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jeudi 30 décembre 2010

Escobarines: Les vendeuses





Ca a d’abord été un gros bijou fantaisie… Disparu juste après le passage d’un petit groupe de gamines…
- Faites-y attention, hein, toutes les deux !… Si on doit se faire piller comme au coin d’un bois…

Et puis une montre tout incrustée de petites pierreries…
- 120 euros qui partent en fumée… Et vous n’avez rien remarqué ?… Ni l’une ni l’autre ?…
Non… Presque pas de clients il y avait eu… Et aucun ne s’était approché du présentoir bleu... Personne... J’en étais sûre... Personne sauf… Jessica… En faisant les poussières… Ca pouvait pas être Jessica quand même !…

C’est quand un flacon Dior a disparu, sur une étagère, derrière la caisse, que Madame Martin nous a explicitement soupçonnées…
- J’ose espérer que ce n’est pas l’une de vous deux… Vous n’ignorez pas quelles conséquences cela pourrait avoir…
Ce n’était pas moi… Jessica non plus… C’est en tout cas ce qu’elle a proclamé, elle aussi, haut et fort, d’un petit air scandalisé…

Trois cents euros... Dans la caisse…
- Bon… Alors cette fois ça suffit… On va crever l’abcès… Une bonne fois pour toutes… Alors laquelle de vous deux ?…
- Pas moi…
- Ni moi…
- Ben voyons !… Ca s’est envolé tout seul… Bon… J’ai fouillé vos sacs et vos manteaux en réserve derrière… Il n’y a rien dedans… Donc il y en a une qui a les billets sur elle… Je veux savoir laquelle… Vous vous déshabillez…
Elle n’avait pas le droit… Mais je n’avais rien à me reprocher… Je l’ai fait… Pour me laver de cet insupportable soupçon… J’étais innocente… Il fallait qu’elle le sache…
- Enlevez !… Enlevez tout !…
Elle nous a gardées longtemps sous son regard…
- Vous êtes très malignes… Mais je vous coincerai… Je vous jure que je vous coincerai…

- C’est toi, Jessica, hein !… Comment t’as fait ?… Tu les as cachés quelque part dans le magasin pour les récupérer après ?…
Elle a haussé les épaules…
- Mais non, c’est pas moi !…
- Ben, c’est qui alors ?…C’est pas moi non plus !…
- Elle !… Madame Martin…
- Hein ?!… Mais ça lui sert à quoi ?…
- A nous accuser… Et à nous faire déshabiller… Elle adore… Celles avant nous elle leur avait fait la même chose… Même qu’après elle leur avait carrément planqué de l’argent dans leurs affaires… Histoire d’avoir un prétexte pour leur mettre une fessée…
- Une fessée !… Non, mais elle est vraiment pas bien…
- Question de point de vue…
- Mais alors !… Peut-être qu’à nous aussi elle va nous en cacher dans nos sacs… Pour faire croire…
- Dans nos sacs ou ailleurs… Evidemment… Même que ça devrait pas tarder…
- Elle a pas le droit… Pas question de se laisser faire alors là !…
- Moi, si !…
- Hein ?… Tu vas te laisser faire !… Mais pourquoi ?…
- Parce que je l’ai prise exprès la place… Exprès pour ça… Pour que ça m’arrive… J’aime trop la façon dont elle s’y prend… Comment elle fait monter la tension de jour en jour… T’as rien fait, mais tu finis quand même par te sentir coupable… C’est terriblement injuste, mais tu sais au fond de toi que, d’une certaine façon, t’as mérité quand même…
- Mais j’ai rien mérité du tout, moi !… J’ai rien fait…

- Bon, alors ces demoiselles !… Venez voir !… Venez voir par ici… Alors ?!…
Dissimulée dans la réserve, tout en bas d’une étagère, sous une pile de vieux prospectus, une énorme liasse de billets de vingt euros…
- Vous direz pas le contraire cette fois !… Alors qui ?… Laquelle de vous deux ?…
- C’est moi, Madame !… Elle y est pour rien du tout Aurore…
C’est venu tout seul… Sans que je le veuille… De je sais pas où…
- Hein ?!… Mais c’est pas vrai !… Tu sais bien que c’est pas vrai !… On était d’accord… On devait les récupérer… Et se les partager…
Madame Martin nous a couvées toutes les deux d’un long regard satisfait… Et gourmand…
- Très bien, mes chéries… Très bien…
Elle a extirpé une cravache d’un tiroir…
- Allez !… On se déculotte gentiment…

lundi 27 décembre 2010

Colocataires3 ( 27 )

