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lundi 7 novembre 2011

Souvenirs d'avant ( 19 )

De la poussière sur le chemin derrière. Un immense nuage de poussière. Des cavaliers. En grand nombre. Qui nous encerclent. Qui font claquer leurs fouets. Qui nous emmènent…

Il y en a d’autres. Des dizaines. Peut-être des centaines. Des paysans comme nous. Rassemblés dans un pré à la lisière de la forêt.
Celui qui semble être le chef donne le signal…
- Allez ! En route !

En route. En longue colonne tout au long de laquelle galopent les chevaux. On nous pousse. On nous bouscule…
- Allons ! Dépêchons !
Les fouets claquent. S’abattent. On gémit. On avance. On tombe. On se relève. On repart.

Des jours. Des nuits. Encore des jours. Encore des nuits. On nous jette du pain. Qu’on dévore. On dort à la belle étoile. A même le sol.

- Vous êtes arrivés, esclaves !
Un campement. D’autres chefs. D’autres ordres.
- La terre, c’est ici que vous la cultiverez désormais…
La terre. Une terre inconnue. A perte de vue…

Une femme. Richement parée. Une femme entourée de gardes du corps. Devant laquelle les gardiens, obséquieux, se multiplient en courbettes. Un ordre. Donné à mi-voix. Et on nous fait mettre nus. Tous. Former une haie qu’elle passe lentement en revue.
- Toi !
Elle choisit.
- Toi ! Toi ! Toi !
Moi. Moi aussi.

On est six. Qu’elle emmène…
- Vous êtes forts. Vous êtes musclés. Vous êtes beaux. Ma maîtresse aime. Ma maîtresse aimera…
Elle nous effleure en bas. L’un après l’autre…
- Et vous êtes vigoureux… Mais… Mais vous ne pourrez l’approcher qu’une fois privés de ce qui fait encore, pour peu de temps, votre virilité…
D’instinct nos mains sur elles.
Elle rit.
- Ne craignez rien ! Même amputés, vous pourrez vous dresser encore. Pas tous. Pas tout le temps. Mais vous pourrez. L’un ou l’autre en tout cas. Notre maître l’ignore. Pour le plus grand bonheur de notre maîtresse…

On m’a bandé les yeux. Une douleur. Fulgurante. Insoutenable. Je perds connaissance…

Au réveil, je suis étendu sur un möelleux divan. Une servante m’évente. Une autre change mes linges ensanglantés. Une troisième me tend une coupe de savoureuses confiseries.

D’autres servantes. Qu’elle fait danser nues devant moi. Elle constate.
- Tu n’as rien perdu de ta vigueur. Rien. Viens avec moi !

- Un nouvel eunuque, oui ! Qui va vivre au palais…
Les gardes me barrent le passage.
- Faut qu’on vérifie ! Les ordres sont les ordres.
- Eh bien faites !
- C’est bon ! Elles sont plus là…
Leurs rires résonnent longtemps derrière nous.

- Le voici, maîtresse !
- Il a la figure plaisante. Il est bien proportionné. Et tu es sûre que…
- Certaine. Ce n’est plus un homme, mais c’est exactement comme si il l’était.
- Parfait ! Qu’on me laisse avec lui. Seule.


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