moment à l’autre. Tout va s’expliquer. On va en rire ensemble tout à l’heure. De bon cœur. Et nos étreintes n’en seront que plus passionnées…

Toujours pas. Toujours personne. Toujours rien. Et toujours l’insupportable et cynique messagerie… « S’il te plaît, Melissa, fais-moi un signe… N’importe lequel… N’importe quoi… Je suis mort d’inquiétude, moi !… Il ne t’est rien arrivé au moins ?… S’il te plaît, réponds-moi !… Réponds, Mélissa, je t’en supplie !… »…

- Hou là !… Vous en faites une tête !… Qu’est-ce qui se passe ?… Vous venez d’enterrer toute votre famille ?…
- T’as pas des nouvelles de Mélissa ?
- Mélissa ?!… Ben si !… Si !… Elle était en cours tout à l’heure… Pourquoi ?…
- En cours ?!…
- En cours, oui… Qu’est-ce que ça a de si… Ah, je vois !… Je vois… Vous en avez pas marre tous les deux de faire vos petits coups en douce ?… Qu’est-ce que vous manigancez derrière mon dos, hein ?… C’est quoi le plan ?… De me virer d’ici pour qu’elle s’installe à ma place ?… Ah, ben bravo !… Bravo !… C’est sympa… Alors moi je lui arrange le coup parce qu’elle crève d’envie de baiser avec vous et en remerciement on me tient complètement à l’écart de tout et on magouille pour me foutre dehors…
- Il a jamais été question de ça…
- Tu parles !… C’est cousu de fil blanc votre truc…
- Je peux t’assurer qu’à aucun moment…
- Vous peut-être !… Mais elle !… Pas besoin de vous en faire que depuis le début elle a que ça en tête… Je parie que c’est elle qu’a pas voulu que vous me le disiez que c’était fait entre vous… Non ?… Vous voyez… Vous répondez pas… C’est que c’est vrai… Non, mais qu’est-ce que j’ai pu être conne !… Ca m’apprendra à vouloir rendre service aux copines… On n’est pas près de m’y reprendre… Mais en attendant si elle s’imagine que je vais lui abandonner le terrain comme ça elle se fourre le doigt dans l’œil… Et jusqu’au coude…

- C’est moi, oui !… Ecoutez, il faut plus qu’on se voit…
- Hein ?… Mais pourquoi ça ?… C’est à cause de Mélianne ?… Si c’est à cause de Mélianne…
- Non… Non… Mélianne on vient de s’expliquer toutes les deux… Non, c’est pas Mélianne… C’est moi… Parce que je suis en train de beaucoup trop m’attacher… Je croyais pas au début… Mais je suis en train de tomber amoureuse folle de vous… Comme j’ai jamais connu… Comme je croyais pas que c’était possible… Ca va me mener à quoi ?… Vous ne m’aimez pas, vous… Vous ne m’aimerez jamais… Alors j’aime mieux qu’on arrête là, tout de suite, maintenant, avant qu’il soit trop tard… Avant que je souffre trop… Je ne suis pas venue ce matin… Je ne viendrai plus… S’il vous plaît, n’essayez pas… De me revoir… De m’appeler… De rien… Il faut que vous m’oubliiez… Moi, je vais essayer…
Et elle a raccroché…

- Décidément c’est le jour !… Tout le monde se fiche de moi derrière mon dos… Parce que vous savez pas ce qu’elle m’a fait l’Alexandra ?… Eh ben elle se tape Baptiste depuis une semaine sans que je sois au courant de rien…
- Je croyais qu’ils l’avaient fait devant toi l’autre jour…
- J’étais là… C’est pas pareil…
- Et qu’il avait pas d’importance pour toi Baptiste…
- C’est pas une raison !… Elle en sait rien du tout ce qu’il est pour moi Baptiste… Elle aurait pu au moins m’en parler… Mais non !… Faut qu’ils aillent se planquer dans un hôtel, à l’autre bout de la ville, comme des voleurs…
- C’est peut-être à cause de son mari…
- De Peter ?… Tu parles !… Qu’est-ce qu’il en a à foutre Peter qu’elle s’envoie en l’air à droite et à gauche… Il est habitué depuis le temps… C’est sûrement pas ça qui va le tracasser… Non, mais s’ils veulent vivre leur petite histoire en dehors de moi, qu’ils se gênent surtout pas !… J’ai pas besoin d’eux pour mener mon affaire de mon côté avec Peter… Je les ai pas attendus pour ça… D’autant qu’avec Peter maintenant depuis que je le ficelle…

