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lundi 27 février 2012

Souvenirs d'avant ( 35 )

35-

– Que fais-tu donc là, bougre ?
– Voilà deux jours que je n’ai rien mangé, messeigneurs… Je cherchais si par hasard…
– Il n’y aurait rien à voler… C’est bien ça, hein ?
– Non point… Mais si quelqu’un ne voudrait pas, par bonté…
– Tu ne pouvais tomber mieux… Notre maîtresse fait toujours montre d’une insigne bonté envers les vagabonds de ton espèce… Nous t’allons conduire à elle…

– Encore un ?
– Qui tournait autour du cellier… Avec l’intention, pour sûr, notre maîtresse, de vous dérober quelque chose...
– On va lui en ôter à tout jamais l’envie…
Les deux belles damoiselles, à ses côtés, battent des mains…
– Oh, oui ! Oh, oui !
– Qu’on le dévête !
– Par pitié… Non, par pitié…
– Et qu’on le fasse danser…

Deux fouets – deux – qui s’abattent en cadence…
– Aïe ! Non… Par pitié… Je vous jure…
Elles reste sourde… Impassible…
Les deux damoiselles rient… De bon cœur…
– Vois comme il saute !
– Et comme il tourne…
– C’est un bon danseur…
– Et un excellent chanteur…
– Dommage qu’il grimace autant…
– Oui… À l’évidence il manque de tenue…

Sur un signe de leur maîtresse, ils s’arrêtent enfin…
Elles protestent…
– Oh, pas déjà !
– Juste quand ça commençait à devenir amusant !
– Oh, s’il vous plaît, encore un peu…
Elle les couve d’un regard attendri…
Et l’ordre tombe…
– Poursuivez !
Longtemps…

On me jette dehors… On me lance mes vêtements…
– Et reviens traîner par ici pour voir… Tu sais désormais ce qu’il en coûte…

La charrette s’arrête à ma hauteur…
– C’est à la ville que tu vas comme ça ? Oui ? Eh ben monte !
Je m’agrippe au siège en serrant les dents…
– Eh oui… Ça fait mal, hein ! Surtout qu’ils n’y vont pas de main morte…
Je le regarde, stupéfait… Comment sait-il ?
– Ils sont très bavards…
Et il fouette son cheval…
– Ma femme a crèmes et plantes qui en ont soulagé d’autres… Qui te soulageront toi aussi…

– Laisse-toi faire… Détends-toi… C’est affaire de deux ou trois jours et il n’y paraîtra plus…
– Je me vengerai…
– Prends garde ! Elles sont toutes puissantes… D’autres avant toi s’y sont brûlé les ailes… Et leur plaisir à elles, c’est d’humilier, chaque fois qu’elles en trouvent l’occasion, les pauvres hères que nous sommes…
– Les temps changent… Elles n’en auront plus bien longtemps l’occasion…

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