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lundi 29 novembre 2010

Colocataires3 ( 23 )

- Oh, mais alors… Mais alors… C’est dommage pour son père… Si, c’est vrai !… Je le plains le pauvre homme… Mais du coup je vais pouvoir dormir avec vous, moi, ce soir… Super !… Et toutes les autres nuits après… Jusqu’à ce qu’elle rentre… Et il va sauter son tour, hein ?… Pas question qu’elle récupère…
- On verra ça le moment venu…
- S’il vient… Parce que s’il arrive quelque chose à son père je sais ce qu’il va se passer… Jamais elle la laissera repartir sa mère… Elle voudra qu’elle reste là-bas à tenir la boutique avec elle… Et elle le fera Mélianne… Parce qu’elle a jamais coupé le cordon… Elle a l’air comme ça d’être indépendante et tout et tout, mais en réalité… Vous avez remarqué que ceux qui se donnent des airs de faire tout ce qu’ils veulent sans que personne leur impose jamais rien souvent c’est pour cacher que c’est hypersimple de les faire filer doux ?… En attendant on va l’avoir pour nous tout seuls la maison maintenant comme ça… Sans que personne vienne nous déranger… Comme au tout début… Quand il y avait que vous et moi ici… Toujours ça aurait dû rester comme ça… Jamais j’aurais dû partir… Mais bon… Ca va revenir comme avant… En encore mieux… Dès que j’en aurai fini avec Romuald… Vous allez m’aider, hein ?… Vous viendrez demain à midi ?…
- Tu verras bien…
- On peut jamais savoir avec vous… Ce que ça peut être agaçant…

- Vous êtes venu… J’y croyais pas trop… Parce qu’avec l’autre Amandine là… Que vous allez retrouver tous les jours… Il est juste en face le restau… Qu’est-ce qu’elle va dire ?… A votre avis ?… Elle va vous faire la gueule ?… Il y en a un en tout cas il a dû se demander pourquoi je détalais comme ça d’un seul coup… C’est que je vous avais vu par la fenêtre… Il doit y être encore scotché… A se demander qui vous pouvez bien être… C’est toujours à cette table-là que je me mets avec lui… C’est pas mal ici, vous verrez… Sans plus quand même… Par rapport à là où on allait ensemble avant… L’avantage, c’est qu’ils servent vite… On attend pas… Non, mais sérieux… elle va réagir comment que vous soyez pas allé l’attendre ?… Parce que je voudrais pas que vous vous engueuliez à cause de moi…
- T’inquiète pas pour ça…
- Oui, ben moi en tout cas je vais être bonne pour passer l’après-midi à répondre à des questions à n’en plus finir… Alors j’ai deux solutions : ou bien je lui raconte que vous êtes un vieil ami de mes parents et qu’il y a jamais rien eu entre nous… ou bien je lui fais croire que vous êtes l’amour de ma vie et que maintenant que vous êtes revenu il a plus aucune chance… Vous en pensez quoi ?…
- Qu’il serait beaucoup plus simple de lui dire que tu t’es trompée, que tu n’éprouves aucun sentiment pour lui et qu’il vaut mieux que vous en restiez là…
- Vous le connaissez pas… Il va insister…
- A toi de tenir bon…
- Je sais pas si j’y arriverai… Vous m’aiderez, hein ?!… Vous me laisserez pas tomber… Tous les jours vous viendrez… Au moins au début… Promis ?…

- Le pauvre type !… Le petit con !… Vous savez comment il a pris ça ?… Par dessus la jambe… Rien à foutre, mais alors ce qui s’appelle rien à foutre… « - Si c’est ton choix… » C’est tout ce qu’il a trouvé à me dire… Et il m’a tourné le dos… Quand je pense aux grandes déclarations enflammées qu’il me faisait… Que j’étais la femme de sa vie… Qu’il voulait la finir avec moi… Qu’on aurait une maison comme ci… Avec un jardin comme ça… Et deux enfants… Et… Tu parles !… Et le plus beau – parce que vous savez pas le plus beau – c’est qu’en bas à la machine à café, avec les autres mecs, il est allé se vanter qu’il s’était bien foutu de ma gueule… Que j’étais le genre de nana sur laquelle il valait vraiment pas le coup de s’attarder… Que j’avais strictement aucun intérêt… Que j’étais juste bonne à ce qu’on me saute… Et encore !… Même pour ça on pouvait pas dire que j’étais franchement douée… Parce qu’il l’est, lui ?… Il te pétrit comme s’il faisait du pain… Vous le croyez aussi, vous ?…
- Quoi donc ?…
- Que j’ai aucun intérêt…
- Il me semble t’avoir, depuis le temps, abondamment prouvé le contraire…
- Oui, mais vous, c’est vous… Les autres… Jamais il y a aucun mec qui s’intéresse à moi pour de bon… C’est toujours que pour mon cul… Evidemment on peut toujours dire que les hommes ils sont tous comme ça… Et c’est vrai dans un sens… Mais il y a quand même des filles ils arrivent à rester avec… Ils sont amoureux… Tout ça… Pas moi… Ca doit être que je sais pas m’y prendre… Ou que j’ai quelque chose qui va pas… Non… Je sais ce que c’est en vrai… C’est que je suis nulle… J’ai aucune personnalité… Aucune culture… Je suis banale à en pleurer…
- Ben voyons !…
- Si, c’est vrai !… Alors à part me laisser tirer… Au moins je prends mon pied… Quand ça veut bien le faire… Et je peux me bercer un peu d’illusions… M’imaginer des trucs… Oui, je sais… Je sais ce que vous allez me dire… Que ça va venir… Le moment venu… Et que c’est pas en faisant n’importe quoi…
- C’est pas moi qui l’ai dit… C’est toi… Et c’est toi qui as voulu que…
- Vous voyez bien que je suis nulle… Bon, mais allez !… On parle d’autre chose… Ou plutôt on parle pas… Prenez-moi dans vos bras… Que je m’endorme comme ça… Mais avant… Vous viendrez demain à midi, hein ?!… J’ai pas envie qu’il me tombe dessus… Il serait capable de vouloir réessayer… Pour montrer qu’il peut faire tout ce qu’il veut de moi… Pour m’humilier un peu plus…

