lundi 5 mars 2018

Derrière la cloison

Auguste Levêque Hymne à la femme, 1909

Le signal ! C’est Ludovic qui l’avertit qu’il y a quelqu’un, l’œil rivé au trou dans la cloison. Quelqu’un qui l’épie sans savoir qu’il est, à son tour, épié. Que son mari le regarde la regarder avec infiniment d’attention et qu’il lui fera ensuite, à elle, un rapport des plus circonstanciés.
Quelqu’un… Elle ignore qui. À qui il a loué la chambre voisine. Elle ne le saura qu’après, quand il viendra la rejoindre. Elle préfère. Elle adore.

Elle se brosse interminablement la chevelure, dos offert, nu, à l’inconnu. Qui ? Peut-être ce voyageur à la mine conquérante qui, tout-à-l’heure, soupesait goulûment ses seins, du regard, quand elle s’approchait de sa table, quand elle y déposait les plats. Dont elle sentait, quand elle s’éloignait, les yeux s’emparer résolument de ses fesses. Ses fesses qu’il ne lâchait, à regret, qu’au tout dernier moment, lorsque la porte de la cuisine retombait sur elles.
Elle se lève. Elle les lui abandonne. Longuement. Tout-à-l’heure, elles seront à découvert pour lui. Mais seulement tout-à-l’heure. Pas tout de suite. Plus tard.

À moins que ce ne soit le petit jeune homme tout timide, tout effacé, réfugié dans le coin, près de la sortie, qui rougissait chaque fois qu’elle lui adressait la parole pour les besoins du service. Qui n’a sans doute jamais connu de femme. Ou seulement dans ses rêves. C’est pour lui qu’elle se retourne, qu’elle écarte les cheveux qui lui voilent les seins. Pour qu’il les ait pleinement. Qu’il s’en repaisse. Qu’il prenne son plaisir sur eux, ivre de reconnaissance.

Ou alors, c’est « le monsieur ». À l’air si austère, si revêche qui, de tout le repas, n’a pas levé une seule fois les yeux de ses papiers. Qui l’a superbement ignorée. Elle laisse tomber sa robe. Nue comme au premier jour. Et là ? Ah, tiens ! Il ne joue plus les indifférents d’un seul coup ? Comme elle lui plaît sa petite encoche ! Elle la lui laisse. Elle la lui cède. Comme il y a les yeux rivés ! Il déglutit. Son souffle s’emballe. Il perd pied. Il va jouir. Il jouit.

Et maintenant, le bouquet final. Elle va se retourner. Et lui offrir ses fesses. À lui. À eux. À eux tous. Ses fesses zébrées. Estampillées. C’est pour eux que Ludovic les lui a si joliment habillées de rouge ardent. Et il n’y est pas allé de main morte ! Elle a aimé. Tellement. Voilà ! Elle les leur abandonne. Ils écarquillent les yeux. Ils regardent. Ils regardent tout leur saoul. Ils sont heureux. Elle est heureuse.


* *
*

Ludovic ! Elle se réfugie dans ses bras. Se presse contre lui.
– C’est qui, derrière ?
Tout bas. À son oreille.
Il sourit. Il ne répond pas.
– Il y est encore, tu crois ?
– Ça ! Tant que tu seras dans son champ de vision…
– Mais c’est qui ? Celui qu’arrêtait pas de me bouffer des yeux dans la salle, en bas, c’est ça, hein ?
Il fait signe que non. Non.
– Le puceau alors ? Oui, c’est lui. Je suis sûre que c’est lui.
– Non plus, non.
– Reste plus que le coincé.
– Pas davantage.
– Je vois pas alors… Je sèche. Dis-moi !
– La dame en bleu…
– Elle! La… Quel salaud tu fais ! Non, mais alors là, quel salaud tu fais !
– Dès que je l’ai vue, dès qu’elle a eu passé la porte de l’hôtel, j’ai su qu’aujourd’hui il fallait que ce soit elle. Qu’elle apprécierait. Énormément.
– Ce qui a été le cas ?
– C’est rien de le dire. Ah, pour donner, ça a donné. Elle s’est régalée. Ça s’est vu. Et entendu. Et c’est pas fini…
Il la pousse vers le lit. Ils y tombent, enlacés.
– Parce que tu maintenant vas lui montrer comment, toi aussi, tu sais bien prendre ton pied. D'autant que… tu sais quoi? Elle aussi, elle l'a tout rouge son petit derrière.



11 commentaires:

  1. Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'ils sont très complices.

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  2. Reprise d’un sujet largement exploité dans “Voisines”...
    Mais avec une nuance cuisante ça tourne à pervers, tant mieux!

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  3. Il faudrait que je relise "Voisines". Je ne l'ai plus tout à fait en tête. ;) Mais il est vrai que le regard est omniprésent dans mes textes.

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