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lundi 10 septembre 2012

Les confidences de Camille ( 3 )


Chère Camille, bonjour…

Je m’apprêtais à vous faire part longuement des réflexions que m’avaient inspirées vos deux mails quand… votre petit mot en MP sur le forum : vous préférez que je m’abstienne, pour le moment, de tout commentaire… Que je vous laisse dérouler le fil de vos souvenirs sans venir interférer avec eux… Vous redoutez qu’ils soient influencés ou gauchis par ce que je pourrais vous en dire… Je comprends d’autant mieux vos appréhensions que j’aurais tendance, pour ce qui me concerne, à les partager… Donc… laissons-nous aller, l’un comme l’autre, au fil de notre récit… Il sera toujours temps, par la suite, de nous offrir mutuellement notre regard sur ce que nous nous serons confié…

À l’idée que j’allais monter poursuivre mes études à Paris mes parents étaient terrorisés… « Mais j’ai vingt ans ! » « Justement ! » Et de me dresser la liste – d’une longueur impressionnante – de tous les dangers que j’allais, selon eux, courir dans la capitale, dangers que, dans ma naïveté, je serais hors d’état d’éviter… « Non… La seule solution, c’est la chambre chez l’habitant… Plutôt un couple … D’âge mûr… Sérieux… Qui pourra, le cas échéant, te donner des conseils, te tirer des mauvais pas où tu ne manqueras pas d’aller te fourrer tête baissée… » Et ils ont écrit, téléphoné, interminablement palabré pour, au bout du compte, triomphalement proclamer… « Ça y est ! On a trouvé… Ils sont bien… Très très bien… Lui, la quarantaine… Elle, pas tout à fait encore… Tout est arrangé… Le soir tu dîneras avec eux… Tâche de pas nous faire honte… De montrer que tu as quand même un minimum d’éducation… »

C’était un coquet petit pavillon dans la banlieue Nord de Paris… Ma chambre, claire, spacieuse, donnait sur un grand jardin planté d’arbres fruitiers… Une glycine courait sous ma fenêtre…
Nous avons fait connaissance… Ivan, lui, travaillait comme comptable dans une grande concession automobile… Clara, elle, faisait des traductions à la maison… Chaleureux, disponibles, ils se sont enquis de mes études, de mes goûts, de mes loisirs… Et nous avons, tous les trois très rapidement trouvé une harmonieuse vitesse de croisière…

C’est arrivé un mardi de Novembre… Le mardi j’avais, en principe, cours toute la journée… Sauf que ce mardi-là, pour je ne sais plus quel motif, tous ceux de l’après-midi avaient été reportés… Je suis donc rentré… Beaucoup plus tôt que d’habitude…
Ça venait du garage… Dont la porte était close… Des bruits… De claques… De coups… Je me suis immobilisé, stupéfait… Et puis des gémissements… Des plaintes… Des cris… Je me suis approché… Ça a redoublé d’intensité… Il y a eu des supplications… « Arrête… Non… Arrête… Je le ferai plus… Je te promets… » C’était sa voix… À elle, Clara… Des pleurs… Des sanglots… Ça s’est apaisé… Le silence… Je me suis enfui… J’ai erré par les rues… Plongé dans des abîmes de perplexité… Jusqu’à ce qu’il soit l’heure de rentrer… Celle de d’habitude…

À table, le soir, je l’ai discrètement observée… Rien – absolument rien – dans son comportement ou ses propos ne pouvait laisser soupçonner ce qui s’était passé quelques heures auparavant… Tout au plus lui échappait-il parfois, quand elle s’asseyait, une légère grimace… Ma curiosité, en tout cas, était piquée au vif… Qui ? Mais qui dans ce garage lui avait administré une si retentissante fessée ? Ce n’était pas Ivan… Il travaillait… Alors qui ? Et pourquoi ? Mystère… Un mystère que je me suis bien juré, ce soir-là, d’élucider coûte que coûte…

J’ai commencé par mettre à profit les rares moments où j’étais seul à la maison pour aller passer le garage au peigne fin… J’espérais y trouver un indice quelconque… Ce ne fut pas une mince affaire… Le garage était un véritable capharnaüm où ils avaient accumulé, au fil du temps, toutes sortes d’objets hétéroclites… Mais ma patience et mon obstination furent finalement récompensées : deux martinets – dont l’un à nœuds – une cravache, un fouet, le tout dissimulé sous un tas de vieilles couvertures entassées en vrac dans un vieux coffre en bois… Donc… Donc il était infiniment probable qu’il y avait eu – et qu’il y aurait – d’autres fessées… Données quand on me saurait – ou croirait – à mes cours…

Qui ? Mais qui ? La question me taraudait… Il y avait, au fond du jardin, une cabane où Ivan entreposait ses outils… D’où on avait une vue imprenable sur le garage… Je m’y suis dissimulé… À des heures où j’aurais normalement dû être à la fac… J’ai fait chou blanc… Trois fois… Quatre fois… Cinq fois… Mais la sixième…

Je vous raconterai… Plus tard… Je tombe de sommeil…
À bientôt…

FLAVIAN          

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