jeudi 25 novembre 2010

Escobarines: Au coin



- Bon, tata, s’il te plaît, je pourrais pas me rhabiller maintenant ?… Ils vont arriver…
- Ils devraient pas tarder… En effet… Et voir dans quel état est le derrière de leur cousine…
- Je t’en supplie, tata… Pas ça !…
- Alors tu me dis ce qui s’est passé…
- Je peux pas…
- Comme tu voudras… Mais moi, je veux savoir qui a flanqué une fessée à ma grande nièce de vingt-deux ans et pourquoi…

- Tata ?!…
- Oui, ma chérie…
- Tu le répéteras pas ?… A personne ?…
- Dis toujours…
- J’ai fait une bêtise… Une grosse bêtise…
- Quel genre de bêtise ?…
- Tu sais, la bijouterie ?… Dans la grand rue…
- Oui… Eh bien ?…
- Il était pas là le patron quand j’y suis rentrée ce matin… Et il y avait une vitrine, à l’intérieur, qu’était restée grande ouverte… C’était trop tentant… J’ai pris une bague… Sauf que juste à ce moment-là il s’est relevé de derrière son comptoir… Il était en train de traficoter quelque chose là-dessous… Il m’a laissé le choix… Les gendarmes ou « ça »… T’es connue ici… J’ai pas voulu te causer de problèmes…
- C’est pas vrai que t’as fait une chose pareille ?…
- Ben si !… Je suis désolée…
- Je l’appelle… Je l’appelle sur-le-champ… Pour m’excuser… Pour voir avec lui…
- Non, tata, non… S’il te plaît… Non…
- Pourquoi “non” ?… Parce que tu m’as menti ?… Une fois de plus ?… Tu as inventé ?… C’est ça, hein ?… Eh bien quand tu seras décidée à me dire la vérité… Pour le moment tu restes là…

- Tata ?!…
- Oui ?!…
- C’est dur à dire…
- Je n’en doute pas…
- C’est… Tu sais, la maison des vacanciers ?… Celle aux volets blancs quand on monte vers la croix… Eh bien en passant devant hier j’ai entendu du bruit… le genre de bruit que ça fait un couple quand c’est en train de… enfin tu vois ce que je veux dire…
- Tout à fait…
- Et… je sais pas ce qui m’a pris… Je suis pas comme ça d’habitude… Pas du tout… Mais là j’ai eu envie de les regarder… Elle était pas fermée à clé la porte du jardin… Alors je suis entrée… Je suis allée sous la fenêtre… Je me suis hissée tout doucement, les yeux au ras du rebord… Et là… elle m’a vue la femme… Elle l’a dit au type… Qui s’est précipité… Qui m’a empoignée…
- Ma pauvre chérie… Quel sale moment tu as dû passer…
- Oh oui !… Jamais je voudrais revivre ça !… Jamais…
- Le seul problème, c’est qu’ils sont repartis samedi les vacanciers… Ils pouvaient donc pas être là hier…
- Peut-être qu’ils ont prêté leur maison… Que j’ai pas fait bien attention… Que c’était pas eux…
- Ben voyons !… Tu as beaucoup d’imagination… Mais moi, c’est la vérité que je veux…

- Les voilà !… Je les entends…
- Les voilà, oui…
- Tata !… S’il te plaît… Ils vont me voir…
- Tu peux encore éviter ça…
- Pour quoi je vais passer ?… On s’était tous promis… Tous les cinq… On avait même juré…
- Vous vous étiez promis ?… Vous vous étiez promis quoi ?…
- Qu’on ferait très attention… Que personne se rendrait compte… Et puis voilà que moi, comme une idiote… Ils vont croire que je l’ai fait exprès de vendre la mèche… Que je les ai trahis…
- Tu n’es pas en train de me dire que ce sont tes cousins qui…
- Mais non, mais c’est parce que…
- Lequel ?… Quel est celui qui t’a fait ça ?…C’est Julien, hein ?… Je suis sûre que c’est lui…
- Pas cette fois-ci, non…
- « Pas cette fois-ci… »… Ce qui veut dire que… On aura tout vu… C’est qui ?… Kevin ?… Eh bien réponds !…
- Non… C’est Manon…
- Manon !… De mieux en mieux… Et on peut savoir pourquoi ?…
- Oh, mais pour rien !… Juste comme ça… Sans raison on se le fait des fois… A tour de rôle… Pour s’amuser… Bon, mais tata, ça y est ?… Je peux ?… Ils montent l’escalier…
- Tu peux, oui… Mais je ne te tiens pas quitte pour autant…
- Tu vas rien dire, hein ?…
- Pas pour le moment, non…

lundi 22 novembre 2010

Colocataires3 ( 22 )

- Ils te plaisaient pas ?…
- Si !… Oh, si !… Pourquoi ?…
- Je sais pas… Une impression… T’étais moins là on aurait dit… Presque comme si tu t’ennuyais par moments…
- Tu te l’es imaginé…
- Je crois pas, non… C’était parce que tu les connaissais pas d’avant ?… C’est ça ?…Tu te sentais pas à l’aise ?…
- Oh, non… Non…
- Bon, mais on va pas épiloguer là-dessus… C’est déjà pas mal que tu sois venu… J’y croyais pas, tu sais… Avec les deux autres dindes…
- En tout cas, toi…
- Ah, ça, c’est sûr… Ils m’ont épuisée… Vous m’avez épuisée…
- Mais personne t’a touchée !…
- Si, moi !… C’en est même douloureux tellement je me le suis sollicité… Bon, mais allez !… Faut que je dorme… C’est une nécessité absolue… Et viens pas m’attendre à midi, hein !… J’y serai pas…