- Ben qu’est-ce tu fais là, toi ?…
Mélianne… En train d’empiler des vêtements dans deux grands sacs de voyage…
- Je suis venue chercher mes affaires… Ce qu’il en reste ici… Mon père est mort…
- Ah…
- Et ça se passe exactement comme j’ai toujours pensé que ça se passerait… Je suis morte avec…
- Mais non !… Réagis !… Ne te laisse pas…
- S’il te plaît… Pas toi !… Epargne-moi ce genre de discours… Je n’ai pas le choix… Je ne peux pas laisser ma mère toute seule dans ces conditions-là et dans l’état où elle est… C’est au-dessus de mes forces…
- Peut-être que quand le temps aura fait son œuvre…
- Non… Tu la connais pas… Non… Elle est finie ma vie… Foutue… Je vais me retrouver derrière un comptoir à faire des tas de salamalecs à des gens dont j’ai strictement rien à foutre… A surveiller tout ce que je dis… Tout ce que je fais… Pour pas faire perdre des clients à ma mère… A m’habiller aussi terne que possible pour pas être considérée comme la dernière des dernières… Pour pas sortir du lot…
- Personne ne peut savoir de quoi l’avenir sera fait…
- Oui, oh, alors ça !… Il suffit que je les regarde là-bas… Que je les écoute… Pour m’en faire une idée extrêmement précise… Bon… Mais ça fait rien… Ca n’a pas d’importance… Je n’ai pas d’importance… Je n’aurai jamais d’importance… Pour personne…
- Ne dis pas n’importe quoi…
- C’est pas n’importe quoi, c’est… Bon, allez, faut que j’y aille… Ils m’attendent en bas… Et ils sont mal garés…
- Mélianne…
- Oui…
- On reste en contact si tu veux… On s’écrit… On se téléphone… Je pourrai même, de temps en temps, faire un petit saut là-haut…
- Non… C’est gentil, mais non… Je préfère pas… Ca me ferait bien trop mal… Ca me donnerait beaucoup trop envie… Non… Oublie-moi !… Ca vaudra mieux… Pour tout le monde…
- Ca, c’est pas possible…
- Ca klaxonne en bas… On m’attend… On s’impatiente… J’y vais… Je t’ai beaucoup aimé, vous savez… Je t’aime énormément…
- Moi aussi, Mélianne…
- Adieu… Non, s’il te plaît, me raccompagne pas…
Elle a tiré la porte sur elle sans se retourner… Par la fenêtre de la petite chambre elle a jeté son sac dans le coffre d’une voiture garée le long du trottoir, s’est engouffrée à l’arrière sans lever une seule fois la tête vers la façade…

- Bon, ben c’est le jour…
- Pourquoi tu dis ça ?…
- Parce que Amandine vous n’entendrez plus parler d’elle non plus… Elle est partie…
- Comment ça partie ?… Où ça partie ?…
- Avec un type… Personne sait où…
- Quel type ?…
- Je sais pas… Personne en sait rien… Mais ce qu’il y a de sûr, c’est qu’elle est partie avec… Et qu’elle veut couper les ponts avec tout le monde… La preuve : elle a changé de portable…
- Comment t’es au courant de tout ça, toi ?…
- Parce que je connais du monde, tiens !… Vous vous imaginez quoi ?… Que les jeunes ça parle pas ?… Pire que les vieux souvent… Et encore plus méchant… C’est pas peu dire… Bon… Mais allez, on reste pas là… On va quelque part… De quoi vous avez envie ?… Pas le magasin de sapes… Il va être fermé… Il reste le resto… Mais pas celui de d’habitude… Un autre… J’ai envie de trucs nouveaux maintenant qu’elles sont plus là… Vous me laissez faire… C’est moi qui choisis…

- Alors ?… Qu’est-ce vous en pensez ?… Pas mal, non ?… En douce que vous en avez drôlement de la chance d’être avec une fille comme moi qu’apprécie les bonnes choses… Parce que il y en a plein des filles, si vous étiez avec elles, vous seriez bon pour vous taper le Kebab et le Mac Do à longueur de temps… De toute façon maintenant…
- De toute façon ?…
- Non… Rien…
- Ah ben si, si !… Qu’est-ce que tu voulais dire ?…
- Qu’il y a pas de risques qu’il y en ait qui vous approchent… J’ai été conne une fois… Je le serai pas deux… Parce que Mélianne c’est moi qui vous l’ai jetée dans les bras… Et s’il y avait pas eu Mélianne il y aurait pas eu Amandine… Ni toutes les autres… Parce que d’après ce qu’il se dit il s’en est passé des choses chez vous quand j’étais pas là…
- Il s’en raconte tellement…
- Ca me regarde pas… Et puis j’m’en fiche… Complètement… Ce qui compte pour moi c’est ce qui va se passer maintenant… Maintenant qu’on va être que tous les deux… Et j’ai des tas d’idées… Vous serez pas déçu, vous verrez…

jeudi 23 décembre 2010

Escobarines: Balançoire





- Vous en faites une tête, les filles…
- Faut qu’on te dise…
- Oui… Faut qu’on te dise… Lionel…
- Eh bien quoi Lionel ?…
- Roxane elle a des vues dessus… Et pas qu’un peu…
- Quelle garce !… Elle le sait pourtant que je suis après… Et depuis un bon moment…
- Oui, mais justement !… Elle a dit comme ça que depuis le temps que t’arrivais à rien… Qu’il faut pas que tu rêves : tu l’intéresses pas… Et qu’est-ce qu’un type comme lui pourrait bien aller foutre avec une fille comme toi… Il est libre à ce qu’elle sache… Et c’est sûrement pas parce que tu te fais un film dans ta tête que ça va l’empêcher…
- Elle veut la guerre ?… Elle va l’avoir… Et pour commencer avant huit jours il est dans mon lit Lionel… On va employer les grands moyens…
- C’est-à-dire ?…
- Vous allez voir… Vous venez ?… On va chez toi, Ninon…
- Chez moi ?… Quoi faire chez moi ?…
- Ben c’est ton voisin, Lionel, non ?…

- S’il nous a pas entendues avec tout le bruit qu’on fait…
- Il est là au moins ?…
- Ben oui… Oui… Il y a sa moto…
- Il peut nous voir ?…
- Seulement du vasistas du grenier…
- Il doit nous trouver plutôt dindes de nous amuser encore à la balançoire à notre âge s’il nous regarde…

