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jeudi 31 mars 2016

Escobarines: Le retour du voisin (1)

Baptiste avait à peine fini de dévaler l’escalier qu’il y a eu du bruit à côté, chez Marco. Des pas. Quelque chose est tombé. Chez Marco ? Mais il était pas là Marco. Il était à Oléron. Je suis sortie sur le palier. Ça venait bien de chez lui, oui. Aucun doute là-dessus. J’ai voulu en avoir le cœur net. J’ai sonné…
Il m’a ouvert, hilare.
– Salut !
– Marco, t’es là !
– Ben, oui, je suis là, oui !
– Mais je croyais que…
– Vu le temps qu’il faisait, valait mieux se rapatrier…
– T’es rentré quand ?
– Hier soir…
– Je t’ai pas entendu…
– Mais moi, si ! Toute la nuit je t’ai entendue. Ah, ça donnait, ça, on peut pas dire…
– Écoute, Marco…
– Que j’écoute quoi ? C’est on ne peut plus clair, non ? Tu as profité de l’absence de Martial pour te faire tirer – et chez lui en plus – par je ne sais quel ostrogoth…
– C’est pas si simple…
– Oh, si, ça l’est, si ! Et tu vas lui raconter quoi quand il va t’appeler tout à l’heure ? Qu’il t’a manqué ? Qu’il te manque… Que t’as pensé à lui toute la nuit ? Que t’as hâte qu’il revienne ?
– Tu vas pas lui dire au moins ?
– Je vais me gêner ! C’est mon meilleur pote Martial… Il a le droit de savoir ce qui se passe chez lui quand il est pas là… À quel genre de fille il fait confiance… Avant qu’il soit trop tard… Que tu lui aies fait faire le grand saut dans le bébé, le mariage ou un emprunt immobilier de trente ans…
– C’est dégueulasse ! T’es dégueulasse…
– Retourne pas la situation… S’il y a quelqu’un de dégueulasse ici, c’est toi… Et personne d’autre. En attendant, c’est qui ce type ? On peut savoir ?
– Un copain… Tu connais pas…
– Il te fait de l’effet en tout cas… Et il y en a d’autres ?
– Ça va pas, non ? T’es vraiment pas bien, toi, hein, par moments… Non. Écoute, Marco… J’ai fait une connerie… Ça peut arriver à tout le monde… Et c’est pas pour autant que…
– Faut que ça se paye une connerie… Toujours… D’une façon ou d’une autre…
– Mais pas à ce prix-là, enfin, Marco ! Pas à ce prix-là ! J’y tiens, moi, à Martial… Plus qu’à n’importe quoi… Plus qu’à n’importe qui… Et s’il apprend un truc pareil, c’est mort… Jamais il passera là-dessus…
– Tu t’en remettras… T’en trouveras un autre…
– Je t’en supplie, Marco, me fais pas ça ! Tu peux pas me faire ça…
– Il y aurait bien une solution…
– Laquelle ?
– Une bonne fessée… Pour te faire passer à tout jamais l’envie de recommencer… Une bonne fessée et il saura rien Martial…
– T’es fou ! T’es complètement fou !
Et j’ai claqué la porte comme une furieuse.

– Ah, tiens, t’es revenue ?
– Oui… Écoute…
– Non… J’écoute rien du tout… Non… Tu vas encore essayer de noyer le poisson… Alors ou tu te déculottes ou, dans le quart d’heure qui vient, Martial est au courant…
– Que je me… !
– Déculotte, oui ! Ça se donne cul nu une fessée, que je sache ! Allons ! Sois raisonnable… C’est dans ton intérêt…

– Eh, ben dis donc, c’est pas trop tôt ! T’en as mis un temps ! Tu faisais pas tant d’histoires cette nuit pour te mettre toute la panoplie à l’air devant l’autre imbécile, hein ! Bon, mais tu sais que c’est très impoli de me tourner le dos, comme ça ? Regarde-moi au moins quand je te parle… Là ! Et enlève-moi ce haut ! Que j’aie le panorama complet… Ah, mais si ! Si ! À ta place, moi, je jouerais pas trop… T’es pas en situation de le faire… Voilà… Comme ça, c’est parfait… T’es sacrément bien foutue n’empêche… On se lasse pas de te regarder… Si, c’est vrai, hein ! Attends ! Tourne-toi encore ! Dans l’autre sens maintenant… Qu’est-ce qu’il y a ?
– Finissons-en, Marco ! Donne-la-moi cette fessée et puis basta…
– T’es bien pressée ! Faut savoir prendre son temps dans la vie… Profiter à plein des bons moments… Et celui-là, c’en est un… En tout cas pour moi… Allez, assieds-toi ! On va d’abord discuter un peu tous les deux… Je suis sûr qu’on a plein de choses à se dire…

(à suivre)

lundi 28 mars 2016

La clef USB (2)

Antoine m’a gratifiée d’un large sourire. Déposé un baiser sur chaque joue.
– Excellente année, Christina ! Je te souhaite le meilleur du meilleur…
– Merci… À toi aussi !
Il a aussitôt enchaîné.
– Je peux te demander un service ? J’ai un monceau de cadeaux dans la voiture. Tu voudrais pas venir m’aider à les décharger ?
Il m’en a entassé trois ou quatre sur les bras, s’est brusquement interrompu.
– Tu dors bien en ce moment ?
– Hein ? Mais pourquoi tu me demandes ça ?
– Parce que… t’as une tête à faire peur ! Une vraie mine de déterrée. Faudra qu’on parle tous les deux du coup. Ça s’impose…
Bon, ben voilà. Voilà, ça y était. Il l’avait dit. Ou c’était tout comme. Il avait vu. Il savait. Et, bizarrement, j’ai ressenti un immense soulagement. Au moins, maintenant, les choses étaient claires. C’en était fini de ces épuisantes et interminables interrogations qui me pourrissaient la vie. Il allait falloir faire face, oui, mais en toute connaissance de cause.

