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lundi 1 avril 2013

Le Centre ( 13 )


– J’en étais sûr… Que toute la nuit t’allais rester comme ça… Qu’au matin tu n’aurais pas bougé… J’en étais sûr…
Il m’a donné deux trois petits coups sur le front, du bout de son index replié…
– Comment ça a dû s’agiter là-dedans… Tu étais où ? Hein ? Dans ta tête tu étais où ?
– Je…
– Eh bien ?
– Il était parti aux croisades… Mon mari Enguerrand… Je l’ai attendu… Longtemps… Des mois, des années durant… Et puis… Ivan, le fils d’un comte du voisinage… Il brûle pour moi d’une passion dévorante… Je résiste… Je résiste tant que je peux, mais…  Et je finis par l’accueillir en secret dans mon lit… C’est là qu’à son retour impromptu Enguerrand nous surprend… Ivre de fureur, il transperce mon amant de son épée, fait jeter son cadavre dans les douves… Quant à moi, il veut bien consentir, dans son incommensurable bonté, à me laisser la vie sauve, mais il va m’infliger un châtiment exemplaire… Et, pour commencer, ma première nuit je vais la passer les fesses nues sur une planche cloutée… Et les mains sur la tête… Sous la surveillance de deux valets qui ont pour mission de se moquer de moi et de venir, à intervalles réguliers, peser de tout leur poids sur mes épaules…
– Tu as dû passer un excellent moment, dis donc… Et ce n’était que la première nuit…  On peut supposer que les suivantes… Bon… Mais on va faire en sorte que tu ne sois pas déçue… Qu’elles soient à la hauteur de tes attentes…
– Ah, parce que…
– Parce que tu vas revenir les passer ici avec moi, oui… Maintenant que je te tiens, je te lâche plus… Bon, mais en attendant file vite rejoindre les autres… Il y a une journée de travail qui t’attend…

Valentine s’est précipitée à ma rencontre, le regard mauvais…
– Où t’étais passée ? Toute la nuit je t’ai attendue, moi… Toute la nuit… Hein ? T’étais passée où ?
– C’est Martial… Il…
– Martial ! Non, mais qu’est-ce t’essaies de me faire croire là ? Il en a rien à battre de toi Martial… Strictement rien… Oh, mais ça va pas se passer comme ça… Je le saurai où t’étais… Alors là je le saurai… Et je peux te dire que cette nuit t’as intérêt à te rapatrier dans le box… Sinon…

Juste avant d’arriver aux cuisines Lucie s’est arrêtée, m’a posé la main sur le bras…
– Je sais pas comment te demander ça, mais si tu pouvais me laisser toute seule avec lui, avec Leo, ce matin ça m’arrangerait bien…
– Et je vais faire quoi, moi, pendant ce temps-là ?
– Tu trouveras bien…
– Ce que je risque…
– Peut-être, oui, mais c’est pas sûr…
– Oh, pratiquement… Et j’ai déjà les fesses dans un état…
– Ben justement… T’es plus à une près…
– T’en as de bonnes, toi ! C’est facile de faire la courageuse avec le derrière des autres…
– Oh, allez, tu peux bien faire ça pour moi… Je te le revaudrai… Je sais pas encore comment, mais je te le revaudrai…

Un petit tour du côté du potager… À la recherche de Laetitia… Qui n’était pas là… Margaux, son « binôme » non plus… À droite, du côté des bâtiments administratifs, le gardien, Monsieur Lambert, errait les mains dans le dos… J’ai prudemment battu en retraite…

– Reviens !
Lucie… En bas… En grands moulinets du bras…
– Reviens !
Je l’ai rejointe…
– Déjà ! Mais qu’est-ce qui se passe ?
– Il a flairé le coup… À peine il a vu que t’étais pas là… « Elle est où l’autre ? » « J’en sais rien… » « T’en sais rien… Vraiment ? Dis plutôt que vous vous êtes mises d’accord pour qu’elle te laisse le champ libre, non ? C’est pas ça ? » J’ai sauté sur l’occasion… « Ben oui, oui… » « Et pourquoi donc ? » Alors je lui ai tout déballé… Tout… Ce que je ressentais pour lui… Que jamais jusque là… Mais qu’il fallait pas que ça lui fasse peur… Ah, non alors ! Non… Pas du tout… Parce que je voulais rien… Je lui demandais rien… J’étais à lui… Complètement à lui… Et puis voilà… Il a rien dit… Il m’a juste regardée… Un long moment… Et puis : « Vos petites manigances… Tu vas être punie pour ça… Va chercher Eugénie… Qu’elle voie ce qu’il en coûte de comploter derrière mon dos… »
– Et du coup moi aussi je vais y avoir droit…
– Peut-être… Je sais pas… En attendant c’est dingue, hein ?
– Quoi donc ?
– Ben v’là un type… Tu t’offres à lui… Carrément… Sans aucune ambiguïté… Et il en profite même pas… Faut-il qu’il m’aime !
– C’est une façon de voir les choses…
– Ah, ben si ! Si !

– Ah ! vous v’là enfin ! Qu’est-ce que vous avez fabriqué ?
– Mais rien ! Rien…
– Bon, allez ! En position, toi !

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