- Vous savez pas ce qu’on va faire, les filles ?… On va s’engueuler… Grave…
- Hein ?… Mais ça va pas !… J’ai pas du tout envie de m’engueuler, moi…
- Mais non, mais pour du faux… Vous allez me crier après… Le plus fort possible… Qu’il monte voir au grenier ce qui se passe s’il y est pas déjà… En faisant semblant d’être très en colère contre moi… Mais alors là vraiment très en colère… Tellement en colère qu’à un moment il y en a une qui va me le baisser mon maillot et que vous allez me flanquer une bonne fessée…
- Non, mais t’es vraiment pas bien !…
- Ca va te servir à quoi ?…
- Ca va me servir que quand vous aurez fini de me la mettre, vous me planterez là, que je me reculotterai comme je pourrai – tant bien que mal – et que je me jetterai dans l’herbe, près de sa haie, en pleurant toutes les larmes de mon corps… S’il vient pas me consoler alors là… là… je sais vraiment plus ce qu’il faut faire…
- Ca peut peut-être marcher, oui…
- C’est complètement fou, moi, je trouve…
- En tout cas après ça il te verra d’un autre œil, ça, c’est sûr…

- Plus fort, Véro… Tape plus fort… Que je chiale vraiment… Et bien tout le tour… Que ça déborde du maillot quand je le remettrai tout à l’heure…
- Je fais ce que je peux !… Et puis si elle m’aidait Ninon aussi au lieu de rester plantée là, bras ballants, à me regarder faire…

- Là, c’est bon, les filles maintenant !… C’est bon… Laissez-moi !… Partez !…

Le nez dans l’herbe… En irrépressibles sanglots… Le silence… Un pépiement d’oiseau… Bon… Alors ?!… Qu’est-ce qu’il fout ?… Un tracteur est passé tout près… Un chien, au loin, a furieusement aboyé… Il va pas venir… Il viendra pas… Il était même pas chez lui si ça se trouve… Ou il écoutait de la musique à fond… Il a rien entendu… Encore cinq minutes… Et si dans cinq minutes… Un long coup de klaxon, derrière, sur la Nationale… Je trouverai autre chose… Une autre solution… Mais elle l’aura pas… Alors là !… Qu’elle compte pas l’avoir…

Une présence… Oui… Une présence derrière la haie… Lui… Forcément… Elle n’a pas relevé la tête… L’a enfouie plus profondément dans l’herbe… S’est imperceptiblement soulevée du bassin… A attendu… Un toussotement… Et puis un rire… Un autre… Encore un… Elle s’est précipitamment redressée… Lui… Sa tête par-dessus la haie… Et trois… Quatre… Cinq têtes… Des types… Que des types… Et Roxane, appuyée contre lui…

A toutes jambes… Derrière ça a encore ri…
- Un beau panpan-cucul tu as pris, ma chérie…
- Ca valait le coup d’œil… Ah oui alors !… On regrette pas…
- Voilà ce qui arrive quand on est pas gentille avec ses copines…
- Tu recommences quand tu veux, hein !… Quand tu veux…

lundi 20 décembre 2010

Colocataires3 ( 26 )

- Ils les font plus les ris de veau comme avant ?… Comment c’était bon pourtant !…
- Prends des rognons sauce madère… Ils sont délicieux…
- Oui, mais c’est pas des ris de veau… En attendant qu’est-ce qu’on s’est bien amusés tout à l’heure tous les deux, hein ?!… J’en étais sûre que c’était un vicieux ce type… Et un vrai !… Ca se sent tout de suite ça… C’est quoi cette espèce de tête que vous faites ?… Vous allez quand même pas essayer de me faire croire que ça vous a pas plu !… Oui, ben alors là !… Pas à moi !… Si vous croyez que ça se voyait pas !… Vous adorez ça que je me montre tant que je peux… Surtout si je fais celle qui le fait pas exprès… Je le sais… Vous avez pas du tout les mêmes yeux que d’habitude… Je vous surveille, vous savez !… Non, mais sérieusement… vous avez aimé, hein ?!…
- Evidemment que j’ai aimé !…
- Plus qu’avant ou moins ?…
- Tout autant…
- Et par rapport à la fois du maillot, à Nice ?…
- Ca n’a strictement rien à voir… Le vendeur de Nice il était tellement estomaqué, il s’y attendait tellement peu qu’il en a pas vraiment profité… Tandis que celui-là… Tu as remarquablement su faire monter la pression… En montrer juste assez pour qu’il ait envie d’en voir plus… Pour que rien d’autre ne compte plus pour lui que cette envie-là… Et en montrer toujours un peu plus… Sans tout montrer…
- Douée, hein, la fille ?!…
- Je te dis pas dans quel état il doit être… Et comment il va espérer te la voir repasser la porte de son magasin…
- Vous voulez qu’on y retourne ?… Oh, mais moi, je dis pas non, hein !… Au contraire… Quand ?…
- Laissons-le mariner un peu dans son jus…
- Vous savez ce qui serait bien ?… C’est que la prochaine fois vous me fassiez des tas de réflexions devant lui… Du genre que ça se fait pas de pas se cacher plus que ça pour essayer… Et moi je jouerais les innocentes… « - Oh, ben quoi, tu parles !… On n’est plus au Moyen Age… Il en a vu d’autres le bonhomme !… Etc… » A chaque fois qu’on irait on recommencerait… Vous, à me faire des réflexions… Et moi, à m’en foutre complètement… Vous deviendrez menaçant à la fin… « - Fais attention, Victorine, fais bien attention !… Tu sais ce que je t’ai dit… A force de chercher tu vas finir par trouver… »… Et moi je ferais la docile bien obéissante… Sauf que ça me reprendrait quand même… Ce serait plus fort que moi… Et pour finir vous m’en flanqueriez une devant lui de fessée… Quand il y aurait personne dans le magasin quand même… Que nous trois… Qu’est-ce que vous en pensez ?… Elle est pas bonne mon idée ?…
- T’en as eu de beaucoup plus mauvaises…
- Oui, hein… Bon, mais alors on le fera ?…
- On verra… Mais en attendant dépêche-toi de finir ton assiette… Qu’on rentre t’en donner une pour te punir d’avoir des idées pareilles…

