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jeudi 3 avril 2014

La petite vendeuse (13)

– Vous êtes vraiment trop, vous, dans votre genre…
Je finissais de rincer les bols du petit déjeuner dans l’évier…
– Pourquoi ? Qu’est-ce que je ?
– Depuis que vous êtes levée… Tout le temps que vous vous êtes douchée… Tout le temps qu’on a déjeuné… il y a une question qui vous a brûlé les lèvres… Une question que vous n’avez pas pu vous décider à poser… Non ? C’est pas vrai peut-être ?
– Oui… Si…
– Eh bien posez-la…
– Il y a quelqu’un qu’est venu cette nuit…
– Et qui m’a rejoint dans ma chambre, oui…
– C’était ?
– Stéphane ? C’est ça que vous voulez savoir ? Peut-être… Depuis le temps qu’on se connaît tous les deux… Et puis peut-être pas… Qu’est-ce que ça peut vous faire n’importe comment ?
– Oh, rien… Rien… C’est seulement que…
– Que Stéphane vous considérez déjà qu’il est un peu à vous… Que c’est vous – et seulement vous – qu’il devrait avoir envie de venir rejoindre la nuit… C’est pas ça ?
– Mais non… Non… Je…
– Bien sûr que si que c’est ça ! Mais peut-être que ça viendra… Peut-être que c’est prévu… Que bientôt ce sera votre tour… Qu’au moment où vous vous y attendrez le moins il surgira dans l’obscurité… Qu’il se glissera près de vous… Qu’il vous prendra dans ses bras… Lui ou un autre…
– Un autre ?
– Un autre… Oui… Pourquoi pas ?
– Je sais pas… Je…
– Mais si, vous savez ! Vous savez même très bien… Des dizaines et des dizaines de fois vous en avez rêvé… Vous avez rêvé qu’un bel inconnu, tendre et fougueux, doux et passionné, venait vous rejoindre dans votre lit, vous épuisait de plaisir et disparaissait, au petit matin, sans que vous ayez seulement pu entrevoir son visage… C’est pas vrai peut-être ?
– Un peu…
– Beaucoup… Et vous allez quand même pas vous mettre à faire la fine bouche alors que maintenant ça peut enfin vous arriver POUR DE VRAI…
– Faudrait pas que…
– Que quoi ? Que vous tombiez sur le gros lourd de base ? Non, mais vous me prenez vraiment pour une demeurée, hein ! Si ça se passe – et ça se passera – c’est que je serai sûre de mon coup… C’est que le type on pourra lui faire confiance à 100%… Je sais toujours où je mets les pieds, figurez-vous ! Toujours…
– Ce sera quand ?
– Ça, vous verrez bien… Peut-être demain… Peut-être après-demain… Ou la semaine prochaine… Ou dans un mois… Ou trois… Mais je vais quand même vous donner un indice : vous aurez reçu une bonne fessée – bien méritée – juste avant…
– Oui, mais…
– Vous inquiétez pas : dans le noir il se rendra compte de rien…



– Ah, ben j’en ai appris de belles tout à l’heure au magasin ! Il était vraiment temps que je prenne les choses en mains, hein !
– Pourquoi ? Qu’est-ce qu’il y a ? Qu’est-ce qui s’est passé ?
– Il y a que j’ai reçu Dumont… À qui j’ai passé une grosse commande… On a énormément discuté tous les deux… Et vous êtes la risée des représentants… Qui se sont donné le mot… Et qui vous refourguent, depuis des années, leurs fonds de tiroirs… Sans que vous pipiez mot… Forcément : vous n’y voyez que du feu… Quand je vous dis que vous êtes faite pour ce boulot comme moi pour être curé…Oh, mais ça va changer… Avec moi je peux vous dire que ça va changer… Et il y a pas que ça… Parce que d’après lui, à ce qu’il paraît – ce qui m’étonne pas d’ailleurs – vous vous faisiez carrément piller comme au coin d’un bois… Ce sont de véritables escadrons qui déboulaient au magasin et qui se servaient allègrement… Deux ou trois filles vous occupaient et les autres, pendant ce temps-là, se servaient allègrement… Et vous, vous ne vous êtes jamais aperçue de rien…
– Si ! Si ! Seulement…
– Vous n’avez rien dit… Vous avez préféré faire semblant de n’avoir rien vu… Pour n’avoir pas à affronter… C’est tout vous ça… C’est vraiment tout vous…

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