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jeudi 15 novembre 2012

Escobarines: Colocataires ( 1 )


– Alors c’est là que tu vis…
– Ben oui, tu vois…
– Il y a des affaires partout… Et de ces grands lits ! Vous êtes combien ?
– Neuf… Pour le moment neuf…
– Que des filles ?
– Ah, oui… Oui… Elle y tient Madame Cavier… Et elle a pas tort… T’imagines s’il y avait des mecs le bazar que ça serait ?
– Vous devez quand même être drôlement les unes sur les autres…
– On s’y fait… Non… Et puis on s’entend drôlement bien toutes… Tu verrais ces parties de rigolade des fois…
– Vaut mieux comme ça…
– Sans compter que financièrement…
– Tu payes combien sans indiscrétion ?
– De loyer ? Rien… Absolument rien…
– C’est pas vrai !
– Si je te le dis… On s’occupe des courses… Du ménage… On fait tous les petits trucs qu’il y a à faire… Et, en contrepartie, elle nous héberge… Gratuitement…
– Eh ben dis donc ! Pourquoi elle fait ça ?
– Elle a de la place… Et elle aime bien avoir du monde autour d’elle… Que ça bouge… Que ça vive… Par contre il y a des trucs qu’elle veut qu’on respecte… Pas question que ce soit le souk la nuit… Ni qu’il y ait des problèmes avec les voisins… Ou qu’on laisse traîner des tas d’affaires partout… Mais bon… C’est un peu normal aussi…
– T’as un sacré pot ! Comment ça m’arrangerait, moi, un plan pareil… Que je suis obligée de jongler, à chaque fin de mois, pour retomber sur mes pattes… Que j’arrête pas de me demander comment je vais arriver à me chauffer cet hiver…
– Ben viens avec nous…
– Elle voudrait, tu crois ?
– Je vais lui poser la question… Mais il y a pas de raison… Il y a aucune espèce de raison…

– Tout le monde m’a super bien acceptée…
– Ben bien sûr…
– Et même Madame Cavier…
– Oh, elle, du moment qu’on la prend pas à rebrousse-poil… Il y en a une par contre que je voudrais pas être à sa place ce soir c’est Clotilde…
– Laquelle c’est Clotilde déjà ?
– Celle qui travaille à la parfumerie… Qui nous ramène toujours tout un tas d’échantillons…
– Ah, oui… Qu’est-ce qu’elle a fait ?
– Elle a fait que c’est la seule à fumer… Et que pour ça elle descend dans la cour… Et que ses mégots elle les balance n’importe où… Sauf que là il l’a vue le père Moussanges… Il lui a fait des réflexions qui lui ont pas plu… Et ça a dégénéré…
– Elle va la foutre dehors ?
– Oh, non… Non…
– Quoi alors ?
– Tu verras bien…

– Clotilde ?
– Oui…
– Tu lui as dit quoi à Monsieur Moussanges ?
– Il m’a traitée de petite peste…
– Je te demande pas ce qu’il t’a dit, mais ce que tu lui as dit…
– « Vieux con… » Non, mais c’est vrai… Comment il m’avait énervée aussi…
– Je veux pas le savoir… Tu sais ce que je vous ai demandé à toutes…
– Ben oui, mais…
– Il y a pas de mais qui tienne… Alors tu choisis : ou une bonne fessée déculottée ou la porte…

– Tu m’avais pas parlé de ça…
– J’y ai pas pensé…
– Quand même ! Une fessée à son âge !  
– Oui, mais elle l’a pas volée, avoue ! Parce qu’elle le savait… « Pas d’histoires avec les voisins »… On nous l’a assez dit… Et redit…
– C’est souvent qu’il y en a ?
– Oh, non, non !
– C’est-à-dire ?
– Je sais pas… Deux ou trois fois il y en a eu… Mais c’est pas obligé, hein ! Elles aussi elles avaient cherché…


( à suivre ) 

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