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jeudi 27 septembre 2012

Escobarines: La stagiaire ( 1 )


– C’est une garce !
– Qui ça ?
– Ma patronne… Une vraie garce… Non, mais tu verrais comment elle me traite… Plus bas que terre elle me met… Et devant les clients en plus…
– Ça m’étonne pas… Ça m’étonne pas d’elle…
– Tu la connais ?
– Comme ça… Un peu…
– Je t’assure que si un jour j’ai l’occasion… je la louperai pas… Ah, non alors, je la louperai pas !
– Tu l’auras peut-être…
– Oui, oh, faut pas rêver… C’est la patronne… Et où tu veux que je trouve du boulot ailleurs ? Surtout en ce moment…

– Viens !
– Où ça ?
– Pose pas de questions ! Viens !
– À cette heure-ci ?
– Tu le regretteras pas… Viens, j’te dis !

– C’était loin…
– Par la force des choses… Tu vas comprendre…
– C’est quoi qu’on entend ? On dirait des bruits de fessée…
– Mais C’EST une fessée…
– Et une bonne en plus… C’est qui qui la prend ?
– Écarte un peu le rideau... Discrètement… Et tu vas voir…
– Wouah ! Mais c’est ma patronne ! C’est pas vrai que c’est ma patronne ?!
– Eh, si ! T’as plus qu’à l’ouvrir complètement le rideau – histoire qu’elle voie que tu la voies – et t’auras la paix… Définitivement la paix…
– J’oserai jamais…
– Tu veux que je le fasse ?
– Vas-y ! Oui… Toi… Vas-y !

– Non, mais sa tête quand elle m’a aperçue !
– Ah, pour ça, oui ! Ça valait son pesant d’or…
– Et t’as vu ? Elle a même pas essayé de partir… De se relever… Rien…  
– Elle pouvait pas… Tétanisée elle était… Complètement tétanisée… Que tu te pointes là, toi, ce soir, comment elle aurait pu aller imaginer un truc pareil !  
– Par contre après, quand elle l’a lâchée la femme, comment ça lui pressait de foutre le camp ! Même qu’elle arrivait pas à la remettre sa culotte tellement elle voulait se dépêcher… D’un peu plus elle se cassait la figure en s’entravant dedans…
– Ce qui t’a bien fait rigoler…
– Ben attends, il y avait de quoi ! Et puis après tout ce qu’elle m’a fait subir…
– Ce à quoi elle ne s’essaiera plus… T’es en position de force maintenant…
– Oui, mais alors.. C’était quoi au juste la raison ?
– La raison ? Pour qu’elle s’en prenne une ? Il y en avait pas… C’est juste qu’elle aime ça les fessées… Qu’elle peut pas s’en passer… Et que, du coup, il a bien fallu qu’elle trouve un moyen d’assouvir sa passion… Le plus discrètement possible… Le plus loin de chez elle possible… Sauf que quelquefois le hasard… Le monde est petit finalement… Et la fille chez qui ça se passe on est amies toutes les deux depuis le CE1… Alors tu comprends bien que…

– T’aurais vu ça ! Non, mais t’aurais vu ça ce matin au magasin… Profil bas elle avait pris…
– Elle avait pas trop le choix, avoue…
– Le jour et la nuit en tout cas c’était avec avant…
– Elle t’a parlé d’hier soir ?
– Au début, non… Mais ça se voyait gros comme une maison qu’elle voulait le faire, mais qu’elle savait pas comment s’y prendre, par où attaquer… Alors elle me tournait autour avec un air pas comme d’habitude en changeant sans arrêt tous les objets de place… Et moi je faisais celle qu’était tellement absorbée par son travail qu’elle se rendait compte de rien… Si bien qu’à la fin elle a pas eu d’autre choix que de se jeter à l’eau… « Écoute, Stéphanie… Tu m’écoutes ? » « Mais oui ! » « Écoute… Oublie… Il n’y a jamais rien eu… Il ne s’est jamais rien passé… Tu n’as jamais rien vu… Hein ?! Tu oublies… D’accord ? Tu me promets ? » «  Je sais pas… » «  Comment ça tu sais pas ? Mais c’est pas possible enfin ! Tu te rends compte ? Je suis commerçante, moi ! Et je peux pas me permettre qu’une histoire comme ça se répande en ville comme une traînée de poudre… Ni que mon mari… Ho la la ! Mon mari ! Mais s’il apprend ça mon mari… Non… Tu peux pas faire ça… Tu peux pas… » « Je sais pas… Je vais réfléchir… »
– Et tu vas faire quoi ?
– Ben ça… Réfléchir… Parce que hors de question qu’elle s’en sorte comme ça, attends ! Elle m’en a trop fait baver…