- C’est la première fois… Vous avez vu ?…
- Non… Quoi ?…
- Menteur !… C’est pas possible que vous vous soyez pas rendu compte… Alors là ce que vous pouvez être menteur !… Vous vous en êtes pas rendu compte que j’ai joui pendant que vous me la mettiez la fessée peut-être ?… Et pas qu’un peu… Comment c’est bon comme ça en même temps, vous pouvez pas savoir…
- Hélas, non !…
- Vous savez ce qu’est le plus important pour moi ?… C’est la raison pour laquelle vous me le faites… Faut qu’elle soit vraie… Ou bien alors, même si elle l’est pas, faut que ce soit plausible… Que ça touche des endroits en moi que personne sait qu’ils sont là… Où personne doit avoir accès… Absolument personne… C’est que vous les connaissez que vous tombez toujours juste comme ça ou bien c’est le hasard ?… Non… Dites rien… Me dites pas… Je préfère pas savoir…

- Vous dormez pas…
- Non… Toi, non plus apparemment…
- J’y arrive pas… Ca me brûle trop… Plus que d’habitude… Tiens, touchez !… Vous sentez ?… Oui, hein ?… Laissez-la votre main… Vous pouvez pas savoir comment ça fait du bien… Et vous, vous avez envie ?… Que je m’occupe de vous ?… Ca vous dit ?… Sûrement !… Après la journée qu’on vient de passer !… Ce serait le contraire qui serait étonnant… Faites voir !… Ben tiens, qu’est-ce que je disais !… Faut que j’y aille tout doucement… En prenant bien mon temps… En arrêtant souvent… Ca va aller beaucoup trop vite sinon… Ce serait pas marrant… Ni pour vous ni pour moi… J’aime trop ça quand ça dure… Qu’est-ce que vous faites ?… Ah oui, vous voulez me voir en même temps… Je sais pas si je vous laisse… Parce que si je vous laisse vous allez sortir tout de suite… Et comme je viens de vous dire… De toute façon je sais même pas si je vais vous le faire jusqu’au bout… Sauf si vous me promettez quelque chose…
- Quoi donc ?…
- De jamais laisser personne d’autre que moi vous le faire… Que tout ce qu’on fait ensemble tous les deux vous le fassiez jamais avec personne d’autre… Promettez !… Promettez ou je vous la lâche… Oh ben non, non !… Ca y est !… Même que je vous l’ai pas bougée du tout… Ca y est et vous avez pas promis… C’est pas juste…

jeudi 16 décembre 2010

Escobarines: Dessins





- Alors là c’est ta chambre ?…
- Oui…
- C’est vachement grand, dis donc !… Et à part ça t’as droit à quoi ?…
- A tout… La cuisine… Le séjour… A tout sauf sa chambre à elle… Ce qu’est normal…
- Ca me plairait bien, moi… Quand je vois le truc minuscule que j’habite… Et complètement pourri en plus…
- Tu pourrais… Il reste une chambre de libre…
- Elle te fait payer combien ?…
- Rien du tout…
- Rien du tout ?… C’est pas vrai !…
- Ben si !…
- Mais pourquoi ?…
- Tiens, viens !…
- Où ça ?…
- Dans sa chambre…
- T’as pas le droit, t’as dit…
- Ca fait rien… Viens !… Je veux te montrer quelque chose…

- C’est quoi ?…
- Des dessins…
- Oui, ben ça je vois bien…
- Des dessins d’Escobar…
- Qui c’est celui-là ?…
- Tu connais pas ?…
- Ben non…
- Regarde alors !…
- Ouah !… Mais c’est dégoûtant !…
- Pas vraiment, non…
- Mais c’est rien que des fessées !…
- Presque, oui !…
- Et c’est que des filles qui les prennent…
- Et aussi qui les donnent…
- Mais elle fait quoi avec ça dans sa chambre ta bonne femme ?…
- A ton avis ?…
- J’en sais rien, moi !… Qu’est-ce que tu veux que j’en sache ?…

- Non, mais faut pas se gêner…
- Je vais vous expliquer…
- Tu vas rien m’expliquer du tout… Je t’avais interdit d’entrer dans ma chambre… Je te l’avais pas interdit ?…
- Si, mais…
- Et avec une inconnue en plus !…
- C’est pas une inconnue… C’est Mathilde… Je vous en ai parlé…
- Et t’as fouillé dans mes affaires…
- Oui, mais c’était pour qu’elle…
- Remets-moi ces dessins en place… Et passe à la cuisine… Qu’on règle nos comptes toutes les deux…