- Qui c’est qui m’a piqué toutes mes culottes ?… C’est vous ?…
- C’est moi, oui… Et pas que les culottes… Les strings aussi… Et les soutien-gorge… Mais, comme tu l’auras constaté, j’ai tout remplacé…
- Oui, oh, tu parles !… Vous croyez vraiment que je vais porter ces machins-là ?…
- Bien sûr !…
- Oui, oh ben alors là !…
- Tu m’as demandé de te défendre contre toi-même…
- C’est sûrement pas de me piquer mes affaires qui va y changer grand chose… Vous imaginez quoi ?… Que je peux pas aller m’en acheter en douce et les laisser dans mon casier au boulot ?… Ou bien carrément me promener cul nu ?… Vous croyez vraiment que ça me gênerait ?… Vous me connaissez mal… Que ça m’empêcherait de lever un mec ?… Au contraire… Comment ça les énerve quand ils s’aperçoivent qu’on n’a pas mis de culotte…
- T’as déjeuné où à midi ?…
- Pourquoi vous me demandez ça ?…
- Parce que… T’as déjeuné où ?…
- Dans le petit resto où je vais d’habitude…
- Avec qui ?…
- Un collègue… Un type sans intérêt… C’est quoi cet interrogatoire ?…
- Et après ?…
- Après… On est retournés bosser… Vous vouliez qu’on fasse quoi d’autre ?…
- T’oublies pas quelque chose dans l’intervalle ?…
- Alors comme ça vous m’espionnez ?…
- Dans ton intérêt… Et tu le sais très bien… Alors on reprend… T’étais avec qui à midi ?…
- Pourquoi vous le demandez puisque vous le savez ?…
- C’était Romuald, hein ?!…
- Ben oui, c’était Romuald, oui !… Et on est allés à l’hôtel… Et on a couché ensemble… Voilà…
- Tu es vraiment incorrigible…
- Oh, mais c’est de votre faute aussi !…
- Ben voyons !…
- Si, c’est de votre faute, si !… Parce que c’était notre dernière nuit hier… Pour une semaine… Et vous, vous êtes même pas rentré… Vous l’avez passée je sais pas trop où la nuit… Enfin si, je sais !… Vous êtes allé sauter l’autre espèce de pétasse d’Amandine… Sans seulement vous préoccuper de savoir si j’avais pas besoin de vous… Ben si, j’avais besoin, si !… Et pas qu’un peu… Pour me donner du courage… Pour me pousser au cul… Vous croyez que c’est facile, vous, de larguer quelqu’un ?… Même que ce soit le pire des salopards et le dernier des menteurs ?… Surtout que celui-là il a une façon tellement suppliante de vous regarder que vous êtes bien obligée de craquer et de vous dire que c’est plus à un jour près… Que c’est plus à une fois près… Que ça peut bien attendre demain… Et puis encore le demain d’après… J’ai aucune volonté… Pour rien… Et encore moins pour les types que pour le reste… Alors les fessées, c’est bien, mais ça suffit pas… Parce que je le vois tous les jours, moi, ce type… Et que même si j’y arrive il va me faire du rentre-dedans tant et plus – c’est pas le genre à se laisser plaquer comme ça – et qu’à un moment, forcément, je vais rechuter… C’est obligé… Non… Le seul moyen pour que ça se produise pas ce serait que vous veniez déjeuner avec moi le midi… Je serais coincée… Et lui il se tiendrait à distance… Il viendrait pas s’y frotter… Je le connais, va !…

- Qu’est-ce tu fais ?…
- Mon sac… Ca se voit pas ?…
- Tu t’es disputée avec Victorine ?…
- Oh, Victorine !… Non… C’est mon père… Ca va pas bien du tout… Faut que je remonte là-haut… Je sais pas quand je pourrai redescendre… Surtout que s’il arrive quelque chose à mon père – et le médecin m’a laissé entendre qu’il fallait malheureusement s’y attendre – ma mère va s’effondrer… Faudra que je la porte à bout de bras…
Elle s’est jetée, en larmes, contre mon épaule…
- En tout cas faut que vous sachiez un truc c’est que si on se revoit pas…
- Il y a aucune espèce de raison…
- Vous êtes quelqu’un qui a beaucoup compté pour moi… Enormément… Beaucoup plus que n’importe qui… J’y vais… M’accompagnez pas… Laissez-moi partir… Merci… Merci pour tout…

jeudi 18 novembre 2010

escobarines: Au service de Mademoiselle





- Mais qu’est-ce t’as, Suzette ?… Tu pleures ?… C’est ton amoureux ?… Il a été méchant avec toi, c’est ça, hein ?…
- Oh, non, non… C’est pas Denis, non…
- C’est quoi alors ce gros chagrin ?…
- C’est Mademoiselle Lise… Qu’est toujours après moi… Dix fois qu’elle m’a fait recommencer les poussières au salon et dans les chambres… Quinze fois… Que ça allait jamais… Et qu’elle me répète sans arrêt que je suis pas capable… Que Madame sa mère elle est bien trop bonne avec moi… Que le jour où elle sera plus là la porte elle sera pas assez grande pour que je m’en aille… Que j’irai crever de faim dans un coin… Que c’est tout ce que je mérite… alors quand elle va passer de l’autre côté la pauvre Madame…
- C’est pas demain la veille… Et t’inquiète pas que la Lise elle te mettra pas dehors…
- Oh, si !… Si !… Elle me le répète assez… Et qu’est-ce que t’y pourras rien faire, toi, ma pauvre Fanchon…
- On verra… Alors ça on verra…

- C’est pas vrai !… Hein, tu le sais bien, toi, Fanchon, que c’est pas vrai…
- Quoi donc qu’est pas vrai ?…
- Que je l’aguiche son frère… Que je fais tout pour qu’il me coince… C’est ce qu’elle dit… Et qu’elle voit clair dans mon petit jeu… Que j’ai pas intérêt à continuer à m’y frotter à monsieur Edouard parce que alors là j’aurai affaire à elle… Et que de toute façon Denis il va être au courant… Elle va faire ce qu’il faut pour… Mais je veux pas, moi, Fanchon, c’est pas juste… C’est tout faux ce qu’elle raconte… Et si Denis il apprend des choses pareilles…
- Ah, elle le prend comme ça !… Eh bien elle va voir ce qu’elle va voir… Tu sais où on étend les draps ?…
- Ah, ben ça oui pour sûr !… C’est moi qui le fais…
- Alors va te cacher sous l’escalier ce tantôt et quand tu entendras du bruit viens voir ce qui se passe…

- Personne t’a vue monter, Fanchon, tu es sûre ?…
- Mais oui, Mademoiselle, qui voulez-vous qui vienne traîner par ici à c’t’heure ?… Tout le monde vaque à ses occupations…
- Et tu me gardes bien le secret, hein ?… Tu me promets ?… Que personne sera au courant… Jamais…
- Depuis le temps que Mademoiselle se confie à moi…
- Oui… Bien sûr… Je suis stupide… Tu es muette comme la tombe… Tu l’as toujours été…
- Comment Mademoiselle souhaite-t-elle que nous procédions aujourd’hui ?…
- Comme tu voudras, Fanchon… Mais chauffe-moi le bien !… Qu’il me brûle un bon moment…
- Avec le battoir alors…
- Si tu veux… Et parle-moi !… Comme tu fais d’habitude… J’aime trop ça quand tu me parles pendant…
- Allez, Mademoiselle !… On découvre son petit cul…
- Oh, Fanchon !…
- Et plus vite que ça… On se dépêche !… On a beau être une grande fille… On va y avoir droit… Et on va s’en souvenir…
- Mais j’ai rien fait, Fanchon !… J’ai été sage…
- A qui Mademoiselle veut faire croire ça ?… Est-ce qu’elle n’a pas eu de vilaines pensées ?… Est-ce qu’elle n’a pas laissé discrètement traîner ses regards sur les hommes à la messe ?…
- Ben si , mais…
- Alors on ne discute pas… Et on s’amène par ici… Allez, hop !…
- Aïe !… Aïe !… Mais ça fait mal, Fanchon…
- Parce que Mademoiselle s’imagine que je l’ignore ?… C’est justement là l’intérêt de la chose…
- Tu peux encore plus, tu sais, si tu veux…
- Et je vais pas m’en priver… Comme un cochon qu’on égorge elle va braîller la petite Demoiselle…

- Ouche, Fanchon !… Tu y es pas allée de main morte…
- Mademoiselle le regrette ?…
- Oh non, non, au contraire… Mais… écoute !… T’as rien entendu ?…
- Non…
- Il y a quelqu’un… Si !… T’entends pas ?… Ca dégringole l’escalier… Va voir !… Tu veux pas aller voir ?…
- C’est Suzette… Elle est partie…
- Suzette !… Mais qu’est-ce qu’elle faisait là ?…
- Ca !…
- Mais c’est horrible !… Elle va rien avoir de plus pressé que d’aller raconter partout ce qu’elle a vu…
- Suzette ?… Oh non !… Elle dira rien… J’en fais mon affaire… A condition toutefois que Mademoiselle ne se montre pas trop dure désormais avec elle… Qu’elle évite de la prendre à rebrousse-poil comme elle a trop souvent tendance à le faire…

lundi 15 novembre 2010

Colocataires3 ( 21 )

- Quel salopard !… Il m’a bien eue… Non, mais c’est pas possible de se faire avoir comme ça !… Et à chaque fois !… Comment elles font les autres ?… Elles se font avoir pareil… Faut pas me raconter d’histoires… Si c’est pas avant c’est après… Celles qu’en ont un que soi-disant ça dure c’est que ou bien elles ont de la merde dans les yeux ou bien elles font semblant de rien voir pour pas le perdre… Les mecs il y a rien qui compte pour eux… Il y a jamais rien de sérieux… La seule chose qui les intéresse c’est de nous tirer pour nous mettre à leur tableau de chasse… A part ça c’est le vide… Le néant…
- Si, au lieu de te mettre dans des états pareils, tu m’expliquais ce qui s’est passé…
- Il s’est passé que non seulement il est marié Romu, non seulement il a jamais eu l’intention de divorcer, mais en plus il en a trois autres…
- Ah !…
- Comme vous dites, oui… « Ah !… » Quand je pense à tout ce qu’il m’a raconté… Tout ce qu’il m’a promis… Et j’y ai cru, moi… J’y ai cru… Non, mais quelle conne je fais…
- Tu y as cru… Pas complètement quand même…
- Si !… Ah oui, oh !… Parce que vous imaginez que les horreurs que vous m’avez obligée à porter ça a empêché quoi que ce soit ?… Vous êtes drôlement naïf, vous savez, quand vous vous y mettez…
- Je croyais que…
- Que j’aurais bien trop honte pour coucher avec un mec accoutrée comme ça ?… Ca, c’est sûr… Mais une nana, quand elle a envie, elle trouve toujours une solution… Si vous aviez eu l’idée de regarder dans mon sac, le matin, quand je partais, vous vous seriez rendu compte que j’emportais de quoi me changer… Et pas n’importe quoi… Ce que j’ai de plus sexy… Oui… Oui… Je sais… Vous allez m’en coller une… Et vous aurez bien raison… Et même – je devrais pas vous le dire – mais j’espère que vous allez pas me louper cette fois-ci… Que vous allez me faire passer l’envie de recommencer… Et pour un bon moment… Mais ça je sais que je peux compter sur vous… N’empêche comment il savait s’y prendre ce salaud… J’en ai eu des mecs – et pas qu’un peu ! – mais des qui s’y prenaient aussi bien je peux les compter sur les doigts de la main… Et quand je pense que… Oh, mais il perd rien pour attendre… Il va voir ce qu’il va voir et pour commencer je vais aller la trouver sa bonne femme… Et je vais tout lui raconter… Tout…
- Tu vas te tenir tranquille…
- Non, mais…
- Il n’y a pas de « non, mais » qui tienne… Tu vas te tenir tranquille, j’ai dit… Et pour commencer, tu vas aller m’attendre dans la chambre où on a un petit compte à régler tous les deux…

- Comment ça me brûle !…
- C’est fait pour…
- Je sais pas ce que je deviendrais sans vous… Même si j’en fais encore qu’est-ce que vous m’en avez évité des conneries !… Sans l’avoir toujours su… Parce qu’il y a eu des fois… En catastrophe ça aurait pu se terminer… Mais rien qu’à penser à vous ça me remettait dans le droit chemin… Ca m’empêchait… Bon… Mais vous savez pas ce qu’il faudrait maintenant – on en a déjà parlé une fois – c’est que vous soyez encore plus sévère avec moi… Je veux dire… Pas seulement en me donnant des fessées, mais en me dirigeant plus… En me surveillant… En me réglementant… J’y pense des fois… Souvent… J’imagine, dans ma tête, que vous vous occupez de tout… A ma place… Que vous décidez de tout… Moi, j’ai plus rien à faire du coup… Juste à me laisser porter… Sans me poser de questions… En sachant que là où vous me faites aller c’est forcément là où c’est le mieux possible… Comment on doit se sentir bien…

- Vous m’avez attendue hier à midi ?…
- Avant-hier aussi…
- Je suis pas venue bosser…
- J’ai vu… Ce qui aurait quand même été gentil c’est de me passer un petit coup de fil pour me prévenir…
- Vous l’avez jamais avec vous votre portable… Et je veux pas vous appeler sur le fixe… Si c’est pour tomber sur l’autre cinglée de Mélianne…
- Il y avait rien de grave au moins ?…
- Oh non, non !… Au contraire… Non… J’étais avec Pierre-Yves… Et un copain à lui… Enfin… Deux copains à lui… Ils m’ont fait le spectacle… Et ce soir ils en amènent encore un autre… Ca va être quelque chose… Vous venez ?…
- Je verrai, mais je crois pas, non…
- Ca te tente plus de faire des trucs avec d’autres types devant moi ?…
- C’est pas ça, non, mais…
- Mais il y a les deux autres… Qui se disputent la place dans ton lit… Qui se crêperaient le chignon pour l’avoir… Alors si t’oublies de rentrer t’as pas fini d’en entendre… Ca va te faire la gueule… Discuter à n’en plus finir, comme de vraies gamines, pour savoir si elle « compte » ou pas cette nuit-là… Finalement avec elles t’es plus libre de grand chose, hein !… Bon, mais ça me regarde pas… Alors si t’as envie de venir – ou si tu peux – tu viens… Sinon ben tant pis… Même si j’aimerais beaucoup que tu sois là… Si j’aimerais beaucoup te voir avec eux… Ce qu’il y a de sûr en tout cas c’est que si la nuit prochaine est comme les précédentes – ce qui est probable – je risque pas d’être au boulot demain… Ni même après-demain…

jeudi 11 novembre 2010

Escobarines: Fringues ( 4 )





Un pas. Quelqu’un s’est approché. Eloigné. Approché de nouveau…
- Te retourne pas…
Chuchoté à son oreille… Une voix féminine…
- Et ne bouge pas !… Ca te va très bien le manche de la cravache dans le derrière comme ça…
- Il y est pas vraiment…
- Mais il y sera… Un jour ou l’autre il y sera… Pour ça tu peux compter sur moi… Bon, mais en attendant tu te tais… Et tu me laisses profiter tranquillement du spectacle que tu m’offres si gentiment…
Encore ses pas. Le silence. Longtemps. Un rire étouffé. Sa voix à lui, le patron…
- Comme tu veux… Tu fais comme tu veux… Tu as carte blanche…
Elle est revenue…
- Alors, à ton avis, qu’est-ce qui va se passer maintenant ?… Je vais te laisser là, toute seule, à attendre, pendant des heures, que des gens viennent ?… Des gens qu’on aura convoqués tout exprès… Des gens devant qui mon mari viendra te fouetter comme tu le mérites… C’est ça que tu attends, hein ?… Eh bien non !… Ce sera pour une autre fois… Pour le moment on va monter discuter un peu toutes les deux… Tu me rejoins là-haut…
Et elle a entamé l’escalier sans se retourner…

