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lundi 11 avril 2016

La clef USB (4)

Je m’étais attendue à pire. À bien pire. Mais s’il devait se contenter de commenter comme ça mes vidéos par téléphone, j’allais m’en tirer à bon compte finalement. Surtout que rien ne m’obligeait à les regarder en sa compagnie : l’essentiel, c’était qu’il soit persuadé que je le faisais ! Ni à l’écouter délirer : il me suffisait de laisser traîner une oreille distraite, au cas où il aurait sollicité une réaction de ma part, et de faire autre chose pendant ce temps-là.
Je ne me faisais pas d’illusions : ce serait quand même une épreuve. Le savoir penché, comme ça, en permanence, sur ce que j’avais de plus intime, sur ce qui n’aurait jamais dû appartenir qu’à moi et, dans une moindre mesure, à Damien ! Imaginer qu’il s’en repaissait goulûment et peut-être – sûrement – s’en servait pour se donner du plaisir. Mais le moyen de l’en empêcher ? Et à qui la faute ? Si je ne m’étais pas montrée aussi inconséquente aussi ! Si je ne lui avais pas tendu moi-même les cordes pour me faire battre…

Il m’a laissée un peu plus d’une semaine sans nouvelles. Ce qui ne m’a pas surprise outre mesure. Ça faisait, à l’évidence, partie de sa « stratégie ». Dans quel but au juste ? Je n’ai pas cherché à approfondir vraiment la question. Ça ne changeait de toute façon pas grand chose à la situation…
Et puis, un matin…
– C’est moi !
Ben oui… J’avais reconnu sa voix, oui !
– Je suis devant ta porte. Tu viens m’ouvrir ?
Devant ma porte ? Qu’est-ce que ? Ah, mais ça changeait tout, ça !
Il arborait un large sourire…
– Oui, parce que j’ai pensé… Ce serait quand même nettement plus sympa de regarder tout ça ensemble. Côte à côte. Non, tu trouves pas ?
Je trouvais pas, non.
– Est-ce que j’ai le choix ?
– Pas vraiment, non.
Je n’ai pas cherché à discuter. À quoi bon ? Il était en position de force. Il me tenait. Inutile de lui offrir le plaisir de m’infliger une nouvelle défaite.
Et je me suis assise à l’ordi. Je l’ai allumé.
– Ben, vas-y ! Lance ! Qu’est-ce t’attends ?
Les première images – celles qu’il avait déjà commentées – il les a regardées, debout derrière moi.
– T’as vraiment un corps de rêve, hein !
À l’écran, j’entrais sous la douche.
– Dont tu es amoureuse… Comme je comprends ça !
Je m’asseyais, m’installais confortablement et me ciblais aussitôt, sans attendre, avec le jet.
Il a ri…
– Ça pressait, dis donc !
C’était vrai. Ça pressait ce jour-là. À cause de ce qui s’était passé au boulot avec Romain. J’avais envie. Une envie folle. En pensant à lui.
Il a encore ri…
– Oui, mets-le bien à fond le jet… T’en profiteras mieux…
Quel spectacle je lui offrais ! Non, mais quel spectacle ! Une obsédée ! Une véritable obsédée… Ouverte… Cabrée… Obscène…
– Ça y est ! Ça vient… Ça perd pas de temps en tout cas avec toi, ah, on peut pas dire ! C’est toujours comme ça ? À toute allure ? J’adore ces petits cris que tu pousses… On dirait une bête blessée… Et puis tes yeux quand ça te submerge comme ça… Je m’en lasse pas… Finalement tant qu’on l’a pas vue jouir, on connaît pas vraiment une femme, hein !
Il m’a posé une main sur l’épaule…
– Tu sais ce qu’on pourrait faire la prochaine fois ? La même chose en live… En réel… Dans ta salle de bains… Ce serait génial, non ?
– Il n’en est pas question…
– Allons, Christina, allons ! Tu sais bien que tu n’es pas en position de me refuser quoi que ce soit…
Et sa main s’est appesantie un peu plus fort sur mon épaule…

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