- Allez !… Baisse-moi ça !…
- Je…
- Et dépêche-toi !… J’ai pas que ça à faire… Là… A la bonne heure… Et en position… Oui… Comme ça… Tu vois, Mathilde ?… Tu vois comment on traite les grandes filles désobéissantes ?… Parce que… je fais beaucoup pour elle… Beaucoup… Je n’attends rien en retour… Je lui demande simplement de respecter quelques règles élémentaires de bonne conduite… Mais il faut croire que même ça c’est trop pour elle… Oh, mais elle comprendra… Il va bien falloir qu’elle finisse par comprenne… C’est ça !… Piaille, toi !… Piaille !… Si tu crois que c’est comme ça que tu vas m’apitoyer…

- Eh ben dis donc !…
- Alors ?… T’as vu ?… T’as compris ?…
- Oh, pour ça oui…
- Ca te dirait pas de venir ici ?… On serait quand même mieux à deux, non ?…
- Je sais pas… Faut que je réfléchisse… Où je peux les trouver les dessins du type, là ?…
- D’Escobar ?… Sur Internet… Je te dirai… Sinon… Ils sont dans sa chambre…
- Oui, ben ça je sais bien, mais…
- Elle est partie…
- Et si elle revient ?…
- Ben, toi aussi t’y auras droit… Forcément t’y auras droit…

lundi 13 décembre 2010

Colocataires ( 25 )

- Je revis… Si, c’est vrai, hein !… De tout retrouver exactement comme c’était avant vous pouvez pas savoir comment je me sens bien… Comment ça m’apaise… J’ai même plus envie de sortir… D’aller traîner… Juste de rester là… Près de vous… De vous sentir à côté… De regarder le parc par la fenêtre… J’en arriverais presque à me dire que les mecs c’est plus la peine… Aucun… Vu comment ça tourne à chaque fois…
- Oh, alors ça !… Je donne pas huit jours avant que tu sois retombée follement amoureuse…
- Il y a pas de risque… Il m’a vaccinée Romuald…
- On verra…
- C’est tout vu… Parce qu’il y a qu’avec vous que je suis heureuse finalement…

- Tiens !… Un revenant…
- C’est que…
- Oh, tu n’as pas à te justifier…
- Victorine…
- Je sais… Elle avait des peines de cœur… Il a fallu que tu te consacres à elle, la pauvre petite chérie !…
- Ce n’est pas exactement ça…
- Ecoute… Je me fiche royalement de ce que c’est, mais je tiens à ma tranquillité… D’abord il y a eu Mélianne qui voulait régenter la façon dont ça se passait avec toi… Et maintenant qu’apparemment elle a disparu c’est l’autre qui me tombe dessus en me tenant des discours à dormir debout…
- Ah, elle est venue te voir ?!…
- Elle est venue, oui… Complètement hystérique… A ce qu’il paraît que je peux coucher avec toi tant que je veux, mais que le reste j’ai pas intérêt… Quel reste ?… J’en sais rien… Elle m’a parlé de cabines d’essayage, de passerelles et de je sais pas trop quoi encore… J’ai rien compris… Alors que tu héberges des folles c’est ton problème, mais moi j’ai pas du tout envie de les avoir par les pieds… D’autant que celle-là, à ce qu’il paraît, pour foutre la pagaille dans les couples elle s’y entend…
- Faut la comprendre… Elle…
- Je n’en ai pas du tout l’intention… Est-ce que quelqu’un a essayé de me comprendre, moi, quand j’étais au trente-sixième dessous et que je passais mes nuits à pleurer ?… Alors désolée, mais maintenant que je sors enfin la tête de l’eau je vais sûrement pas me la laisser renfoncer par la première cinglée venue… J’ai absolument rien contre toi… Bien au contraire… Tu m’as énormément apporté, mais tant qu’il y aura des filles de cet acabit à graviter autour de toi je préfère qu’on garde nos distances tous les deux… C’est avec toi que j’ai envie de vivre quelque chose… Pas avec elles…

- C’est pas que je suis allée la voir… C’est que je l’ai rencontrée par hasard…
- Il fait drôlement bien les choses, dis donc, le hasard…
- Oui, hein !… Oh, c’est souvent comme ça… Comme s’il y avait quelque chose là-haut qui s’arrangeait pour qu’au moment où il faut… Vous y croyez, vous, à la Providence et tout ça ?…
- Qu’est-ce que tu lui as raconté ?…
- Oh, mais rien… Rien du tout… De choses et d’autres on a parlé… C’est sans intérêt…
- C’est pas l’impression qu’elle m’a donnée…
- Ah oui ?!… Elle m’a débinée, je suis sûre… C’est tout à fait le genre à ça… J’en ai pris plein la tête, hein ?… Je vois vraiment pas pourquoi… Parce que… attendez que je me rappelle… De quoi on a parlé ?… De vous… Pour en dire du bien… Que du bien… Je vois pas comment on pourrait parler de vous pour en dire autre chose que du bien…
- Ca doit être pour ça qu’elle a décidé qu’il valait mieux qu’on arrête elle et moi…
- Alors si je comprends bien elle me fait porter le chapeau… C’est ça, hein ?… Oui, ben c’est une belle garce… Parce que la vérité… vous savez ce que c’est la vérité ?… C’est qu’elle s’est complètement amourachée de l’un des types avec qui vous faisiez des trucs, là… Elle ne jure que par lui… Sauf que jusque là elle savait pas trop comment faire pour vous le dire… Mais m’utiliser, moi, vous faire croire qu’elle vous largue parce que j’aurais dit ou fait je sais pas trop quoi c’est carrément dégueulasse… Vous trouvez pas que c’est dégueulasse ?…
- Avoue que ça t’arrange bien quand même !…
- Oui, oh, sans plus… Elle me gênait pas bien… C’est pas parce que vous la tiriez de temps en temps… Ca veut pas dire grand chose ça… Ca veut même rien dire du tout… J’en sais quelque chose… Vous êtes triste ?… Vous avez de la peine ?… Pas trop ?… Si ?!… Elle en vaut vraiment pas le coup, vous savez… Si je vous disais tout ce que j’ai appris sur elle… Bon, mais allez, on bouge… On fait quelque chose… On reste pas là comme ça… De quoi vous avez envie ?… Que j’aille essayer des fringues dans un magasin ?… J’en ai repéré un tenu par un type qu’a l’air particulièrement vicieux… Et de toute façon faut que je me rachète des sous-vêtements vu que vous m’avez tout piqué… Vous en avez fait quoi d’ailleurs ?… Vous les avez pas balancées au moins ?… Si ?… Eh ben ça va vous coûter cher… Surtout que je vais prendre ce qu’il y a de mieux… Faut pas que vous vous fassiez d’illusions… Au restaurant aussi après… Un grand gueuleton on va se faire… J’en ai trop envie… Et puis après, en rentrant, vous me donnerez la fessée si vous voulez… Même que j’y sois pour rien du tout pour Amandine vous pourrez quand même faire semblant que c’est de ma faute et me punir… Et aussi parce que j’aurai acheté beaucoup trop d’affaires et que je vous aurai coûté très cher…