( à suivre )  

lundi 24 septembre 2012

Les confidences de Camille ( 5 )


Ça s’est arrêté… Le silence… J’étais – je suis restée – en travers de ses genoux, immobile, épuisée, pantelante… Il a négligemment posé une main sur mes fesses brûlantes… L’y a laissée… Et puis il a parlé… Il a enfin parlé… « Bon… Alors voilà ce qu’on va faire… Mardi, à la première heure, tu m’accompagneras à la banque… Où on remettra tous tes compteurs à zéro… Bien entendu, en contrepartie, tu me laisseras désormais un accès total et permanent à tous tes comptes… Et, au moindre dérapage, tu sais maintenant à quoi t’attendre… Non ? » « Si… » Il m’a aidée à me redresser… «  Rhabille-toi ! Rhabille-toi vite… Claire va nous attendre… » Un élan… Une impulsion… Je me suis jetée à son cou… « Merci… »

Merci. Pour m’avoir tirée de ce mauvais pas, oui…  Mais surtout merci pour m’avoir remise en harmonie avec moi-même… Rendu la sérénité… La paix intérieure… Tout était soldé… Définitivement oublié… Effacé… Rien ne s’était jamais passé… Grâce à lui, grâce à la fessée que j’avais reçue, il n’y avait jamais rien eu… Et – j’en étais persuadée – il n’y aurait plus jamais rien… Jamais… Je ne recommencerais pas…

Ma belle-mère nous attendait sur le pas de la porte… « Qu’est-ce que vous fabriquiez ? Je commençais à m’inquiéter, moi ! Bon, mais allez, on passe à table… sinon le gigot… » C’est en le rapportant de la cuisine qu’elle m’a posé la question… « Qu’est-ce qui t’arrive ? Qu’est-ce que tu as ? » « Moi ? Mais rien du tout ! Qu’est-ce que vous voulez que j’aie ? » « Je sais pas… T’es pas comme d’habitude… Moins à cran… Plus détendue… » Mon beau-père a haussé les épaules… « Elle est ni plus ni moins détendue que d’habitude… Tu te fais encore des idées… » Il avait décidé de me garder le secret…  Et je me suis sentie emplie d’une infinie gratitude à son égard…

Il avait dit qu’il viendrait… Vérifier…  J’ai attendu… Tous les soirs je tenais prêts mon cahier de comptes, mes relevés, mes factures… Et j’attendais… J’ai attendu trois jours… Huit… Quinze… Dix-neuf… Il est enfin venu… Je lui ai aussitôt tendu docilement mes comptes… Qu’il a repoussés d’un geste de la main… « C’est pas la peine… Viens t’asseoir là plutôt… » À côté de lui… Sur le canapé… « Que tu aies fait attention… Que tu aies filé droit, côté finances, ça ne fait pas, pour moi, l’ombre d’un doute… Après la bonne petite leçon de l’autre jour tu n’allais sûrement pas t’amuser à ça… » J’ai baissé la tête… Rougi… «  Non… Ce qui m’inquiète, ce sont tes fréquentations… Qui, de ton propre aveu, exercent sur toi la plus néfaste des influences… » Oh, oui, mais elles, eux, je les voyais plus… Plus du tout… Ah, non, non ! Et je n’en avais pas la moindre envie… « Et tu passes tes journées à quoi alors du coup ? » Hein ?! Mais à rien… Je faisais mon ménage… Du rangement… J’écrivais à Patrice… Quand il faisait beau j’allais faire un tour… Ou bien je m’installais devant la télé… Il a pris mes mains entre les siennes… Les y a gardées… « Et très vite tu vas t’ennuyer… Tu t’ennuies déjà… Non ? » « Un peu, si ! » « Et il va se passer quoi ? Dans un mois, trois ou six, les mêmes causes produisant les mêmes effets, tu seras prête à n’importe quoi pour tromper ton ennui… Et, sous une forme ou sous une autre, tu te remettras en danger… » « Mais non ! » « Bien sûr que si ! Et tu le sais très bien… Tu es très influençable, Camille, très… Et n’importe qui, pour peu qu’il sache y faire, peut t’amener là où il l’a décidé… » « Mais je vous ai, vous ! Vous m’aiderez… Vous m’empêcherez… » « Oui… Bien sûr… Mais la meilleure solution, pour ne pas courir de risques inconsidérés, c’est encore de la remplir ta vie… De l’occuper… L’oisiveté est toujours très mauvaise conseillère… Et tu es en âge de travailler, non, tu crois pas ? » « Si, si ! Bien sûr, mais… » « Mais quoi ? » « Non… Rien… » Il s’est levé… Moi aussi… On s’est fait face… « Alors tu sais ce qui te reste à faire… » Et il m’a soulevé le menton du bout du doigt… A plongé ses yeux dans les miens… Me les a fait baisser… Je savais, oui…

