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jeudi 11 mars 2010

Escobarines: Grandeur et décadence...





- Frotte, ma belle, frotte !… De quoi t’as peur ?… D’abîmer tes jolies mains ?… Elles en verront d’autres… Parce que je peux te dire que je vais t’y apprendre, moi, c’que c’est que le vrai labeur… Celui-là qu’on s’y tue, nous, pendant que vous autres, là-haut, vous festoyez dans des châteaux si beaux que même les écuries on aurait peur de les y salir si on y mettait seulement les pieds… Quoi ?… Qu’est-ce t’as-t-y donc à geindre comme ça ?… Frotte !… Frotte !… T’arrête pas !… Eh bien ?!… Tiens !… Celui-là il va te redonner un peu de cœur à l’ouvrage… Celui-là aussi… Ca fait mal ?… Eh oui !… Fini le bon temps… Oh, mais t’en as bien profité… Ensorcelé comme tu l’avais ce pauvre messire… Qu’il en avait la tête toute tourneboulée… Que tout le monde dit que c’est toi qui l’as tué à force de jamais en avoir assez… Que tu l’avais rendu si maigre et décharné que… Quoi ?… Qu’est-ce qu’il y a ?… Rien ?… Oui… Ca vaut mieux rien… Parce que tu le vois celui-là ?… T’es plus du côté du manche, ma petite… Et tu peux les tenir prêtes tes fesses… Pour y ramasser elles vont y ramasser… Plus souvent qu’à leur tour… Tant que tu seras ici – et tu y es pour un moment à ce qu’il paraît – tu peux être sûre que je te donnerai pas trop souvent l’occasion de t’asseoir… Les consignes sont claires : ne pas te ménager… Surtout ne pas te ménager… Te faire payer… Et ça ils peuvent compter sur moi… Parce qu’après tout ce que tu lui as fait endurer à notre pauvre Dame… Que c’en est pitié… Jusqu’à jouer à la bête à deux dos avec son Messire devant elle, à ce qu’il se dit… C’est encore avoir beaucoup trop de bontés à ton égard que de t’envoyer ici… Si j’étais d’elle !… Un cul de basse fosse… C’est tout ce que tu mérites maintenant que ce pauvre messire a passé… Un cul de basse fosse sombre et humide où je viendrais te rendre, chaque jour, une petite visite et te faire caresser le bas du dos par les geôliers… Comme ça, tiens, tu vois !… Et encore comme ça !… C’est ça !… Braille !… Ameute tout le pays !… Qu’ils rappliquent tous !…

- Mais non, t’y as pas fini, non !… Décroche-les les draps… Laisse-les y tomber par terre… Eh bien ?… Tu écoutes ce que je te dis, oui ?!… Là… Et maintenant marche dessus !… Allez, vas-y !… Qu’est-ce que t’attends ?… C’est-y que t’en veux encore un coup ?!… Eh bien alors ! Allez, piétine !… Piétine !… Saute !… Ecrase… Mieux que ça !… Plus haut !… Encore !… Encore !…

- Non, mais ça va pas ?!… Qu’est-ce que t’es en train de faire ?… Du linge tout propre…
- Hein ?!… Mais c’est vous qui m’avez dit…
- Qui t’ai dit quoi ?…
- De… Non… Rien…
- Ah, je préfère… Tiens, celle-là tu l’auras pas volée… Non, mais dans quel état tu m’as mis mes draps !… Et les taches d’herbe, après, pour les faire partir !… Mais ça !… A toi de te débrouiller maintenant… De réparer tes sottises… Allez, à genoux !… Et frotte !… Frotte !…

- Tiens, v’là les hommes !… Qui nous reviennent des champs… Alors, les hommes, c’est-y que ça va comme vous voulez ?… Vous avez vu ce qu’on m’a amené ?…
- Ca… Pour voir… on voit…
- Ca nous vient en droite ligne du château… De cette pauvre Dame que ça a fait tant et plus cocue du vivant de ce pauvre Messire… Oh, mais que que ça va pas avoir trop de ses yeux pour pleurer maintenant !… Qu’on va s’en occuper…
- Ca a déjà commencé à ce qu’il semble…
- Oui… Même que ça a drôlement pris des couleurs par derrière…
- Et par devant !… Venez-y voir par devant…
- C’est que ça te vous a des petits seins à croquer…
- Et le corbillon !… C’est qu’il a pas dû s’ennuyer à le mignoter Monseigneur… Tout coquet comme il est…
- Et si tu nous montrais aussi ton petit minois maintenant, ma belle ?…
- Mais oui, allez, relève la tête !… Fais pas ta timide !…
- Eh bien ?!… Qu’est-ce que t’attends ?… T’es sourde ?… T’entends pas ce qu’ils te demandent ?… Alors dépêche-toi ou je te…
- Ah, ben voilà !…
- Mais c’est que c’est tout avenant… Tout mignon comme tout…

- C’est toi… Oui, c’est bien toi… Regarde-moi !… Tu ne me reconnais pas ?…
- Non…
- Et la balafre, là, sur ma joue, tu la reconnais pas non plus ?…
- Non plus… Non…
- C’est pourtant ton œuvre…
- A moi ?…
- A toi, oui… Seulement on compte si peu pour vous, on a si peu d’importance que tu n’en as pas conservé le moindre souvenir… Moi, si !… Tu chevauchais, au grand galop, en compagnie de Monseigneur… J’étais sur ta route, un fagot de bois sur l’épaule… Je n’ai pas eu le temps de m’en écarter… Tu as cinglé… Avec ta cravache… De toutes tes forces… Et tu as poursuivi ton chemin sans un mot, sans un regard pour moi… A l’entrée du bois tu avais déjà oublié… Tout oublié… Tu n’oublieras plus désormais… Tu vas te souvenir à tout jamais…

Sa femme lui a tendu le battoir. Il l’a pris…

4 commentaires:

  1. Il est des positions dont il vaut mieux ne pas déchoir... ;-)

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  2. Effectivement!... L'Histoire de France ( la "petite" ) est d'ailleurs pleine de récits de "déchéances" survenues après la mort du roi ou d'un grand quelconque...
    Bonne journée...
    Amicalement...
    A bientôt...

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  3. Bonjour François,

    Des exemples !! As-tu des exemples de déchéances croustillantes ? Donnes des références .

    Je me souviens d'une histoire après une bataille en Angletterre, où les vainqueurs avaient violé directement sur le champ de bataille les femmes des vaincus, même les dames nobles.

    Amitiés à toi
    Philippe

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  4. Bonjour Philippe,

    Bien sûr les événements historiques, quels qu'ils soient, ont eu lieu et il est toujours possible d'y faire référence ou allusion...

    Mais j'avoue que, pour ma part, l'idée que des personnes en chair et en os ont réellement subi les humiliations, sévices ou actes de cruauté qui nous sont rapportés me rend incapable d'éprouver autre chose que de la répulsion et de la compassion...

    C'est peut-être d'ailleurs la raison pour laquelle je me suis délibérément tourné vers des histoires imaginaires. Personne n'y subit quoi que ce soit "en vrai", n'y souffre réellement de quoi que ce soit. Ca permet d'explorer - un peu et très modestement - les replis de l'âme humaine dans ce qu'elle peut avoir de complexe et d'imprévisible. Ou de donner libre cours à des fantasmes qui peuvent également être exprimés - et joués - entre adultes consentants...

    A bientôt

    Amicalement à toi...

    François

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