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lundi 29 mars 2010

Colocataires2 ( 8 )

- Vous faites voir ?
Elle les a longuement examinées, une par une. Plusieurs fois. A fait la moue…
- Vous trouvez que je suis si bien que ça ?… Franchement ?…
- Tu es magnifique…
- C’est vous qui me voyez comme ça… Il y en a des milliers des femmes beaucoup plus belles que moi… Des millions…
- On verra… On verra ce qu’ils vont en penser les autres…
- Quels autres ?… Vous allez faire quoi ?…
- Un blog… Qui te sera tout entier consacré…
- Ca marchera jamais… Il y en a déjà tellement…
- Je te parie ce que tu veux qu’avant un mois il y aura tellement de visiteurs et de commentaires qu’on saura plus où donner de la tête…

- C’est trop bon de se laisser préparer comme ça par quelqu’un de A à Z !… Comment ça met en appétit !… Je veux dire : pas tellement sexuellement… Même si de se faire frotter, toucher et laver partout forcément… Non… Mais ce qu’il y a surtout, c’est le climat que ça crée de savoir pourquoi on le fait et ce qui va se passer après… C’est d’un sensuel !… Et que ce soit vous en plus alors là !… De toute façon je laisserais personne d’autre me le faire … Même pas Peter… Il y mettrait tellement de mauvaise volonté que ce serait tout à recommencer… On peut rien lui demander… N’importe comment Peter…
- N’importe comment ?…
- Il m’agace en ce moment… Et c’est rien de le dire… Il veut que je lui raconte quand je vais voir ailleurs… Bon, okay, je lui raconte… Mais ça lui va jamais… Et pourtant c’est pas faute d’inventer… Je te lui imagine de ces trucs… Mais non !… C’est pas ça… Je sais pas à quoi il s’attend… Que j’aille me faire baiser sur Jupiter ?… Ce qui va finir par se passer à force, c’est que je vais plus rien lui raconter du tout… De toute façon ça l’intéresse de moins en moins, je le vois bien… C’est lui qu’a demandé pourtant… C’est con… C’est con parce que si on était vraiment complices là-dessus il y en a des choses qu’on pourrait faire… Des tas…
- Quoi par exemple ?…
- Par exemple qu’il vienne avec moi… Que le type avec qui je vais coucher il le voie, il sache que c’est mon légitime, qu’il va le faire cocu… Qu’ils boivent un verre ensemble avant… Rien que d’y penser vous pouvez pas savoir ce que ça me fait…
- Tu lui en as parlé ?… Tu lui as demandé ?…
- Je m’y risquerais pas… Il veut bien être cocu, mais il faut rien exagérer non plus… De là à entrer complètement dans le rôle il y a de la marge… Il y a même carrément un gouffre… Non, il y aurait bien une solution, ce serait que… Vous avez quelque chose de prévu, vous, ce soir ?…
- Non…
- Non… Bien sûr que non… Vous allez attendre bien sagement dans votre lit que je vienne vous raconter… Ca vous dirait pas de venir faire le cocu plutôt ?… De passer pour mon mari ?…

- Comment vous le trouvez le jeune, là, en face, qui se démène sur la piste ?… Pas mal, hein ?!… Et il a un de ces petits culs !… Comment ça me rend folle, moi, leurs fesses aux mecs !… C’est toujours ce que je regarde en premier… Bon, mais je vais aller le brancher et normalement… normalement ça devrait le faire…

Ca l’a fait. Ils ont dansé ensemble. Elle s’est blottie contre lui, la tête dans son cou. Il l’a embrassée. Il a posé ses mains sur ses fesses. Il l’a encore embrassée. Elle lui a dit quelque chose. Il a regardé dans ma direction. Il a ri. Ils ont ri. Se sont éclipsés tous les deux en se tenant par la main…

- Je te présente Juan… Et lui, c’est mon mari…
- Salut !…
- Bonjour !…
Ils se sont laissé tomber sur la banquette, enlacés. Il lui a murmuré quelque chose à l’oreille…
- Hein ?… Oh, mais non… Non…
Elle s’est tournée vers moi…
- Il se fait tout un film par rapport à toi… Mais comme j’arrête pas de lui dire tu es très compréhensif… T’as pas le choix n’importe comment si tu veux me garder… T’es plus tout jeune… Je te le reproche pas… Mais pas question non plus que je me contente d’un petit coup tous les quinze jours… Bon, mais allez !… On va pas passer l’éternité ici… Tu nous ramènes à la maison ?…

- Pousse-toi un peu !… Tu tiens tout le lit… Ca te dérange pas que je continue à te tutoyer maintenant que tu passes pour mon mari ?… Depuis le temps qu’on se connaît n’importe comment… En tout cas comment j’ai pris mon pied !… T’as entendu ?… Ben oui !… Forcément que t’as entendu… Vu comment j’ai braillé… C’était pas tellement qu’il s’y prenait bien l’autre… Ah non alors !… On peut pas dire qu’il soit franchement doué… Et même… tu te demanderais s’il sait vraiment comment on est faites… Il est jamais au bon endroit… Il te tâtonne comme s’il cherchait je sais pas quoi… Mais c’était quand même génial… A cause de ce que je pensais dans ma tête qu’il croyait qu’il te faisait cocu… Et encore lui il prenait profil bas… Ca le gênait plutôt qu’autre chose… Mais t’imagines qu’on en trouve un qui hésite pas à te mettre carrément le nez dedans ?… A te le montrer et répéter sur tous les tons que t’es cocu ?… Mais j’en meurs, moi !… Sûr que ça me fait mourir…

jeudi 25 mars 2010

Escobarines: Une amoureuse





La première fois ça a été parce qu’elle trouvait que ça sentait le gaz chez elle. Peut-être bien que son chauffe-eau fuyait ?… Je voulais pas venir voir ?… C’était rien ?… Non ?… J’étais sûr ?…
Après il y a eu sa chatte. Qui avait disparu. Depuis deux jours. Elle était folle d’inquiétude. Sa chatte, c’était tout pour elle. Si jamais je la voyais… Je lui promettais, hein ?…
Et puis elle est passée me prévenir… Elle avait invité quelques amis… Ils allaient faire un peu de bruit… Mais elle y pensait d’un seul coup… Je voulais pas me joindre à eux ?… Non ?… J’avais des choses à faire ?… Une autre fois alors !… Si, si !… Elle y tenait… Je viendrais manger… Depuis le temps que je lui rendais service…

