Photographie de James Lovebirch
J’ai
craqué. Je me suis remise à manger, le midi. C’est pas ce que je
fais de mieux, je sais, mais bon, je me suis remise à manger. Dans
un petit restaurant, à l’écart, derrière l’hôtel de ville. Où
je ne connais personne. Parce que les collègues, elles, je les
connais. Et ce serait des réflexions à n’en plus finir.
– Ça
fait des mois et des mois que tu nous prends le chou avec la bouffe
et tout ça pour qu’à l’arrivée…
Et
c’est là, dans ce resto, que je l’ai rencontré. Le type
improbable. Beau comme un dieu. Avec des yeux, mais des yeux !
Et quelque chose. Je savais pas quoi, mais quelque chose. Le genre de
truc qui te bouscule complètement à l’intérieur.
Et…
Et j’ai pas arrêté de le regarder pendant tout le repas. C’était
plus fort que moi. J’avais beau essayer de me raisonner.
– Mais
arrête, Lucie ! Arrête, enfin ! Il va croire que tu le
dragues.
Je
piquais du nez dans mon assiette, mais je pouvais pas m’empêcher.
Dix secondes après je relevais la tête et j’avais à nouveau les
yeux dessus. Non, mais qu’est-ce qu’il était beau ! Ça a
duré tout le repas, ce petit manège. Jusqu’à ce qu’il se lève
et qu’il s’arrête, un instant, à hauteur de ma table.
– Ce
n’est pas très poli, Mademoiselle, de fixer les gens comme vous le
faites !
J’ai
piqué un fard monumental. Et voulu m’excuser. Je n’ai pu que
bredouiller lamentablement.
J’y
suis retournée le lendemain. En espérant qu’il ne serait pas là.
Et en espérant tout autant qu’il serait là.
Il
était là. À la même place.
– Bon,
mais cette fois, Lucie, tu te le tiens pour dit. Tu ne lèves pas les
yeux sur lui. C’est bien compris, hein ? Tu te le promets ?
J’ai
tenu quoi ? Une minute ? Même pas. Et c’est reparti
comme la veille. Exactement pareil. Lui, il me regardait faire. Avec
un petit sourire en coin. À l’évidence, ça l’amusait follement
de me voir faire tous ces efforts en vain.
Il
n’a pas attendu la fin du repas. Il s’est levé. Il s’est
approché.
– Vous
ne tenez manifestement aucun compte de ce que l’on vous dit. Vous
savez ce que vous mériteriez ? Une bonne fessée.
Et
il est retourné se rasseoir.
J’étais
stupéfaite. Il avait un aplomb ! Stupéfaite et déstabilisée.
Il avait tapé en plein dans mon fantasme de prédilection. Mais
comment il savait ? Comment il pouvait savoir ? J’étais
perplexe, là, mais vraiment perplexe !
Je
l’ai été bien plus encore quand, mon repas une fois terminé, je
l’ai vu se lever en même temps que moi, me tenir la porte et, sur
le trottoir, m’agripper fermement par le coude.
– Venez !
– Où
ça ? Mais qu’est-ce que vous faites ? Lâchez-moi
enfin !
– Ça
commence à bien faire, votre petit jeu. Alors on va y mettre un
terme. Une bonne fessée ! Ça vous fera le plus grand bien,
vous verrez !
– Non,
mais ça va pas ?
J’ai
essayé de me dégager. Mollement. Très mollement.
Il
n’a pas lâché prise.
Je
me suis abandonnée.
Il y
a eu des rues. Une place. Encore des rues. On a croisé des gens. Je
ne voyais rien. Je n’entendais rien. J’étais comme dans un état
second.
Un
immeuble. Un escalier. Un couloir. Une porte. Une salle de séjour.
– Déshabille-toi !
Le bas…
J’étais
sans volonté. À sa merci. Je me suis exécutée.
– Penchez-vous !
Et
il a cinglé.
Ça
m’a brûlée. Ça m’a mordue.
Il a
tout couvert. Toute la surface. Jusque sur les reins. Jusque sur les
cuisses.
J’ai
crié. J’ai pleuré. Mais c’était si bon ! C’était
tellement bon.
Il
s’est arrêté. Le silence. Je me suis redressée.
– Non,
non ! Ne bouge pas ! Reste comme ça ! Que je
contemple mon œuvre !
Un
long quart d’heure durant.
J’ai
voulu résister. M’empêcher. Mais ça me battait partout. Ça
réclamait. Trop envie. Je me suis effleurée. Je me suis
tourbillonnée. Je me suis appropriée. Je me suis envahie. Et j’ai
clamé mon plaisir. Sans la moindre retenue. Sans la moindre pudeur.
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