En fin d’après-midi, ça s’est mis à danser. Il en a profité pour venir aussitôt m’inviter.
– Bon… On joue franc jeu ?
Il n’a pas attendu la réponse.
– Tu sais que j’ai d’abord cru que c’était délibérément que tu me l’avais donnée cette clef ?
– Hein ! Ah, mais non ! Non. Pas du tout ! Je peux t’assurer… Ah, non, alors là ! Tu te goures complètement. C’est suite à un malheureux concours de circonstances que…
– T’emballe pas ! T’emballe pas ! Mea culpa… Quand j’ai vu ta tête en arrivant tout à l’heure, j’ai réalisé… J’avais fait fausse route, c’était clair comme de l’eau de roche. En attendant, ça fait une semaine que tu te ronges les sangs, hein ? Il y a pourtant vraiment pas de quoi !
– Pas de quoi ? Non, mais tu te rends pas compte !
– Si ! Enfin non ! Peut-être pas après tout. J’en sais rien. Parce que je n’en ai vu qu’une de ces vidéos. Je l’ai longuement savourée. Une vingtaine de fois au moins je me la suis passée et repassée. Avec toujours autant de plaisir.
Il attendait manifestement que je lui demande laquelle. Je mentirais si je prétendais ne pas avoir été tentée de lui poser la question, mais je me suis bien gardée de m’aventurer sur ce terrain-là. Ç’aurait été m’enfoncer dans des sables mouvants.
Il a souri… Laissé passer une bonne trentaine de secondes.
– Les autres, je vais les explorer une à une. Les découvrir pas à pas. Il doit y avoir de véritables petits joyaux là-dedans.
J’ai tenté le tout pour le tout.
– Je suppose qu’il est inutile que je te demande de me la rendre…
– Bien sûr que si que je vais te la rendre. Et pas plus tard que tout à l’heure…
– La copie que tu en as faite aussi ?
– Tu peux pas me demander ça. Des vidéos qui vont ensoleiller ma vie pendant des mois et des mois. Non. C’est au-dessus de mes forces.
– Est-ce que je peux au moins compter sur ta discrétion ?
– Et moi sur ta compréhension ?
– C’est-à-dire ?
– On a bien conscience, l’un comme l’autre, que si ces vidéos tombaient entre de mauvaises mains, tu serais vraiment en très mauvaise posture. Alors mon silence mérite bien quelques compensations, non ?
– Si t’as l’intention de coucher avec moi…
– Tout de suite les grands mots… Il y a d’autres solutions. Beaucoup plus subtiles. Et tout aussi satisfaisantes.
– Lesquelles ?
– Si je me lance là-dedans, il y en a pour un sacré moment… Et on risque d’attirer l’attention… Je t’appelle demain… On en parlera tranquillement…

jeudi 24 mars 2016

Escobarines: Carte bleue (4)

– Alors ? Raconte, quoi ! Ce rugbyman, là…
– Damien ?
– Oui… Tu l’as revu ? Ça s’est passé comment ?
– Super bien ! Alors là, je peux te dire que c’est le mec qu’assure… Et pas qu’un peu !
– J’en suis ravie pour toi… Sauf qu’il existe pas ce type… Tu l’as inventé de toutes pièces pour me les faire avoir à ta place les fessées de Madame Robin…
– N’importe quoi !
– Non, pas n’importe quoi, non ! Parce que j’ai rencontré Jasmine. Elle y était, elle aussi, en boîte samedi soir. Il y avait pas l’ombre d’un rugbyman. C’était le même truc planplan que d’habitude. Même avec Thibaud vendredi t’as rien fait. Tu t’es contentée de siroter pendant des heures du whisky au bar en répétant sur tous les tons… « Qu’est-ce qu’on se fait chier ! Non, mais qu’est-ce qu’on se fait chier ! » Quant à la soirée d’hier, tu l’as passée à discuter sur Skype avec Romane… Remarque, j’ai rien à dire, hein, parce que moi, de mon côté, ça s’est pas passé tout à fait comme je l’ai raconté non plus… Pas du tout même…
– Comment ça ?
– Ben, t’imagines quand même pas que vendredi je suis restée à me morfondre dans ma chambre, non ? J’ai appelé Bérénice… Des fois qu’elle soit libre et qu’on puisse passer la soirée ensemble… Elle était invitée à un barbecue chez une copine à elle… « Mais viens ! T’as qu’à venir ! » Ça craignait quand même… Parce que je la connaissais pas cette fille ni les gens qu’il y avait… « Oh, tu parles ! Qu’est-ce ça peut foutre ! Hyper sympas ils sont… Et tous, hein ! » Effectivement ! Et il t’y avait une de ces ambiances là-dedans ! Ah, ça, pour bien rigoler, on a bien rigolé ! Et puis bon, au bout d’un moment tu te doutes bien que ça s’est mis à faire des couples qui se sont isolés dans les recoins les plus sombres du jardin… Il y avait un petit brun, pas mal du tout, qui me tournait autour depuis le début. Je freinais tant que je pouvais… Je le repoussais, vu l’état de mon derrière… Et puis, finalement, au bout du compte, je me suis dit que j’étais bien conne… Parce que qu’est-ce qu’il pourrait y voir dans le noir ? N’importe comment je le connaissais pas ce type… Je le reverrais jamais… Alors ! Oui, ben il a pas mis trois heures à se rendre compte… Dès qu’il m’a eu mis les mains sur les fesses… À cause de la chaleur… « Oh, toi, tu t’es ramassé une fessée ! Ah, si ! Si ! Fais voir ! » Avec son briquet il a regardé… « Et pas une petite ! J’adore ! » Tu parles qu’il adorait ! Ça l’a mis dans un de ces états, oui ! Ah, il en était de la comédie… Et moi de sentir que je l’excitais comme ça… Bref, on a passé une nuit d’enfer… Et on s’est revus le samedi… Deux heures il a passées à me les regarder les fesses… Et on n’a pas fait que ça… Le dimanche aussi… Toujours aussi génial c’était… Sauf qu’elles commençaient sérieusement à s’estomper les marques… C’est pour ça : quand t’as voulu que je prenne ta place hier, je me suis pas trop fait tirer l’oreille… Ça m’arrangeait plutôt… Parce que je peux te dire que quand il les a vues réactivées comme ça hier soir !
– Il cherche pas à savoir ?
– Qui c’est qui me les flanque ? Si ! Bien sûr qu’il m’a posé la question… Mais top secret… Ça le regarde pas… Il en profite, c’est déjà pas si mal… Non, par contre j’ai pensé à toi…
– À moi ?
– Oui, parce qu’il a un bon copain à qui il en a parlé de tout ça et il m’a demandé si des fois j’aurais pas une copine qui, elle aussi…
– C’est ça ! C’est ça ! Et puis quoi encore ?
– C’est Philibert son copain…
– Philibert ?
– Philibert Lemoine, oui… Ce Philibert, dont tu essaies d’attirer désespérément l’attention depuis des semaines…
– Ah !
– Maintenant tu fais comme tu veux, hein ! Moi, ce que j’en dis !