J’aimais ?… Fallait que je le dise carrément, hein !… Parce que c’était la première fois qu’elle l’expérimentait cette recette… Oui ?… Je trouvais ?… Tant mieux… En tout cas comment elle était contente de m’avoir… Parce que à part moi, dans l’immeuble, il y avait vraiment personne qui donnait envie de sympathiser… Ah non alors !… Ils étaient tous… Des beaufs !… Il y avait pas d’autre mot… Des beaufs… C’est pour ça : maintenant qu’on avait fait connaissance on allait bien trouver le moyen de se voir un peu, non ?… Parce que elle savait pas moi, mais elle, elle s’ennuyait à mourir ici, au milieu de tous ces cubes en béton… Et heureusement qu’elle avait son boulot à la boulangerie-pâtisserie là-bas parce que sinon elle serait devenue complètement dingue…

J’avais vu le temps qu’il faisait ?… Ce soleil ?!… Oui ?… Eh bien alors ?!… J’allais quand même pas rester enfermé là toute la journée ?… Même qu’il fasse un peu froid… Bien couvert… Et en marchant… Elle m’emmenait… Allez, hop !… Elle connaissait un coin… Génial… Je lui en dirais des nouvelles…

Alors ?!… Je regrettais ?… Non, hein ?!… Elle le savait… Elle en était sûre… Et après, tout au bout là-bas, il y avait une petite auberge qui te mijotait un de ces cassoulets… Elle y avait mangé, deux ou trois fois, du temps qu’elle sortait avec Clément… Oh, mais Clément c’était de la vieille histoire maintenant… Avec le recul elle se demandait même ce qu’elle avait bien pu lui trouver… On se lançait dans de ces trucs des fois !… Et moi ?… J’avais quelqu’un ?… Oui ?… C’était pas la bonne femme qui venait me voir quelquefois le mardi et le jeudi au moins ?… Si !… Eh ben dis donc !… J’avais de ces goûts !… Pourquoi ?… Mais parce que qu’est-ce qu’elle était vieille ! Et comment elle était moche !… C’était pas pour dire, mais je méritais quand même nettement mieux que ça…

Et si on y retournait ?… Comme la semaine dernière ?… Non ?… Ca me disait pas ?… Je préférais ailleurs ?… Elle, ça lui était égal… Où je voulais ?… Nulle part ?… Mais pourquoi ?… J’allais pas rester là tout seul à me morfondre quand même !… Si ?!… Ah oui, c’est qu’elle allait venir ma bonne femme ?… C’était ça ?… Non ?… De quoi j’avais peur alors ?… Qu’elle apprenne pour nous deux et qu’elle aille se mettre des idées en tête ?… Oui, ben ce serait pas plus mal finalement… Peut-être que ça m’en débarrasserait… Une bonne fois pour toutes… Et, franchement, c’était ce qui pouvait m’arriver de mieux…

Elle me l’avait dit pour le cassoulet que c’était un vrai délice… Elle me l’avait pas dit ?… Ah, je voyais bien… Bon, mais maintenant qu’on se connaissait un peu mieux, qu’on faisait des trucs ensemble elle pouvait me le demander : qu’est-ce que je pensais d’elle ?… Ouais… Ouais… Et après ?… C’était tout ?… Elle en était sûre… Sûre… Dès le début elle en avait été convaincue : moi, mes sentiments, j’avais un mal fou à les exprimer… Et si on me poussait pas dans mes derniers retranchements… C’était pas un reproche, hein !… J’étais comme ça, j’étais comme ça… Mais elle était patiente… Et elle attendrait le temps qu’il faudrait… Parce qu’elle savait… Elle savait qu’on était faits l’un pour l’autre tous les deux et qu’un jour…

Rien ?… Rien du tout ?… Non, mais à qui je voulais faire croire ça ?… Ca se voyait comme le nez au milieu de la figure ce que j’éprouvais… Ce que je ressentais… Seulement… seulement mon amour pour elle était tellement fort que je ne voulais pas – ou que je ne pouvais pas – me l’avouer à moi-même… Oh, mais ça viendrait…Ca viendrait… Ca faisait pas l’ombre d’un doute…

Encore elle !… Ben oui !… Oui !… Fallait absolument qu’on parle… Qu’on clarifie la situation tous les deux parce que… Clarifier ?!… Y avait rien à clarifier du tout… Pour moi tout était clair… Très très clair… Alors elle dégageait… Chacun chez soi… Et je voulais plus la voir… C’était compris ?… Dehors !… Allez, dehors !…

Je l’avais fait pleurer… Encore elle !… Mais c’était pas possible !… Qu’elle dégage, mais qu’elle dégage !… Non !… Elle était à tout le monde la cage d’escalier… Et le trottoir aussi… Et elle y resterait tant qu’elle voudrait… Tant que je lui aurais pas dit que… Mais c’était pas possible une nana comme ça !… Qu’est-ce qu’il lui fallait ?… Une bonne fessée ?… C’était ça, hein ?!… Une bonne fessée… Et tant qu’elle l’aurait pas prise…

Qu’est-ce qu’elle fichait là, elle, encore ?… Chez moi !… Et à poil !… Non, mais cette fois!... C'était parce que... elle clenchait mal ma fenêtre de salle de bains… Alors elle était passée par le balcon… Oh, mais elle l’avait refermée, hein !… Avec le temps qu’il faisait !… Bon, mais allez !… Que je la lui donne la fessée puisque c’était ça que je voulais...
- Vous voyez bien... Je suis prête...

lundi 22 mars 2010

Colocataires2 ( 7 )

- Non… Pas ce soir, non… Elles vont passer ce soir les filles… Si vous n’y voyez pas d’inconvénient bien sûr… Avec Benoît… Et un autre type… Ils vont nous faire le spectacle tous les deux… Et ça c’est quelque chose qu’on raterait pour rien au monde… Vous, par contre, pas question que vous y assistiez… Parce que faut qu’on se sente à l’aise… Qu’on puisse se laisser aller comme on veut… Et c’est impossible avec quelqu’un qui reste planté là à côté comme un cierge… Ah, si vous participiez, là, ce serait autre chose, mais comme ça risque pas d’être le cas… Alors le mieux… Vous passez dire bonjour vite fait et vous disparaissez dans votre chambre… Vous vous faites oublier…

