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jeudi 19 mai 2016

Escobarines: Le valet (4)

Il vient de la déshabiller. Elle est nue. Elle attend.
– Que Madame m’excuse, mais Monsieur exige qu’aujourd’hui Madame se présente à lui la chatte rasée…
– Alors ça, il n’en est pas question !
Ça lui a échappé. Le cri du cœur.
– Est-ce que Madame préfère que Monsieur renonce à tenir ses promesses ? Que Madame réfléchisse ! Elle ne va quand même pas avoir accompli tout ce chemin pour rien.
Elle soupire. Elle hausse les épaules. Au point où elle en est !
– Alors que Madame veuille bien me suivre ! Monsieur m’a chargé d’œuvrer. « Je suis sûr que vous allez nous réaliser ça à la perfection, Bastien. »
Elle veut protester. Elle ne dit rien. À quoi bon ? Il lui faudra de toute façon inéluctablement en passer par là. Et elle le suit.
– Que Madame veuille bien s’allonger là !
Elle obtempère. Elle ferme les yeux.
Il l’enmousse généreusement. Sur toute la surface.
– Si je puis me permettre, je crois que Madame ne sait décidément pas s’y prendre avec Monsieur.
Elle rouvre les yeux. Il est penché sur elle, attentif, absorbé.
Il précise.
– Quand Monsieur conseille, il s’agit, en réalité, d’un ordre. Madame aurait incontestablement dû choisir de se laisser fesser par Victor. Monsieur n’a guère apprécié. « Après tout ce que j’ai fait pour elle, Bastien ! Les femmes sont d’une ingratitude ! » Que Madame s’attende donc à ce que Monsieur se montre aujourd’hui très exigeant avec elle.
– C’est-à-dire ?
Il ne répond pas. Ses gestes sont précis et sûrs. D’une main il étire la peau entre le pouce et l’index, de l’autre, il rase.

Il se recule, satisfait.
– Là ! Ça va très bien à Madame. Vraiment très très bien. Monsieur sera content. Il va beaucoup apprécier.
Il la précède dans le couloir, se retourne, tarde à frapper.
– Monsieur a en tout cas incontestablement raison. Madame est vraiment très bien foutue.
Il s’incline.
– Si Madame veut se donner la peine d’entrer.

Monsieur la contemple. Longuement.
– Bastien est un véritable artiste.
La fait passer à côté. Asseoir.
– Vous ne m’avez toujours pas dit. C’est quoi ces rêves que vous tenez tant à le voir réaliser votre ami ?
– Ce sont les siens et je n’ai pas le droit de…
– Vous êtes sûre qu’ils tiennent vraiment la route au moins ?
– Je ne sais pas. C’est un domaine que je ne connais pas. Mais ce n’est pas ça l’essentiel. L’essentiel c’est que ses rêves le portent. C’est qu’ils soient sa raison de vivre. C’est que rien d’autre ne compte pour lui.
– Et vous êtes sûre qu’ils nécessitent des sommes aussi considérables ? Qu’il ne les utilise pas pour autre chose ? Pour faire la fête avec ses copains par exemple ?
Elle le regarde droit dans les yeux.
– Je suis prête à en prendre le risque.
Il sourit.
– Il baise bien au moins ?

Il sonne. Jeanne apporte le thé. Dépose le plateau entre eux sur la petite table basse.
– Asseyez-vous, Jeanne ! Aujourd’hui, c’est notre invitée qui va faire le service. Elle vous doit bien ça. Après la façon tout-à-fait remarquable dont vous vous êtes occupée d’elle l’autre jour. Eh bien ? Qu’est-ce que vous attendez, vous ?
Elle se lève. Elle le sert, lui d’abord. Et puis elle, Jeanne.
– Mets-moi un peu de lait !
Pendant qu’elle le verse, Jeanne lui envoie une grande claque sur les fesses. Qui la fait sursauter. Quelques gouttes se répandent dans la soucoupe.
– Tu peux pas faire attention, non ?
Monsieur rit. De bon cœur.
– Jeanne semble avoir très envie de vous en remettre une couche ! Il faut dire que la correction qu’elle vous a infligée l’autre jour l’avait considérablement émoustillée et que ses ébats avec Enrique, la nuit suivante, ont fait trembler les murs de la villa. Mais peut-être souhaiteriez-vous tester d’autres mains que les siennes ? Celles de Victor par exemple, non ?
Elle ne sait pas. Elle…
– Mais oui ! Celles de Victor… Vous ne le regretterez pas, vous verrez ! Emmenez-la, Jeanne ! Allez vous occuper tous les deux d’elle. Moi, j’ai à faire.


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