– J’ai réfléchi… Oui, mais alors qui c’est qui me la donnerait la fessée ?
– Je peux me dévouer…
– Et ce serait quand ?
– Jeudi soir… Juste avant on le ferait… Que ce soit bien frais…

– Allez ! Bon, mais tu tapes pas trop fort, hein !
– Ah, ben si, attends, si ! Il va lui falloir quelque chose de consistant à Philibert… Surtout la première fois… Si je me contente d’effleurer…
– Avec ça tu vas me le faire ? Avec la raquette ?
– Oui… Que ça s’imprime bien…
– Je serre les dents, vas-y !

– Là… C’est bon… C’est pas mal…
– Hou… La vache ! Je l’ai senti passer…
– Tant mieux ! Ah, oui, d’ailleurs à propos, je voulais te dire… Il y a rien de vrai dans tout ça… Ni Philibert ni le reste… Tu vois, moi aussi, quand je veux, je peux raconter des flans… La différence entre nous, c’est que les fessées, toi, tu me les fais donner tandis que moi je te les donne moi-même…
– Alors ça je peux te dire que tu vas pas l’emporter au paradis…

lundi 21 mars 2016

La clef USB (1)

L’idiote ! L’idiote de base ! Non, mais comment j’ai fait mon compte ? Comment ?
Parce que… On était sur le perron de mes beaux-parents. Tout le monde était en train de se dire au revoir…
– Et encore Joyeux Noël, hein !
– Oui… Soyez prudents ! Roulez doucement…
Antoine est revenu sur ses pas.
– J’oubliais… Pour le film dont on parlé tous les deux à table tout à l’heure, tu veux que je te le copie ?
Bien sûr que je voulais ! Bien sûr ! Depuis le temps que j’avais envie de le voir ce film…
– Attends ! Je dois avoir une USB qui traîne quelque part au fond de mon sac. Oui, tiens, la voilà !
Je la lui ai tendue. Il l’a enfouie dans sa poche.
– Je te rapporte ça la semaine prochaine. On se retrouve tous pour le Nouvel An n’importe comment.

Dans la voiture, un doute m’a brusquement assaillie. « L’autre » clef, est-ce que je l’avais bien remise dans sa cachette, derrière la poutre au grenier ? Normalement, oui : c’était la première chose que je faisais, systématiquement, quand je rentrais de chez Damien. Sauf que là, il y avait eu ce livreur arrivé en même temps que moi. Ce colis que j’avais aussitôt déballé. Ce nouveau démodulateur que je m’étais empressée d’installer… Et après ? J’y étais montée au grenier ou pas ? Impossible de me rappeler. J’ai plongé la main dans mon sac. Farfouillé. S’il y en avait une de clef, c’était que… Il y en avait une. Pas de panique, Christina ! Pas de panique ! On respire à fond et on réfléchit. Réfléchir ? À quoi ? C’était tout réfléchi. Il y avait une chance sur deux qu’Antoine soit parti avec « ma » clef. Et puis voilà… Si c’était le cas… Si c’était le cas, c’était l’horreur absolue…D’abord savoir. Être sûre. Vérifier. Après on aviserait. Et mon imbécile de mari qui se traînait sur la route ! À croire qu’il le faisait exprès…
– Bon, alors t’avances, oui ! J’ai plein de trucs à faire, moi !
– Oh, on se calme ! On se calme. On est en vacances, non ?

Aussitôt rentrée à la maison, je me suis précipitée sur l’ordi. Le cœur battant, j’ai introduit la clef dans le port USB. Elle était vierge. Bon, ben voilà ! T’as gagné le gros lot, ma pauvre Christina ! Et maintenant ? Maintenant le mieux, c’était peut-être encore de l’appeler Antoine. Oui, mais pour lui dire quoi ? Que je m’étais trompée, que la clef que je lui avais remise par erreur contenait des vidéos personnelles très très intimes et que je lui demandais de bien vouloir me la restituer au plus vite ? Ben, voyons ! Et il allait faire quoi ? Se précipiter pour aller voir de quoi il retournait. N’importe quel mec, dans une situation comme celle-là, il saute sur l’occasion. Et il se dépêche de faire une copie pour pouvoir, par la suite, profiter du spectacle tout à loisir. Non. C’était une très mauvaise idée. C’était lui mettre moi-même le nez dessus alors qu’il y avait quand même une chance, fût-elle infime, pour qu’il ne se rende compte de rien. Parce que ces vidéos je m’étais contentée de les numéroter de 1 à 11. Sans la moindre indication sur leur contenu. Est-ce qu’il aurait la curiosité d’aller voir de quoi il s’agissait ? Pas forcément. Et même, probablement pas. Parce que, pour lui, cette clef je la lui avais remise en toute connaissance de cause… En sachant pertinemment qu’il s’y trouvait déjà quelque chose. Il en conclurait donc que ce quelque chose ne présentait guère d’intérêt. Inutile d’aller perdre son temps à regarder un chien courir sur une plage ou mon mari laver la voiture. Oui. Ne pas bouger. Attendre. Faire la morte. Et croiser les doigts…

