jeudi 10 mai 2012

Escobarines: Recherche d'emploi ( 4 )


– Je voudrais te demander un truc, là… Mais t’es pas obligée de me répondre…
– Ben, vas-y ! Quoi ?
– À ce qu’il paraît qu’il t’a flanqué une fessée le patron hier soir… Cul nu… À cause que tu lui as répondu à Mademoiselle Tirieix… C’est vrai ?
– Ben oui, c’est vrai… Oui…
– Wouah ! Alors c’est vrai… J’y croyais pas, moi ! Eh ben dis donc ! Quand je vais leur raconter ça aux autres… Ils vont pas en revenir… Bon, mais j’y vais… J’y vais…

– Et évidemment t’as eu droit à tout un tas d’allusions toute la journée… De sourires entendus… De petites réflexions derrière ton dos…
– Pas par derrière, non… Carrément par devant… Sans se gêner… Les nanas comme les mecs…
– C’était pas trop dur ?
– Non… Franchement… Non… Et même…
– Je sais pas comment tu fais… Je pourrais pas, moi ! Jamais je pourrais supporter un truc pareil !

– Qui vous a autorisée, Mademoiselle, à aller raconter à qui veut l’entendre ce qui s’est passé, avant-hier soir, dans ce bureau ?
– C’est pas moi ! C’est Ophélie… Elle savait déjà n’importe comment…
– Et, comme si cela ne suffisait pas, vous vous permettez d’accuser vos collègues !
– Mais non, mais…
– Par votre faute règne, depuis hier, dans mon établissement, un climat d’agitation et de fébrilité qui nuit à la qualité du service… En conséquence Mademoiselle Tirieix vous infligera tout à l’heure, en présence de la collègue que vous avez honteusement calomniée, le châtiment que vous savez… Retournez travailler… Je vous appellerai…

– Et ?
– Ben tu te doutes… Elle m’en a mis une…
– Elle tape fort ? Plus que lui ?
– C’est pas qu’elle a tapé plus fort… C’est que c’était beaucoup plus humiliant…
– Ah, oui ?! Comment ça ? Qu’est-ce qu’elle t’a dit ?
– Rien… Elle a pas parlé… Elle a pas lâché un seul mot… Non… C’était une façon qu’elle avait – je sais pas comment – de me faire sentir qu’elle m’avait complètement en son pouvoir… C’était…
– C’était ?
– Quelque chose de très fort… De très intense… Que j’avais jamais connu… Je regrette pas… Ah, non, alors !
– Et la fille, là ? Ophélie… Elle était là ? Elle a assisté ?
– Elle en a pas perdu une miette…
– Et n’a rien eu de plus pressé, en sortant de là, que d’aller faire un rapport circonstancié à ses petites camarades…
– Probable, oui…
– Et c’est encore toi qui vas trinquer…
– Je sais pas… Je verrai bien… J’espère… Oui… J’espère finalement…

– Faisons le point, Mademoiselle, si vous le voulez bien… Je n’ai nullement à me plaindre de la façon dont vous effectuez votre travail…
– Merci, Monsieur…
– Et pas davantage de la manière dont vous respectez notre contrat… Vous faites preuve d’une docilité dont je n’ai qu’à me louer…
– Je m’y étais engagée…
– En effet… Et reconnaissez avec moi que, chaque fois que vous avez été châtiée, vous l’aviez amplement mérité…
– Je le reconnais…
– Si seulement vos collègues voulaient bien faire montre d’autant de lucidité et de bonne volonté que vous… La façon dont certaines d’entre elles accomplissent leur tâche justifierait – vous en conviendrez – qu’elles soient soumises au même traitement que celui qui vous est réservé…  
– Ce n’est pas à moi d’en juger…
– Mais c’est peut-être à vous de les en persuader… Au moins les plus paresseuses et les moins motivées d’entre elles…

– Tu vas le faire ?
– Il m’a pas laissé le choix… Il me donne quinze jours pour en convaincre une… N’importe laquelle…
– Tu vas t’y prendre comment ?
– Alors ça ! Si je savais !   


  

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