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lundi 6 février 2012

Souvenirs d'avant ( 32 )

32-

– Et c’est tout ?
– Votre Majesté serait certainement fort mécontente si nous inventions, pour lui complaire, des confidences que nous n’avons pas véritablement reçues…
– Et pour quel motif ?
– Tant monsieur de Navarre que Monsieur d’Alençon font montre à notre égard d’infiniment de réserve…
– C’est que vous ne vous employez pas vraiment à les mettre suffisamment en confiance…
– Votre Majesté peut être certaine que…
– D’autres y sont parvenues… Pourquoi pas vous ? Bon, mais trêve de bavardages… Nous allons faire en sorte que vous preniez dorénavant beaucoup plus à cœur les missions qui vous sont confiées… Je sais quelques dames de la cour qui s’ennuient… Vous voir administrer, par mes laquais, sans en connaître la raison, une retentissante fessée devrait quelque peu les distraire…
– Oh, Votre Majesté, je vous en conjure…
– Et vous convaincre de mettre désormais davantage de cœur à l’ouvrage…

– Elles l’ont fort blanc…
– Ça ne saurait durer…
– Et fort charnu…
– Ça n’y rebondira que mieux…
– Ah, ça y est… Ça commence…
– Les mains de ce laquais… De vrais battoirs…
– Qu’il sait manier, c’est clair…
– La preuve : elle chante !
– J’adore quand la voix grimpe comme ça dans les aigus…
– L’autre est moins expansive…
– Oui, mais remue davantage…
– De façon bien indécente…
– Assurément…
– Si elle avait un tant soit peu le respect d’elle-même…
– C’est une vertu – chacun le sait – dont elle est tout-à-fait dépourvue…

– Les voilà décorés de rougeurs fort avenantes…
– Qui vont leur interdire, de longs jours durant, de s’asseoir…
– Et qu’elles auront bien de la peine à dissimuler à leurs maris…
– Précaution bien inutile : avant ce soir ils sauront à quel traitement fut soumis le séant de leurs épouses…
– Et ils ne seront pas les seuls… Avant une heure toute la Cour en fait des gorges chaudes…
– Toute la Cour… Et bien au-delà…
– Je sais, pour ma part, chez qui je vais courir aussitôt sortie d’ici…
– Et moi donc !

– Couvrez maintenant toutes deux vos rondeurs, Mesdames ! Et allez ! Vous pouvez toutes aller… Allez vaquer à vos occupations… Non pas vous, Madame d’Uzès… Ni vous, Madame de Châtillon… J’ai à vous parler…

– Vous avez les joues bien empourprées, Madame d’Uzès… Et les yeux bien brillants…
– Que Votre Majesté me pardonne, mais…
– Serait-ce que le spectacle auquel vous venez d’assister a enfiévré vos sens ? Comme il a échauffé ceux de Madame de Châtillon qui peinait manifestement à dissimuler le très vif plaisir qu’elle éprouvait à contempler ces deux derrières copieusement fessés… N’est-il pas vrai ?
– Votre Majesté sait…
– Que les charmes des gentes dames et demoiselles sont loin de vous laisser indifférente…
– Je ne saurais le nier…
– Et que vous semble de ceux de Madame d’Uzès ?
– Ils en éclipsent beaucoup d’autres, Votre Majesté…
– Il ne tient qu’à vous de les découvrir plus avant… Madame d’Uzès, dans l’état où elle se trouve, ne saurait vous en refuser l’accès…
– J’ignore, Votre Majesté… Jamais encore… Ce serait…
– L’occasion ou jamais de vous initier à des plaisirs nouveaux… Allons, ne soyez pas si prude… Nous sommes entre nous…

– Eh bien ?! Que vous en semble ? Oserez-vous prétendre n’avoir point été satisfaite ?
– Ce serait mentir, Votre Majesté… Je l’ai été plus que de raison…
– Nous vous réservons d’autres plaisirs…
– Vraiment, Votre Majesté ?
– Vraiment… Voyez ce garde…
Elle lève les yeux sur moi…
– C’est lui qui vous fessera – publiquement, comme l’ont été ces dames tout à l’heure – quand je lui en donnerai l’ordre…

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