jeudi 9 décembre 2010

Escobarines: Soir de tchatche





- Salut !… Moi, c’est « The Spanker »…
- J’ai vu… Je sais lire…
- T’as regardé mon profil ?…
- Oui…
- Et moi, le tien… Bon… Alors perdons pas de temps… Tu cherches quelqu’un pour t’en flanquer une… T’as trouvé… Il y a pas mieux que Jojo pour ça… Expérimenté et tout et tout… Tu seras pas déçue, tu verras… Il en a jamais déçu aucune Jojo… Jamais… On s’appelle ?…
- Là ?… Comme ça ?… Tout de suite ?… Maintenant ?…
- Ben oui… C’est quoi ton numéro ?…
- Mon numéro ?… Mais on se connaît pas… Ca fait à peine cinq minutes qu’on discute…
- Qu’est-ce ça peut faire ?… On s’en fout… Allez, vas-y, balance !… De quoi t’as peur ?…
- Mais de rien… Seulement…
- Seulement quoi ?… Putain !… Mais c’est pas possible !… Il y a vraiment rien que des fantasmeuses sur ce forum… Bon, ben allez, salut !…

- Ave !… C’est joli « Demi-Lune » comme pseudo… Il y a une raison ou bien c’est juste comme ça ?…
- Ca remonte loin… Au primaire… Une institutrice qui disait que j’étais toujours à moitié dans la lune…
- Et c’est toujours vrai ?…
- Un peu…
- Tant mieux !… J’adore ça… Tu fais quoi comme boulot ?…
- Secrétaire… Et toi ?…
- Moi ?… Dans l’artistique je suis… Scénariste… Avec Luc Besson j’ai travaillé… Mais j’ai aussi une expo photo prévue à Arles l’été prochain… Et je viens de finir un bouquin qui sort cet automne chez Gallimard…
- C’est pas vrai !… Mais c’est merveilleux !…
- Oui, hein ?!…
- On est faits pour s’entendre… Parce que Madame Bovary, c’est moi… C’est moi qui l’ai écrit… Et là, en ce moment, je mets la dernière main à « L’Education sentimentale »…
- Pauvre dinde, va !…

- Bonsoir… Alors comme ça, à ce qu’il paraît, on aime la fessée…
- Ca dépend… Ca dépend par qui elle est donnée… Et comment…
- T’en es encore là ?… Parce que la fessée franchement…
- Qu’est-ce tu proposes d’autre ?…
- Oh, il y a plein d’autres choses… Les liens… Les pinces… La cire…
- Carrément…
- Ben oui… Là au moins il y a de la sensation… C’est autre chose que ces petites fessées ridicules…
- Ca… C’est ton point de vue…
- Ca te dit pas d’essayer ?…
- Pas vraiment, non…
- Dommage !… Tu sais pas ce que tu perds…

- Coucou… Moi, c’est Pauline… On peut se parler un peu ?…
- Bien sûr…
- Je suis complètement perdue… C’est la première fois que je viens là et ça me tombe dessus de partout… Des tas de mecs…
- Si ce sont les mêmes que moi…
- Ils veulent qu’on se voie…
- Ca !… Mais te précipite pas !… Un conseil : te précipite pas !… Regarde bien où tu mets les pieds… T’as déjà rencontré ?…
- Non !… Non… J’y connais rien du tout à tout ça… C’est juste que j’arrête pas d’y penser à la fessée… D’aller voir et de lire des tas de trucs là-dessus sur Internet… Et d’imaginer qu’on me la donne… Presque tous les soirs… C’est pour ça que je suis venue ici…
- T’en as jamais reçu du coup alors ?… Par personne ?… Jamais-jamais ?…
- Non… Comment j’ai envie pourtant !… Mais aussi comment ça me fout la trouille…
- Faut pas avoir peur… C’est génial… Quand c’est bien fait… Et que le courant passe… Ecoute… Ca te dirait que je te montre ?…
- Si tu veux…
- Au moindre signe… Au moindre mot de toi… j’arrête aussitôt… C’est promis… Et même, tiens, tu me la mettras la première… Pour te rendre compte…
- Mais je sais pas faire…
- Eh ben justement t’apprendras…

lundi 6 décembre 2010

Colocataires3 ( 24 )