Je savais, mais c’était quelque chose que je n’avais absolument pas, depuis mon mariage, envisagé… Mais il avait raison… Oui… Évidemment qu’il avait raison… J’allais donc chercher du travail…

Peut-être suis-je trop bavarde, mais vous, vous ne l’êtes guère et j’attends toujours avec autant d’impatience la suite de votre récit…

Je vous embrasse…

CAMILLE   

jeudi 20 septembre 2012

Escobarines: La grande dame


– Ainsi donc cette gente damoiselle apprécie, à ce qu’il paraît, d’être fouettée sévèrement … C’est bien cela, ma fille ?
– Oh, non, Votre Altesse…
– Comment cela « non » ?
– Cela fait bien trop mal…
– Pourquoi, dès lors, l’avoir accepté ?
– C’est que Votre Altesse, m’a-t-on dit, serait l’une des femmes les plus puissantes du royaume, qu’elle m’aurait – j’ignore où – remarquée et qu’elle aurait manifesté le désir de me fouetter… De sa propre main…
– Ce à quoi vous avez consenti, m’a-t-on rapporté, de bonne grâce…
– On ne s’élève pas contre la volonté des puissants…
– Que vous imaginez-vous donc avoir à redouter d’eux ?
– Votre Altesse sait bien qu’ils obtiennent toujours ce qu’ils veulent… Que leur bon plaisir a force de loi… Et qu’ils ont mille moyens de nous contraindre quand nous leur refusons ce qu’ils exigent…
– Vous voilà bien impudente…
– Que Votre Altesse me pardonne…
– Vous allez être punie de votre insolence… Et sur le champ… Athénaïs, remplissez votre office…

– Penche-toi ! Plus avant… Bien à l’équerre… Parfait… Madame veut-elle que je la trousse ou préfère-t-elle le lui dénuder elle-même ?
– Faites, Athénaïs… Faites…
– Voilà…
– Elle l’a fort blanc… Et fort généreux…
– Assurément…
– Gageons qu’elle en est fort fière…
– Et que les sens des hommes en sont bien souvent échauffés…
– Ce qui est sans doute bien loin de lui déplaire…
– Nous allons y mettre derechef bon ordre…

– Que vous en semble, Athénaïs ?
– Elle marque vite… Et beaucoup…
– En effet…
– Mais, si je puis me permettre, Madame m’a paru beaucoup moins sévère qu’à l’ordinaire…
– Vraiment ?
– Vraiment… On l’a fort peu entendue… Et elle a fort peu gigoté…
– Il m’a semblé en effet qu’elle faisait preuve d’une réserve à laquelle on ne m’a pas accoutumée… Eh bien nous allons nous employer à l’en faire sortir…

– Et cette fois ?
– Elle a donné beaucoup à voir… Et beaucoup à entendre…
– Oui… C’était très stimulant…
– Madame a, pour la pousser dans ses derniers retranchements, fait preuve d’une ardeur ! C’en était un vrai bonheur…
– Je ne suis – c’est vrai – pas mécontente de moi…
– Madame souhaite-t-elle que…
– Non… Non… Laissons-la exposée… C’est un spectacle qui me ravit…

– Que vous en semble, Athénaïs, si je la prenais à mon service ?
– Elle paraît d’une nature rebelle et arrogante…
– Ce n’est pas pour me déplaire…
– Madame en a maté de beaucoup plus coriaces…
– En effet…
– Et puis… elle est fort avenante… À qui mieux mieux vos servantes voudront la mignoter…
– Je ne manquerai pas de l’en punir…
– Ce qui les distraira beaucoup…
– Oui… Emmenons-la, Athénaïs, emmenons-la…

lundi 17 septembre 2012

Les confidences de Camille ( 4 )


