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jeudi 21 juin 2012

Escobarines: Travaux d'intérêt général



13 Mars 2081

Ça y est ! Les décrets d’application de la loi dite «  Travaux collectifs et intérêt général » sont publiés… Les premières condamnations devraient être tout prochainement prononcées… Quand je pense à toute l’énergie qu’on a dépensée, nous, à l’AMIR, pour que cette loi ne soit pas votée ! En vain… On était à contre-courant… On était inaudibles… La délinquance a pris de telles proportions – au point de mettre en danger l’existence même de l’État – que la population veut des châtiments exemplaires… Mais seront-ils vraiment dissuasifs ? C’est ce que nous n’avons pas cessé de contester avec force… Sans être entendus…


20 Mars 2081

Un premier contingent de condamnées – travailleuses au noir, fraudeuses aux prestations sociales, aux allocations logement, etc… – a été amené à pied d’œuvre ce matin devant l’hôtel de ville sous bonne escorte avec, pour tâche, d’en nettoyer les abords…
À ce que m’a rapporté Zylane – qui s’est rendue là-bas sur le coup de midi – il n’est pas question pour elles de souffler, ne fût-ce qu’un instant… Le fouet s’abat aussitôt… Impitoyablement…  
Tout autour de la place des barrières de sécurité ont été installées derrière lesquelles les curieux se pressent en nombre… Les autorités s’en félicitent… Elles estiment que le caractère public de ces peines devrait faire baisser la délinquance « sociale » d’au moins 50%... Je demande à voir…


28 Mars 2081

Je m’étais bien juré de ne pas le faire, mais j’y suis allée… Pour me rendre compte… Pour me faire mon opinion par moi-même…
Et c’est terrible… Il y avait là sept ou huit femmes, de tous âges, qui trimaient, le derrière – déjà bien rouge – à l’air… Épinglé dans le dos de chacune d’elle, le motif de sa condamnation… Les gardiennes les houspillaient en permanence, vociféraient, les menaçaient d’abattre leur fouet et, pour un oui ou pour un non, l’abattaient résolument… Pour la plus grande joie d’un public hilare – hommes et femmes à proportion à peu près égale – qui applaudissait à tout rompre et les encourageait à taper plus fort…


30 Mars 2081

Les hommes, quant à eux, posent des margelles de trottoir avenue Lemannoy… J’y ai fait un saut… Ce n’est pas parce qu’on nie la réalité, qu’on refuse de la regarder en face qu’elle n’existe pas… Ils étaient là une vingtaine sous la surveillance de gardiennes – et uniquement de gardiennes – qui m’ont paru – mais ce n’est peut-être qu’une impression – faire preuve, à leur égard, d’une certaine mansuétude… Je ne me suis pas attardée…


4 Avril 2081

C’est maintenant devant la maison du peuple que les femmes sont à l’œuvre… On y laisse les badauds, par petits groupes successifs, s’approcher au plus près des condamnées… Il m’en a coûté… Beaucoup… Mais je ne me suis pas dérobée… J’ai affronté… J’ai affronté le visage ravagé de larmes d'une petite blonde que l’une des gardiennes semblait avoir tout particulièrement prise en grippe… Le regard terrorisé d’une autre qui semblait désespérément chercher un hypothétique secours autour d’elle… La moue d’une troisième qui paraissait vouloir proclamer, contre toute évidence, qu’elle était étrangère à ce qui lui arrivait, étrangère à elle-même et que rien, jamais, ne pourrait l’atteindre… Son derrière était à vif…
Et puis, parmi toutes ces jeunettes, une femme… une femme d’à peu près mon âge… une femme qui a levé les yeux sur moi… Et ce que j’y ai lu… Je me suis enfuie… Je me suis littéralement enfuie…


31 Mai 2081

J’ai posté ma déclaration d’impôts tout à l’heure… Une déclaration que j’ai délibérément et sciemment falsifiée… Ce que je risque… Ce qui va forcément m’arriver, c’est… je préfère ne pas y penser… Mais pourquoi j’ai fait ça ? Pourquoi ?

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