Nombre total de pages vues

jeudi 13 août 2009

Abandons ( 2ème jour )

On a sonné…

- Va ouvrir !…

J’ai marqué un temps d’hésitation…

- Eh bien !… Qu’est-ce que t’attends ?… Va ouvrir !…

C’était le facteur…

- Un recommandé pour Mademois…

Il m’a regardée, stupéfait. De haut en bas. De bas en haut. Les yeux écarquillés. Sa glotte s’est mise à tressauter comme un cabri. Par réflexe, je me suis dissimulée, comme j’ai pu, de mes bras et de mes mains ramenés contre moi. Ridicule. Complètement ridicule. J’ai renoncé. Derrière Pernelle s’était approchée, tout sourire…

- Ca va ce matin, Monsieur Farnier ?…

- Hein ?… Oh oui, oui… Tenez, faut signer là… Pas là, non, là…

Il ne me quittait pas des yeux…

- Vous prendrez bien un petit café ?

- C’est pas de refus… Avec le temps qu’il fait…

- Tiens, Raphaëlle, tu veux t’en occuper ?… Mais où elle est passée ?… Raphaëlle !… Ben alors ?!… Où t’étais ?… Qu’est-ce que tu fabriquais ?… Tu pourrais rester avec nous quand même !… C’est la moindre des politesses…




- Comment tu l’as trouvé ?… Sympathique, hein ?… Et puis de bon service, tu t’en rendras compte par toi-même… Surtout qu’on n’a pas fini de le voir maintenant… Parce que je le connais il t’a trouvée à son goût… Très à son goût… Mais ne va pas te bercer d’illusions : il n’est pas question que je te laisse en user à ta guise avec ce pauvre homme…

- Hein ?… Mais j’ai jamais eu l’intention de…

- Oui… Oh, alors ça !… Tu crois que j’ai pas vu clair dans ton jeu ?… Tu m’as fait honte… Honte comme c’est pas permis… Non, mais comment tu l’as aguiché ! Tu te serais allongée jambes ouvertes sur la table de la cuisine que ça n’aurait pas été plus provocant… Mais je peux te dire, ma petite, que je vais définitivement te guérir de cette manie de sauter comme une meurt-de-faim sur tout ce qui bouge… Et ne viens pas prétendre que c’est pas vrai… Là-bas déjà, à l’école, tu t’étais fait une de ces réputations !… Bon, mais en attendant tu vas aller me désherber le jardin !… C’est dans un état !…




- Mais tu n’as rien fichu !…

- Ah si, si !… Tout le coin là-bas et puis de l’autre côté, derrière, les haricots…

- Autant dire rien !… Mais désherber la tête en l’air faut bien reconnaître que ce n’est pas très facile… Ca fait un moment que je t’observe… Tu peux me dire ce qu’il y a de si intéressant en face ?…

- En face ?… Non, mais c’est parce que…

- C’est parce que tu te demandes s’il y a quelqu’un derrière les volets… Quelqu’un qui serait en train de se rincer l’œil… Il n’y a pas, non… Pas pour le moment… Mais il y aura… C’est un très bon ami à moi… Il rentre du boulot à cinq heures… Mais d’ici là tu as très largement le temps de terminer toute la partie qui va jusqu’au lilas là-bas… Sinon… ben sinon il sera aux premières loges pour assister à la fessée que je ne manquerai pas de te flanquer… Parce que s’il y a un défaut que j’ai particulièrement en horreur c’est bien la paresse…




- Bon, ben tu vois quand tu veux !… Il suffit d’y mettre un peu de bonne volonté… Ah oui, à propos, ça m’était complètement sorti de la tête, mais il est en vacances depuis avant-hier Pierre, le voisin… Alors si ça tombe il a passé l’après-midi derrière ses volets, va savoir !… Mais bon… C’est sûrement pas à toi que ça va poser problème… Ce serait à mourir de rire…




Elle souriait, me caressait de temps à autre la tête, m’interrompait parfois pour réclamer une précision…

- Ca s’est vraiment passé comme ça ce jour-là ?… Tu es sûre ?… Je ne m’en souvenais pas. Pas comme ça en tout cas… Bon, mais continue !… Continue !…

Ou bien protestait avec agacement…

- Ah non, non… Il a jamais dit ça Tixier…

- Mais si !… Rappelle-toi !… Même que…

- N’insiste pas !… Je te dis que non… Si je te dis que non, c’est que c’est non…




Le récit de la nuit à l’infirmerie elle me l’a fait relire trois fois…

- Autant que de types !… Même si ou peut pas dire que tu aies fait preuve, en l’occurrence, de beaucoup de goût… Parce qu’autant que je me souvienne… Bon, mais passons… C’est pas la question… Avec le recul tu en penses quoi, toi, maintenant de cet épisode ?…

- Ce que j’en pense ?… Ben…

- Mais encore ?…

- Je sais pas…

- Tu sais pas ou tu attends de savoir ce que j’en pense, moi, pour décider ce que tu vas en penser, toi ?… C’est ça, hein ?… Evidemment que c’est ça… Eh ben il y a du boulot !…




Elle m’a pris le cahier des mains…

- « La classe des filles »… Evidemment ça s’imposait comme titre…

Elle l’a rapidement feuilleté…

- Tu as une très belle écriture… J’aime beaucoup… Le seul reproche : c’est d’un laid cette encre bleue… Alors tu vas me recopier tout ça… A l’encre violette et à la plume sergent-major… Comme au bon vieux temps… Tu trouveras tout ce qu’il faut dans le tiroir de ton bureau… Ca t’occupera le soir tout en te laissant l’esprit libre… Alors profites-en pour réfléchir à ce qui s’est passé à l’infirmerie… Tu me diras…

4 commentaires:

  1. pour ce que j'ai lu, c'est vraiment d'une "pudeur excitante"
    je reviendrai il faut que j'aille préparer à manger pour les enfants ...

    RépondreSupprimer
  2. Merci d'avoir pris la peine de laisser une trace de votre passage... Revenez quand vous voulez bien sûr!

    RépondreSupprimer
  3. j'aime beaucoup cette histoire et la façon à la fois humiliante et excitante dont Raphaëlle est prise en main par Pernelle...

    RépondreSupprimer
  4. Il y avait déjà eu des "préliminaires" dans "La classe des filles"... Il leur suffisait de remettre leurs pas dans leurs pas et "d'aller plus loin"...

    RépondreSupprimer