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jeudi 8 décembre 2011

Escobarines: Au Secours Charitable



Mardi 12 Octobre 1920

J’ai intégré, au début du mois, la communauté du Secours Charitable. Que pouvais-je faire d’autre, désormais privée, à 23 ans seulement, du soutien de mes chers parents ? Les autres pensionnaires ont, elles aussi, traversé de bien terribles épreuves. On les évoque ensemble, la nuit, quand la surveillante s’est endormie. Et on pleure…

Je ne suis pourtant pas malheureuse. Certes la discipline est rigoureuse et les fautes graves sont sévèrement punies. Pour notre bien. Pour que nous ne devenions pas – on nous le répète assez – des filles perdues. Mais on mange à notre faim et le travail – on fabrique des chapeaux – n’est pas trop pénible. Les autres jeunes filles se plaignent de la multiplicité des offices religieux. Moi non. Parce qu’on y chante. Et que j’ai toujours éprouvé un ineffable bonheur à chanter…


Jeudi 28 Octobre 1920

Alice a été corrigée, fesses nues, au réfectoire, devant tout le monde. Elle avait gravement manqué de respect à notre directrice. Les mots qu’elle lui a lancés, avec insolence, je me refuse à les écrire ici… Une chose est sûre en tout cas, c’est qu’elle a amplement mérité ce qui lui est arrivé. On ne trouve personne – aucune d’entre nous – pour prendre sa défense.


Mercredi 3 Novembre 1920

Quelque chose de léger dans la nuit. Sur ma joue. Sur mon front. Quelque chose que je repousse. Une fois. Deux fois. Quelque chose qui insiste. Qui me sort du sommeil. Des lèvres…
- Mais qu’est-ce que ?
- Chut ! Tais-toi ! Tu vas réveiller la surveillante…
Des lèvres. Des lèvres qui se posent sur les miennes. Qui me font taire. Des lèvres. Celles de Dorothée…
- J’ai envie ! J’ai trop envie…
Des lèvres qui entrouvrent les miennes. Qui s’y insinuent. S’y engouffrent. Ses mains me cherchent sous les draps. Son souffle se fait court.
Dans un lit plus loin quelqu’un bouge. Parle. Se redresse. Elle s’enfuit…


Vendredi 5 Novembre 1920

- Il viendra personne ici…
Dans la serre…
- Et pour peu qu’on soit revenues à temps…
Elle m’attire contre elle. Ses yeux brillent. Encore ses lèvres. Au goût de miel et de framboise mêlés. Ses mains sous la veste d’uniforme. Sous la jupe d’uniforme. Ses mains qui me dessinent. Qui me creusent. Je m’abandonne...
Elle me dévêt…
- Laisse-toi faire ! Je veux ! Je te veux !
Je suis dévêtue. Je suis nue. Complètement. Pour elle…
- Tu es belle ! Comme tu es belle !
Sa bouche. Ses mains. J’enfouis les miennes dans ses cheveux. Je la presse contre moi. Ça monte doucement. Ça fait des cercles. Ça me traverse…Ça explose. Je me blottis contre elle…



Lundi 8 Novembre 1920

Et encore… Elle sourit…
- Ce que tu aimes le plaisir !
- Avec toi ! Parce que c’est avec toi… Que tu sais en donner…
- Je t’adore…
- T’en as pas, toi, avec moi !
- Mais si !
- Non… Pas vraiment… Je le vois bien… Je voudrais tant, tu sais… Dis-moi… Quelque chose que tu voudrais… Que tu aimerais par-dessus tout… Que je te le fasse… Que je te le donne…
- Tu veux vraiment ?
- Oh, oui, oui ! Dis !
- Tu sais, Mademoiselle Valiergue, la prof de chant, eh bien quand il y en a une qui chante faux pendant les répétitions elle lui met la fessée… Et pas qu’un peu !
- Mais je chante pas faux !
- Non, mais tu pourrais…
- Ah, oui, je comprends, oui… C’est ça que tu veux… Je le ferai… Pour toi…


Mercredi 10 Novembre 1920

Je l’ai fait. Non sans mal. Mademoiselle Valiergue m’a d’abord considérée d’un air surpris…
- Mais enfin qu’est-ce qui vous arrive ?
Puis scandalisé…
- Vous ! Vous !
Et enfin furieux…
Cette fois vous n’allez pas y couper…
Je n’y ai pas coupé.
Elle a tapé fort. Très fort. À la mesure de la déception que je lui causais…
Et elle m’a laissée nue…
- Que ça vous serve de leçon ! Et d’exemple aux autres…
Dorothée m’a discrètement et amoureusement caressé les fesses…
- Merci… Oh, merci ! Je te revaudrai ça…

2 commentaires:

  1. Et bien bravo François, parce que là en voyant le dessin, je n'imaginais pas du tout ce que vous alliez nous inventer. c'est très réussi moi je trouve.
    Merci.

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  2. Il y a quelques-uns des dessins de Jean-Philippe qui sont - c'est vrai - moins évidents à illustrer en mots que d'autres... Il y en a même certains que je laisserai délibérément de côté sauf si... brusquement une idée jaillit...
    Bonne journée à vous...

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