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jeudi 6 octobre 2011

Escobarines: Odette ( 1 )


- Qu’est-ce qui se passe ?... T’as l’air tout excitée…
- Si tu savais !... Non, mais si tu savais… Monsieur le comte…
- Oui… Eh bien… Quoi… « Monsieur le comte » ?...
- Le jeune… Pas le vieux… J’ai passé l’après-midi avec…
- Comment ça ?...
- Je l’ai croisé, sur l’avenue, en revenant de la répétition de chant chez les soeurs… Un grand coup de chapeau il m’a donné… Comme ça… Et il m’a abordée… « - Me permettriez-vous d’accomplir quelques pas à vos côtés, Odette ? »… Tu te rends compte ?... Il connaissait mon prénom… « - Hein ?... Me permettez-vous ?... »… Je n’allais tout de même pas refuser… Monsieur le comte !... Et on a marché… C’est à la messe qu’il m’a remarquée… « - Comment aurait-il pu en être autrement ? … Votre exceptionnelle beauté l’emporte sur toutes les autres… »… Et plein de choses toutes décorées comme ça il m’a dites… En me regardant avec des yeux, mais des yeux !... T’imagines ?... Jamais je serais allée penser que je lui faisais un effet pareil, moi !... Jamais !... Et en parlant on est descendus vers la rivière…
- Si tes parents l’apprennent…
- Personne nous a vus… Et puis c’est monsieur le comte… C’est pas n’importe qui…
- Oui, mais quand même !...
- Ils le sauront pas… En bas on s’est assis au bord… Et il a continué… Comment j’étais belle !... Non, mais comment j’étais belle !... Lui, s’il avait un jour la chance d’épouser une femme comme moi, il passerait des heures et des heures à la regarder… Sans pouvoir s’arrêter… Sans rien pouvoir faire d’autre… Il a paru réfléchir à quelque chose… Et puis il me l’a demandé d’un coup… J’étais fiancée ?... Oui… Non… C’est-à-dire que mon père avait quelqu’un en vue pour moi… Mais il y avait encore rien de fait… Rien du tout… « - Quelqu’un ?... Quel quelqu’un ?... – Un négociant en vin… » Un négociant en vin !... Mais je valais mieux que ça… Bien mieux que ça… J’allais tout de même pas me contenter d’un négociant en vin !... Ah, non, non !... Ce serait un crime… Un épouvantable gâchis… Comment t’aurais compris ça, toi ?... Qu’est-ce t’aurais compris qu’il voulait dire ?...
- Ben…
- Oui, hein !... Moi aussi… C’était clair comme de l’eau de roche… Surtout que je voyais ses yeux en même temps… Et que ses yeux… Non, mais si j’avais pensé un jour que ça m’arriverait à moi !... Le fils de monsieur le comte !... Et après !... Tu sais ce qu’il m’a demandé après ?
- Comment tu veux que je sache ?... Dis !…
- Il m’a suppliée de lui accorder une faveur …
- Quelle faveur ?...
- Que je relève ma robe… Pour qu’il me voie… Complètement…
- Tu l’as pas fait au moins ?!...
- Si !... Parce qu’il avait promis… Qu’il bougerait pas de sa place… Qu’il approcherait pas… Il avait juré…
- T’es folle… T’es complètement folle…
- Ben pourquoi ?... Juste de dos ça a été... Sans tout enlever... Et il l’a tenue sa promesse…
- Mais c’est pas une raison enfin !… Ca se fait pas des choses comme ça… Jamais… Avec personne…
- Oui, mais lui, c’est pas pareil…
- Bien sûr que si, c’est pareil !... C’est exactement la même chose…
- Ah, non… Non… Parce que t’as entendu ce qu’il m’a dit ?... Que sûrement on allait se fiancer tous les deux…
- Oui, oh, alors ça !...
- Ah si, si !... Parce que t’as pas vu sa tête quand il me regardait, toi !... C’était la tête de quelqu’un qu’est complètement amoureux… On peut pas faire semblant ça… Personne… Et comment il voulait que je la laisse pas redescendre ma robe… « - S’il vous plaît, Odette… Encore un peu… Juste un peu… Ne soyez pas cruelle… »… Ca a duré, mais duré !... Il a quand même bien fallu que j’arrête à la fin… Parce que si je rentrais pas… Et tu sais ce qu’il m’a dit ?... Que j’étais une vilaine de lui dérober aussi vite d’aussi ravissants trésors… Que je mériterais une fessée pour la peine… Et que si demain j’étais pas plus gentille il m’en mettrait une… Comment j’étais contente !...
- Contente !?!...
- Ben oui, attends !... Oui… Parce que ça voulait dire qu’il avait envie qu’on se revoie… Et dès demain en plus…
- Tu vas y aller ?...
- Evidemment que je vais y aller… Tu voudrais quand même pas que je laisse passer une chance pareille… Je serais vraiment la dernière des idiotes… Parce que parti comme c’est dans un an je serai Madame la comtesse… J’aurai des tas de domestiques et une place au premier rang à l’église avec ma plaque en cuivre sur le prie-dieu et un coussin en velours violet…
- Garde quand même les pieds sur terre…
- Mais je les ai !... Je les ai jamais tant eus…
- On peut en douter…
- Oui, oh, mais toi, de toute façon !... Mais tu verras !... Tu verras…

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