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lundi 14 octobre 2013

Le Centre ( 41 )



– Allo… Vincent ? C’est moi ! Alexandra…
– Alexandra ! Depuis le temps ! Ça fait plaisir de t’entendre… Qu’est-ce que tu deviens ?
– Oh, ça va… Bien… Plutôt bien… Dis-moi… Je pourrais pas passer te voir ? Je serai dans ton coin ce weekend… Et je te présenterai mon nouveau petit copain comme ça… Tu verras : il est adorable…
– Avec grand plaisir… T’arriverais quand ?
– Vendredi soir… Si ça te va, bien sûr…
– Pas de problème… Je vous attends pour dîner…

Alexandra avait été, étudiante, ma voisine deux ans durant… Une voisine qui me sollicitait beaucoup… D’abord parce que mes connaissances en anglais lui étaient fort utiles quand elle se perdait dans les méandres d’un article scientifique américain… Et ensuite parce qu’il lui arrivait, vivant seule, d’être prise, la nuit, de véritables crises de panique et qu’elle venait alors me demander une hospitalité que je lui accordais bien volontiers… Elle avait également pris l’habitude de me faire ses confidences ou de solliciter mon avis sur une relation sentimentale balbutiante… Quand elle avait déménagé – fort loin – nous avions gardé quelque temps le contact et puis, comme c’est souvent le cas dans ce genre de situation, nous nous étions progressivement perdus de vue… Aussi étais-je ravi de la revoir…

– Que je suis contente !
– Et moi donc !
Le repas fut animé et consacré, pour l’essentiel, à l’évocation de nos souvenirs… Elle parlait beaucoup, buvait tout autant… Au point que son Lucas, un garçon pourtant fort taciturne, lui en fit à plusieurs reprises la remarque…
– Bois pas trop, Alex… Tu sais que tu tiens pas la mer…
Elle n’en tint aucun compte tant et si bien que, quand ils montèrent se coucher, elle était passablement éméchée et se mit aussitôt, la porte à peine refermée, à l’accabler de reproches… Non, mais comment il s’était comporté ! Il tirait une gueule à table, mais une gueule ! Et cette façon qu’il avait eue de la reprendre sans arrêt devant moi !
– C’était pas sans arrêt…
– Ah, non ! Ben je sais pas ce qu’il te faut… Oh, et puis ferme-la, tiens, tu m’agaces…
S’ensuivirent toutes sortes de reproches… Il passait les trois quarts de son temps avec ses copains… Lui laissait tout faire à la maison… Etc… Etc… Quand ça s’est calmé il était pas loin d’une heure du matin… Et une heure et demie quand elle a remis ça… Et sa Vanessa ? Il la voyait encore… Elle était sûre qu’il la voyait encore… Que c’était pas fini…
– Laisse-moi dormir…
Elle l’a abreuvé d’injures… Plus d’une heure durant… Quelques instants de répit et c’est reparti de plus belle… Toute la nuit… Quasiment toute la nuit…

Au matin il s’était enfui…
– J’m’en fous ! C’est un con… Ça aurait pas duré n’importe comment…
– Et à part ça… tu n’as rien à me dire ?
– Si ! Oui… Je suis désolée… Pour cette nuit… Je suis désolée…
– Tu peux… Ah, tu peux… C’est inqualifiable la façon dont tu t’es comportée… Absolument inqualifiable… Je travaille, moi ! J’ai besoin de me reposer… Et je peux te dire que si je m’étais écouté ! Vingt fois j’ai failli descendre…
– Il fallait… Ça m’aurait arrêtée…
– Valait mieux pas… Parce que dans l’état d’esprit où j’étais c’est une fessée que tu te serais ramassée… Et carabinée… Ç’aurait été amplement mérité, avoue ! Non ?
Elle m’a jeté un bref regard… A hésité…
– Si ! Dans un sens, si !
– Il n’est pas trop tard…
Je lui ai soulevé le menton du bout du doigt…
– Pourquoi t’es comme ça ? Hein ? Pourquoi ? Déjà là-bas… À l’époque…
Les larmes lui sont montées aux yeux…
– C’est plus fort que moi… Chaque fois c’est pareil… J’ai beau le savoir… Me promettre de pas recommencer… Je détruis tout autour de moi… Je saccage systématiquement tout… Je l’ai perdu, là, Lucas… C’est clair que je l’ai perdu… Même toi… T’aurais toutes les raisons de m’en vouloir… De plus avoir envie de me revoir… Jamais…
– Faut reconnaître que t’as fait fort…
– Je veux pas… Que tu m’en veuilles… Qu’on se voie plus… Punis-moi ! S’il te plaît, punis-moi ! Je t’en supplie…
– Viens !
Dans la chambre…
J’ai lentement dénoué le peignoir… Au-dessous elle était nue…
J’ai fait claquer le fouet en l’air… Trois fois…
Elle est, d’elle-même, allée s’allonger docilement sur le lit…
– Combien ? À ton avis ? T’en as mérité combien ?
Elle a hésité…
– Vingt ?
– Ce sera trente…
– Trente… Si tu veux… Comme tu veux… C’est toi qui décides…
Et elle a enfoui la tête dans les coussins…

1 commentaire:

  1. C'est bien utile. La fessée aide à sauver les relations aimables.

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