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vendredi 6 novembre 2015

Escobarines: BTS (4)

– Eh bien, Gaëtane, on s’est oubliée ce matin ?
Tout haut… Tout fort… Devant tout le monde…
– Je suis désolée…
– Ah, vous pouvez… Deux heures de retard…
– Le réveil a pas sonné…
– Achetez-en un autre… Un qui marche…
Les collègues ricanent… Toutes…

Il va d’un poste à l’autre…
– C’était bien vous le dossier Clairins, Solange ? Ils ont répondu… Je vous ai transféré le mail…
– Encore là-dessus, Bénédicte ? Laissez tomber… Passez à autre chose…
Et puis il est derrière moi…
– Il y a ça pour l’Allemagne, Gaëtane… C’est urgent… Et… Ah, oui… J’oubliais… Pour les deux heures de tout-à-l’heure vous resterez les récupérer ce soir…
Je rougis…
– Bien, monsieur…

– Gaëtane !
Je sursaute…
– Hein ? Quoi ?
– La nuit a été épuisante, à ce qu’on dirait…
Les collègues éclatent de rire…
– Mais non, mais…
– Oh, si, si ! Vous avez une mine ! Et vous tombez de sommeil… Tenez, descendez donc ça à l’accueil… Ça vous réveillera… Et vous évitera de piquer du nez sur votre écran…

Et ça recommence… Comme l’autre fois… Monter… Descendre… Porter ceci… Ramener cela… Il prend un malin plaisir, chaque fois, à me laisser me rasseoir… À me regarder me rasseoir… Avec mille précautions… En réprimant une grimace… Et à me faire presque aussitôt relever… À m’envoyer ici… À m’expédier là…

Bénédicte vient m’emprunter mon agrafeuse…
– T’en as pris une, hein ?
En chuchotement… D’un air entendu…
– Une ? Une quoi ?
– Oh, tu peux bien me le dire… Ça se voit n’importe comment… C’est qui ? Ton petit copain ?
Je ne réponds pas… Je fixe obstinément mon écran…

Elles s’en vont… Les unes après les autres… Je ne bouge pas… Je reste à ma place…
– Bon courage ! À demain…
Leurs rires dans le couloir…
Deux heures… Il a dit deux heures…

Il s’en est écoulé une entière quand il s’extirpe enfin de son bureau…
– Vous faites voir ?
Que je fasse voir ? Mais quoi ?
– Jouez bien les imbéciles !
Il me regarde me mettre les fesses à l'air… Me fait pivoter sur moi-même…
– Magnifique ! Le rouge vous va décidément à ravir…
Un portable sonne… Celui de Bénédicte… Resté sur son bureau…
Il épouse les contours de sa fessée… Du bout du doigt… Avec des arrêts… Des retours en arrière… Il appuie par endroits… Insiste…
Je me crispe…
– Ça fait mal ?
– Un peu…
– Il faudrait pourtant bien en rajouter une couche… Deux heures de retard… Ce serait amplement mérité, non, vous croyez pas ?
– Si !
– Seulement il va se passer quoi si on remet ça ? Vous allez encore vous contorsionner toute la nuit, avec délectation, devant la glace… Et demain matin, ce n’est pas deux heures de retard que vous aurez, mais quatre…
– Je sais pas…
– Eh bien, moi, je sais… Alors le plus judicieux, ça va être de la mettre en réserve cette fessée… De vous la garder pour plus tard… Bien au chaud…
S’il veut… Comme il veut…
– Et, pour le moment, on va se contenter de vous envoyer méditer dans cette tenue une petite heure au coin…

Des pas dans le couloir… Des pas précipités… Des pas de femme… La porte…
– Quelle idiote je fais ! J’ai oublié mon… Ah, ben alors ça ! Ah, ben d’accord !
(à suivre)

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