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mercredi 25 mai 2016

Escobarines: Le valet (5)

Toujours le même rituel dont il ne s’écarte pas d’un iota. Un à un il lui retire tous ses vêtements. Toujours dans le même ordre. Il les plie soigneusement, les dépose sur le fauteuil. Il prend tout son temps.
– Venez !
Le couloir. Comme d’habitude. Il l’arrête.
– Non, non ! Par ici !
Une autre porte.
– Si Madame veut bien se donner la peine !
Une toute petite pièce, meublée en tout et pour tout d’une chaise et d’une table sur laquelle se trouvent des feuilles de papier blanc, un stylo et des crayons.
– Monsieur regrette infiniment de ne pas avoir pu assister à la fessée que Jeanne et Victor ont administrée à Madame la semaine dernière. Aussi souhaite-t-il qu’elle lui en fasse le récit. Aussi circonstancié que possible. Faute de quoi…
Faute de quoi ? Il ne précise pas. Il sort.
Elle s’y essaie, pleine de bonne volonté. Elle écrit. Elle rature. Elle recommence. Les mots ne viennent décidément pas. Son regard se perd par la fenêtre. Elle lance des traits, au hasard, machinalement, sur le papier. Un dessin commence à prendre vaguement forme. Presque malgré elle.

Il revient, jette un coup d’œil par-dessus son épaule, hoche la tête.
– Madame n’a guère avancé.
Elle n’y arrive pas. Elle ne sait pas. Elle n’a pas l’habitude.
– Si Madame le permet… Qu’elle ne cherche pas midi à quatorze heures… Qu’elle se contente de relater les faits. Tels qu’ils se sont produits.
– Ben oui, mais…
– Qui a fessé Madame ?
– Jeanne… C’est Jeanne qui a commencé.
– Sans avoir besoin de mettre le derrière de Madame à l’air. Il l’était déjà. Et alors ?
– Et alors elle a tapé.
Elle dessine. Elle continue à dessiner. Une femme apparaît. Nue. De dos.
– Avec quoi ?
– La main.
– Vous étiez où ?
– En travers de ses genoux.
– Et Victor pendant ce temps-là ?
– Derrière moi il était.
– Il faisait quoi ?
– Il regardait. Et il parlait.
– Il disait quoi ?
– Rien.
– Si Madame veut que je l’aide… Il disait quoi ?
– Il voulait qu’elle tape plus fort. « Fais-la gigoter un max, Jeanne ! Que je puisse me rincer l’œil »
– Et elle l’a fait ?
– Oui.
– Et Madame a gigoté ?
– Ne m’obligez pas ! Je vous en supplie, ne m’obligez pas !
– Madame a gigoté ?
– Oui.
– Et crié, je suppose ?
– Un peu…
– Seulement un peu ?
– Ça faisait mal.
Elle continue à dessiner.
– Et ensuite ?
– Ils ont… Jeanne et Victor… Ils ont…
– Baisé ? Le mot gêne Madame ? C’est, à n’en pas douter, que le spectacle gracieusement offert par Madame les avait l’un et l’autre émoustillés. Madame a participé ?
– Vous êtes fou !
– Mais elle a été tentée de le faire. Bon, mais je laisse Madame rédiger. Elle a maintenant tous les éléments en mains.

Monsieur lit. Il sourit.
– C’est criant de vérité. Il y a également, paraît-il, un dessin.
Qu’elle lui tend.

Il s’en empare, le glisse dans un dossier.
– Pour solde de tout compte. Vous pouvez rentrer chez vous. Ce sera, en ce qui me concerne, un excellent souvenir.
Il sonne.
– Bastien va vous raccompagner.

Elle renfile sa robe. C’est fini. Il ouvre la porte.
– À titre personnel, je dois dire que je vais beaucoup regretter Madame. Infiniment.
Il s’incline. La laisse passer. Referme derrière elle.

* *
*

Elle sonne. Les pas sur le tapis se font attendre. Surgissent enfin, familiers, rassurants.
– Madame ? Madame désire ?
Elle ne répond pas. Il reste impassible.
– Madame aurait donc pris goût à la chose ? Je comprends Madame. Je vais voir si Monsieur peut recevoir Madame.
Elle fixe les volutes du tapis. Il revient.
– Monsieur est ravi de la surprise que lui fait Madame. Si Madame veut bien se tourner…
Et, d’un geste précis et sûr, il descend la fermeture éclair jusqu’au bas du dos.

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