samedi 20 avril 2019

Les fantasmes de Lucie (48)


Tableaux de Heinrich Lossow

J’adore le récit que fait, dans ses Mémoires, S.G. Longchamp, le serviteur de Madame du Châtelet, du bain de sa maîtresse auquel il lui a été donné de contribuer.
« Quelques jours après, au moment où elle était dans son bain, elle sonna ; je m’empressai d’accourir dans sa chambre ; ma sœur, occupée ailleurs, ne s’y trouvait point alors. Mme de Châtelet me dit de prendre une bouilloire qui était devant le feu, et de lui verser de l’eau dans son bain, parce qu’il se refroidissait. En m’approchant, je vis qu’elle était nue, et qu’on n’avait point mis d’essence dans le bain, car l’eau en était parfaitement claire et limpide. Madame écartait les jambes afin que je versasse plus commodément et sans lui faire mal l’eau bouillante que j’apportais. En commençant cette besogne, ma vue tomba sur ce que je ne cherchais pas à voir ; honteux et détournant la tête autant qu’il m’était possible, ma main vacillait et versait l’eau au hasard : « Prenez donc garde, me dit-elle brusquement d’une voix forte, vous allez me brûler. » Force me fut d’avoir l’œil à mon ouvrage, et de l’y tenir, malgré moi, plus longtemps que je voulais. »

Moi aussi, dans mes rêveries érotiques, j’ai un serviteur fidèle, zélé et dévoué. Justin. Qui se mettrait en quatre pour moi. Qui m’obéit au doigt et à l’œil. Quoi que j’exige de lui. Et j’exige beaucoup. Sans me soucier le moins du monde du jugement qu’il peut porter sur mes faits et gestes. Il n’a pas à juger. Il n’a pas à penser. Il a à accourir, empressé et disponible, quand je le sonne. Dès que je le sonne.

Je suis dans ma chambre. À la sieste. J’ai un peu dormi. Je ne me réveille pas tout-à-fait. Je laisse mes images m’investir. Images d’hommes disponibles, admirablement bien montés, dont le désir se dresse vers moi. Pour qui rien d’autre n’a d’importance que de me posséder. Ils me supplient. Ils implorent. Ils me veulent. Tellement ! Je leur résiste. Je me refuse. Avec volupté.
J’ouvre mon livre. Je les y retrouve. Qui me veulent. Qui se traînent à mes genoux. Qui me jurent de n’être que moi. À tout jamais. De n’exister plus que pour moi.
Et je pars, devant leurs queues gorgées de sève ardente, à la conquête de moi-même. Je pétris mon bouton. Je les fais durcir. Je le torture avec délice. Je me parcours. Je me fouille. Je me pénètre.
Et je sonne.
– Madame m’a appelé ?
– Oui, Justin. Ouvrez la fenêtre !
– À vos ordres, Madame !
Il est derrière moi. Il prend tout son temps. Il revient à regret. S’arrête à ma hauteur.
– Y-a-t-il autre chose pour le service de Madame ?


Je me retourne. Je lui fais face. Nue, ouverte, une jambe repliée. Obscène, disponible, je lui fixe l’entre-jambes. Il bande. Il bande comme un perdu.
– Que signifie, Justin ?
– Que Madame me pardonne…
– Vous n’avez pas honte ?
Il baisse les yeux. Il baisse la tête. Contrit. Rougissant. Muet. Immobile.
– Sortez ! Sortez immédiatement ou je vous fais fouetter.
Son pas s’éloigne dans le couloir.
Et mon plaisir surgit.


Aucun commentaire:

Publier un commentaire