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lundi 31 octobre 2011

Souvenirs d'avant ( 18 )

18-

- J’ai avoué, Humbert, j’ai avoué…
- Tu es folle ! Tu sais bien que c’est faux…
- Il m’aurait tuée. Mieux vaut mieux être divorcée que morte…
- Avec lui rien n’est moins sûr…

- Il veut… Tu sais ce qu’il veut ? Que je renouvelle mes aveux devant le Concile réuni à Aix…
- Que vas-tu faire ?
- Je n’ai pas le choix, Humbert… Si je refuse, je sais ce qui m’attend…

- Reconnais-tu avoir commis cet abominable péché avec ton frère ?
- Oui…
- Ton mariage sera dissous dans les délais les plus brefs… Le Concile te condamne en outre, vu la gravité de la faute, à une Pénitence extraordinaire de cinq ans… Et à recevoir le fouet en place publique...

Je me mêle à la foule. Qui plaisante. Qui attend. Qui l’attend…
Un murmure. Qui enfle…
- La voilà !
On se penche pour l’apercevoir. Un geôlier la tire par une corde qu’on lui a passée au cou. Entièrement nue, elle regarde droit devant elle…
On pousse, de ci de là, des exclamations admiratives…
- Ce qu’elle est belle !

On la maintient solidement. On lui entrave chevilles et poignets. Et le bourreau fouette. Longuement. Méthodiquement. La foule est étrangement silencieuse. On n’entend que le bruit des coups qui s’abattent encore et encore sur les chairs meurtries. Theutberge ne se plaint pas. Elle ne crie pas. Elle ne supplie pas.
Quand on l’emporte enfin, elle est évanouie…

- Au pain et à l’eau, oui… Cinq ans durant…
Elle sourit…
- Ca vaut mieux que d’appréhender à tout instant la mort… Mais toi, fuis ! Ne reste pas ici… Tu n’as plus rien à y faire… Tu y cours de graves dangers. Pars ! Rentre en France…

Où je n’ai rien de plus pressé que de préparer minutieusement son évasion…
Qui réussit, le mois suivant, au-delà de toute espérance…

Elle reprend doucement – tout doucement – goût à la vie.
- Mais…
- Mais ?
- Non. Rien…
- Si ! Dis !
- Il y a quelque chose de moi qui est resté là-bas. Il y a quelque chose en moi qui voudrait être encore là-bas.
- Et reprendre la place qui n’aurait jamais dû cesser d’être la sienne. Et triompher de Valdrade…
- Je n’ai jamais rien pu te cacher…

- Tu vas être comblée…
- Que se passe-t-il ? Quelle est toute cette agitation ?
- Un émissaire vient d’arriver… Le pape Nicolas a excommunié tous les évêques qui t’avaient condamnée et avaient prononcé le divorce. Il exige de Lothaire qu’il te reprenne et qu’il chasse Valdrade sous peine d’être excommunié à son tour…
- Qu’a-t-il décidé ?
- Il n’a pas le choix…

- Oui, Humbert, oui… Je suis redevenue reine… Tout le temps que le légat du pape a été là, présent, au château… Mais à peine avait-il tourné les talons qu’il l’a ramenée… Qu’il m’a reléguée au fin fond du château… Elle m’oblige à la servir… Me traite comme la dernière des domestiques… Me menace du fouet… Viens, s’il te plaît ! Viens me chercher, je t’en supplie… Ramène-moi chez nous…

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