Vous avez le sens du suspense, mon cher Flavian, c’est le moins qu’on puisse dire… Et j’avoue que vous avez sérieusement piqué ma curiosité… J’ai hâte de connaître la solution de l’énigme… Qui donc fessait, avec autant de conviction, votre logeuse ? J’ai bien ma petite idée, mais ce n’est pas forcément la bonne…

En attendant de connaître la réponse à mon tour de poursuivre mon récit…
Je me suis mariée la veille de mes vingt-cinq ans… Pour ne pas coiffer la Sainte-Catherine ? Peut-être… Allez savoir… Ce qui motive nos choix est si rarement ce que nous croyons… Il avait trente-trois ans… Était militaire de carrière… Marin… Officier de marine… Je savais donc à quoi je m’exposais… À de fréquentes et interminables absences… Est-ce que je l’aimais ? J’en étais persuadée… Suffisamment pour l’épouser en tout cas… Est-ce que je l’aimais vraiment ? C’est une autre question… À laquelle je ne donnerais sans doute pas aujourd’hui une réponse péremptoire…

Et je suis entrée dans ce qui allait être « ma vie »… Un appartement confortable… Un mari, la plupart du temps en mer, qui m’assurait un train de vie que bien des femmes m’auraient envié… Des beaux-parents très présents sans être envahissants… Que demander de plus ? Rien… Tout… Je m’ennuyais… Je traînais en longueur des journées que je n’arrivais pas à remplir de quoi que ce soit de passionnant… Le shopping ? Le cinéma ? Je m’en étais très vite lassée… Je m’ennuyais… Pire : je déprimais…

Heureusement – c’est du moins ce que j’ai cru sur le moment – Sandrine a croisé ma route… Sur un forum… Décidément dans ma vie les forums ! Elle avait mon âge et respirait la joie de vivre… Le dynamisme… L’enthousiasme… « Tu t’emmerdes ? Bouge pas qu’avec moi ça va pas durer… » Et effectivement… Elle m’a entraînée… Présentée à quantité de gens… Sorties… Soirées… J’étais dans un tourbillon… Un étourdissement permanent… L’envie de rire m’était revenue… Le goût de la fête… Je vivais… Je vivais enfin…

Et forcément je dépensais… Beaucoup… Inconsidérément… De plus en plus… Le banquier me rappelait régulièrement à l’ordre… Je m’en souciais comme d’une guigne… J’étais sur mon petit nuage… Et j’empruntais… À des taux exorbitants… J’empruntais… J’empruntais à tout-va…

Ça ne pouvait évidemment pas durer… Je l’ai brusquement réalisé, un soir, dégrisée… Le montant de mes échéances mensuelles incompressibles s’élevait à près de trois fois le salaire de mon mari… J’étais prise à la gorge… Vers qui me tourner ? Mes nouveaux amis ? Ils se sont défilés, les uns après les autres, sous des prétextes pitoyables… Il me fallait pourtant trouver une solution… Il me fallait absolument une solution… Avant que mon mari ne rentre… Avant qu’il ne découvre le pot-aux-roses…

C’était le dernier à qui aller en parler… Et c’est pourtant à lui que j’ai fini par me confier… Le père de mon mari…  Mon beau-père… Qui a sonné un dimanche matin… « Tu viens déjeuner avec nous ? Claire a fait du gigot… Tu adores ça… » Je voulais bien, oui… Et je me suis brusquement effondrée en larmes… « Ben qu’est-ce qui t’arrive ? » Il m’a doucement fait asseoir sur le canapé du séjour, s’est installé à mes côtés, m’a posé une main sur l’épaule… « Hein ? Qu’est-ce qui se passe ? » Et je lui ai tout déballé… D’une traite… D’un bloc… Entre deux sanglots… Il m’a écoutée jusqu’au bout… Sans m’interrompre… «  Bien… Donne-moi tes relevés de compte… Tes documents comptables… Tout… » Ce que je me suis empressée de faire… Il les a étalés sur la table basse devant la télé, les a longuement étudiés, un à un, sans un mot, sans jamais lever les yeux sur moi, en prenant des notes sur un petit calepin à couverture rouge qu’il avait sorti de la poche intérieure de sa veste… De temps à autre il hochait la tête, fronçait les sourcils… « Bon… » Il a tout repoussé, s’est levé, m’a prise par le bras, ramenée jusqu’au canapé… J’ai tout de suite su ce qui allait se passer… Je l’ai tout de suite compris… Senti… Et… accepté… Je n’ai pas résisté… Je n’ai pas protesté… Docilement je me suis laissé courber sur ses genoux… Déculotter… Il a pris tout son temps… Il a emprisonné mes deux mains dans l’une des siennes et de l’autre il a tapé… Une fessée… Il ne m’a pas ménagée… Une gigantesque et vigoureuse fessée… Une interminable fessée… Il n’a tenu compte ni de mes pleurs ni de mes supplications…