Ca a parlé fort. Ca a ri. Longtemps. Et puis tout s’est brusquement tu. Un bruit de claquée. Une fessée. Longue. Appuyée. Une voix d’homme a geint.. Crié. Ca a tapé plus fort. Crié plus fort. Une autre claquée. En même temps. Par-dessus la première. Une autre voix d’homme. Plus rauque. Plus profonde. Ca s’est interminablement fait écho. Arrêté d’un coup. Il y en a une qui a constaté… Quelles belles voix ils ont !… « - Oui… On en trouve encore deux ou trois comme ça et on leur fait monter une chorale… »… Ca a encore ri…

Le silence. Qui a duré. Qu’un halètement féminin a fini par venir troubler. Des gémissements. Une plainte de fond de gorge… Une autre a presque aussitôt pris le relais… « - Oh, que c’est bon !… Que c’est bon !… » Ca s’est apaisé. Ca a repris. Ca s’est élancé. Emmêlé. Leur plaisir à eux. Leur plaisir à elles…

- Hou la la !… Quelle soirée !… Vous savez pas ce que vous avez perdu… Comment ça a donné… Et tout le monde, hein !… Les mecs… Ils t’ont pris un de ces pieds !… Et les filles aussi à les regarder faire… Dommage que vous soyez bourré de tout un tas de préjugés, vous ! Parce que vous y auriez trouvé sacrément votre compte… Quand elles se lâchent elles se lâchent… Elles font pas semblant… En attendant je suis complètement vannée, moi !… Alors vous me parlez pas !… Vous me laissez dormir…

Benoît était seul, nu, à la table de la cuisine. Dès qu’il m’a aperçu il s’est précipitamment levé…
- Reste assis !… Reste assis !…
- Non… Je peux pas… J’ai pas le droit… Elle me l’a interdit…
- Interdit ?… Comment ça « interdit » ?… Qui ça ?…
- Emilie… « - Quand il rentrera tu te lèveras… Et tu resteras debout… Tout le temps qu’il sera là… C’est bien compris ?… »
- Et quand Emilie décide quelque chose…
- Oui…
- Rassieds-toi si tu veux… Elle saura pas…
Il m’a lancé un regard stupéfait. Stupéfait et scandalisé…
- Oh non !…
- Tu lui désobéis jamais ?…
- Jamais, non !…
Il a semblé contempler quelque chose à l’intérieur de lui-même… Très loin…
- Je pourrais pas… Ce serait au-dessus de mes forces…
Il s’est mis à arpenter longuement la cuisine. Dans un sens. Dans l’autre. De la fenêtre à la porte. Du frigo au buffet. Ses fesses étaient uniformément rouges. Cramoisies. Avaient commencé à virer, par endroits, au jaune, au noir, au violacé…
- C’est pas facile à comprendre, je sais… Personne comprend en général… Presque personne… Ca doit être que j’explique mal ou alors que les autres et moi on est pas faits pareil… Parce que mon bonheur à moi, c’est de faire celui d’Emilie… Quoi qu’elle demande… Quoi qu’elle veuille… Et son bonheur à elle, c’est de savoir qu’elle peut tout obtenir de moi… Absolument tout… D’en vouloir toujours plus et de toujours l’obtenir… Elle m’emmène loin… Là où personne ne peut l’imaginer… Et ça peut paraître bizarre, mais je n’ai jamais été aussi libre que depuis qu’elle a pris les pleins pouvoirs sur moi… Je n’ai jamais été aussi heureux… Et je plains – sincèrement – ceux qui ne connaîtront le bonheur d’un abandon aussi total…

Mélianne a passé une tête ébouriffée, est venue s’échouer sur une chaise…
- Je vais être fraîche, moi !… Quelqu’un me fait un café ?… Laisse-le faire, lui, Benoît… Oui, je vais être fraîche… Jamais je tiendrai le coup jusqu’à ce soir… C’est à cause de cet espèce d’animal aussi, là !… Comment il en était !… Je vous jure que quand il s’occupe d’un mec il fait pas semblant… On a droit à la totale… Comment vous voulez résister à ça, vous ?… Il est vrai que vous… Vous résistez à tout… Ou presque tout… Même à moi… C’est tout dire… Mais enfin faut quand même être honnête… De moins en moins… Vous faites des progrès… Vous en ferez encore… Faudra bien… Parce que je leur ai promis aux filles… Je leur ai promis qu’un jour c’est vous qui leur feriez le spectacle avec un mec… Elles y tiennent… Beaucoup… A cause de ce que vous leur avez fait au hand… Je leur ai promis et ça je tiendrai… Mais c’est pas encore mûr… Pas tout-à-fait…

jeudi 18 mars 2010

Escobarines: Arrière-boutique







Un tout nouveau dessin de Jean-Philippe Escobar c’est toujours un régal… Et l’imagination qui se met aussitôt en batterie…

C’est au second des deux scénarios qu’il suggère, sur son blog
http://jpcworldcolorgalery.hautetfort.com/
que sont allées aussitôt, s’agissant de ce dessin, mes préférences. Même si je crois bien que je m’offrirai aussi le plaisir de rêver prochainement autour du premier…

L’occasion aussi de rappeler, comme il le fait lui-même, qu’il ne s’agit là que de fantasmes et qu’il ne peut s’agir que de fantasmes…