- Non, mais aidez-moi !… Au moins un peu !… Vous êtes une vraie chiffe molle… Vos poignets !… Mettez-les contre vos chevilles… Gauche contre gauche… Et droite contre droite… Là… Ca serre pas trop ?… Comment c’est trop marrant en tout cas !… On peut vous faire basculer comme on veut… Allez, hop !… Sur le dos, les jambes en l’air… Avec le kiki qu’essaie de faire son intéressant entre elles… Ou dans l’autre sens, assis, tout étiré vers l’avant… Dans les deux cas… Il va aimer Peter… Je suis sûre qu’il va aimer… Surtout les yeux bandés comme ça… A se demander ce qui se passe autour… A jamais vraiment savoir ce que je peux être en train d’inventer… N’empêche que c’est quand même nettement mieux sur le dos…
Elle m’y a remis, du bout du pied…
- Oui, il y a pas photo…
Un long coup de sonnette…
- Qu’est-ce que c’est que ça ?… Ah oui, ça doit être les filles… Sûrement… Bougez pas !… Je reviens…

Il y a eu de grands éclats de rire. La voix de Mélianne qui a longtemps raconté quelque chose. D’autres rires. Celle d’Emilie, moqueuse. Celle de Cynthia, posée. A nouveau celle d’Emilie, insistante, presque implorante. Et puis le silence…

Une présence…
- C’est toi, Mélianne ?
- Ben oui, c’est moi !… Qui voulez-vous que ce soit ?…
- Elles sont parties ?…
Un rire étouffé. Des chuchotements…
- Mais oui, elles sont parties…
On s’est approché. On m’a frôlé la hanche. Un gloussement étranglé. On m’a effleuré le bout du sein…
- Pas cap !…
En chuchotis…
- Qu’est-ce tu paries ?
Une main s’est posée sur moi en bas, s’y est installée, a esquissé quelques va-et-vient, s’est retirée…
Des pas feutrés. Le silence. Et puis, à côté, encore de grands éclats de rire…

lundi 2 novembre 2009

Colocataires ( 20 )

- J’aime trop quand vous restez comme ça en moi tout dur tout gonflé… Sans bouger… Sans rien faire… Juste être en moi… M’habiter toute… Ca en fait remonter des choses dans vos yeux !… Vous avez pas idée… De si loin… De si beau… Et du coup ça va m’en chercher à moi aussi… Des choses qu’étaient perdues… Enfouies… Submergées… Je voudrais que ça s’arrête jamais… Vous avoir tout le temps comme ça à l’intérieur… Immobile… Prisonnier… Mais c’est impossible… Parce que ça donne bien trop envie… Bien plus que n’importe quoi… S’il te plaît… Je peux plus… Je peux plus attendre… S’il te plaît…
Et elle s’est élancée contre moi… A grands coups de bassin éperdus…

- Après aussi vous restez… Tout recroquevillé… Tout attendrissant… J’adore… Ils font pas comme vous les autres… Dès qu’ils ont réussi à nous être dedans ils se dépêchent de se finir… Et de sortir… Des fois que ça les morde on sait jamais…
- Et il y en a eu beaucoup des autres ?
- Oh, non !… Enfin, si !… A un moment… Au début… Quand j’ai commencé… A 19 ans j’ai commencé… C’est drôlement tard, hein ?!… J’avais pas envie avant… Ca me faisait peur… Et pourtant c’était rien… Pas grand chose… C’est pour ça que j’ai voulu en essayer plusieurs à la file… Sûrement que j’étais mal tombée la première fois… Tout le monde avait l’air de trouver que c’était tellement bon… Mais non !… Il y avait franchement pas de quoi en faire tout un plat… J’ai arrêté… Pas tout à fait… Pas complètement… De temps en temps, oui… Parce que le type était beau… Ou qu’il avait du charme… Ca passait un moment… Et ça me rassurait : il y en avait qui me trouvaient à leur goût… Mais pas ceux que j’aurais voulus… Ceux qui me faisaient vraiment fondre… Les bien plus âgés que moi… Si beaux… Si émouvants… Qu’en avaient strictement rien à foutre d’une gamine comme moi… Qui me regardaient même pas… Que j’étais condamnée à admirer et à désirer en secret… Et puis il y a eu vous… Si vous saviez dans quel état ça m’a mise la première fois que je vous ai vu… Il se passerait ce qui se passerait, mais j’allais foncer… Et tant pis si vous m’éclatiez de rire au nez… J’ai bien fait… La preuve… Parce que finalement c’est vous mon vrai premier… C’est vous qui avez fait de moi une femme… Tout le reste avant ça n’a pas compté…