Savez-vous, mon cher Flavian, que c’est une épreuve pour moi, une redoutable épreuve, que de vous raconter tout ça ? Mais j’en ai besoin… J’ai besoin de votre écoute… Mais laissez-moi souffler un peu… Juste un peu… Je reviens… Je reviens tout de suite…

Je vous embrasse…

CAMILLE   

jeudi 13 septembre 2012

Escobarines: Flagrant délit ( 6 )


– Je suis obligée ?
– De quoi donc ?
– D’aller leur présenter mes excuses… Je suis obligée ?
– C’est une question qui ne se pose même pas… Et que tu as eu tort de poser… Parce qu’elle va te valoir une nouvelle fessée… Une fessée que tu me réclameras toi-même… Devant eux…
– Hein ? Oh, non…
– Un conseil : n’aggrave pas ton cas… Sinon c’est à eux que je vais demander de te la donner… Et carabinée…
  
– Cette jeune fille a absolument tenu à venir vous présenter ses excuses…
– C’est la moindre des choses…
– Après ce qui s’est passé l’autre jour, oui, c’est un minimum…
– Eh bien dis-leur, toi ! Qu’est-ce que tu attends ? Reste pas plantée là comme une bûche…
– Je vous prie de m’excuser… Pour la façon dont je me suis comportée samedi… Je vous prie de m’excuser…
– Elle a pas si mauvais fond finalement…
– C’est l’éducation qu’elle a reçue… Qui laisse sérieusement à désirer… Mais ça ! Elle en est pas responsable la pauvre petite…
– Il suffirait de pas grand-chose finalement…
– Oh, mais Mathilde saura la remettre dans le droit chemin…
– Ça, ça fait pas l’ombre d’un doute…
– Chut… Écoutez ! Elle a encore quelque chose à dire la petite…
– Je… Oui… Je remercie Madame Corvier, du fond du cœur, pour tout le mal qu’elle s’est donné pour moi… Et qu’elle continue à se donner pour moi…
– Ah, ben voilà ! Au moins elle le reconnaît… C’est bon signe…
– Et je lui demande… Qu’elle m’en redonne une autre de fessée, là, maintenant… Parce que… je voulais pas venir vous les présenter mes excuses hier soir… Et ça c’était pas bien de ma part… Non, c’était pas bien…

– Elle a été courageuse…
– Oui… Beaucoup plus que l’autre jour…
– Elle a pas crié…
– Ou si peu…
– Et pourtant Mathilde y est pas allée de main morte…
– Ça, c’est le moins qu’on puisse dire…
– En tout cas elle est beaucoup moins arrogante…
– Plus du tout, tu veux dire…
– Et Mathilde devrait plus avoir aucun problème avec elle maintenant…
– En tout cas beaucoup moins…
– Elle nous dira… Mais oui… Oui… Sûrement… Sûrement qu’elle va se mettre enfin au travail…

 – Cette fois c’est complètement fini alors ? Pour de bon ?
– Non…
– Non ?
– Oh, non… Juste au moment où tu commences à devenir docile… Et à éprouver du plaisir à l’être… Ce serait dommage d’arrêter, avoue…
– Je sais pas… Je…
– Mais si, tu sais… Tu sais même très bien… Tu sais qu’au fond de toi ça ne te déplaît pas tant que ça d’obéir…
– Un peu… C’est vrai… Un peu…
– Beaucoup plus qu’un peu… Sois honnête…
– Comment vous savez ? Comment vous avez su ?
– Ça, c’est mon secret…
– Je croyais pas que ça se voyait…
– Oh, que si !
– C’est petit à petit que c’est venu… C’était pas du tout comme ça au début… Mais pas du tout…
– Tu y trouveras de plus en plus ton compte, tu verras… De plus en plus… Tu pourras plus t’en passer… Et moi non plus…  

lundi 10 septembre 2012

Les confidences de Camille ( 3 )


