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lundi 27 août 2012

Les confidences de Camille ( 1 )


Ma première fessée, Flavian ? Je veux bien vous la raconter, oui, mais ici. En privé. Par mail. Pas sur le forum. Il s’y trouve en effet trois ou quatre inscrits – et comme par hasard parmi les plus actifs – qui portent en permanence des jugements de valeur sur les propos et le vécu des uns et des autres. Leurs commentaires et leurs réflexions me hérissent au plus haut point. Alors mettre mon histoire en ligne là-bas ? Ah, non, non… Sûrement pas… D’autant que je n’y apparais pas sous mon meilleur jour… C’est le moins qu’on puisse dire…

Donc… Voilà… Je me lance… En comptant, cela va de soi, sur votre discrétion…
J’avais 21 ans, j’étais étudiante et je partageais un minuscule appartement avec deux filles tout aussi fauchées que moi… Mes parents ? J’avais depuis longtemps coupé les ponts... Travailler ? Oui, bien sûr… Je travaillais… Des petis boulots… De ci… De là… Qui me rapportaient une misère… Clémence et Adrienne se trouvaient dans une situation à peu près analogue à la mienne… Et on tirait le diable par la queue… Payer le loyer, l’électricité… Faire les courses… Tout ça nous posait constamment problème… Et, évidemment, on se disputait… On n’arrêtait pas de se disputer… Quand il n’y a pas de foin au ratelier les chevaux se battent…

Et puis, un beau matin, Adrienne a ramené deux sacs de course pleins à ras bord… 
– D’où tu sors tout ça ?
– Posez pas de questions, les filles, mangez et posez pas de questions… 
On en a quand même posé… Parce que ça a recommencé… Encore des courses… Et puis des trucs pour elle… Des sapes… Des parfums… Du maquillage…
– Mais enfin c’est d’où que tu sors tout ça ?
– Faut pas que je vous fasse un dessin ?
– Tu le piques ?
– Non, mais ça va pas, non ? Vous me prenez pour qui ? Non… Il y a des hommes qui sont très généreux… Quand on sait se montrer très gentille avec eux…

Folle… Elle était complètement folle… On en parlait toutes les deux, Clémence et moi… Nous, il y avait pas de risque qu’on mange de ce pain-là… Ah, non alors !

Clémence, elle, elle en a mangé quinze jours plus tard…
– Oh, c’est bon… Tu vas pas m’emmerder avec ta morale à deux balles… On n’est plus au Moyen-Âge…
Et elle aussi. Des huîtres. Du saumon. Des robes. Des CD. En pagaille…
– Ça change la vie… Il y a pas à dire…
Ça changeait la leur, mais ça changeait aussi la mienne. Parce que je profitais. D’elles. De leur argent. De cet argent-là. Et je culpabilisais.
– Oh, mais arrête de nous prendre la tête avec ça ! C’est fatigant à la longue…

J’avais beau dire, mais intérieurement ça faisait quand même son chemin. Parce que j’avais honte d’être à leur charge. Parce que je les enviais de pouvoir s’acheter tout ce qui leur faisait plaisir… Parce que je me disais que j’étais idiote… T’es bourrée de tout un tas de préjugés et de principes, ma pauvre fille… Elles le font bien, elles… Alors pourquoi pas toi ? Oui, mais non… Non… Je pourrai jamais… J’aurais bien trop honte…

Il n’était pas trop vieux. La quarantaine. Sympathique. Agréable. Dix minutes de dialogue et l’affaire était conclue. Rendez-vous pris. À l’hôtel.
Dix fois je suis revenue sur mes pas. Dix fois je me suis fait violence. J’ai fini par pousser la porte de la chambre, morte de confusion. Morte d’appréhension…
Il est venu à ma rencontre. A posé ses mains sur mes épaules. Les y a interminablement laissées. M’a obligée à relever la tête…
– C’est la première fois, hein ?
– Non… Oh, non… Oui… Si !
– Bon… Eh bien déshabille-toi alors… Qu’est-ce que tu attends ?
Et il s’est assis au bord du lit…
– Me… ? Ah, oui… Oui…
Je l’ai fait. Bravement. Complètement. Tout. Voilà…
Il m’a enserré les poignets. Attirée vers lui…
– Pourquoi tu fais ça ?
– Hein ? Mais parce que je… Faut bien que je mange… Que je paye mes études… Parce que j’ai pas d’autre solution…
– Tu sais très bien que si ! Que si tu voulais vraiment… Seulement non ! On préfère la facilité… Pouvoir s’offrir toutes ses petites fantaisies…  Dépenser sans compter… Se priver de rien… Alors tu sais ce qu’elles méritent les petites gamines dans ton genre ? C’est une bonne fessée… Qui leur remette les idées en place… Qui leur rappelle ce qu’elles se doivent à elles-mêmes… Qui leur ôte à tout jamais l’envie de recommencer… Et je vais te la donner…
J’ai pas eu le temps de protester. De résister. De rien. Il m’a fait basculer sur ses genoux et il a tapé. À pleine main. À pleines fesses. J’ai pleuré. J’ai gigoté. J’ai crié. J’ai supplié. Rien n’y a fait. Jusqu’à ce qu’il estime, lui, que c’était suffisant…
– Que ça te serve de leçon…
Et il m’a plantée là…

Voilà, Flavian… Ça n’a pas été facile, vous savez…
Je vous souhaite une bonne soirée…

Camille   

4 commentaires:

  1. Chouette début! :) j'aime bien , le "40 ans , pas trop vieux"!:D mince, quand on a 20 ans , ceux qui en ont 30 sont des vieillards!;):D

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    1. Toute la difficulté, c'est que le début tienne ses promesses!!!
      Quant à l'âge je connais une vieille dame de 84 ans qui parcourt tous les jours la rubrique nécrologique du quotidien local et qui se scandalise: "Monsieur X est mort! 72 ans! C'est jeune! C'est tout jeune... " Comme quoi tout est relatif...
      Merci en tout cas de ton passage qui me fait très plaisir...

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    2. moi jai 46 set trop vieux

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    3. Pas forcément... faudrait voir avec elle...

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