- J’en étais sûre que j’allais y avoir droit… Et je peux vous dire qu’il a mis le paquet… Convaincaint que le diable il était… J’aurais pas su ce qu’il avait raconté sur mon compte aux autres hier… je replongeais… Bon, mais.maintenant va falloir lui mettre les points sur les i une bonne fois pour toutes… Parce que j’ai pas du tout envie qu’il me recommence tous les jours la comédie de ce matin… De quoi je vais avoir l’air, moi, à force…
- Je t’avais dit qu’il fallait jamais se lancer là-dedans sur son lieu de travail… Je te l’avais pas dit ?…
- Si, oui, mais…
- Mais t’écoutes jamais rien et tu n’en fais qu’à ta tête…
- C’est surtout que ça se commande pas ces choses-là… Quand ça vous tombe dessus c’est n’importe où que ça peut être… En tout cas comment il doit être vert… Parce que vous savez pas ce que je lui ai dit tout-à-l’heure juste avant de descendre ?… Alors qu’il était en train de remettre ça qu’il m’aimait, que jamais il pourrait se passer de moi, que j’étais la femme de sa vie et tout et tout… Je lui ai dit que ça faisait des mois et des mois que ça durait, vous et moi… Comment il a accusé le coup !… Bon, mais vous avez fini ?… Vous voudriez pas qu’on y aille?…
- Qu’on aille où ?…
- A l’hôtel… Comme ça pour lui tout sera définitivement clair…

- C’est la même chambre en plus… Je l’ai fait exprès… C’est moi qu’ai demandé… J’avais trop envie d’être là avec vous… Là où ça s’est passé… Un peu comme si ça allait tout effacer… Comme si il y avait jamais rien eu… Vous voudriez pas ?…
- Je voudrais pas quoi ?…
- Qu’on fasse comme on a déjà fait… Que vous me regardiez me le faire pendant que je vous le fais en même temps…
Elle a éclaté de rire…
- Qu’est-ce qu’il y a de si drôle ?…
- Rien… Rien… C’est que comment ça a grimpé dans votre pantalon juste à en parler !… Ca, c’est un truc que faut pas vous en promettre, hein ?… J’aime bien… Vous savez ce qu’il faudrait maintenant qu’on va se retrouver tous les deux tout seuls à la maison ?… C’est que je me remette à me promener sans arrêt complètement toute nue comme je faisais au tout début… Vous vous rappelez ?…
- Evidemment que je me rappelle !…
- N’empêche que vous m’aviez bien eue… Parce qu’elle existait pas la bonne femme, hein ?!…
- Quelle bonne femme ?…
- Celle que soi-disant vous alliez retrouver le dimanche… Vous l’aviez inventée…
- C’est toi qui t’étais fait un film plutôt…
- Ben voyons !… Non, non, non, non… C’est vous qui m’avez manœuvrée avec ça pour arriver à ce que je me balade à poil… Bon… Mais je regrette pas, hein !… Au contraire… Parce que comment ça nous a fait vivre des tas de trucs géniaux après… Dans les cabines d’essayage, sur la passerelle et tout ça… Souvent j’y repense et je me dis qu’on va pouvoir recommencer… En pire même si on veut… Ca vous dirait pas ?… Oh, si que ça vous dirait !… La preuve : vous dégrossissez pas… Ca se voit bien avec le pantalon que vous avez… Vous savez quoi ?… Eh ben vous aussi faudrait que vous le restiez tout le temps tout nu quand on est que tous les deux… Il y a pas de raison… Comme ça vous pourriez plus rien me cacher… A chaque fois je le saurais ce qui vous met dans tous vos états… Je parle pas de ce qu’est basique… Comme maintenant… Ou bien quand je suis couchée en travers de vos genoux et que vous me donnez la fessée… Ca n’importe quel mec normalement constitué ça le fait forcément grimper… Tout le monde le sait… Non… Mais il y a des trucs jamais ça pourrait venir à l’idée qu’un mec ça le fait bander… Tandis qu’il serait à poil tout le temps on verrait… on saurait… Et on aurait de sacrées surprises… Parce que il y a que comme ça qu’on peut le connaître bien à fond finalement un homme… Il peut pas tricher… Causer… causer… c’est à la portée de n’importe qui de causer… Et ça veut rien dire du tout… J’en sais quelque chose… Des mecs qui m’ont fait des tas de discours j’en ai connu à la pelle… Pour ce que ça m’a avancée !… Bon, mais allez, vous venez ?…