Chère Camille, bonjour…

Je m’apprêtais à vous faire part longuement des réflexions que m’avaient inspirées vos deux mails quand… votre petit mot en MP sur le forum : vous préférez que je m’abstienne, pour le moment, de tout commentaire… Que je vous laisse dérouler le fil de vos souvenirs sans venir interférer avec eux… Vous redoutez qu’ils soient influencés ou gauchis par ce que je pourrais vous en dire… Je comprends d’autant mieux vos appréhensions que j’aurais tendance, pour ce qui me concerne, à les partager… Donc… laissons-nous aller, l’un comme l’autre, au fil de notre récit… Il sera toujours temps, par la suite, de nous offrir mutuellement notre regard sur ce que nous nous serons confié…

À l’idée que j’allais monter poursuivre mes études à Paris mes parents étaient terrorisés… « Mais j’ai vingt ans ! » « Justement ! » Et de me dresser la liste – d’une longueur impressionnante – de tous les dangers que j’allais, selon eux, courir dans la capitale, dangers que, dans ma naïveté, je serais hors d’état d’éviter… « Non… La seule solution, c’est la chambre chez l’habitant… Plutôt un couple … D’âge mûr… Sérieux… Qui pourra, le cas échéant, te donner des conseils, te tirer des mauvais pas où tu ne manqueras pas d’aller te fourrer tête baissée… » Et ils ont écrit, téléphoné, interminablement palabré pour, au bout du compte, triomphalement proclamer… « Ça y est ! On a trouvé… Ils sont bien… Très très bien… Lui, la quarantaine… Elle, pas tout à fait encore… Tout est arrangé… Le soir tu dîneras avec eux… Tâche de pas nous faire honte… De montrer que tu as quand même un minimum d’éducation… »

C’était un coquet petit pavillon dans la banlieue Nord de Paris… Ma chambre, claire, spacieuse, donnait sur un grand jardin planté d’arbres fruitiers… Une glycine courait sous ma fenêtre…
Nous avons fait connaissance… Ivan, lui, travaillait comme comptable dans une grande concession automobile… Clara, elle, faisait des traductions à la maison… Chaleureux, disponibles, ils se sont enquis de mes études, de mes goûts, de mes loisirs… Et nous avons, tous les trois très rapidement trouvé une harmonieuse vitesse de croisière…

C’est arrivé un mardi de Novembre… Le mardi j’avais, en principe, cours toute la journée… Sauf que ce mardi-là, pour je ne sais plus quel motif, tous ceux de l’après-midi avaient été reportés… Je suis donc rentré… Beaucoup plus tôt que d’habitude…
Ça venait du garage… Dont la porte était close… Des bruits… De claques… De coups… Je me suis immobilisé, stupéfait… Et puis des gémissements… Des plaintes… Des cris… Je me suis approché… Ça a redoublé d’intensité… Il y a eu des supplications… « Arrête… Non… Arrête… Je le ferai plus… Je te promets… » C’était sa voix… À elle, Clara… Des pleurs… Des sanglots… Ça s’est apaisé… Le silence… Je me suis enfui… J’ai erré par les rues… Plongé dans des abîmes de perplexité… Jusqu’à ce qu’il soit l’heure de rentrer… Celle de d’habitude…

À table, le soir, je l’ai discrètement observée… Rien – absolument rien – dans son comportement ou ses propos ne pouvait laisser soupçonner ce qui s’était passé quelques heures auparavant… Tout au plus lui échappait-il parfois, quand elle s’asseyait, une légère grimace… Ma curiosité, en tout cas, était piquée au vif… Qui ? Mais qui dans ce garage lui avait administré une si retentissante fessée ? Ce n’était pas Ivan… Il travaillait… Alors qui ? Et pourquoi ? Mystère… Un mystère que je me suis bien juré, ce soir-là, d’élucider coûte que coûte…

J’ai commencé par mettre à profit les rares moments où j’étais seul à la maison pour aller passer le garage au peigne fin… J’espérais y trouver un indice quelconque… Ce ne fut pas une mince affaire… Le garage était un véritable capharnaüm où ils avaient accumulé, au fil du temps, toutes sortes d’objets hétéroclites… Mais ma patience et mon obstination furent finalement récompensées : deux martinets – dont l’un à nœuds – une cravache, un fouet, le tout dissimulé sous un tas de vieilles couvertures entassées en vrac dans un vieux coffre en bois… Donc… Donc il était infiniment probable qu’il y avait eu – et qu’il y aurait – d’autres fessées… Données quand on me saurait – ou croirait – à mes cours…