- Oui, entre !… Tu t’es rhabillée !… Qui t’a dit de te rhabiller ?…
- Hein ?… Personne, mais…
- Et frondeuse avec ça !… J’aime… Alors comme ça on vient se faire donner régulièrement la fessée au magasin par mon mari… Tu sais que c’est très vilain ?… Et que je suis très en colère contre toi ?… D’autant que tu as des idées bien précises derrière la tête, je suppose…
- Oh non, non… Pas du tout, non…
- A qui tu veux faire croire ça ?…
- Si, mais c’est vrai, hein !…
- Ben voyons !… De toute façon – et quoi qu’il en soit – quand on est une jeune femme qui se respecte – on n’offre pas comme ça son derrière à fesser à un homme sachant que tout peut, à tout moment, déraper… Non… Si on y tient absolument, si on ne peut pas s’en passer, on trouve une autre femme pour se faire corriger… Une femme avec qui on se sentira pleinement en sécurité et qui s’y prendra, à l’évidence, beaucoup mieux… Non ?… Tu ne crois pas ?…
- Ben si, si, mais…
- A la bonne heure… Tu vois que tu peux te montrer raisonnable quand tu veux… Bon, mais ne perdons pas de temps !… En position !… On va faire rougir ce gentil petit popotin qui en crève d’envie… Là… Tu es prête ?… Bien calée ?… En route… On commence par baisser cette petite culotte que tu n’aurais jamais dû remettre et… Mais sursaute pas comme ça !… Tu t’attendais bien à ce que ça tombe, non ?…
- Ben oui, oui, mais pas si tôt…
- Tais-toi donc !… Je t’ai rien demandé… Je veux plus t’entendre…
Et elle a tapé. A grands coups rapprochés…
- Joli le jeu de jambes, là… Très joli… Il montre bien ce que tu as à montrer… Dans les moindres détails… On ne s’en lasse pas… Allez, encore !… Et tu as une très belle voix… Si, si, c’est vrai… C’est pas pour te flatter… Très expressive… Très profonde… Bien à fond on va l’exploiter… Allez !…
Et ça s’est encore accéléré…
- Non, mais c’est pas vrai !… Je rêve… Non, mais c’est pas vrai que tu mouilles ?… Oh, la vilaine !… Tu n’as pas honte ?… Au coin !… Au coin tout de suite !… Et tu bouges pas de là… Sinon t’auras affaire à moi…

C’était un vieux papier à fleurs de dans le temps. Derrière, le silence. Elle est partie. Elle est revenue. Elle a feuilleté une revue… Encore partie… Encore revenue… La porte s’est ouverte… Lui…
- Tiens, je t’amène du renfort… Cette petite blonde… Depuis le temps qu’elle rêve d’en tâter… Avance, ma chérie !… Avance !… Elle va pas te manger la dame… Et, ah oui, inutile que tu les présentes toutes les deux… Elles se connaissent très bien…
- Quelqu’un t’a dit de te retourner, toi ?… Non ?… Eh bien alors !…
- Il y en aura encore une autre après… Je te la garde au chaud en bas… Le temps que tu finisses avec celle-là…

lundi 8 novembre 2010

Colocataires3 ( 20 )

- Excuse-moi pour l’autre soir !… Je me suis énervée…
- C’est pas bien grave…
- Reconnais quand même qu’il y avait de quoi !… On s’était organisé notre petite vie tranquille tous les deux… On s’entendait super bien… Seulement v’là l’autre qui rapplique sans crier gare de sa Guyane et aussitôt c’est la zone… Elle nous met une pagaille monumentale… Je fais avec… J’ai pas vraiment le choix… Bon… Après, par là-dessus, je te présente Amandine… On se fait des trucs tous les quatre avec Allan… C’est magique… Et d’un seul coup, sans crier gare, sans même prendre la peine de prévenir, vous vous la jouez perso… Elle est où ma place dans tout ça ?… Si je suis de trop, si tu préfères que je dégage, autant que tu me le dises carrément…
- Tu sais bien qu’il a jamais été question de ça…
- Ben on dirait pas il y a des moments… De toute façon ça va pas pouvoir durer comme ça… On est trois… Dont deux qui veulent te garder pour elles toutes seules… Alors tu veux que je fasse quoi, moi ?… Que je me laisse tranquillement mettre sur la touche ?… Que je leur laisse le champ libre ?… Eh bien non !… Non… Je tiens beaucoup trop à toi… S’il faut se battre je me battrai… Jusqu’au bout… Et on verra… On verra bien qui sera la plus forte…
- Tu crois pas qu’il vaudrait quand même beaucoup mieux vous entendre ?…
- Ca, je te le fais pas dire… Mais va essayer de leur expliquer ça, toi !… Non… Ce qu’il faudrait c’est que ce soit toi qui choisisses… Une bonne fois pour toutes… Seulement ça c’est pas demain la veille non plus…

- Vous vous êtes trompé… Et en beauté… Plus je le connais Romuald et plus c’est clair que vous vous êtes trompé… Qu’il va divorcer… Ce qu’est clair aussi, c’est comment le courant passe tous les deux…
- T’emballe pas !…
- Oh, mais j’m’emballe pas… Seulement vous verriez tout ce qu’on discute… J’ai jamais discuté comme ça, moi !… Avec personne… Il comprend tout… A demi-mot… En tout cas une chose qu’est sûre, c’est que si vous m’obligiez pas à porter ces trucs tue-l’amour il y a longtemps que ce serait fait…
- Ce qui prouve qu’il a essayé…
- Oh, ben oui !… Oui… Vous en connaissez beaucoup, vous, des hommes qui essaient pas quand ils se trouvent avec une nana qu’est pas trop mal foutue ?…
- Oui, moi…
- Oh, mais vous c’est pas pareil !… On peut pas comparer… En attendant je me demande bien où vous avez pu aller dégotter des trucs pareils ?…
- Tu les mets au moins ?…
- Ah oui, oui !… Vous voulez voir ?…
- C’est pas la peine… Je te fais confiance…
- Si !… Je vais vous montrer… Vous verrez que je suis bien obéissante comme ça… Regardez !… Et pareil en bas… En douce qu’est-ce que c’est moche !… C’est rien de le dire…
- Mais efficace apparemment…
- Ah, ça oui !… Je me vois vraiment pas aller au lit avec un mec affublée comme ça… J’aurais bien trop honte… Vous me croyez pas, hein ?!…
- Pourquoi je te croirais pas ?… A quel propos ?…
- Que ça va le faire avec Romuald… Oh, mais vous verrez !… Vous verrez…

