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jeudi 19 juillet 2012

Escobarines: Sapes


Il y en avait quatre ou cinq des filles à nous attendre, comme tous les mardis, tout au fond du café…
– Vous en avez ?
On en avait, oui… Évidemment qu’on en avait… Quatre pleins sacs…
Et on a étalé sur une table… Des robes… Des petits hauts… Des jupes… Des pantalons… Des débardeurs…
– Profitez-en ! On solde…
Deux cent douze euros… Qu’on s’est partagés toutes les deux en buvant un café…

Une femme – entre deux âges – nous a abordées sur le trottoir juste comme on sortait du café…
– Vous me connaissez pas…
On la connaissait pas, non…
– Mais c’est Cléa qui m’envoie… Qui m’a dit que vous aviez un plan pour en avoir des sapes… À des prix défiant toute concurrence…
Si c’était Cléa qui l’envoyait alors c’était possible, oui…

Et le mardi suivant elle était là… Sympa… Discutant avec tout le monde… Une chasuble et une petite jupe écossaise elle nous a pris… Et a absolument tenu à nous offrir un café… On a discuté… De choses et d’autres… Et puis :
– Je voudrais pas être indiscrète, mais…
– Mais ?
C’était pas de la marchandise volée au moins ? Non, parce que elle elle mangeait pas de ce pain-là… Ça coûtait cher en plus le recel… Très cher… Ils plaisantaient pas les juges avec ça…
Elle pouvait être tranquille… De ce côté-là elle pouvait être tranquille… On n’était pas des voleuses…
– Mais alors ? Je suis curieuse, hein ?
– Alors ?! Alors disons qu’on a sympathisé avec un certain nombre de commerçants qui vendent des sapes… On tire pas trop les rideaux des cabines d’essayage… On leur demande conseil… Ils viennent nous aider… À les passer les fringues… À les retirer… On reste un peu presque toutes nues… Et même quelquefois… Ils ont les mains qui viennent se balader un peu… Qui s’installent des fois… Et nous…
– Vous, vous laissez faire… Je vois… Et en échange…
– Mais on couche pas, hein, jamais !

Elle est revenue… Elle nous a repris des trucs… Elle a beaucoup parlé… Avec les unes… Avec les autres… S’est attardée après tout le monde…
– On va boire un café chez moi ? C’est à deux pas…
Juste au-dessus de l’un des magasins où…
– Tiens, vous habitez là ? C’est marrant…
– Oui, hein ? Mais dites-moi… Vous n’avez pas peur que vos parents finissent par éventer votre petit trafic ?
– On fait attention…
– Oui… Jamais on en ramène des fringues à la maison…
– Mais imaginez… Imaginez qu’un jour la femme de l’un de ces commerçants chez qui vous « faites vos courses » découvre à quel petit jeu vous vous livrez avec son mari… Et qu’elle aille les trouver vos parents…
– Alors là ! Il me fout dehors mon père… Et je suis pas près de repasser la porte dans l’autre sens…
– Et moi, je préfère même pas y penser…
– Il y a aucune espèce de raison que ça arrive…
– Ben si ! Si ! Parce que… c’est arrivé… La boutique, juste en dessous, c’est mon mari qui le tient…
– On savait pas…
– Et vous allez… ?
– Bien sûr… Mais d’abord je vais faire le tour des magasins où vous avez vos habitudes… Histoire de mettre ces dames au courant… Nous nous concerterons et, toutes ensemble, nous irons trouver vos parents…
– Oh, non, hein !
– Je rentre plus chez moi, moi ! C’est pas la peine…
– Et si plutôt ?
– Si plutôt ?
– Vous nous… Parce que… c’est arrivé une fois… c’est arrivé qu’on avait fait une connerie… Pas ça… Autre chose… Plus grave même… Et ce qu’elle avait fait la femme, c’est qu’elle nous avait flanqué une bonne fessée… À toutes les deux… En nous disant que si par contre on recommençait…
– Mais c’est qu’elle est pleine d’excellentes idées cette petite blonde… Eh bien on va commencer par elle alors… Allez, baisse-moi ça…

– Mais qu’est-ce qui se passe ici ?
– Entre, Marc, entre… Tu connais déjà très bien ces petits derrières à ce qu’il paraît… 

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