Qui ? Mais qui ? La question me taraudait… Il y avait, au fond du jardin, une cabane où Ivan entreposait ses outils… D’où on avait une vue imprenable sur le garage… Je m’y suis dissimulé… À des heures où j’aurais normalement dû être à la fac… J’ai fait chou blanc… Trois fois… Quatre fois… Cinq fois… Mais la sixième…

Je vous raconterai… Plus tard… Je tombe de sommeil…
À bientôt…

FLAVIAN          

jeudi 6 septembre 2012

Escobarines: Flagrant délit ( 5 )


– Ça lui aura un peu remis les idées en place à cette grande fille…
– Faut le souhaiter…
– Ce serait quand même malheureux… Quand on voit tout le mal que cette pauvre Mathilde elle se donne pour elle…
– Oui, oh, alors ça ! C’est sûrement pas la reconnaissance qui va l’étouffer… C’est pas le genre…
– Tout leur est dû aujourd’hui… Tout…
– Et je suis prête à parier que dans trois jours ce sera redevenu exactement comme avant…
– C’est probable en effet…
– On se demande ce qu’il leur faudrait… On se demande…
– Moi, à la place de Mathilde, je laisserais tomber… C’est pas la peine… Elle perd son temps… Elle en tirera rien… Je te foutrais ça dehors… Une bonne fois pour toutes…
– Moi, de mon temps, je me serais pris une fessée comme ça je peux vous dire qu’après j’aurais filé doux…
– Oui, parce que pour une fessée c’était une fessée…
– Non, mais regardez-là ! Elle en a rien à faire… C’est clair… Strictement rien à faire…
– Ça nous narguerait presque…
– Ça nous nargue carrément, oui…
– Si c’était de moi, je te lui en remettrais une autre bien sentie par là-dessus, tiens !
– Elle est bien trop bonne avec elle Mathilde… Bien trop bonne…

– Alors ça y est cette fois ? Je suis quitte ?
– Quitte ? Sûrement pas !
– Hein ? Mais pourquoi ? Vous aviez dit… Vous aviez dit que ça effacerait tout si je l’avais en public…
– Pas en te comportant comme tu t’es comportée…
– Mais qu’est-ce que j’ai fait ?
– Et elle demande ce qu’elle a fait ! Non, mais tu t’es pas vue ! Tu t’es montrée d’une insolence ! Tu toisais tout le monde avec un de ces petits airs supérieurs…
– C’était eux, là ! C’était eux avec leurs commentaires…
– Qui étaient parfaitement justifiés… Ton attitude a été inqualifiable… Absolument inacceptable… Et tu vas commencer par le reconnaître…
– Ils m’avaient agacée !
– Je veux pas le savoir… Et je te conseille vivement, dans ton propre intérêt…
– Ils me cherchaient… Si, c’est vrai, hein ! Ils m’ont cherchée…
– N’aggrave pas ton cas…  
– Mais non, mais… Oui, bon, c’est vrai… Je reconnais… J’aurais pas dû…
– Et ben voilà ! À la bonne heure ! Tu vois quand tu veux…
– Vous allez me faire quoi alors maintenant ?
– Tu resteras tout-à-l’heure après la fermeture… Je te dirai…

– Baisse… Ton pantalon… Baisse… La culotte aussi… Là ! Oh, mais c’est encore tout rouge… Quasiment tout neuf ! Faut dire aussi que c’est tout récent… Et que tu marques beaucoup… Bon, mais tu vas commencer par aller au coin… Allez, va vite… Et ouvre toutes grandes tes oreilles… Tu reconnais ?
– Oui…
– C’est quoi ?
– Ma fessée… Ma fessée d’hier soir… Et les gens… Les gens qu’étaient là…
– Que j’ai enregistrés, oui… Que tu puisses entendre et réentendre ce qu’ils avaient à dire… Que ça te plaise ou non…
– Vous croyez qu’ils le pensent ? Que je suis une grosse feignante… Ils le pensent vraiment ?
– Évidemment qu’ils le pensent… J’ai fait ce qu’il fallait pour…
– Mais c’est pas vrai… Vous savez bien que c’est pas vrai…
– C’était ton choix… Plutôt passer pour une paresseuse que pour une voleuse…
– Je sais bien, oui, mais…
– Mais si tu as changé d’avis tu vas pouvoir rétablir la vérité… Très prochainement… Parce que tu vas bien entendu aller leur présenter tes excuses pour ton comportement d’hier soir…
– Oh, non…
– Bien sûr que si ! Bon, mais maintenant sois gentille… Laisse-moi lire… Toi, pendant ce temps-là, écoute… Ça va passer en boucle… Écoute et médite…

lundi 3 septembre 2012

Les confidences de Camille ( 2 )


