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jeudi 11 août 2011

Escobarines: Angèle ( 2 )


Elle a allumé… Tiré draps et couvertures jusqu’au pied du lit…
- Allez, debout, grande paresseuse !… Il est sept heures…
- Mais pour quoi faire ?… Je bosse pas !…
- Ben justement !…Raison de plus… Pour aller en chercher du travail…

On a déjeuné ensemble dans la cuisine…
- Si tu crois que c’est en te levant tous les matins à onze heures que tu vas décrocher un emploi…
- J’y vais l’après-midi…
- Quand tout le monde s’est déjà présenté avant toi… Comme ça t’es sûre que toutes les places seront prises… Faut croire que t’as vraiment l’intention d’en trouver du travail !…
- Mais non, c’est pas ça, mais…
- Mais c’est beaucoup plus facile de passer ses journées devant l’ordi à se faire entretenir par papa… Qui te laisse passer beaucoup trop de choses… Qui, à l’évidence, t’en a toujours beaucoup trop laissé passer… C’est pas te rendre service… Il est temps – il est plus que temps – que quelqu’un te prenne enfin en mains… Non ?… Tu n’es pas de mon avis ?…
J’ai baissé la tête sans répondre…
- Bien sûr que si !… Au fond de toi-même tu sais que j’ai raison…
Si… Oui… Mais comment elle le savait ?…
- Bon… Mais assez perdu de temps… Tu trouveras les journaux du matin sur la petite table basse du séjour… Tu sais ce qui te reste à faire…

- Alors ?…
- Alors… Partout je me suis cassé le nez… Ou bien la place est déjà prise… Ou bien j’ai pas assez d’expérience… Ou bien on me tiendra au courant… De l’air de quelqu’un qui le fera jamais… C’est d’un décourageant !…
- Ce qui veut dire – si on sait lire entre les lignes – que tu t’es dépêchée de te décourager… T’as frappé à deux ou trois portes, vite fait, pour la forme et tu t’es réfugiée dans le premier café venu… Avant d’aller courir les magasins de vêtements pour y dépenser l’argent que tu n’as pas gagné… C’est pas vrai peut-être ?… Regarde-moi !… C’est pas vrai ?…
- Si c’est pour que ça serve à rien…
- Elle est incroyable cette gamine… Incroyable… Tu comptes en faire quoi de ta vie ?… Rester chez papa sans rien faire jusqu’à 50 ans ?… C’est ça ?… Si tu avais un minimum de fierté et de respect de toi-même…
- Mais non… C’est juste pour le moment que je suis là… En attendant…
- En attendant quoi ?… Qu’un prince charmant vienne t’enlever sur son cheval blanc pour t’offrir le gîte et le couvert ?… Arrête de rêver… Regarde la réalité en face… Et prends-toi en mains, nom d’un chien !… Prends-toi enfin en mains !…

Elle m’a secouée…
- Pauline !… Pauline !… Il est sept heures… J’y vais… Faut que j’y aille… Je ne rentrerai que ce soir… Je compte sur toi… Les journaux sont sur la petite table basse… Comme hier… Cette fois je compte sur toi… Que tu te montres enfin raisonnable… Hein ?!… Je peux ?…
- Oui...

Ses pas ont claqué sur le parquet… La porte d’entrée s’est refermée…
Cinq minutes… Juste cinq minutes dans la douce tiédeur du lit… Cinq minutes qui en ont été dix… Puis vingt… Puis trente… Avec un soupir je me suis traînée jusqu’à la fenêtre… Il neigeait… En plus !… Ca pouvait bien attendre demain… Ca attendrait demain… Elle le saurait pas de toute façon… Et je me suis rendormie…

- Ah, on peut te faire confiance !… On peut…
J’ai sauté du lit… Me suis précipitée sur mes vêtements… Habillée en toute hâte…
- J’y vais !… J’y vais !… C’est juste que j’ai somnolé un peu…
- Ben voyons !…
- Si, c’est vrai !…
- Tu n’en fais qu’à ta tête, hein !?… Dès qu’on a le dos tourné tu en profites… Tu sais ce que tu mériterais ?… Bien sûr que tu le sais… Hein que tu le sais ?… Qu’est-ce que tu mériterais ?…
Non… Doucement… De la tête… Non…
- S’il vous plaît… Non… Je peux pas le dire…
Elle m’a soulevé le menton… Du bout du doigt…
- Dis-le !…
- Une fessée…
- Plus fort…
- Une fessée…
- Une fessée, oui… Déculottée… C’est la seule solution avec toi… C’est la seule façon de te rendre enfin un tant soit peu raisonnable… Enfin adulte… Non… Tu crois pas ?…
- Si !…
- Eh bien alors tu sais ce qui te reste à faire… Allez !… Baisse-moi tout ça et va t’accouder à la fenêtre là-bas…

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