J’ai passé une semaine épouvantable. Je me réveillais en sursaut dix fois par nuit. Je voguais de cauchemar en cauchemar : il les regardait Antoine. Il s’en délectait. Finissait par en parler à sa sœur Chloé : « Tu sais quoi ? Christina… On lui donnerait le Bon Dieu sans confession, hein, à la voir comme ça ! Oui, ben t’as qu’à y croire… Si tu savais ! » Et il finissait par les lui montrer. Ils en faisaient des gorges chaudes tous les deux « J’y crois pas! Christina ! Avec son petit air de Sainte-Nitouche. Ah, non. Faut absolument que je raconte ça à Benoît. Il va être édifié ! » Benoît, son mari, qui, à son tour, en parlait à son frère, à Laurent, le mien de mari. Et alors là ! Là !

jeudi 17 mars 2016

Escobarines: Carte bleue (3)

– Alors, ces demoiselles, on a passé un bon petit week-end ? Oui ? Vous allez nous raconter tout ça… Mais d’abord commencez donc par vous mettre gentiment à l’aise… Eh oui, Camille, c’est ton tour aujourd’hui de me présenter tes fesses à corriger… C’est bien ce qui a été décidé vendredi, non ? Il y aura même probablement des intérêts de retard… Ah, ben si, si ! Normal… Les bons comptes font les bons amis… Qu’est-ce qu’il y a, Irina ? Mais bien sûr ! Toi aussi, tu nous mets ton délicieux petit derrière à l’air… Qu’on voie un peu dans quel état il est ce matin… Ah, oui ! Quand même ! Il y a de beaux restes, dis donc ! Joli travail… Je suis pas mécontente de moi… 

Bon, mais je parle… Je parle… Je vous laisse pas en placer une… Allez, racontez-moi ! Qui c’est qui commence ? Irina ? Oui, Irina… Vas-y ! On t’écoute…
– Qu’est-ce qu’il faut que je dise ?
– Tout… À quoi t’as occupé ton vendredi soir… Ton samedi… Ton dimanche…
– À rien… Qu’est-ce vous voulez qu’on fasse quand on peut pas sortir ? On reste à s’emmerder à la maison… À regarder les conneries que les gens mettent sur Facebook… Et puis voilà…
– Oui, mais enfin, il y a pas que les boîtes dans la vie ! On peut aussi s’occuper autrement… Lire… Regarder un film… Aller faire un tour…
– Oui, oh !
– On peut aussi sortir pour danser… Tout simplement… Sans pour autant se sentir obligée d’aller s’allonger dans le lit du premier venu…
– Oui, ben alors ça ! C’était peut-être valable à votre époque, mais plus maintenant… Pour quoi on passerait ! Les filles qui veulent pas coucher, ça les dégoûte les garçons… Si vous saviez tout le sucre qu’ils leur cassent sur le dos… Et comment ils se fichent d’elles… Et même les copines… Tu passes pour la grosse coincée de base qui retarde de douze métros. Dis-lui, toi, Camille ! Elle a pas l’air de me croire…
– Si, c’est vrai, hein, M’dame Robin… Nous, les jeunes, on se complique pas tant la vie aujourd’hui… Une fille, si elle a envie d’un garçon, ben elle va avec sans se poser de questions… Ça dure ce que ça dure… On va pas se prendre la tête pour ça…
– Oui… Donc, je suppose que toi, ce week-end…
– Ah, ben oui, attendez ! On a qu’une vie… Et si on en profite pas… Non… Vendredi, c’était pas trop ça qu’était ça… Parce que c’est toujours les mêmes qui se retrouvent là… On se connaît tous par cœur à force… Alors on peut bien aller avec l’un ou avec l’autre si on veut… Sauf que c’est du réchauffé… Tous ceux qu’en valaient la peine, on les a déjà croqués… Les autres, ou bien rien qu’à les voir, c’est des remèdes contre l’amour ou bien les copines qu’ont testé elles t’ont prévenue : vaut pas le détour…
– Qu’est-ce qu’il y a, Irina ?
– Non, rien… Je voulais juste lui demander s’il y était Victor…
– Toujours pas, non… Oh, mais, à mon avis, il reviendra pas… Ça l’a vacciné l’autre fois…
– Et Lancelot ?
– Non plus…
– Qu’est-ce t’as dû t’emmerder !
– J’ai bu des coups au bar… Et puis je suis allée faire un tour dehors avec Thibaud à la fin…
– C’était bien ?
– Ça cassait pas trois pattes à un canard…
– Avec Thibaud, c’était couru, tu parles ! Et samedi ?
– Ah, alors là ! Samedi c’était complètement autre chose… Il y a eu un nouvel arrivage… Toute une équipe de rugby !
– C’est pas vrai ! Et dire que j’ai raté ça ! Il y en avait des canons ?
– Tu parles ! De sacrés beaux poulets, oui ! Tu savais plus où donner de la rétine… Et il y en a un… Damien il s’appelle… Comment j’ai flashé dessus…
– Ça l’a fait ?
– Tu parles que ça l’a fait… J’ai grimpé aux rideaux, tu veux dire, oui ! Et je le revois ce soir… En plus !
– Ce soir ?
– Oh, M’dame Robin, s’il vous plaît… Ça peut bien attendre demain ma fessée ! Il va repartir après… Vous aurez qu’à me la donner plus forte mardi… Ou plus longue… S’il vous plaît !
– J’attendrai rien du tout…
– Elle pourrait pas prendre ma place Irina ?
– Ah, ça, c’est à voir entre vous !
– Oui, oh, ben alors, elle va la prendre…
– Oh, l’autre ! Et puis quoi encore !
– Si, tu vas la prendre, si ! Parce que je sais des choses… Des choses que t’aurais vraiment pas intérêt qu’elles se sachent… Parce que comment tu serais mal !
– Hein ? Mais c’est dégueulasse ! T’es vraiment dégueulasse…
– Bon, alors vous décidez quoi toutes les deux ?
– C’est Irina…
– Par-dessus l’autre, ça va piquer…
– J’ai pas le choix…
– Dans ces conditions…

mardi 15 mars 2016

Mystérieuse fessée (9)

– Il y a un truc que je comprends pas, Paul…
– Quoi donc ?
– Ben, on se fait un super plan fessée tous les deux… On imagine un trio qui me tombe dessus… Qui me fesse à tout va… On prend un pied pas possible à rouler tout le monde dans la farine avec cette histoire et, à l’arrivée, il existe vraiment ce trio… En chair et en os…
– Tu devrais savoir, depuis le temps, que, de par mon métier, j’ai accès à toutes sortes d’informations confidentielles… Il y a près de trois mois que je la connais l’existence de ce trio… Prétendre que tu en étais la victime, c’était rendre les choses beaucoup plus plausibles encore le jour où il serait arrêté… Ce qui a fini par arriver…
– En ce qui concerne Daphné, je peux te dire que c’est réussi : elle y croit dur comme fer… Mais c’était déjà le cas avant…
– Ben, oui… Elle avait pu juger sur pièces… Sur derrière rougi… Pour ton plus grand plaisir…
– Sauf que maintenant on est piégés… Fin de partie… Ils sont en taule… Donc, forcément, le jeu s’arrête…
– Ça dépend…
– Je peux quand même pas aller raconter à Daphné qu’il y a un second trio… Composé, lui aussi, de deux hommes et d’une femme… Le hasard fait parfois bien les choses, mais là ce serait quand même gros…
– Non… Bien sûr que non… Mais il y a plein d’autres solutions…
– Ah, oui ? Quoi, par exemple ?
– Ben, par exemple, tu laisses passer quelques jours et tu vas la trouver Daphné, la mine catastrophée… « Ça a recommencé… » Elle te croira pas…
– Ah, ça, c’est sûr…
– Tu vas insister… Si, si ! Ça a recommencé… Deux hommes c’était cette fois… Ou deux femmes… Ou un homme et une femme… Comme tu veux… Tu choisis… Elle te croira toujours pas… Je t’aurai collé une bonne fessée avant… Une bien sévère, comme tu les aimes… Tu lui montreras… Et tu lui expliqueras que c’est de ta faute tout ça… Parce que t’en as parlé à Noémie… T’étais tellement contente que ce soit fini… T’as cru pouvoir lui faire confiance… Tu lui as tout raconté… Et elle, ben sûrement qu’elle a rien eu de plus pressé que d’en parler autour d’elle… À tout un tas de gens… Et, évidemment, aux anciens collègues de la grande surface… On en a fait des gorges chaudes et sûrement que ça a donné des idées à certains… À Thibaud… Ou bien à Magali qui te garde, depuis des années, un chien de sa chienne… On à n’importe qui d’autre… Quelqu’un qu’il ne te viendrait même pas à l’idée de soupçonner… Mais t’es sûre et certaine que c’est de là que ça vient… La preuve : ce qu’il t’ont dit en repartant. Que la vengeance, c’est un plat qui se mange froid. Etc. Etc. Ta Daphné, je te parie ce que tu veux qu’elle va donner dans le panneau tête baissée… Relancer l’enquête… Réactiver son espionne du bout de la rue… Elle sera ravie… Et nous, on va s’en donner à cœur joie… Improviser au fur et à mesure en fonction de la tournure que prendront les événements…
– Vu comme ça, c’est vrai que c’est tentant…
– Il y aurait plus jubilatoire encore, ce serait que tu ailles réellement te confier à Noémie…
– C’est prendre des risques…
– Limités… C’est loin Mâcon…
– Pas tant que ça ! Et on ne sait jamais qui connaît qui… Ni où…
– Elle réagirait comment, tu crois ?
– Je n’en ai pas la moindre idée… Mais je crois que la plupart des filles, dans une situation comme celle-là, sont totalement incapables de tenir leur langue…
– D’où… montée d’adrénaline assurée…
– Ça me tente bien, mais d’un autre côté… Non… Faut réfléchir… Prendre son temps… En discuter…
– Sinon… t’as aussi la solution de cibler Patrice… D’une façon ou d’une autre… Plein d’idées j’ai, d’ailleurs, en ce qui le concerne…
– Le pauvre ! Oh, non ! Pas Patrice…
– Ah, pas question de toucher à ton petit protégé, hein !
– Mais non, Paul, c’est pas ça… Seulement…
– Bien sûr que si que c’est ça… Et Valérie ?
– Ma collègue de boulot ? Je me vois pas en train de lui parler d’un truc pareil…
– Moi, si ! Imagine : je vais la voir et je lui confie, sous le sceau du secret, qu’à plusieurs reprises j’ai détecté, sur ta jolie petite croupe, des reliquats de fessées. Est-ce que par hasard, elle qui travaille avec toi, elle n’aurait pas remarqué quelque chose de suspect ?
– Elle va te dire que oui… Alors là, ça, c’est sûr…
– Et te placer sous haute surveillance… C’est pas génial ?
– Je t’adore…
– Quelle que soit l’option retenue, il faut, de toute façon, préparer le terrain… Une bonne fessée s’impose, non ?
– Oh, si !