- Je suis folle !… Je crois que cette fois je suis complètement folle… Parce que vous savez pas ce que j’ai fait ?… J’ai recommencé… Volontairement… J’ai attendu que mes collègues soient parties… « Voulez-vous enregistrer les modifications apportées à D12V ? »… Non… Et tout a disparu… J’ai attendu… J’ai respiré un grand coup et puis j’y suis allée… J’ai frappé… « - Oui ?… Qu’est-ce que c’est ?… Ah, c’est vous ?… - Je suis désolée… Vraiment désolée, mais… - Mais ?… - Mais j’ai encore perdu les données… Et j’ai pas fait attention comment vous vous y êtes pris l’autre jour… - Non, mais vous le faites exprès… C’est pas possible autrement… Vous le faites exprès… - Oh, non, non !… - J’ai toujours pensé qu’en ce qui vous concernait il n’y avait guère que la fessée pour s’avérer éventuellement efficace… Non ?… Vous n’êtes pas de cet avis ?… »… J’ai rougi… J’ai bredouillé lamentablement quelque chose… J’ai baissé la tête… « - Bon, mais venez !… »… Il s’est assis à ma place… Quelques clics… Tout est rentré dans l’ordre… « - Là !… Vous avez vu ?… Allez !… A votre tour !… »… A mon tour… J’ai essayé, pleine de bonne volonté… « - Je sais pas… Je sais plus… - Non, mais alors là vous vous fichez de moi !… Vous vous fichez vraiment de moi… - Mais non, mais… »… Sans un mot il m’a empoignée par le bras… Fait basculer sur ses genoux… Je n’ai pas protesté… Je ne me suis pas défendue… Il tape beaucoup plus fort que vous… Et il a tapé beaucoup plus longtemps…

- Vous voulez plus venir ?… Là-bas, dans le spa… Ca vous dit plus ?
- Oh, non, non… C’est pas ça, mais…
- Mais vous étiez avec Mélissa…
- Jamais de la vie !… Qu’est-ce que tu vas chercher ?…
- Non… Je sais pas… Je vois pas où vous pourriez être ailleurs… Vu que vous connaissez personne à part les gens que je connais, moi !… Et qu’à part Mélissa je vois pas avec laquelle vous pourriez passer du temps… A moins qu’il y ait des choses que je sache pas… Dont je me contrefiche complètement d’ailleurs… Sauf que vous savez pas ce que vous perdez en y venant pas… Comment on s’éclate !… Parce que je l’ai ficelé le Peter tout à l’heure… Du premier coup j’ai réussi… Mais ça, c’est parce que je m’étais entraînée avec vous… J’aurais pataugé sinon… Faudra qu’on recommence… Des trucs plus compliqués… Comment il a aimé !… Et moi aussi : on peut bien dire ce qu’on veut mais sentir qu’on a quelqu’un complètement à sa merci comme ça c’est fabuleux comme truc !… Je me suis lâchée… Il a eu droit à tout… Et quand je dis tout, c’est tout… Surtout qu’on était tout seuls… Elle avait trouvé que c’était mieux de nous laisser Alexandra… Qu’on serait plus libres… Même si en réalité c’était pour aller s’installer aux premières loges à la fenêtre de la chambre là-haut… Faut pas me prendre pour une demeurée non plus… Elle a pas nié d’ailleurs quand on s’est retrouvées que toutes les deux, après… Et même ce qu’elle a décidé c’est d’y faire monter Baptiste avec elle la prochaine fois… A ce qu’il paraît que ça lui donnera forcément envie de faire des trucs avec Peter… Il y a pas besoin de ça… Au point où ils en sont maintenant, elle et lui, suffit qu’elle lui demande et il le fera… Il en passe par tout ce qu’elle veut… Oh, elle a su le manœuvrer, va !… Mais ça, moi, alors là j’m’en fiche !… Complètement… Qu’elle en fasse ce qu’elle veut !… J’ai toujours dit que Baptiste j’avais pas du tout l’intention de faire ma vie avec… Mais qu’elle joue pas trop non plus… Parce que je sais pas si elle a bien conscience que si je voulais Peter j’aurais vite fait de me le mettre dans la poche… Quand je voudrais… Comme je voudrais… Et qu’il lui resterait que ses yeux pour pleurer…

- Attendez… Attendez deux minutes… Elles vont arriver…
- Qui ça ?…
- Ben les filles, tiens !… Celles de l’autre soir… Qui vous voulez d’autre ?…
- Qu’est-ce qu’elles viennent faire ?
- Me voir… Ca vous pose un problème ?
- Oh non, non !…
Elle a éclaté de rire…
- Comment vous avez dit ça !… Ah, vous les aimez, hein, les petites nanas !… Mais ça c’est pas un scoop… En attendant si vous saviez ce qu’elles s’en posent des questions !…
- Des questions ?!… Quel genre de questions ?…
- Par rapport à vous… Elles disent que c’est pas possible qu’il se passe rien du tout entre nous… Que c’est que je veux pas l’avouer… Parce qu’on peut pas habiter ensemble, être sans arrêt l’un avec l’autre comme on fait sans finir par coucher… Obligé… Ce qui veut dire que elles, elles en seraient pas capables… A moins que ça veuille dire qu’elles crèvent d’envie d’être à ma place… Que les mecs ils s’intéressent à elles que pour leur cul… Et qu’est-ce que j’ai de plus, moi, pour que ça se passe pas pareil avec vous ?… Il y a qu’Emilie qui soit pas jalouse… Elle, elle dit que si vous cherchez pas à coucher, que si vous faites pas des pieds et des mains pour ça, c’est que je vous tiens… Que j’ai pas vraiment conscience à quel point je vous tiens… Tiens, mais les v’là… Hou hou, les filles !… On est là…