- Bougez pas !… On est trop bien comme ça… Et puis j’ai envie de continuer à vous la regarder maintenant qu’elle s’est vidée et qu’elle est redevenue toute petite toute attendrissante… N’empêche comment ils vont bien avec elle mes doigts… Vous trouvez pas ?… Elles vous le font aussi bien que moi les autres ?… Non… Répondez pas… Je veux pas savoir… De toute façon il y a que moi qui devrais pouvoir vous le faire… Et juste à ça vous devriez avoir droit maintenant… A plus rien d’autre… Avec personne… Qu’est-ce que ça vous donne de plus de toute façon de coucher ?…
- Dans ta bouche ça manque pas de sel…
- Oui, mais c’est pas pareil… Ca n’a rien à voir…
- Ben tiens !…
- Ca n’a rien à voir, non… Vous, l’essentiel c’est que ça sorte… Ca n’a pas d’importance comment… Tandis que nous… Vous y tenez tant que ça à cette Amandine ?… Oui, oh, je vois pas pourquoi je vous pose la question vu que de toute façon vous me répondrez pas… Bon, mais il serait peut-être temps que je retourne bosser, moi !…

jeudi 2 décembre 2010

Escobarines: Résidence des Fauvettes





C’est le 12 Avril que j’ai emménagé, avec Olivier, à la résidence des Fauvettes…
Et c’est le surlendemain que j’ai fait la connaissance d’Olga dans le hall d’entrée où j’étais descendue relever mon courrier. Olga ça a d’abord été une voix derrière moi…
- Ca t’écorcherait la bouche de dire bonjour, toi ?…
Je me suis retournée stupéfaite…
- Oui… C’est à toi que je parle…
- Heu… Pardon… Bonjour… Excusez-moi !… Bonjour…
- Tu as quel âge ?…
- 22…
- Et à 22 ans t’es pas fichue de dire bonjour ?!… Non, mais où t’as été élevée ?… Et baisse les yeux quand je te parle !… Tu entends ce que je te dis ?… Non, mais quelle insolente tu fais…
Je me suis enfuie, du plus vite que j’ai pu, sans répondre…
A Olivier je n’ai pas touché mot de cet incident… J’étais beaucoup trop mortifiée…

Je l’ai croisée sur le trottoir, le mardi suivant… Aperçue au dernier moment… Sans pouvoir lui échapper… Elle revenait de faire ses courses…
- Tiens, tu tombes bien, toi !… Tu vas me porter ça…
Oui, ben alors là sûrement pas !… Pas question… Elle pouvait toujours courir… Non, mais pour qui elle se prenait ?…
- J’ai pas le temps… Je suis déjà en retard… Il faut que…
- Oui, ben justement !… Si tu te dépêches t’en as pour deux secondes…
Et j’ai obtempéré. Pris son sac, en rage contre moi-même. Fait demi-tour à ses côtés…
- Finalement tu n’as pas si mauvais fond… C’est juste que tu as été mal élevée… Très mal élevée… Mais ça il est jamais trop tard… Il y a des méthodes qui ont fait leurs preuves… Hein ?… Qu’est-ce que tu en penses ?…
- Je vous le pose où ?… Votre sac ?… Je le mets où ?…
- Là…
Elle m’a soulevé le menton… Du bout du doigt…
- Je suis sûre qu’au fond tu es quelqu’un de très docile… Très très docile… Non ?…
Je n’ai pas répondu. Je n’ai pas bougé. Hypnotisée. Tétanisée. Elle a fait durer… Un temps interminable…
- Allez, file !… Tu étais pressée… Tu vas être en retard…

En bas j’ai couru. Au hasard. N’importe où. En rond… Le parc de la mairie… Je me suis jetée sur un banc, hors d’haleine… Folle !… Folle !… Complètement cinglée cette bonne femme… A enfermer… Et moi !… Non, mais tu pouvais pas le repousser son doigt ?… Tu pouvais pas l’envoyer une bonne fois pour toutes sur les roses ?… Lui dire ce que tu pensais d’elle ?… Oh, mais elle perdait rien pour attendre !… La prochaine fois… Qu’elle vienne encore s’y frotter et elle allait voir ce qu’elle allait voir…

On a sonné. C’était elle. Qui n’a pas attendu que je lui dise d’entrer. Qui s’est plantée, d’autorité, au milieu du séjour…
- Tu ne travailles pas, je suppose…
- Si… Non… C’est-à-dire que…
- Que tu vis aux crochets de la société… Il y a pas franchement de quoi être fière… Et tu pourrais au moins avoir la décence de respecter le sommeil de ceux qui, eux, travaillent…
Je suis devenue écarlate…
- Que tu t’envoies en l’air jusqu’à trois heures du matin c’est une chose, mais tu n’es pas obligée pour autant d’en faire profiter tout l’immeuble…
- Mais non, mais je…
- Me dis pas que tu es incapable de te contrôler… On peut toujours si on veut… Mais sans doute que tu préfères te donner en spectacle… T’es bien le genre à ça…
Elle a jeté un coup d’œil sur le canapé, puis sur la petite table basse… Sur les étagères…
- C’est dans un désordre chez toi… Mais qu’est-ce que tu fabriques de tes journées ?… Tu as quand même bien le temps de faire un minimum de ménage, non ?… Ah, il est de bonne composition ton petit ami…
J’ai baissé la tête sans répondre… Elle me l’a fait relever… Du bout du doigt… Du bout du doigt sous le menton…
- Regarde-moi !… Tu n’as pas honte ?… Regarde-moi, j’ai dit !… Il est vraiment temps que quelqu’un te prenne en mains, non, tu crois pas ?… Réponds !…
C’est sorti malgré moi. Venu de très loin…
- Si…
- A la bonne heure… Tu deviens raisonnable… Une bonne fessée, quand tu l’as méritée, reconnais que, dans ton cas, c’est encore ce qu’il y a de mieux…
- Oui…
- Et que là tu l’as amplement méritée…
- Oui…
- Parfait… Je t’attends en bas… Chez moi… A tout de suite…

Elle fumait, confortablement installée dans un fauteuil…
- Déshabille-toi !… Complètement… Face à moi… Tu enlèves tout… Et tu restes comme ça… On a tout notre temps… Il y a rien qui presse… On a absolument tout notre temps…