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lundi 30 avril 2012

Un mariage ( 4 )


– Mais fallait me réveiller, putain ! Fallait pas me laisser dormir comme ça ! À midi je lui ai dit à Giuseppe… Je serai jamais prête à midi, moi ! Wouah ! Et la chambre !
– Quelle chambre ?
– Ben pour qu’on se retrouve tous les deux… Je vais quand même pas le ramener là… Dans notre lit… Vous voulez pas y aller, vous, m’en retenir une ? N’importe laquelle… On s’en fiche…



– Vous en avez mis un temps !
– Il y avait un monde fou à la réception… Et apparemment un problème… La 318 ils m’ont donnée… Je te mets la clef dans ton sac…
– La 318 ? Mais c’est celle juste à côté…
– Ah, oui, tiens, oui… J’y avais pas fait attention…
– Que vous dites… Bon, ben moi j’y vais… À plus tard…



Ils sont arrivés vers trois heures… Ils ont verrouillé la porte… Elle riait… D’un petit rire haut perché… Et puis le silence… Des mots murmurés bas… Inaudibles… Son souffle qui se fait court… Un grondement sourd de fond de gorge… Qui enfle… Qui devient plainte… Qui roule en vagues éplorées… Hoquetées… Qui la submergent… Des baisers claqués… Encore le silence…



Ça a recommencé… Plus doux au début… Plus feutré… Et puis ça s’est élancé… « Elle est bonne ta queue ! Oh, comment elle est bonne… Elle est bonne… Elle est bonne… Je vais jouir, Giuse, je vais jouir… Je jouis… » En grands râles éperdus…



– Et évidemment vous, vous êtes resté là, dans la chambre, tout l’après-midi…
– Hein ? Mais non, je…
– Bien sûr que si ! L’oreille collée à la cloison... Oh, mais prenez pas cet air de petit garçon fautif… Si vous saviez ce que j’en ai à foutre que vous ayez écouté ! Mais quand même… vous êtes drôlement bizarre, hein, dans votre genre… Parce qu’un mari, normalement, sa femme en train de s’envoyer en l’air avec un autre c’est pas trop le genre de truc sur quoi il a envie de mettre le nez… Surtout s’il peut rien y faire… S’il peut pas l’empêcher… Un côté drôlement pervers vous devez avoir finalement… Ce qui m’étonne pas vraiment… Déjà au magasin il y avait des trucs que je me disais… Bon… Mais n’empêche que ça peut quand même avoir des avantages ça pour moi tout compte fait… Parce que il y a des fois on sait pas trop comment ça peut tourner quand on est avec un mec… Surtout s’il a bu… Ou fumé… Alors si vous m’accompagniez… Si vous restiez dans les parages… Je me sentirais quand même plus rassurée… Et en cas de besoin, hop ! Vous voleriez à mon secours… C’est une bonne idée, non ? Vous trouvez pas ?



– Je reprends du veau, moi ! Ils t’ont une de ces façons géniales de le cuisiner ici… Ah, oui… Non… J’en garderai un sacré bon souvenir de notre voyage de noces, on peut pas dire… Et l’autre aussi, là… Le Giuseppe… Mais lui, va falloir que je le gère… Parce qu’il est en train de s’accrocher grave, là… Ça, en soi, j’m’en fous ! C’est pas mon problème… Seulement il parle de rester en contact… De se revoir… Il y vient deux fois par mois en France, à ce qu’il paraît, pour son boulot… Il veut qu’on en profite… Qu’on se donne rendez-vous… Une fois ici… Une fois là… Et ça, à terme, ça va forcément me gonfler… Ça finit toujours par me gonfler les types qui s’agrippent… Que pour s’en débarrasser  c’est carrément la croix et la bannière… Alors non… Non… Giuseppe c’est en douceur que je vais filer…  Disparaître sans prévenir… Sans lui laisser adresse ni portable… Rien…



Elle s’est appuyée sur un coude, tournée vers moi, un sein à découvert effleurant l’oreiller…
– On va s’organiser comment en rentrant ?
– S’organiser ?
– Ben oui… Pour le magasin… Maintenant que je suis votre femme – que je suis la patronne – je vais quand même pas rester à faire la vendeuse toute la journée là-dedans… Il y a la maison à s’occuper… Plein de trucs…  Et puis c’est un peu normal que j’aie du temps libre aussi… Que je profite un peu de la vie… J’ai jamais vraiment bien pu… Alors vous savez ce que j’ai pensé ? Ma copine Delphine qui s’emmerde à cent sous de l’heure derrière sa caisse à Carrefour elle pourrait très bien me remplacer… Depuis le temps qu’elle en rêve d’avoir une place comme ça… C’est pas une bonne idée ? Ah, vous voyez, vous dites rien… C’est que vous êtes d’accord… Ce qu’il y a de bien avec vous, c’est que vous êtes toujours d’accord… Vous avez intérêt d’ailleurs…
 

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