FIN DU PREMIER ÉPISODE

jeudi 10 mars 2016

Escobarines: Carte bleue (2)

– Vous l’avez retirée alors votre plainte maintenant ?
– Pas encore, non… Et je ne le ferai pas tant que je ne me serai pas intégralement remboursée…
– Ce sera quand ?
– Si j’ampute, chaque mois, le salaire de l’une et de l’autre de 500 euros, dans quatre mois vous êtes quittes…
– 500 euros ! Va pas nous rester grand-chose !
– Vous n’aurez qu’à vous restreindre un peu sur les fringues, le maquillage et autres fantaisies…
– Même ! Il y a tout le reste à payer… La bouffe… Le loyer… L’électricité… J’y arriverai jamais, moi ! C’est pas possible…
– Ni moi non plus !
– Je veux bien me montrer conciliante… 250 euros… Sur huit mois… Mais avec une bonne petite fessée à la clef, à chaque échéance…
– Oh, non ! Pas encore la fessée !
– C’est à prendre ou à laisser… À vous de voir…

– Pour ce que vous nous avez dit hier…
– Oui ?
– On préfère quand même les 250 euros… Seulement… S’il vous plaît, vous taperez pas trop fort, hein ? Pas comme la dernière fois… Et le lundi vous nous le ferez plutôt…
– Le lundi ? Pourquoi le lundi ?
– Que ça ait le temps de disparaître avant le vendredi soir… Parce que le week-end on sort… Et que lever un mec quand on a les fesses toutes rouges, c’est pas possible… Ce serait trop la honte…
– Vous vous croyez vraiment en situation d’imposer vos conditions ?
– Ben, non, mais…
– Eh, bien alors ! Je taperai aussi fort que cela me paraîtra nécessaire et au moment où moi, je l’aurai décidé… Est-ce que c’est clair ?
– Oui…

– Bon… Mais si vous me racontiez un peu toutes les deux… C’est souvent ?
– Quoi donc ?
– Que vous vous ramenez un mec – comme vous dites – le vendredi soir…
– Ah… Oh, encore assez, oui… Et pas seulement le vendredi… Le samedi aussi des fois un autre… Ça dépend de ce qu’il y a sur le marché… Mais enfin faut bien reconnaître que, le plus souvent, on trouve… Ben, oui… On est jeunes, hein ! Alors si on en profite pas maintenant…

– On est le trente… Et on est vendredi… Ça tombe plutôt mal pour vous…
– Ça peut pas attendre lundi ? Oh, M’dame Robin ! S’il vous plaît !
– Vous vous taisez… Vous vous déshabillez… Et vite ! J’ai pas que ça à faire… Allez ! Allez! Parce que plus vous allez traîner et plus ça va tomber dru… Là ! Eh, ben voilà… Vous êtes sacrément bien fichues quand même toutes les deux… Pas étonnant qu’on vous tourne autant autour…
– Les plus punis, ça va être les garçons, hein ! Et c’est pas juste… Parce que c’est pas de leur faute tout ça… Ils y sont pour rien…
– Bon… Pour cette fois…
– Vous allez passer l’éponge… Chouette !
– Certainement pas, non ! Il n’en est pas question… Non… On va couper la poire en deux… Il y en a une qui va la recevoir maintenant sa fessée et l’autre lundi matin…
– Laquelle ?
– À vous de décider…
– Oui, ben ça va être Camille maintenant alors !
– Et pourquoi moi ?
– Parce que… Qui c’est qu’a eu l’idée de lui relever les numéros de sa carte à Madame Robin ?
– Oh, l’autre ! Mais c’est en rigolant que j’avais dit ça… Vu qu’elle l’avait laissée traîner… Et toi, tout de suite, t’as sauté sur l’occasion… Qui c’est qui l’a acheté le premier truc ?
– Oui, oh, tu parles ! Un CD à 15 euros…
– N’empêche que c’est toi qu’as commencé…
– Et que tu t’es engouffrée à fond dans la brèche… Si on faisait les comptes…
– Eh bien ?
– Deux fois plus que moi t’en as piqué, je suis sûre…
– Oui, oh, alors là, je suis bien tranquille… Si on vérifiait…
– Oh, mais c’est quand tu veux…
– J’apprends tout un tas de choses très intéressantes, dites donc, là, les filles ! C’est passionnant… Mais faudrait quand même que vous vous décidiez… Sinon c’est toutes les deux que vous allez y attraper maintenant…
– Ce serait idiot…
– Je te le fais pas dire…
– On tire au sort ?
– Allez ! Pile, c’est toi… Face, c’est moi… Pile !
– Évidemment, fallait s’y attendre !
– Irina, alors ? Bon, ben viens là ! Oh, mais Camille te racontera sa soirée, va ! T’auras pas tout perdu…

mercredi 9 mars 2016

Mystérieuse fessée (8)

Et maintenant ? Deux solutions j’avais : ou bien je lui volais dans les plumes à Daphné; je lui balançais tout ce que j’avais sur le cœur et on se brouillait à mort. Ou bien je faisais celle qui ne se doutait rien et j’attendais mon heure. Je te lui concoctais une de ces petites vengeances de derrière les fagots dont elle se souviendrait jusqu’à sa dernière heure. J’ai ruminé, des heures durant, sans parvenir à me décider : il y avait du pour et du contre d’un côté comme de l’autre.