Bonne lecture à tous…




- Madame Maurel !… Vous pouvez venir une seconde, s’il vous plaît ?… Je voudrais vous parler…
- Oui, mais alors vraiment une seconde… Parce que je suis pressée… On m’attend…
- En principe ce ne sera pas long… En principe… Juste le temps que vous me restituiez ce que vous venez de me dérober…
- Pardon ?!… Non, mais vous savez qui je suis ?…
- Tout à fait, oui…
- Et vous avez le front de m’accuser, moi ?!…
- Absolument…
- Ce que vous semblez ignorer, chère Madame, c’est que ça peut vous mener loin cette histoire… Très très loin… J’ai le bras long… Un mot de moi à mon père ou à mon mari et elle est fermée votre boutique… Pour un bon moment !… Voire même pour toujours… Alors à votre place j’adopterais un profil bas… Ce serait la solution la plus intelligente, non, vous ne croyez pas ?… La plus raisonnable… Allez, on en reste là… Pour cette fois je passe l’éponge et…
- Oui, ben pas moi !… Alors ou vous me rendez ce que vous m’avez volé ou j’appelle les gendarmes… A moins que je demande à votre père ou à votre mari justement de venir vous chercher… Et qu’on s’explique avec eux…
- Mais enfin c’est incroyable d’être entêtée comme ça !… Puisque je vous dis que je ne vous ai rien pris…
- Et moi puisque je vous dis que si !…
- Quoi ?!… Dites-moi quoi au moins !… Et je l’aurais mis où ?… Tenez !… Voilà mon sac !… Regardez !… Regardez si vous ne me croyez pas… Ah !… Vous voyez !…
- Il y a d’autres cachettes possibles…
- Où ça ?… Les poches ?… Les v’là mes poches… Il n’y a rien… Absolument rien…
- Il y en a encore d’autres…
- Oui, ben alors là, ma petite, si vous vous imaginez que je vais me déshabiller devant vous vous vous fourrez le doigt dans l’œil… Et bien profond !… Qu’est-ce que vous faites ?…
- J’appelle votre père…
- Non !… Attendez !… Raccrochez !… Attendez !… Le v’là votre truc !… Et franchement, entre nous, vous croyez que ça valait vraiment la peine de faire une histoire pareille pour un stylo de pacotille ?…
- Qui vous a quand même bien plu, avouez !… La preuve !…
- Oui, oh…
- Et c’est tout ?… Vous ne m’avez rien pris d’autre ?…
- Ah, vous n’allez pas recommencer !…
- Je veux être certaine, absolument certaine, que vous ne m’avez rien volé d’autre…
- Puisque je vous le dis !…
- Faites voir !… Déshabillez-vous !… Faites voir ou bien…
- Vous me le paierez… Je vous jure que vous allez me le payer…
- La culotte aussi… Allez !…
- Et cher… Très cher…
- La culotte, j’ai dit !… Là… Vous voyez que vous pouvez vous montrer raisonnable quand vous voulez… Il va falloir d’ailleurs… Parce que nous n’en avons pas fini toutes les deux !… Vous n’imaginez tout de même pas que vous allez vous en tirer comme ça ?… Certainement pas… Il est de mon devoir de mettre votre père et votre mari au courant d’agissements aussi répréhensibles… A toutes fins utiles… Pour qu’ils prennent les mesures qui s’imposent… Je vais par ailleurs me voir également dans l’obligation d’avertir mes collègues commerçants de ce qui s’est passé pour leur éviter, autant que faire se peut, d’être exposés aux mêmes déboires…
- Vous n’allez pas faire ça !…
- Bien sûr que si !… J’y suis moralement tenue…
- Mais tout le monde va être au courant !…
- Il fallait y réfléchir avant…
- Et mon père !… Sa carrière politique !… Et mon mari !… Oh non, non !… Vous pouvez pas faire ça…
- Il y aurait bien une solution…
- Laquelle ?… Dites… Dites… Je ferai ce que vous voudrez… Dites…
- Vous vous êtes comportée en gamine irresponsable… Ce que vous mériteriez…
- Oh non !… Pas ça quand même !…
- Si c’est votre choix…
- Non !… Raccrochez !… Pour l’amour du ciel raccrochez !…
- Alors ?!… La fessée ?!…
- A quoi vous me réduisez !…
- Ah non, non !… Vous vous y êtes réduite toute seule… Comme une grande… Allez, approchez !… Venez là…

lundi 15 mars 2010

Colocataires2 ( 6 )

« Vous savez ce que j’ai fait ?… J’ai pris un amant… Voilà, c’est dit… Ca vous étonne ?… Même pas je suis sûre… Vous me connaissez depuis le temps… Pas complètement quand même !… Parce que je parie que vous êtes en train de vous dire : - Fallait bien que ça arrive un jour ou l’autre… Elle a toujours eu le feu au cul… Et je dois bien reconnaître que quand j’étais chez vous ça donnait les mecs… Et pas qu’un peu… Eh ben non !… Non !… C’est pas ça… Pas vraiment ça… Pas seulement ça… En réalité j’ai pris un amant parce que je m’ennuie à mourir et que ça met un peu de piment dans ma vie… Avoir une « liaison » - ce que je peux avoir ce mot en horreur ! - ça veut dire se cacher… Inventer toutes sortes de stratagèmes pour se voir… Ca veut dire de fabuleuses montées d’adrénaline chaque fois qu’on court le risque d’être surpris… A deux reprises déjà on a senti le vent du boulet… C’est passé tout près… Forcément un jour ou l’autre on finira par le prendre de plein fouet… Et ce jour-là… Sa femme est une véritable tigresse… Une folle furieuse… Est-ce que ça me fait peur ?… Oui… Oui et non… Ca va peut-être vous paraître bizarre, mais l’idée de devoir me battre contre elle bec et ongles ne me déplaît pas vraiment… Tout plutôt que ce quotidien qui tourne désespérément à vide… Et de mon côté à moi le « mien » il réagirait comment s’il apprenait ?… Est-ce qu’il me foutrait dehors avec armes et bagages ?… Le connaissant comme je commence à le connaître, ça m’étonnerait… Le plus plausible c’est que j’en serais quitte pour devoir lui présenter tout un tas d’excuses et lui faire tout un tas de promesses… Et pour une bonne fessée… Parce que des fessées, ça, il m’en donne… A tout bout de champ… Pour un oui ou pour un non… Mais pas pour la « vraie » raison… Celle pour laquelle je la mérite vraiment… Celle qu’il ne connaît pas… Mais moi, dans ma tête, chaque fois qu’il m’en met une, je me fais croire que si… Qu’il a découvert le pot-aux-roses… Et qu’il est dans une colère, mais une colère contre moi parce que je le trompe !… C’est bien meilleur de la recevoir comme ça… Sauf que s’il le découvrait « pour de vrai » je ferais sûrement beaucoup moins la fière… J’ai beau essayer de me persuader tant et plus du contraire en réalité je ne sais pas du tout comment il réagirait… Ni comment ça tournerait… Et du coup la vraie vraie raison pour laquelle je la mérite c’est que je me comporte en gamine irresponsable… Que je prends des risques inconsidérés… Pour rien… Pour un type qui n’en vaut absolument pas la peine… Pour lequel je n’éprouve pas le moindre début de commencement de sentiment… Avec lequel je m’éclate à peine au lit et dont j’ai strictement rien à foutre… Et tout ça pour quoi ?… Pour tromper mon ennui… Pour le plaisir de jouer avec le feu… Au risque de me retrouver sous peu – ça me pend au nez – dans une situation inextricable… De me faire jeter sur le premier bateau en partance pour la métropole… De n’avoir plus que mes yeux pour pleurer… Alors oui… Oui… Je mérite des fessées… Et des bonnes… Dommage que vous soyez si loin… Celles-là c’est vous qui me les auriez données… Et vous n’auriez pas fait semblant… Mais ce n’est peut-être que partie remise… Je vous embrasse. Victorine. »