Flavian,

C’est encore moi ! Impossible de dormir. Parce que me remémorer tout ça, vous le raconter, ça m’a complètement chamboulé la tête. Et il y a plein de choses qui s’y bousculent. Comme elles s’y bousculaient ce jour-là une fois la porte refermée. J’ai longtemps sangloté. Comme une perdue. D’humiliation. De rage. Contre lui ? Non. Contre moi-même. Mais comment j’avais pu envisager de faire une chose pareille ? Comment ? C’était pas moi, ça… C’était une autre. Qui était venue m’habiter. M’investir. Me posséder. Heureusement que j’étais tombée sur lui. Heureusement. Parce que n’importe qui d’autre, à sa place, il se serait pas posé de questions. Il aurait fait sa petite affaire sans se préoccuper le moins du monde de mon intérêt à moi. Pas lui. Lui, il m’avait dit « Stop ». Un Stop catégorique. Il m’avait arrêtée au bord du précipice. Parce qu’il se serait passé quoi après ? J’aurais fait comme les deux autres… Une fois le doigt mis dans l’engrenage…

Alors vous savez à quoi j’ai passé ma journée du lendemain ? À essayer de le retrouver sur Internet. Pour le remercier. Pour lui dire combien je lui étais reconnaissante. De m’avoir sortie de là… De m’avoir empêchée… La journée du lendemain et toutes les suivantes. Plus d’une semaine durant. En vain. Il avait disparu. Définitivement, désespérément disparu.

Et pourtant il est resté là, au quotidien, avec moi. Absent, mais tellement présent. Installé dans ma vie. Penché par-dessus mon épaule. À me surveiller. À m’indiquer les écueils. À m’aider à les éviter. À m’encourager. C’est lui qui m’a décidée à quitter l’appartement. Pour échapper à l’influence néfaste des deux autres. Toujours grâce à lui j’ai trouvé un travail certes plus prenant, mais beaucoup plus rémunérateur.  Mon année universitaire, si je l’ai réussie, c’est parce qu’il était là. Derrière moi. À me stimuler. À m’empêcher de perdre mon temps à des sottises. La fessée de ce soir-là elle avait duré quoi ? Un quart d’heure. Vingt minutes tout au plus. Elle a duré en fait pendant des mois… Des années… Et surtout elle m’a obligée à me regarder en face. Telle que je suis… Sans tricher… Et à m’accepter… À reconnaître que oui… oui… il y avait des situations que j’étais incapable d’affronter seule… Des circonstances où, si j’étais réduite à mes seules forces, je courais à la catastrophe… J’avais parfois – souvent – besoin d’aide… De m’en remettre à quelqu’un à qui j’allais donner carte blanche et qui allait m’obliger à agir comme il était dans mon intérêt de le faire… Quelle honte y avait-il à appeler au secours quand c’était nécessaire?

Appeler au secours, oui, mais qui ? À qui aller expliquer tout ça ? À qui aller demander ce « service » ? En qui avoir suffisamment confiance ? Personne… La plupart du temps personne… Parce qu’on n’est pas compris… Parce qu’on vous attribue d’autres intentions que celles que vous avez… Parce que peu de gens sont complètement désintéressés… Pas d’autre solution que d’avancer sur la pointe des pieds et, dans l’immense majorité des cas, que de reculer précipitamment… À deux reprises j’ai cru avoir trouvé la perle rare… Ce fut un fiasco total… Mieux valait renoncer… Ce que j’ai fait… La mort dans l’âme…

Jamais je n’aurais pensé à lui… Et pourtant… Il s’est imposé… Quelqu'un de mon entourage... Il s'est imposé... Avec force… Avec évidence… À un moment où je partais à la dérive… Où je faisais n’importe quoi… Et pire encore… Il m’a « récupérée »… Restabilisée… Et il est resté là… Prêt à intervenir chaque fois que nécessaire… Bienveillant… Patient… Attentif… Rassurant… Je vous raconterai… Ça aussi je vous raconterai… À une condition : que vous aussi vous me racontiez… Vous avez laissé entendre, sur le forum, un certain nombre de choses qui ont piqué ma curiosité. Vous en avez dit trop ou pas assez… Alors la balle, maintenant, est dans votre camp…
Je vous attends…
Quant à moi, cette fois, je vais me coucher… Pour de bon…

Je vous souhaite une excellente nuit…

CAMILLE