J’étais sur le point de me déterminer, en désespoir de cause, pour la seconde solution quand elle a brusquement fait irruption…
– Alors ? Te voilà rassurée !
– Rassurée ? Comment ça rassurée ?
– T’as pas lu le journal ?
– Non… Qu’est-ce qui se passe ?
– Ils l’ont arrêté ton trio…
– C’est pas vrai !
– Eh, si ! Tu vas enfin pouvoir souffler… Et penser à autre chose… Il était temps d’ailleurs parce que ça tournait à l’obsession cette histoire…
– J’y crois pas… J’arrive pas à y croire… T’es sûre ?
– Ah, oui… Oui… Aucun doute là-dessus… Deux hommes et une femme… Qui écumaient la région… Et distribuaient des fessées à tire-larigot…
– C’en sont peut-être d’autres… Pas les miens…
– Ben, voyons ! Ce sont des escadrons de fesseurs par dizaines qui sont lâchés dans la nature… Non… Non… Ce sont bien les tiens, va !
– Tu l’as pas apporté le journal ?
– Je pensais que tu l’aurais… Tu le prends d’habitude…
– On sait qui c’est ?
– Ils donnent des noms, oui, mais qui ne me disent rien… Il y a que deux mois qu’ils sont dans la région… Un couple du Nord avec son frère à elle…
– Et ils se sont fait prendre comment ?
– Apparemment leur grand truc, c’était de revenir… De lui en remettre une couche à la femme…
– Oui, ben ça, je sais ! Je suis bien placée pour…
– Quand ils ont eu compris ça les flics, ça a été un jeu d’enfant de les coincer… Pas loin d’une dizaine de victimes ils auraient fait, à ce qu’il paraît…
– Sans compter toutes celles qui, comme moi, ne se sont pas manifestées…
– Et qui maintenant vont peut-être le faire…
– Et se pointer au procès ? Grand bien leur fasse ! Si elles tiennent à à être la risée de tout le pays…
– Quant à leurs motivations, elles sont, d’après les enquêteurs, on ne peut plus floues. Il y en a même un – le frère – qui tient des propos complètement incohérents.
– Ben, tiens ! Ils vont essayer de s’en sortir comme ça… Mais moi qui les ai approchés de près, je peux te dire qu’ils ont toute leur tête… Alors là !
– Ils ont l’habitude les juges… Ils seront pas dupes…
– Peut-être… Et puis peut-être pas… En attendant, moi, ce que je me demande, c’est comment ils nous ont choisies. Sur quels critères…
– Ce qu’ils devaient surtout se demander, c’est si c’était faisable ou pas… Fallait que la nana elle vive toute seule ou, du moins, qu’ils soient sûrs de la trouver toute seule à l’instant T… Il fallait qu’elle habite un endroit suffisamment isolé pour que les voisins ne soient pas amenés à se poser des questions ou à intervenir… Il fallait plein de choses en fait…
– Ce qui veut dire qu’ils m’ont fliquée… Qu’ils ont fouillé ma vie… Surveillé mes fréquentations… Et ça pendant des semaines…
– Peut-être pas pendant des semaines, mais ils l’ont fait, oui, sûrement…
– Pourquoi moi ?
– Et pourquoi pas ? C’est le hasard… Ça aurait pu tomber sur n’importe qui…
– Je crois pas, non… Pas complètement… Il a bien fallu qu’ils sélectionnent au départ… D’une façon ou d’une autre… Je sais pas, moi… Par exemple, ils s’installaient à une terrasse de café, dans un quartier bien fréquenté… Ils en laissaient passer quarante… Soixante… Et, à la soixante-et-unième, d’un coup, ils se levaient… Ils la prenaient en filature… Pourquoi elle ? Pourquoi précisément celle-là ? Qu’est-ce qu’ils avaient senti sur elle ? Qu’est-ce qui leur a donné envie que ce soit sur elle qu’elle tombe la fessée ? Sur elle – sur moi – et pas sur une autre ?
– Bientôt ça va être de ta faute…
– Mais non, mais…
– Mais si ! La seule raison, c’était peut-être qu’elle était la soixante-et-unième justement… Qu’ils avaient décidé comme ça… Dès le départ… Le lendemain, c’était la cent quatre-vingt-troisième et, le surlendemain, la dix-huitième… Et puis voilà…
– Peut-être… Je sais pas…

jeudi 3 mars 2016

Escobarines: Carte bleue (1)

– C’est vrai qu’on vous a piraté votre carte bleue, M’dame Robin ?
– C’est vrai, oui…
– Et beaucoup ils vous ont pris ?
– Pas loin de quatre mille… Le temps que je m’en rende compte… Et que je fasse bloquer ma carte…
– Ah, quand même ! Oh, la, la, comment on aimerait pas que ça nous arrive, nous ! Mais comment c’est possible un truc pareil ?
– Le plus vraisemblable… Internet… Un site sur lequel j’ai fait un achat… Et qu’était pas https…
– Vous avez porté plainte ?
– Bien sûr ! Il faut… Sinon l’assurance ne marche pas…
– Ils vont les retrouver, vous croyez ?
– Oh, alors ça ! Bon, mais allez-y, les filles ! Allez servir… Il y a des clients…

– Elle se doute de rien…
– Je te l’avais dit… Aucun risque il y avait…
– Faudrait pas que les flics ils remontent jusqu’à nous…
– Comment tu veux ? Des milliers de cartes piratées il y a tous les jours… Alors ils font vaguement semblant de chercher et puis ils classent… Ils ont d’autres chats à fouetter…

– Vous êtes pressées, les filles ?
– Pas spécialement, non…
– Non, parce que je voulais vous remercier de l’intérêt que vous avez porté au piratage de ma carte bleue…
– De rien…
– Ah, si, si ! Ça m’a beaucoup touchée… Et puis je voulais aussi vous tenir au courant de l’avancée de l’enquête… De celle que j’ai menée de mon côté en tout cas… Parce que j’ai appelé quelques-uns des fournisseurs auprès desquels mes voleurs ont effectué leurs achats et il se trouve, bizarrement, que les adresses auxquelles les marchandises ont été livrées sont les vôtres… Vous expliquez ça comment ?
– C’est une erreur… Ils ont dû se mélanger les pinceaux quelque part…
– Vous croyez ? Moi, je vois plutôt une autre explication…
– On vous remboursera… On vous remboursera tout… Vous aurez qu’à prendre au fur à mesure sur nos salaires…
– Si je vous garde…
– Vous allez nous virer ?
– C’est pas exclu…
– Vous allez pas faire ça ? Qu’est-ce qu’on va devenir ?
– Fallait y réfléchir avant ! Non… Vous vous êtes mises dans de sacrés beaux draps, mes petites… D’autant qu’apparemment, à ce que j’ai appris, vous avez déjà eu maille à partir avec la justice… Deux fois… Et deux fois pour vol…
– C’est du passé, ça…
– Pas tant que ça ! La preuve… Et cette fois les juges risquent de se montrer beaucoup moins conciliants…
– Ils vont pas nous mettre en prison au moins ?
– À leur place, c’est ce que je ferais… Ou plutôt je vous collerais une bonne fessée cul nu à toutes les deux, tiens ! Histoire de vous faire passer à tout jamais l’envie de recommencer…
– Vaudrait mieux ça à tout prendre… Même si c’est pas marrant… Sauf que jamais ils iront faire un truc pareil…
– Non, mais moi je peux… C’est d’ailleurs ce que je vais faire… Et dès ce soir… Après la fermeture…