Elle a eu son plaisir. Profond. Intense. Et elle a, presque aussitôt, fondu désespérément en larmes. Je l’ai prise contre moi…
- Mais qu’est-ce qui t’arrive ?… C’est quoi ce gros chagrin ?…
- On le fera encore l’amour, hein ?!… Vous me promettez ?…
- Mais bien sûr !… Qu’est-ce que tu vas chercher ?…
- J’ai peur… J’ai peur que ça s’arrête tous les deux… Si vous saviez comme j’ai peur… A chaque fois je me dis que c’est la dernière… Que vous allez m’annoncer que c’est fini… Que vous en avez assez de moi… Je veux pas vous perdre…
- Mais il n’y a aucune espèce de raison…
- Oh si, si !… Il y en a plein des raisons… Parce que à part coucher avec vous je vous apporte rien du tout…
- Bien sûr que si !…
- Non… Absolument rien… Et coucher ça c’est pas le plus important pour vous… Pas du tout… Vous croyez que je m’en aperçois pas ?… Que je le sais pas ?… Alors dites-moi… Qu’est-ce que vous voulez que je fasse pour vous ?… Les autres elles font des tas de choses pour vous… Elles m’ont dit… Des choses dont vous avez envie… C’est comme ça qu’elles vous tiennent… Et à moi vous demandez rien… Jamais… Parce que je suis moins importante qu’elles pour vous, c’est ça ?…
- Jamais de la vie !…
- Alors demandez-moi… Tout ce que vous voulez… Qu’est-ce que vous aimeriez de moi ?… Que je vous trouve des filles à regarder toutes nues ?… Je vous en trouverai… Vous pourrez les voir tant que vous voudrez sans qu’elles s’en aperçoivent… Qu’on rencontre d’autres couples ?… Qu’on fasse des choses avec eux ?… Vous voulez me voir avec d’autres hommes ?… Dites… Dites… Je veux que vous me disiez…
- Tu es très belle…
- Il y en a de beaucoup plus belles que moi…
- Tu es très belle… De partout… Tes seins sont de véritables petites merveilles… Tout pommelés tendres… Tout en pente douce… Et tes fesses !… Si tellement complètement fesses… On ne peut pas être plus fesses… Quant à ton petit chenal d’amour…
- Oui ?…
- Des heures et des heures on passerait à le contempler… A en apprendre chaque repli… la moindre anfractuosité… Mais tu sais que c’est quand même un sacré gâchis quand on est belle comme tu l’es de ne pas se donner davantage à voir ?…
- C’est ça que vous voudriez ?… Que je me montre ?… A qui ?…
- A tout le monde… Au plus de monde possible…
- Je le ferai… Pour vous… Comme vous voudrez… Vous me direz…

jeudi 11 mars 2010

Escobarines: Grandeur et décadence...





- Frotte, ma belle, frotte !… De quoi t’as peur ?… D’abîmer tes jolies mains ?… Elles en verront d’autres… Parce que je peux te dire que je vais t’y apprendre, moi, c’que c’est que le vrai labeur… Celui-là qu’on s’y tue, nous, pendant que vous autres, là-haut, vous festoyez dans des châteaux si beaux que même les écuries on aurait peur de les y salir si on y mettait seulement les pieds… Quoi ?… Qu’est-ce t’as-t-y donc à geindre comme ça ?… Frotte !… Frotte !… T’arrête pas !… Eh bien ?!… Tiens !… Celui-là il va te redonner un peu de cœur à l’ouvrage… Celui-là aussi… Ca fait mal ?… Eh oui !… Fini le bon temps… Oh, mais t’en as bien profité… Ensorcelé comme tu l’avais ce pauvre messire… Qu’il en avait la tête toute tourneboulée… Que tout le monde dit que c’est toi qui l’as tué à force de jamais en avoir assez… Que tu l’avais rendu si maigre et décharné que… Quoi ?… Qu’est-ce qu’il y a ?… Rien ?… Oui… Ca vaut mieux rien… Parce que tu le vois celui-là ?… T’es plus du côté du manche, ma petite… Et tu peux les tenir prêtes tes fesses… Pour y ramasser elles vont y ramasser… Plus souvent qu’à leur tour… Tant que tu seras ici – et tu y es pour un moment à ce qu’il paraît – tu peux être sûre que je te donnerai pas trop souvent l’occasion de t’asseoir… Les consignes sont claires : ne pas te ménager… Surtout ne pas te ménager… Te faire payer… Et ça ils peuvent compter sur moi… Parce qu’après tout ce que tu lui as fait endurer à notre pauvre Dame… Que c’en est pitié… Jusqu’à jouer à la bête à deux dos avec son Messire devant elle, à ce qu’il se dit… C’est encore avoir beaucoup trop de bontés à ton égard que de t’envoyer ici… Si j’étais d’elle !… Un cul de basse fosse… C’est tout ce que tu mérites maintenant que ce pauvre messire a passé… Un cul de basse fosse sombre et humide où je viendrais te rendre, chaque jour, une petite visite et te faire caresser le bas du dos par les geôliers… Comme ça, tiens, tu vois !… Et encore comme ça !… C’est ça !… Braille !… Ameute tout le pays !… Qu’ils rappliquent tous !…

- Mais non, t’y as pas fini, non !… Décroche-les les draps… Laisse-les y tomber par terre… Eh bien ?… Tu écoutes ce que je te dis, oui ?!… Là… Et maintenant marche dessus !… Allez, vas-y !… Qu’est-ce que t’attends ?… C’est-y que t’en veux encore un coup ?!… Eh bien alors ! Allez, piétine !… Piétine !… Saute !… Ecrase… Mieux que ça !… Plus haut !… Encore !… Encore !…

- Non, mais ça va pas ?!… Qu’est-ce que t’es en train de faire ?… Du linge tout propre…
- Hein ?!… Mais c’est vous qui m’avez dit…
- Qui t’ai dit quoi ?…
- De… Non… Rien…
- Ah, je préfère… Tiens, celle-là tu l’auras pas volée… Non, mais dans quel état tu m’as mis mes draps !… Et les taches d’herbe, après, pour les faire partir !… Mais ça !… A toi de te débrouiller maintenant… De réparer tes sottises… Allez, à genoux !… Et frotte !… Frotte !…