- Qu’est-ce qu’on fait ?…
- De quoi vous avez envie ?…
- Et toi ?…
- Moi ?… Oh, toujours pareil… Vous savez bien… Surtout qu’à lui aussi, Pierre-Yves, ça lui a bien plu l’autre soir… Et si vous me laissiez faire…
- Si je te laissais faire ?…
- Il y en a un autre à qui j’en ai parlé et qui dirait pas non… Je vous regarderais à trois comme ça…
- Et puis après à quatre… A cinq… A six…
- Vous moquez pas…
- Je me moque pas, mais avoue que ça te tenterait bien, non ?…
- Ca sert à rien que je réponde… Vous me connaissez maintenant…
- En attendant faudrait peut-être quand même qu’on consacre une soirée à Mélianne et à Allan… Ils vont criser sinon…
- Ah non !… Alors ça pas question… On s’est engueulées toutes les deux avec Mélianne… Et pas qu’un peu !… D’un peu plus ça tournait à la castagne même…
- Carrément…
- Je veux plus la voir…
- Et la raison de tout ça ?…
- Oh, ben vous !… Forcément… Qu’est-ce que vous voulez que ce soit d’autre ?… Je vais vous dire de toute façon… Mélianne, elle acceptera jamais qu’il y ait une autre femme dans ta vie… Elle fera toujours tout pour les éliminer dès qu’elles prendront un peu d’importance…
- C’est pourtant elle qui nous a poussés l’un vers l’autre…
- Oui, oh !… C’était pas par bonté d’âme… C’était qu’elle comptait bien m’utiliser pour se débarrasser de Victorine… Après, moi, je n’aurais pas constitué vraiment un problème… En tout cas elle en était persuadée…

jeudi 4 novembre 2010

Escobarines: Fringues ( 3 )





- Vous l’aviez entendue s’ouvrir, vous, la porte du magasin ?…
- Evidemment que je l’avais entendue…
- Et vous avez continué quand même à me la donner la fessée…
- C’était le moment ou jamais… Non ?…
- C’était qui qu’était rentré ?… Des filles ?…
- Oui… Deux…
- Qu’est-ce qu’elles ont pensé ?…A votre avis ?…
- Qu’est-ce que tu veux qu’elles aient pensé ?… Probablement que j’avais pris une petite voleuse sur le fait… Et que je lui avais laissé le choix… Ou « ça » ou les gendarmes…
- Oui… Sûrement… Sûrement c’est ça qu’elles ont cru… Oh, la honte !…
- Et c’est tellement bon la honte… Non ?…
- Ca dépend…
- De quoi ?…
- De plein de choses…
- Pourquoi tu l’as pas quittée la cabine ?… Elles attendaient que ça… Apercevoir ton petit minois…
- Oui, mais alors là !…
- Ca l’aurait été encore plus la honte…
- Ca, c’est sûr…
- Ca te laisse rêveuse on dirait…
- Non… Si… Peut-être… Je sais pas…

- Comment elle m’a regardée la bonne femme !… Avec un air…
- Hautement réprobateur… C’est le moins qu’on puisse dire…
- Quand je suis passée devant elle j’ai vraiment cru qu’elle allait me mettre une gifle… C’était à deux doigts, je suis sûre…
- Oui… Ca la démangeait… Ca se voyait…
- Comme ça ?… Sans savoir ce que j’étais supposée avoir fait ?…
- Elle a imaginé… Et quand on imagine…
- Vous savez ce qu’il faudrait les prochaines fois ?… C’est que vous leur disiez juste avant que je sorte de la cabine pourquoi vous m’en avez mis une de fessée… Un jour ce serait parce que j’ai piqué… Un autre parce que j’ai fait ma vicieuse, que j’ai essayé des maillots de bain en me montrant à tout le monde tant que je pouvais… Un troisième parce que vous m’avez surprise en train de me tripoter avec une autre fille dans la cabine… Etc… Etc… Et moi juste après je passerais devant eux…
- Et tu prendrais ton pied…
- Ca… Il y a des chances…

- Ca fait quoi la cravache au juste ?…
- Pourquoi tu demandes ça ?…
- Parce que… J’ai lu un truc là-dessus…
- Le mieux, c’est encore que tu te fasses ton opinion par toi-même…
- Vous en avez une ?…
- J’ai…
- Oui, mais vous y allez doucement au début, hein !…

- Alors ?… Tu en penses quoi ?…
- Que ça fait ni plus mal ni moins mal que la fessée… C’est différent… C’est pas du tout la même brûlure… Mais j’aime bien… Presque plus… Et surtout ce que ça fait dans la tête l’idée que c’est avec une cravache…

- Vous avez remarqué ?…
- Quoi donc ?…
- Depuis qu’on fait ça ici dans votre magasin il y a eu que des femmes qui sont venues… Jamais d’hommes…
- Vu ce que je vends…
- Quand même !… Il pourrait y en avoir en couple…
- Ca te manque ?…
- Ben oui !… Oui… C’est quand même mieux devant un homme la honte…
- Je dois pouvoir t’arranger ça…

