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jeudi 2 septembre 2010

Escobarines: Le collier





- T’as la peau qui marque ?… Tu les gardes longtemps les traces après ?…
- Ca dépend… Si t’as tapé fort ou pas… Et avec quoi… Souvent le lendemain c’est parti… Mais quelquefois deux ou trois jours ça reste…
- Comment tu fais alors pour ton mari ?…
- Oh, lui !… Il fait tintin… Jusqu’à ce que ça se voie plus… Je dis que j’ai mal à la tête… Ou que je suis fatiguée… Ou que j’ai des soucis au boulot… Ou que j’ai pas envie… Et ça marche… C’est facile d’en faire ce qu’on veut un homme… Qu’est-ce qu’ils sont benêts finalement si on y réfléchit bien… Bon, mais allez !… On s’en fiche de lui… Je suis pas venue ici pour parler de lui… Occupe-toi de moi plutôt… Comme j’aime…

- Tu m’as porté la poisse à parler de ça…
- Comment ça ?…
- Il m’est tombé dessus pendant que j’étais sous la douche… Je fais attention d’habitude pourtant, mais là… Il est rentré plus tôt et je l’ai pas entendu…
- Et alors ?…
- Et alors il a vu…
- Aïe !…
- C’était tout frais en plus… Impossible de nier…
- Qu’est-ce qu’il a dit ?…
- Qu’est-ce tu voulais qu’il dise ?… Il a poussé les hauts cris… « - Comment on t’a arrangée !… Non, mais comment on t’a arrangée… Quel est le salopard qui t’a fait une chose pareille ?… Que j’aille lui casser la gueule… - Mais non, Eric, non, c’est rien… - Rien !… T’appelles ça rien !… T’as le cul dans un état !… T’as un amant, hein, c’est ça !… Et dès que j’ai le dos tourné… - Si tu penses vraiment ce que tu dis alors il vaut mieux qu’on s’en tienne là tous les deux et qu’on parte chacun de son côté… »… Et j’ai boudé… Toute la soirée… C’est lui qu’est revenu finalement… « - Excuse-moi !… Je voulais pas… Mais faut me comprendre aussi !… Quand j’ai vu ça mon sang n’a fait qu’un tour… - Ca fait rien… C’est oublié… On n’en parle plus… - Mais c’est qui alors ?… Qu’est-ce qui s’est passé ?… - Oh, tu vas pas recommencer, écoute !… »… Et je lui ai tourné le dos… « - Bonsoir !… »
- Et il a pas insisté ?…
- Il avait pas intérêt… Mais bon !… Fallait quand même que je lui donne un os à ronger… Parce que je le connais… Oh, il m’aurait plus rien demandé !… Mais il aurait fait ses petits coups en douce… Style me faire pister par un détective privé… Ou fouiller systématiquement mon portable… Tout ça… Et il aurait fini par nous piéger toutes les deux… Alors le lendemain matin au petit déjeuner… « - Ecoute, Eric, c’est pas facile à avouer pour moi, mais j’ai fait une connerie… Une grosse connerie… - Ah !… - Tu sais, la bijouterie… Avenue de la 2ème division blindée… - Oui… Eh bien ?!… - Eh bien j’y suis allée… Voir un collier… Le revoir plutôt… Demander qu’on me le sorte… Pour rêver… Parce que c’est une merveille… Une pure merveille… Qui n’est pas pour notre bourse… Malheureusement… C’est même pas la peine d’y penser… Je suis restée là peut-être vingt minutes à le regarder… Et puis je sais pas ce qui m’est passé par la tête d’un seul coup… Un moment de folie… Je l’ai glissé dans mon sac et je me suis enfuie… Evidemment je suis pas allée bien loin… On m’a rattrapée… On m’a emmenée derrière où un petit bonhomme à lunettes s’est mis à faire les cent pas en répétant sur tous les tons qu’il allait appeler les gendarmes… Que j’allais pas y couper… Alors là !… Et puis il y en a un autre qu’est arrivé… Qu’avait l’air d’être encore plus chef que le premier… Qu’a voulu qu’il nous laisse seuls tous les deux… Qu’a tourné longtemps un stylo entre ses doigts… Qu’a fini par dire qu’on pouvait peut-être s’arranger… Oui, ben si s’arranger ça voulait dire qu’il comptait que je couche avec lui il pouvait toujours courir… Non, non, non… Il était pas question du tout de ça… J’avais mal compris… Non… S’arranger ça voulait dire que si j’acceptais qu’il me mette une bonne fessée déculottée il passait l’éponge… Ca allait pas, non ?… Il était pas bien ?… Fallait qu’il se fasse soigner… Mais en même temps il allait se passer quoi si je refusais ?… Les gendarmes… L’enquête… Les voisins qui se posent des tas de questions… Qui imaginent va savoir quoi… Sans compter tous les problèmes que ça allait sûrement poser… Pour ton boulot… Pour le mien… Alors une fessée… C’était un mauvais moment à passer… Un très mauvais moment à passer… Ca, c’est sûr, mais bon… d’un autre côté on n’en parlait plus… C’était fini… Et puis surtout tu n’étais pas au courant… Parce que comment j’avais honte de penser que tu allais savoir que j’avais fait une chose pareille !… Finalement tu l’as su quand même… Mais au moins ça te retombera pas dessus… »
- Et il t’a crue ?…
- Un peu qu’il m’a crue… Comme une lettre à la poste c’est passé… C’était plausible, non ?… Et je sais être très convaincante quand je veux…
- Oh, ça, je n’en doute pas… Et comment ça s’était passé au juste la fessée il a pas cherché à savoir ?…
- Si… Mais j’ai éludé… J’ai fait celle qu’avait pas envie d’en parler… Pour qui ça avait déjà été tellement dur tous ces aveux… N’empêche que j’ai menti… Et que c’est pas beau de mentir… Et que tu vas me punir pour ça… Hein que tu vas me punir ?!… Et au martinet en plus…
- Et s’il s’en aperçoit encore ?…
- Je ferai très attention… Et puis même… Je trouverai bien quelque chose à inventer, t’inquiète !…

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