- Tiens, v’là les hommes !… Qui nous reviennent des champs… Alors, les hommes, c’est-y que ça va comme vous voulez ?… Vous avez vu ce qu’on m’a amené ?…
- Ca… Pour voir… on voit…
- Ca nous vient en droite ligne du château… De cette pauvre Dame que ça a fait tant et plus cocue du vivant de ce pauvre Messire… Oh, mais que que ça va pas avoir trop de ses yeux pour pleurer maintenant !… Qu’on va s’en occuper…
- Ca a déjà commencé à ce qu’il semble…
- Oui… Même que ça a drôlement pris des couleurs par derrière…
- Et par devant !… Venez-y voir par devant…
- C’est que ça te vous a des petits seins à croquer…
- Et le corbillon !… C’est qu’il a pas dû s’ennuyer à le mignoter Monseigneur… Tout coquet comme il est…
- Et si tu nous montrais aussi ton petit minois maintenant, ma belle ?…
- Mais oui, allez, relève la tête !… Fais pas ta timide !…
- Eh bien ?!… Qu’est-ce que t’attends ?… T’es sourde ?… T’entends pas ce qu’ils te demandent ?… Alors dépêche-toi ou je te…
- Ah, ben voilà !…
- Mais c’est que c’est tout avenant… Tout mignon comme tout…

- C’est toi… Oui, c’est bien toi… Regarde-moi !… Tu ne me reconnais pas ?…
- Non…
- Et la balafre, là, sur ma joue, tu la reconnais pas non plus ?…
- Non plus… Non…
- C’est pourtant ton œuvre…
- A moi ?…
- A toi, oui… Seulement on compte si peu pour vous, on a si peu d’importance que tu n’en as pas conservé le moindre souvenir… Moi, si !… Tu chevauchais, au grand galop, en compagnie de Monseigneur… J’étais sur ta route, un fagot de bois sur l’épaule… Je n’ai pas eu le temps de m’en écarter… Tu as cinglé… Avec ta cravache… De toutes tes forces… Et tu as poursuivi ton chemin sans un mot, sans un regard pour moi… A l’entrée du bois tu avais déjà oublié… Tout oublié… Tu n’oublieras plus désormais… Tu vas te souvenir à tout jamais…

Sa femme lui a tendu le battoir. Il l’a pris…

lundi 8 mars 2010

Colocataires2 ( 5 )

- Je remets ça ce soir… Faut que je me prépare… Je peux le faire ici ?…
- Tu sais bien que oui… Que c’est pas la peine de demander…
- Merci… Vous me faites couler un bain ?… Pas trop chaude l’eau, mais pas trop froide non plus… Vous savez bien… Vous avez l’habitude…
Pendant qu’elle se déshabillait…
- Ca s’est passé comment avec Peter quand t’es rentrée l’autre jour ?…
- Oh, bien !… La seule chose qui l’intéressait, c’était de savoir si tout s’était déroulé comme prévu… Comme il l’avait, lui, planifié… Il a voulu tous les détails… Il en a eu… A foison… De toute sorte… Ca l’a mis dans un état !… Il a fallu que j’y repasse du coup… Et vous, avec Mélissa ?…
Elle s’est voluptueusement laissé glisser au fond de la baignoire…
- Comment ça fait du bien !… Non, je vous pose la question, mais je connais la réponse en fait… Parce qu’elle est revenue me voir… Elle voulait me parler…
- Et savoir si on couche ensemble, je suppose…
- Non… Non… Pas ça, non… Elle est terrorisée à l’idée qu’elle pourrait vous perdre… Et ce qu’elle voulait que je lui dise, moi qui vous connais bien, c’est comment faire pour vous garder… Qu’est-ce que vous voulez répondre à ça ?… Il y a pas de recette… Il y a pas de règle… Personne peut jamais être sûr de rien… Personne… Et c’est tant mieux… Parce que le jour où on se sentirait vraiment sûr ça voudrait dire qu’on s’est engourdi dans la routine… Que c’est tout mort…
Elle s’est penchée loin en avant, a enserré ses chevilles de ses mains…
- En attendant vous voulez pas me frotter le dos ?…

Dans la glace au-dessus du lavabo elle m’a regardé la regarder se maquiller…
- Vous savez quoi ?… Non, mais comment il est vraiment trop nul Peter !… Parce que ça fait quoi ?… Une heure que je me prépare… Largement… Et vous êtes là… Jusqu’à la fin vous serez là… Quand bien même ça durerait encore tout l’après-midi vous serez là… A me couver de regards… A l’affût du moindre de mes gestes… Vous laisseriez votre place pour rien au monde… A qui que ce soit… Sauf que c’est pas vous que je vais aller tromper tout à l’heure… C’est lui, Peter… Vous croyez pas qu’elle serait là sa place ?… A me regarder longuement me faire belle pour un autre… En pensant très fort à ce qui va se passer après… En sachant qu’on y pense tous les deux… Comment ça nous rendrait complices… Comment ça donnerait un autre sens à tout… Mais non !… Il veut pas… Il comprend pas… Il a pas de temps à perdre… Toujours autre chose à faire… C’est pas faute de lui avoir demandé pourtant… D’avoir réclamé… Insisté… Parce que pour moi ça c’est quelque chose… Mais bon… Tant pis… Ca fait rien… Je viens ici… Je viendrai toujours ici maintenant avant… C’est avec vous que je serai complice… De toute façon je l’ai jamais été qu’avec vous… Alors !…
- Oui… Oui… Et tu sais pas ?… Tu sais pas ce qu’on fera la prochaine fois ?… Mais si tu veux… Seulement si ça te dit… C’est moi qui te préparerai… Je te laverai… Complètement… Je te parfumerai… Je choisirai ta robe… Tes sous-vêtements… Je t’habillerai… Je te coifferai…
Elle s’est retournée…
- Non, mais sur quel ton vous dites ça !… Du ton de quelqu’un qu’en a tellement envie que ça donnerait envie à n’importe qui… Que c’est impossible de dire non…
Elle a secoué la tête, a souri…
- Vous êtes trop, vous, dans votre genre !… Vous comprenez tout… Vous devinez tout… Même ce qu’on dit pas… Surtout ce qu’on dit pas…