- Que je reste comme ça ?… Contre le mur de la réserve ?… Avec le manche de la cravache entre les cuisses ?… Et après ?… Il va se passer quoi après ?…
- Après ?… Des gens vont entrer au magasin… Aller et venir… S’approcher… S’éloigner… Parmi eux il y aura des hommes… Peut-être l’un d’entre eux finira-t-il par pousser cette porte qui va rester entrebaîllée… Peut-être est-ce moi qui le lui aurai conseillé… Et puis peut-être pas… Peut-être que ce sera de sa propre initiative… Il restera longuement silencieux derrière toi… Une éternité… A moins qu’il ne préfère venir te murmurer toutes sortes de choses à l’oreille… Tu frissonnes… Tu as froid ?…
- Non… Non… C’est que… Et après ?… Continuez !… Après ?…
- Après ?… Je viendrai le rejoindre… Vous rejoindre… Et tu ne te doutes pas de ce qui va se passer ?…
- Si…
- Mais peut-être aussi qu’il ne viendra personne… Que tu attendras là toute l’après-midi pour rien… Que tout cela ne se produira que demain… Ou un autre jour…
( à suivre )

lundi 1 novembre 2010

Colocataires3 ( 19 )

- Quelqu’un qu’est en instance de divorce vous considérez ça comment, vous ?… Il est libre ou il l’est pas ?…
- Il l’est pas encore…
- Mais il l’est presque…
- Toi, je te vois venir… Il s’appelle comment ?…
- Mais non, mais…
- Il s’appelle comment ?…
- Romuald, mais…
- Ca y est, hein !?… Ca te reprend…
- S’il est libre j’ai bien le droit… On avait dit que j’avais le droit… Le but c’est pas non plus que je reste vieille fille à vie…
- Mais il l’est pas… En instance de divorce ça veut rien dire du tout… Tant que c’est pas prononcé… D’autant qu’il peut bien te raconter ce qu’il veut…
- Je crois pas, non… C’est pas le genre…
- C’est quelqu’un du boulot, hein ?!…
- Oui…
- Et il s’est passé quoi ?…
- Oh, mais rien… Rien du tout… On a parlé, c’est tout… On parle… Le midi on mange ensemble et il me raconte…
- Il te raconte quoi ?…
- Ben tout… Que ça va pas avec sa femme… Qu’il a pas d’autre solution que de la quitter… Tout ça…
- Ouais… Ouais… Je vois… Et que toi au moins tu le comprends… Qu’il se sent bien avec toi…
- Mais oui, mais il y a rien eu, hein !… Non, mais c’est vrai…
- Il y a peut-être rien eu, mais va y avoir…
- Je sais pas… Je crois pas, non…
- Allons, Victorine !… Tu sais très bien que si !… Tu en crèves d’envie… Dans deux jours – trois au maximum – tu es dans son lit… Reconnais-le !… Et dans trois semaines il t’avoue que finalement il a renoncé à demander le divorce… Parce que c’est compliqué… Qu’il y a tout un tas de paramètres à prendre en considération… Qu’il divorcera, oui, mais un jour, plus tard… Il sait pas quand… Il peut pas te dire… Et tu vas te retrouver, une fois de plus, dans une situation impossible…
- Qu’est-ce que je peux faire, moi, du coup alors ?…
- Tu poses la question ?…
- Non, mais oui… Aidez-moi !… Vous allez m’aider, hein ?!… Vous me promettez ?…

- Tu as aimé ?…
- Oh oui, oui !… Ca s’est bien vu, non ?…
- Et entendu…
- Oh oui, j’ai aimé… Et surtout que ce soit avec Pierre-Yves que tu le fasses… J’y pensais des fois… Souvent… Mais je me disais que ça arriverait jamais…
- Eh bien tu vois…
- Mais pourquoi je suis comme ça ?… Pourquoi ça me remue autant de regarder des hommes ensemble ?…
- Il y a que toi qui peux avoir la réponse…
- Toujours j’ai été comme ça… Presque toujours quand je me caresse c’est ça que je fais venir comme image… Des hommes ensemble… Que je prends dans ceux que je côtoie… Au boulot… Ou bien dans les voisins… Ou des commerçants… Des fois je les mets par deux… Des fois cinq ou six ensemble… Je dois avoir un grain, non ?…
- Si on savait tout ce qui traîne dans la tête des uns et des autres…
- En tout cas comment c’est bien de pouvoir en parler… Parce que tu sais mon premier… le tout premier… moi, j’avais toujours pensé que quand on s’aimait on pouvait tout se dire… tout… sans tricher… et je lui en ai parlé de ça… J’aurais mieux fait de me taire… Parce que de tous les noms il m’a traitée… Vraiment de tous les noms… Et il m’a plaquée aussi sec… Vous pouvez pas savoir quelle claque ça a été pour moi… Et tout le temps qu’il m’a fallu pour m’en remettre… Pas complètement d’ailleurs… Parce que si après j’ai eu personne pendant des années c’était que j’étais complexée par ma tronche, oui… Mais il était pas là l’essentiel… Elle m’arrangeait bien ma tronche dans un sens… Non, ce qu’il y avait c’est que je pouvais plus avoir confiance… A quoi ça pouvait bien rimer d’être amoureuse… De partager plein de choses avec quelqu’un si je pouvais pas partager le plus important ?… Si j’étais obligée de renfermer ça à l’intérieur tout au fond… Alors je sais pas comment les choses elles vont tourner entre nous… je sais pas ce qui va se passer, mais il y a une chose dont je suis au moins sûre, c’est que je vous serai toujours infiniment reconnaissante de m’avoir rendu le droit d’être ce que je suis…

- C’est quoi ces horreurs ?…
- Une culotte et un soutien-gorge…
- Oui, ben ça je vois bien… Qu’est-ce que vous voulez que j’en fasse ?…
- Que tu les mettes…
- Que je mette ça !… Mais c’est affreux !… Ca ressemble à rien…
- Raison de plus !… Ca t’évitera les tentations avec Romuald…
- Vous pensez à tout, hein…
- Quand il s’agit de te protéger contre toi-même…
- Merci…