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jeudi 9 février 2012

Escobarines: Chez le docteur ( 5 )


6 Février

Quatre jours ! Quatre jours que je n’ai pas touché une cigarette… Mais surtout… quatre jours qu’elle me fait confiance… Qu’elle ne me surveille plus… Qu’elle me laisse – qu’elles me laissent – aller et venir à ma guise… On a passé un contrat toutes les deux : je suis libre de mes mouvements… Elle ne me contrôle plus, mais, si je flanche, j’ai promis de le lui avouer aussitôt… Elle est sûre que je le ferai… Certaine… Et elle a raison… À aucun prix je ne voudrais trahir sa confiance…

Pour le moment je tiens bon… Mais c’est dur… Que c’est dur !



8 Février

J’ai craqué… À ma façon à moi… Sans mesure… Avec excès… Dix cigarettes… Coup sur coup… L’une sur l’autre…

– Tu sais ce qu’on avait dit…
Je savais, oui… Que si cela se produisait, c’était devant l’une de ses patientes que je serais punie… Une de ses patientes de ma connaissance… Mais c’était qui alors ces femmes parmi lesquelles je devrais choisir ?
– Il y a Madame Bayard, la boulangère…
– Oh, non, pas elle, non ! Deux heures après tout le monde serait au courant…
– Elle m’a formellement promis le secret…
– Oui, oh, tu parles ! Je la connais…
– Madame Benoît…
– La femme du notaire ?
– En personne…
– Ça craint quand même ! Qu’est-ce qu’elle irait penser de moi après ?
– Il fallait y réfléchir avant…
– Et la troisième ?
– Mademoiselle Luant… L’institutrice… Tu réfléchis… Tu me diras…



9 Février

Après mûre réflexion ça a finalement été Madame Benoît… Parce que les deux autres… Madame Benoît qui s’est confortablement installée…
– Parce que vous allez faire durer, docteur, j’espère… Que je ne me sois pas déplacée pour rien…
– Aussi longtemps que vous le jugerez nécessaire… Bon, allez ! Tu te déshabilles, toi…
Ce que j’ai fait… En leur tournant le dos…
– Oh, mais charmant ! Absolument charmant ! Et donc c’est cette jeune fille… Comment l’appelez-vous déjà ?
– Chloé…
– C’est donc Chloé qui va officier… Parfait… Absolument parfait…
C’est Chloé qui a officié… Longtemps… Très longtemps…
Quand elle s’est enfin arrêtée Madame Benoît a applaudi à tout rompre… Interminablement…

– Et maintenant ?
– Maintenant elle va aller au coin… Allez, dépêche-toi, toi ! Pour méditer sur ce qui arrive quand on s’avère incapable de faire preuve de volonté… Au moins un minimum… C’est quand même pas bien compliqué…
– Surtout qu’il y va de son intérêt à elle…
– C’est incontestable…
– Vous avez de la constance, docteur… Vous avez vraiment de la constance… Parce que rien ne vous oblige à prendre autant à cœur l’intérêt de vos malades… Ah, ça, on a de la chance de vous avoir, on peut pas dire… Là-dessus tout le monde ici est unanime…
– Je ne fais que mon devoir…
– Je vous admire, vous savez ! Je vous admire vraiment… Quand on voit tout ce que vous dépensez comme temps et comme énergie pour des patientes qui ne font même pas l’effort de s’aider elles-mêmes… Ça doit être d’un décourageant…
– Oh, pas tant que ça ! Parce que dans le cas présent je suis bien convaincue qu’on est tout près du but… D’ici trois semaines – quatre tout au plus – elle aura définitivement cessé de fumer… Tous les problèmes ne seront pas réglés pour autant… Loin de là… C’est un véritable travail de fond qu’il faudrait entreprendre… Mais cela ne me concerne plus… À d’autres de prendre le relais… S’ils se sentent des dispositions pour les tâches de longue haleine… À vous peut-être, Madame Benoît…
– Et pourquoi pas ? Je vais y réfléchir…

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