- Vous dormez pas… Vous m’attendiez ce coup-ci, hein ?!… Vous étiez sûr que j’allais venir…
Elle s’est encastrée à moi. Est restée un long moment silencieuse…
- Oh, cette claque ce soir !… Ca valait franchement pas la peine de se mettre sur son trente-et-un… Parce que… imaginez un type… La quarantaine… Tout ce qu’il y a de plus classe… Et puis beau… mais alors là beau !… Comme c’est pas possible… J’allais pas laisser passer une occasion pareille, attends !… Alors en avant, toute !… Un jeu d’enfant… Dix minutes après c’était dans la poche… Encore un quart d’heure et on était à l’hôtel… J’avais envie, non, mais comment j’avais envie !… C’est là que ça s’est gâté… Parce que j’ai eu beau le solliciter tant et plus… Sortir le grand jeu… Rien !… Mais rien !… Absolument rien… Il se laissait faire… Oh, pour se laisser faire, ça, il se laissait faire… Mais il bandait pas d’un millimètre… Comment tu te trouves conne !… Surtout qu’il disait rien… Pas un mot… Un type en général, dans ces cas-là, il t’explique que c’est la première fois que ça lui arrive, qu’il sait pas ce qu’il se passe, qu’il est désolé… Il essaie de faire quelque chose… Il se démène… Il s’occupe de toi… Pas lui !… Il te restait d’une passivité !… Comme s’il était pas là… Etranger à tout… Je te lui aurais foutu des baffes à la fin tellement ça m’agaçait…
- Et alors ?… Ca s’est terminé comment ?…
- Ca s’est terminé que je me suis tirée… Qu’est-ce tu voulais que je fasse d’autre ?…
- Et t’es restée sur ta faim…
- Pas vraiment, non… Parce que j’ai garé la voiture dans une rue déserte et que là…
- T’aurais pu attendre… Attendre d’être rentrée… Je t’aurais regardée faire…
- Ah non, non !… C’est perso ça…
- Je te verrai jamais en train de t’occuper de toi alors ?!…
- Non… Non… A moins qu’un jour vous fassiez quelque chose devant moi avec un autre homme… Parce que ça voir deux hommes ensemble ça me met dans un tel état que je peux pas m’empêcher… Devant eux… Mais enfin vous, je vous vois pas trop dans le rôle… Encore que… on sait jamais…

jeudi 4 mars 2010

Escobarines: Une fessée "méritée"





- Tu es venue… Mais ça, j’en aurais donné ma main à couper… Je commence à te connaître depuis le temps qu’on se côtoie, là-bas… Depuis le temps que je t’observe… Tu m’es devenue totalement transparente… Tu as hésité… Je suis sûre que tu as hésité… J’y vais ?… J’y vais pas ?… Que tu as fait semblant d’hésiter… Juste ce qu’il faut pour te faire croire que ce serait ta décision à toi… Mais en réalité, depuis le début, les dés étaient jetés… Parce qu’il suffit de se montrer péremptoire avec toi… Tranchante… Comme je l’ai été en te donnant rendez-vous ici… Et tu obtempères… Jamais tu n’oseras te dresser contre une volonté qui exige fermement de toi… C’est pas vrai peut-être ?… Tu ne réponds pas, hein ?!… Qui ne dit mot… En attendant tu dois bien te demander ce que je te veux…
- Oh, oui !…
- Tu n’en as pas la moindre petite idée ?…
- Je ne sais pas…
- Tu ne sais pas si tu en as une petite idée ?… C’est tout toi, ça… Bon, mais il y a combien de temps qu’on travaille ensemble ?… Bientôt un an… Et en un an j’ai totalement pris le pas sur toi !… Théoriquement tu es ma supérieure hiérarchique… Théoriquement… Parce que qui donne les ordres ?… Qui décide chaque fois que c’est nécessaire ?… Qui fait des reproches à l’autre quand le travail laisse à désirer ?… Qui commande en réalité ?…
- C’est toi…
- Bien sûr que c’est moi… Et c’est moi parce que j’ai de la personnalité… Une autorité naturelle… Qui coule de source… Qui va de soi… Je m’impose avec évidence… Tandis que toi… Ce n’est pas que tu n’aies pas de personnalité à proprement parler… Non… Mais il faut que quelqu’un la façonne… Te dirige… Tu ne peux t’épanouir qu’à « l’ombre de… » … Ca te rassure… Ca te donne confiance en toi… Sans une autorité qui te prenne délibérément en mains, tu es complètement perdue… Non ?… Je me trompe ?… Bien sûr que non !… Et tu le sais très bien… Tu sais très bien que sans moi… Seulement tout ça, pour le moment, ça reste dans le non-dit… Dans l’implicite… Tu peux encore, quand tu le souhaites, te voiler la face… Te raconter toutes les histoires que tu veux… Il est plus que temps que ça éclate au grand jour… Que tu acceptes de te voir telle que tu es…

Elle a avancé la main. Les deux. Les a posées sur ses épaules. A lentement fait glisser, sans la quitter des yeux, la robe le long des bras. L’a accompagnée jusqu’en bas…
- Tu n’as rien dit… Tu ne diras rien… Quoi que je fasse… T’opposer à moi ?… Me résister ?… C’est bien au-dessus de tes forces…
Elle a détaché le soutien-gorge, l’a jeté au loin derrière elle…
- Mais c’est qu’on serait pudique !… On se cache honteusement derrière ses bras… J’adore…
Elle a glissé deux doigts sous l’élastique de la culotte…
- Tu vas voir… Jusqu’au bout de toi je vais t’emmener… Petit à petit… Tout doucement… Te mettre en paix – en harmonie – avec ta véritable nature… Te rendre heureuse… Le seul moyen de l’être, c’est de ressembler à soi-même… Du plus près possible… Tu ne crois pas ?…
- Si !…
Elle l’a très légèrement descendue…
- Demande-le moi !…
- Quoi donc ?
- Tu le sais très bien !…
- Enlève-la moi !…
- Eh bien voilà !… Tu vois quand tu veux…
Elle la lui a baissée…
- Tu restes comme ça maintenant… Tu bouges pas… Je reviens… J’en ai pas pour longtemps… Qu’est-ce qu’il y a ?… Qu’est-ce que tu veux dire ?… Que des gens risquent de passer ?… Je le sais bien… Et alors ?!… Quelle importance ?!…