– On va quand même pas se laisser faire ça !
– Ça vaut mieux que de se retrouver devant le juge… Parce que tu te rappelles ce qu’il a dit la dernière fois ? Et que de nous retrouver dehors… Avec tout le monde qui voudra savoir pourquoi on s’est fait virer…
– Elle a pas dit qu’elle la retirerait sa plainte si elle nous le faisait… Ni qu’elle nous garderait…
– Non, mais ça va de soi…

– Alors, ces demoiselles… Prêtes ? Bon… Alors allez, on enlève le bas… Voilà… Comme ça, oui…Et on baisse gentiment sa petite culotte… Allons ! Allons ! On se montre raisonnables… Ce sera mieux pour tout le monde… Parfait ! Par qui on commence ? Amélie ? Non ? Lauriane alors ! Non plus ? Ah, faut vous décider… Lauriane, mais oui ! Viens là ! Installe-toi ! Tu sais que tu as un très joli petit derrière ? Qui devrait l’être beaucoup plus encore quand il aura pris de belles couleurs… C’est ce qu’on va vérifier… Et sur-le-champ…

mardi 1 mars 2016

Mystérieuse fessée (7)

– Tu l’apprends par cœur ?
Ça faisait un quart d’heure qu’il m’examinait le derrière sous toutes les coutures Patrice… Qu’il scrutait… Qu’il palpait… Qu’il pinçotait…
– Non… Je réfléchis…
– Et c’est mon cul qui t’inspire ?
– Dans un sens, oui… Parce que je suis en train de me demander un truc…
– C’est quoi ?
– Tu vas hurler…
– Dis toujours !
– Et si c’était Daphné ?
– Derrière toute cette histoire ? Non, mais t’es pas bien ! Daphné, c’est vraiment la dernière personne que j’irais soupçonner d’une chose pareille…
– Ben, justement ! Raison de plus. Ça lui laisse les coudées franches…
– Pourquoi elle irait faire ça ? Il y a aucune espèce de raison…
– Pour le plaisir de tirer les ficelles sans que personne se doute de quoi que ce soit…
– Faudrait être particulièrement tordue…
– Elle l’est peut-être…
– Je m’en serais rendu compte depuis le temps…
– Pas si elle est vraiment très douée…
– Bon, mais tu vas me les tripoter longtemps les fesses ?
– T’aimes bien d’habitude…
– Parce que d’habitude tu t’y prends pas comme ça… Là, j’ai l’impression d’être chez le toubib…
– Penses-y quand même à ce que je viens de te dire…
– J’y penserai, oui… Mais franchement, je la vois pas du tout dans le rôle…
– Tu connais Basile Lemoine ?
– Non… Qui c’est ?
– Un type qu’a fait ses études avec elle… On a bu un coup ensemble hier soir tous les deux…
– T’es pas allé lui raconter que je me suis ramassé des fessées au moins ?
– Bien sûr que non ! Je suis pas complètement idiot…
– Et alors ? Ce Basile ?
– A un frère, Sébastien, qui est sorti, il y a des années, avec une copine à Daphné… Il y avait des hauts… Il y avait des bas… Et souvent de l’eau dans le gaz…
– Oui, ben ça, comme tout le monde…
– Daphné a voulu s’en mêler… Les rabibocher… Et, à l’un comme à l’autre, elle s’est mise à prêcher les vertus de la fessée : il n’y avait rien de tel pour cimenter un couple… Ça le faisait sortir des sentiers battus… Ça le rendait très complice… Sébastien, lui, ne voyait pas vraiment d’inconvénient à tenter l’expérience… Si ça marchait, tant mieux… Et si ça ne marchait pas, tant pis : au moins ils auraient essayé… Mais bon, Sébastien, lui, il avait le beau rôle. La copine, elle, par contre, elle n’était pas chaude… Se laisser tambouriner le derrière, fût-ce par son petit ami, ne la tentait pas vraiment… Elle était malgré tout prête à sauter le pas si ça devait sauver son couple… À condition d’avoir la certitude qu’il y aurait des résultats à la clef… Pas question de se prêter à ça si le succès n’était pas au rendez-vous… Et Daphné de dépenser des trésors de persuasion pour la convaincre… Mais bien sûr que ça marchait ! Bien sûr ! Et de lui citer des exemples en pagaille… Sans pour autant parvenir à la décider vraiment… Elle ne se décourageait pas, revenait constamment à la charge… C’en était devenu carrément persécutif… Tant et si bien que, de guerre lasse, ils ont fini par lui laisser croire qu’ils avaient suivi ses judicieux conseils… Ils n’en ont pas été quittes pour autant… Elle voulait savoir comment ils procédaient… À quelle fréquence ça avait lieu… S’ils baisaient après, etc. Sans doute a-t-elle fini par soupçonner qu’ils la menaient en bateau parce qu’elle s’est mise à vouloir que la copine lui montre son postérieur… Soi-disant pour se rendre compte si elles étaient assez appuyées les fessées… C’était indispensable… Si on voulait que ce soit vraiment efficace… Et au bout du compte, de fil en aiguille, tout ce joli monde a fini par se brouiller à mort…
– Tu crois vraiment que ça peut être elle ? Qu’elle serait allée me faire un truc pareil ?
– On ne peut pas ne pas se poser la question, moi, j’trouve !
– J’arrive pas à y croire…
– C’est quelque chose qu’a l’air de l’obséder en tout cas…
– Mais de là à aller imaginer quelque chose d’aussi machiavélique…
– Oh, alors ça, tu sais !
– N’empêche… N’empêche… Maintenant que j’y pense, il y a plein de trucs qui me reviennent… Des réflexions… Des attitudes… Plein de choses…
Et j’ai éclaté en sanglots…
– Pleure pas, va !
– Je lui faisais confiance, moi ! Et elle…
– C’est pas non plus absolument certain…
– Oui, oh, tu parles ! La garce ! Non, mais quelle garce ! Ah, elle veut jouer ? Eh bien on va jouer…