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mercredi 9 mars 2016

Mystérieuse fessée (8)

Et maintenant ? Deux solutions j’avais : ou bien je lui volais dans les plumes à Daphné; je lui balançais tout ce que j’avais sur le cœur et on se brouillait à mort. Ou bien je faisais celle qui ne se doutait rien et j’attendais mon heure. Je te lui concoctais une de ces petites vengeances de derrière les fagots dont elle se souviendrait jusqu’à sa dernière heure. J’ai ruminé, des heures durant, sans parvenir à me décider : il y avait du pour et du contre d’un côté comme de l’autre.

J’étais sur le point de me déterminer, en désespoir de cause, pour la seconde solution quand elle a brusquement fait irruption…
– Alors ? Te voilà rassurée !
– Rassurée ? Comment ça rassurée ?
– T’as pas lu le journal ?
– Non… Qu’est-ce qui se passe ?
– Ils l’ont arrêté ton trio…
– C’est pas vrai !
– Eh, si ! Tu vas enfin pouvoir souffler… Et penser à autre chose… Il était temps d’ailleurs parce que ça tournait à l’obsession cette histoire…
– J’y crois pas… J’arrive pas à y croire… T’es sûre ?
– Ah, oui… Oui… Aucun doute là-dessus… Deux hommes et une femme… Qui écumaient la région… Et distribuaient des fessées à tire-larigot…
– C’en sont peut-être d’autres… Pas les miens…
– Ben, voyons ! Ce sont des escadrons de fesseurs par dizaines qui sont lâchés dans la nature… Non… Non… Ce sont bien les tiens, va !
– Tu l’as pas apporté le journal ?
– Je pensais que tu l’aurais… Tu le prends d’habitude…
– On sait qui c’est ?
– Ils donnent des noms, oui, mais qui ne me disent rien… Il y a que deux mois qu’ils sont dans la région… Un couple du Nord avec son frère à elle…
– Et ils se sont fait prendre comment ?
– Apparemment leur grand truc, c’était de revenir… De lui en remettre une couche à la femme…
– Oui, ben ça, je sais ! Je suis bien placée pour…
– Quand ils ont eu compris ça les flics, ça a été un jeu d’enfant de les coincer… Pas loin d’une dizaine de victimes ils auraient fait, à ce qu’il paraît…
– Sans compter toutes celles qui, comme moi, ne se sont pas manifestées…
– Et qui maintenant vont peut-être le faire…
– Et se pointer au procès ? Grand bien leur fasse ! Si elles tiennent à à être la risée de tout le pays…
– Quant à leurs motivations, elles sont, d’après les enquêteurs, on ne peut plus floues. Il y en a même un – le frère – qui tient des propos complètement incohérents.
– Ben, tiens ! Ils vont essayer de s’en sortir comme ça… Mais moi qui les ai approchés de près, je peux te dire qu’ils ont toute leur tête… Alors là !
– Ils ont l’habitude les juges… Ils seront pas dupes…
– Peut-être… Et puis peut-être pas… En attendant, moi, ce que je me demande, c’est comment ils nous ont choisies. Sur quels critères…
– Ce qu’ils devaient surtout se demander, c’est si c’était faisable ou pas… Fallait que la nana elle vive toute seule ou, du moins, qu’ils soient sûrs de la trouver toute seule à l’instant T… Il fallait qu’elle habite un endroit suffisamment isolé pour que les voisins ne soient pas amenés à se poser des questions ou à intervenir… Il fallait plein de choses en fait…
– Ce qui veut dire qu’ils m’ont fliquée… Qu’ils ont fouillé ma vie… Surveillé mes fréquentations… Et ça pendant des semaines…
– Peut-être pas pendant des semaines, mais ils l’ont fait, oui, sûrement…
– Pourquoi moi ?
– Et pourquoi pas ? C’est le hasard… Ça aurait pu tomber sur n’importe qui…
– Je crois pas, non… Pas complètement… Il a bien fallu qu’ils sélectionnent au départ… D’une façon ou d’une autre… Je sais pas, moi… Par exemple, ils s’installaient à une terrasse de café, dans un quartier bien fréquenté… Ils en laissaient passer quarante… Soixante… Et, à la soixante-et-unième, d’un coup, ils se levaient… Ils la prenaient en filature… Pourquoi elle ? Pourquoi précisément celle-là ? Qu’est-ce qu’ils avaient senti sur elle ? Qu’est-ce qui leur a donné envie que ce soit sur elle qu’elle tombe la fessée ? Sur elle – sur moi – et pas sur une autre ?
– Bientôt ça va être de ta faute…
– Mais non, mais…
– Mais si ! La seule raison, c’était peut-être qu’elle était la soixante-et-unième justement… Qu’ils avaient décidé comme ça… Dès le départ… Le lendemain, c’était la cent quatre-vingt-troisième et, le surlendemain, la dix-huitième… Et puis voilà…
– Peut-être… Je sais pas…

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