- Qu’est-ce tu fais à poil ?…
- Hein ?!… Mais tu m’avais dit…
- Je t’avais dit… Je t’avais dit… Je t’avais rien dit du tout… Et quand bien même je t’aurais dit !…C’est pas une raison… Est-ce qu’on reste comme ça toute nue en pleine nature ?… Au risque que n’importe qui surgisse… Et qu’il se passe ensuite n’importe quoi… Est-ce que tu réfléchis de temps en temps ?… Non… Tu es irresponsable… Complètement irresponsable… Et s’il y a pas quelqu’un pour te mettre un peu de plomb dans la cervelle !… Bon, mais on va s’en occuper… Je vais m’en occuper… Tu sais ce que tu mériterais ?… Tu le sais ?…
- Oui…
- Quoi ?…
- Une fessée ?…
- Evidemment une fessée… Et une bonne !… Et je peux te dire que tu vas pas y couper… Allez, approche !…

lundi 1 mars 2010

Colocataires2 ( 4 )

- Vous dormez ?…
- Hein ?!… Qui c’est ?… Qu’est-ce qui se passe ?…
- Rien… Rien… C’est que moi…
Et elle s’est glissée dans le lit à mes côtés…
- Qu’est-ce tu fais là, toi ?…
- Je veux pas rentrer… Pas tout de suite…
- Tu t’es disputée avec Peter ?…
- Non… Non… Oh, non !… Pas du tout… Au contraire… Mais il dort pas… Il m’attend pour que je lui raconte comment ça s’est passé la soirée…
- Et t’as pas envie…
- C’est pas que j’ai pas envie… C’est que j’ai envie de vous raconter à vous d’abord… Parce que ça fait des mois que je vous dis tout… Pratiquement tout… Et je vois pas pourquoi il faudrait qu’il se mette à prendre votre place comme ça, d’un coup, sous prétexte qu’il a envie d’être cocu… Ca me fait bizarre n’empêche… C’est pas la première fois que j’ai un régulier et que je couche quand même avec quelqu’un d’autre… Mais jusque là je faisais ça discret… Qu’il se rende pas compte… Ou que s’il se rendait compte il puisse faire semblant que non… Tandis que là c’est lui qui me pousse… Et à fond… Ca a un côté excitant, oui… Très même… Mais en même temps c’est comme si on te volait quelque chose… Quelque chose qui devrait être qu’à toi toute seule… Dans un sens t’es beaucoup plus libre, c’est vrai : tu peux aller avec qui tu veux… On va pas te le reprocher… Au contraire… Et dans un autre t’as plus rien qui t’appartient… Quand tu lui échappes t’es encore à lui… Surtout là qu’il veut tout régenter… Et décider en détail comment je dois le tromper… Du coup t’es obligée de tricher… C’est comme si t’existais plus si tu triches pas… C’est pour ça que je suis venue en direct ici après… Au lieu de me dépêcher de rentrer comme il voulait… Et pour ça aussi que j’ai tout arrangé à ma façon… Parce que ce qu’il m’avait demandé, lui, c’est de m’offrir au premier venu… Il y tenait beaucoup… « - Le premier qui te branche, c’est celui-là… Tu réfléchis pas… Tu fonces… »… J’ai quand même choisi, attendez !… Le type faut qu’il te plaise un minimum… C’est pas la peine sinon… Si ça devient une corvée… Pareil : il voulait que je le suce… Que je le fasse jouir en le suçant… Ca me disait rien… Je l’ai même pas pris dans la bouche…
- Et tu vas lui raconter quoi ?…
- Ce qu’il a envie d’entendre… Il sera content…
- Et il s’est passé quoi en réalité ?…
- Oh, le truc basique… Pas mal, oui, mais basique… Agréable le type… Et puis qui plaint pas son temps… Qui fait attention à toi… J’ai pris mon pied… Pas du feu de Dieu, non !… Mais je l’ai pris quand même…

On a sonné. Insisté…
- Ah, c’est toi !…
Melissa…
- Ben oui, c’est moi, oui !… Vous dormiez encore ?… Huit heures on avait dit et il est…
Mélianne a passé une tête ébouriffée, toute ensommeillée, par la porte de la chambre…
- Mais fallait me réveiller… Il doit être aux quatre cents coups l’autre là-bas…
Et elle s’est engouffrée, nue, dans la salle de bains…
- Bon, ben je vous laisse… Vous savez où j’habite… Quand vous serez disposé… A moins que vous préfériez passer la journée avec elle… C’est vous qui voyez…
Et elle a dévalé l’escalier…

- Je vous ai rien dit !…
- Non, mais tu tires une gueule !…
- Excusez-moi !… Excusez-moi, mais je me faisais une véritable fête de cette journée… Nous deux… Rien que nous deux… Pour une fois !… Alors je passe un temps fou à me préparer… Je vous attends, toute heureuse… Huit heures... Personne… Neuf heures… Personne… J’appelle sur votre portable… Dix fois… Vingt fois… Je tombe systématiquement sur votre messagerie. Folle d’inquiétude, je finis, après avoir longtemps hésité, par me précipiter chez vous… Et là je vous trouve encore au lit avec l’autre dinde qui n’a rien de plus pressé que de venir me déambuler à poil sous le nez… Et vous prétendez que vous couchez pas avec…
- Ben non… Non… Je couche pas avec…
- C’est vous que ça regarde… Vous n’avez pas de comptes à me rendre… Je vous l’ai déjà dit cent fois… Mais c’est quand même difficile à croire… Surtout quand on la connaît, elle…
- C’est pourtant la vérité…
- Elle débarque chez vous quand ça lui chante… A n’importe quelle heure du jour et de la nuit… Sous n’importe quel prétexte… Ce que, pour ma part, je ne me suis jamais permis de faire… Elle dort à poil avec vous… Alors… Il y a pas grand monde qui vous croirait, vous savez !…
- Je n’ai aucune espèce de raison de vouloir te mentir…
- Alors si c’est ça… ben si c’est ça… je me dis que j’ai eu drôlement tort de coucher avec vous, moi !… Parce que il y a que les filles avec qui vous le faites pas qui comptent pour vous… Elles passent loin avant les autres… Mais ça fait rien… Je me contenterai de ce que vous voudrez bien me donner… C’est déjà beaucoup… Et c’est infiniment précieux pour moi… Bon, mais allez !… On parle plus d’elle… Plus du tout… On s’occupe que de nous maintenant…