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lundi 25 mars 2013

Le Centre ( 12 )


Il m’a fait revenir dans le bureau là-haut Martial… Il m’a fait revenir juste comme on allait regagner nos boxs pour la nuit…
– Tu n’as rien à me dire ?
– Non… Rien… Non…
– Tu es sûre ?
– Je vois pas…
– Valentine…
– Encore elle !
– Encore elle, oui ! Tu nous as raconté des salades tout-à-l’heure…
– Hein ?! Ah, mais non… Non…
– Bien sûr que si ! Tu crois qu’on la connaît pas depuis le temps ? Qu’on sait pas de quoi elle est capable ? C’est elle qui te les a faites les avances… Là-dessus pas l’ombre d’un doute… Pourquoi tu t’es obstinée à prétendre le contraire ?
– Hein ? Mais c’est vous ! C’est vous qui vouliez pas me croire… Qui me traitiez de menteuse… Vous m’avez même donné la fessée à cause de ça…
– Oui… Alors si je comprends bien il suffit d’une petite fessée de rien du tout pour te faire changer d’avis…
– De rien du tout ?! On voit que c’est pas vos fesses à vous qui l’ont prise…
– Oui, oh ! C’était pas si terrible que ça… Alors ou bien tu n’es vraiment pas très courageuse et il suffit de te flanquer deux ou trois petites claques sur le derrière pour te faire avouer tout ce qu’on veut… Ou bien t’as cherché à la couvrir Valentine… T’as voulu porter le chapeau à sa place…
– J’y comprends plus rien… Vous embrouillez tout…
– C’est pourtant simple…
– Peut-être pour vous… Mais moi, la seule chose que je vois dans tout ça, c’est que n’importe comment… quoi que je fasse… quoi que je dise… de toute façon je suis coupable…
– Ah, ben tu vois que tu comprends finalement… Tu comprends même très bien… Bon… Mais si tu me racontais ce qui s’est exactement passé plutôt ?  
– Oh, mais rien… Rien… Sauf que chaque fois que j’en prends une faut qu’elle voie… Faut qu’elle touche… Faut qu’elle commente… Sans arrêt… Soi-disant que ça change tout le temps les couleurs…
– Et… ? Parce qu’elle s’en tient pas là, je suppose ?
– Si… Non… Enfin des fois…
– Des fois ?
– Ça dérape un peu…
– C’est-à-dire ?
– Faut pas que je vous explique quand même ?
– Si, justement…
– Oh, ben… à force qu’elle touche comme ça ça arrive que ses doigts ils aillent un peu ailleurs… Un peu plus loin… Et pas que ses doigts… Sa bouche aussi elle y met des fois… Sa langue…
– Et tu la laisses faire ?
– Oh, non… Non… Enfin si ! Un peu… Elle est tellement…
– Tellement quoi ?
– Je sais pas… C’est comme si quand elle veut quelque chose c’était complètement impossible d’essayer de lui refuser… Parce qu’on sait que de toute façon elle finira par l’obtenir…
– Je vois… Oui… Dis-moi, Eugénie, pourquoi tu es venue ici ?
– Je l’ai déjà dit… Parce qu’il y a des trucs en moi qui vont pas et que je voudrais changer…
– Non… Mais la vraie raison…
– C’est celle-là…
– Bien sûr que non… Regarde-moi ! C’est quoi tes fantasmes ?
– Mes fanta… Oh, je…
– Eh bien ?! Je t’écoute…
– C’est compliqué… Et puis quand on le raconte un fantasme tout de suite il a plus du tout de force… Tout banal il paraît…
– Et si je t’aide ?
– Je sais pas…
– Le Moyen-Âge… Ça te parle le Moyen-Âge ?
– Oui, mais…
– Une prison… Une prison de femmes…
– Comment vous savez ?
– Tu as été enfermée là-dedans sur l’ordre d’un Seigneur tout puissant, auquel tu te refuses obstinément… Ivre de courroux il t’a accusée de toutes sortes de méfaits… D’avoir délibérément mis le feu aux récoltes… D’avoir voulu l’empoisonner ton maître… D’user de sortilèges pour rendre impuissants tous ceux qui t’approchent… On t’a jugée… Condamnée… Tu as échappé de peu au bûcher… On t’a fouettée… Promenée nue par les rues… Sous les rires salaces et moqueurs d’une foule en joie…
– Mais comment vous savez ?
– Et maintenant tu es là… Livrée pieds et poings liés à des geolières qui en usent avec toi comme elles l’entendent… Qui te font subir tout ce qui leur passe par la tête… Tu n’es plus qu’un jouet – docile et repentant – entre leurs mains…
– Vous me faites peur…
– Je continue ?
– Oh, non !
– Ou bien alors un couvent… Tu y es entrée pour expier tes fautes…
– Vous me faites peur… Mais vous lisez en moi, c’est pas possible !
– On t’y donne la discipline… Tu le veux… Tu l’implores… Pour ton bien… Pour ton salut… Mais la chair est faible… La tienne en tout cas… Et avec l’une ou l’autre des sœurs tu te laisses parfois aller à de tendres et ardentes étreintes… On te punit pour ça… Il arrive qu’on vous surprenne… Qu’on vous dénonce… La Mère Supérieure entre alors dans de terribles colères et vous inflige de redoutables châtiments… Elle dispose, pour ce faire, de toute une panoplie d’instruments particulièrement efficaces… Comme ceux que… Tiens, viens voir… Alors ? Qu’est-ce que tu en penses ?
– Que…
– Que tu as amplement mérité d’être punie pour t’être livrée à ces petits jeux avec Valentine ? Oui, tu as raison… Eh bien installe-toi alors ! Là… Les mains sur la tête… Parfait… Et on bouge plus maintenant, hein...

Bon… Eh bien je te laisse… Passe une excellente nuit… 

4 commentaires:

  1. Réponses
    1. Merci de le dire... Je crois que cette "histoire" est en train de trouver sa vitesse de croisière...
      Bien amicalement...

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  2. je crois qu'on ne vous le dit pas assez souvent ! moi aussi j'aime votre histoire et j'attends toujours la suite avec impatience. J'espère qu'il reste beaucoup de dessins à illustrer ;-)

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  3. Merci, Sophie...
    Que vous attendiez la suite avec impatience me paraît être plutôt bon signe...
    Quant aux dessins de Waldo, oui, il en reste un certain nombre... Et beaucoup plus de femmes "punies" que d'hommes "punis"...
    À bientôt...
    Excellente journée à vous...

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