Nombre total de pages vues

lundi 17 septembre 2012

Les confidences de Camille ( 4 )


Vous avez le sens du suspense, mon cher Flavian, c’est le moins qu’on puisse dire… Et j’avoue que vous avez sérieusement piqué ma curiosité… J’ai hâte de connaître la solution de l’énigme… Qui donc fessait, avec autant de conviction, votre logeuse ? J’ai bien ma petite idée, mais ce n’est pas forcément la bonne…

En attendant de connaître la réponse à mon tour de poursuivre mon récit…
Je me suis mariée la veille de mes vingt-cinq ans… Pour ne pas coiffer la Sainte-Catherine ? Peut-être… Allez savoir… Ce qui motive nos choix est si rarement ce que nous croyons… Il avait trente-trois ans… Était militaire de carrière… Marin… Officier de marine… Je savais donc à quoi je m’exposais… À de fréquentes et interminables absences… Est-ce que je l’aimais ? J’en étais persuadée… Suffisamment pour l’épouser en tout cas… Est-ce que je l’aimais vraiment ? C’est une autre question… À laquelle je ne donnerais sans doute pas aujourd’hui une réponse péremptoire…

Et je suis entrée dans ce qui allait être « ma vie »… Un appartement confortable… Un mari, la plupart du temps en mer, qui m’assurait un train de vie que bien des femmes m’auraient envié… Des beaux-parents très présents sans être envahissants… Que demander de plus ? Rien… Tout… Je m’ennuyais… Je traînais en longueur des journées que je n’arrivais pas à remplir de quoi que ce soit de passionnant… Le shopping ? Le cinéma ? Je m’en étais très vite lassée… Je m’ennuyais… Pire : je déprimais…

Heureusement – c’est du moins ce que j’ai cru sur le moment – Sandrine a croisé ma route… Sur un forum… Décidément dans ma vie les forums ! Elle avait mon âge et respirait la joie de vivre… Le dynamisme… L’enthousiasme… « Tu t’emmerdes ? Bouge pas qu’avec moi ça va pas durer… » Et effectivement… Elle m’a entraînée… Présentée à quantité de gens… Sorties… Soirées… J’étais dans un tourbillon… Un étourdissement permanent… L’envie de rire m’était revenue… Le goût de la fête… Je vivais… Je vivais enfin…

Et forcément je dépensais… Beaucoup… Inconsidérément… De plus en plus… Le banquier me rappelait régulièrement à l’ordre… Je m’en souciais comme d’une guigne… J’étais sur mon petit nuage… Et j’empruntais… À des taux exorbitants… J’empruntais… J’empruntais à tout-va…

Ça ne pouvait évidemment pas durer… Je l’ai brusquement réalisé, un soir, dégrisée… Le montant de mes échéances mensuelles incompressibles s’élevait à près de trois fois le salaire de mon mari… J’étais prise à la gorge… Vers qui me tourner ? Mes nouveaux amis ? Ils se sont défilés, les uns après les autres, sous des prétextes pitoyables… Il me fallait pourtant trouver une solution… Il me fallait absolument une solution… Avant que mon mari ne rentre… Avant qu’il ne découvre le pot-aux-roses…

C’était le dernier à qui aller en parler… Et c’est pourtant à lui que j’ai fini par me confier… Le père de mon mari…  Mon beau-père… Qui a sonné un dimanche matin… « Tu viens déjeuner avec nous ? Claire a fait du gigot… Tu adores ça… » Je voulais bien, oui… Et je me suis brusquement effondrée en larmes… « Ben qu’est-ce qui t’arrive ? » Il m’a doucement fait asseoir sur le canapé du séjour, s’est installé à mes côtés, m’a posé une main sur l’épaule… « Hein ? Qu’est-ce qui se passe ? » Et je lui ai tout déballé… D’une traite… D’un bloc… Entre deux sanglots… Il m’a écoutée jusqu’au bout… Sans m’interrompre… «  Bien… Donne-moi tes relevés de compte… Tes documents comptables… Tout… » Ce que je me suis empressée de faire… Il les a étalés sur la table basse devant la télé, les a longuement étudiés, un à un, sans un mot, sans jamais lever les yeux sur moi, en prenant des notes sur un petit calepin à couverture rouge qu’il avait sorti de la poche intérieure de sa veste… De temps à autre il hochait la tête, fronçait les sourcils… « Bon… » Il a tout repoussé, s’est levé, m’a prise par le bras, ramenée jusqu’au canapé… J’ai tout de suite su ce qui allait se passer… Je l’ai tout de suite compris… Senti… Et… accepté… Je n’ai pas résisté… Je n’ai pas protesté… Docilement je me suis laissé courber sur ses genoux… Déculotter… Il a pris tout son temps… Il a emprisonné mes deux mains dans l’une des siennes et de l’autre il a tapé… Une fessée… Il ne m’a pas ménagée… Une gigantesque et vigoureuse fessée… Une interminable fessée… Il n’a tenu compte ni de mes pleurs ni de mes supplications…

Savez-vous, mon cher Flavian, que c’est une épreuve pour moi, une redoutable épreuve, que de vous raconter tout ça ? Mais j’en ai besoin… J’ai besoin de votre écoute… Mais laissez-moi souffler un peu… Juste un peu… Je reviens… Je reviens tout de suite…

Je vous embrasse…

CAMILLE   

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire